thumb|Le français de Belgique est principalement parlé dans la Communauté française (Bruxelles et Wallonie), en rouge sur la carte. Cependant la région flamande compte aussi de nombreux francophones, de langue maternelle et seconde.

Le français de Belgiquecode de langue IETF : fr-be est la langue véhiculaire parlée par les francophones de Belgique. Il est différent des dialectes wallons, qui sont également des langues d'oïl, au même titre que le picard, le champenois ou le lorrain (également parlés en Belgique). Le français de Belgique partage de nombreux traits avec les variétés parlées en France et en Suisse, tout en conservant des spécificités lexicales, phonétiques et syntaxiques propres. Il se caractérise par des termes qui peuvent être considérés comme archaïques en France, par des emprunts aux parlers romans de Wallonie (principalement le wallon et le picard) et aux langues germaniques voisines (principalement le néerlandais, ses dialectes flamand et brabançon et l'allemand).

Le français est une des trois langues officielles de Belgique (avec l'allemand et le néerlandais) et estLe dernier recensement linguistique en Belgique date de 1947 la langue véhiculaire d'environ 44 % de la population, principalement dans les régions wallonne et bruxelloise. Selon l'Observatoire démographique et statistique de l'espace francophone, plus de de la population belge est en mesure de parler français.

Histoire Origines

Le français apparait dans ce qui n'est pas encore la Belgique, à l'époque des guerres de Religion, soit au lorsque la majorité de la noblesse et de l’élite belge se convertit au protestantisme. En effet, la propagation des idées de Martin Luther puis de Jean Calvin se fait désormais au travers de livres, pamphlets ou de bibles imprimés en néerlandais, ce qui était interdit à l'époque. Cela bouleverse profondément la société des Dix-Sept Provinces alors appelées les Pays-Bas espagnols (puisque toujours controlés par la maison de Habsbourg d'Espagne), car l'accès à ces idées devient incontrôlable. Cela entraine une révolte dans de nombreux territoires qui se retournent contre l'autorité du roi catholique Philippe II d'Espagne et s'auto-proclament des républiques calvinistes, comme la république d'Anvers, la république de Bruxelles ou la république de Gand. La monarchie espagnole finit toutefois par reconquérir la partie méridionale de ses terres (le nord devenant les Provinces-Unies) et y combat la langue néerlandaise, jugée hérétique, en imposant la langue française à la noblesse et la bourgeoisie. Le néerlandais n'est dès lors plus enseigné dans l'actuelle Flandre mais les dialectes, tels que le flamand, continuent d'être utilisés et de se différencier par l'appauvrissement de la langue. L’usage du français devint ainsi un signe de distinction sociale entre la société « éduquée » et le peuple, dont celui de langues romanes dans l'actuelle région de langue française de Belgique, continue lui aussi d'utiliser ses patois comme langue vernaculaire (wallon, picard, lorrain, ardennais...) sans que le français ne parvienne à s'imposer.

Période française et néerlandaise

Avec la période française de l'histoire de la Belgique, le français va s'imposer comme langue de l'administration et de l'enseignement, entrainant une « francisation » des départements réunis à la Première République française, puis au Premier Empire, après la seconde annexion française des États de Belgique de 1794. On note tout particulièrement le début de la francisation de Bruxelles et le chamboulement des règles sociales de l'Ancien Régime.

Avec la création du royaume uni des Pays-Bas dès 1815, c'est l'inverse qui va se produire et l'on remarque une politique très claire de « néerlandisation » de la société par le roi Guillaume Ier d'Orange-Nassau. Cela sera d'ailleurs l'une des causes de la révolution belge de 1830.

Période belge

Après l'indépendance de la Belgique, le français s'impose comme seule langue officielle du pays, la Constitution belge étant rédigée dans cette langue dès 1831. Il faut attendre le début du mouvement flamand et l'apparition des premières querelles linguistiques pour que la législation sur l'usage des langues en Belgique commence à évoluer.

Une ou plusieurs variétés de français en Belgique thumb|Aires dialectales de Belgique romane. thumb|Le français en Flandre : Fabricant orthographié Fabrikant, avec un k, comme en néerlandais, et intérieur orthographié interieur sans accent aigu sur le é (photo prise à Renaix, en Flandre orientale). Considérer le français de Belgique comme un ensemble homogène ne va pas de soi. Ainsi Michel Francard, dans l'introduction de son Dictionnaire des belgicismes, signale d'emblée la différence qui existe entre Bruxelles, ville qui est aujourd'hui largement francophone mais qui était encore majoritairement flamande au , et la Wallonie, où le français est présent depuis de nombreux siècles.

Selon le professeur Félix Rousseau, historien et militant wallon :

Cette histoire différente explique qu'il existe des différences importantes entre le français de Bruxelles et le français de Wallonie. Au sein même de la Wallonie, il existe des variations dues à l'influence des différents parlers romans (wallon, picard, lorrain, champenois). Cependant, de nombreux traits sont communs à l'ensemble des francophones de Belgique, d'une part parce que de nombreux faits lexicaux régionaux sont le fait des institutions politiques, sociales et culturelles de l'État belge, d'autre part parce que l'étroitesse du territoire concerné entraîne de nombreux échanges.

L'emploi des belgicismes n'est pas toujours généralisé, bien qu'ils soient compris. Par exemple, le terme oufti est spécifiquement liégeois. Jouer football est surtout utilisé dans les régions influencées par les parlers germaniques (comme les cantons de l'Est).

Faits de langue propres au français de Bruxelles Le français de Bruxelles-Capitale est parfois appelé le bruxellois, mais le terme est ambigu : il existe un bruxellois à prédominance flamande et un bruxellois à prédominance française, les deux mélangeant les deux langues à des degrés différents.

S'agissant du « bruxellois francophone », ses expressions et tournures viennent de l'histoire même de Bruxelles. Avant le milieu du , la ville était d'expression néerlandaise (de dialecte brabançon, voir Francisation de Bruxelles). Il en reste l'utilisation du diminutif flamand -ke (Marieke pour petite Marie, le manneken-Pis (littéralement « le petit homme qui pisse ») ou néerlandais -je (ketje, « p'tit gars »), l'utilisation d'un vocabulaire flamand (un ket, un gamin, une pintje, un verre de bière), ou la traduction littérale d'expressions flamandes (le célèbre une fois, traduction littérale du mot néerlandais eens (Kom eens hier! « Viens un peu ici ! »).

Autre expression bruxelloise célèbre et populaire : Non peut-être ?!, signifiant « Oui sûrement », ou, inversement Oui sans doute, qui, prononcé d'une certaine manière, signifie « sûrement pas ».

Expression témoignant d'un ras le bol généralisé et bilingue (alternance de code linguistique) : Trop is te veel. (« Trop c'est trop. »), à mettre en rapport avec l'expression « En français comme en flamand », qui signifie « C'est un fait incontestable ».

Exhortation au soulèvement, à un nouvel élan, ou plus généralement à surmonter une difficulté, l'expression « tu peux là-contre » pourrait être comprise comme « tu peux t'y opposer (et le surmonter) ! ». Cette expression, interpellante dans sa structure, est très certainement la traduction littérale de la même expression en flamand, à savoir je kunt d'rtegen (néerl. général je kan ertegen ou je kan daartegen). (quant à la formule « là-contre » pour « contre cela », voir ci-dessus = au-dessus de ceci ; là-dessous = en dessous de cela)

Il existe d'autre part en Belgique et spécialement à Bruxelles une habitude (étonnante pour les étrangers) de mêler les deux langues dans les inscriptions bilingues sur les affiches, les devantures de magasins ou même dans la signalisation officielle, sans clairement les différencier. Les mots ou chiffres qui s’écrivent de la même manière en français et en néerlandais ne sont pas répétés. Sur les plaques des rues, par exemple, lorsque le nom de celles-ci est un nom propre, il n'est écrit qu'une seule fois. On peut donc lire : avenue de BROQUEVILLE laan (laan = avenue) ouchaussée de             NINOVE             NINOOFSE steenweg (steenweg = chaussée). Certains mots hybrides sont parfois créés de cette manière, comme le nom du KunstenFESTIVALdesArts (kunsten étant en néerlandais la traduction du mot arts).

Les Bruxellois ont également une manière toute particulière d'exprimer les liens familiaux ou d'amitié. Ainsi, ils diront « ma femme sa sœur » pour parler de la sœur de leur épouse. Dans Le Mariage de mademoiselle Beulemans, célèbre pièce du théâtre bruxellois, monsieur Beulemans rencontrant le père de son employé Albert s'exclame « Albert son père ». Il s'agit d'un calque d'une tournure courante du génitif en néerlandais : Piet zijn vriend pour l'ami de Piet.

Le lexique : les belgicismes

Un belgicisme est un fait de langue propre au français de Belgique, commun à toutes les régions francophones du pays. Même si le français parlé en Belgique est plus proche du français parlé en France que de celui parlé au Québec, il existe un grand nombre de belgicismes issus de termes oubliés ou inusités dans les autres pays francophones.

Certains belgicismes se retrouvent dans d'autres régions francophones (Suisse, Vallée d'Aoste), où ils ne portent plus ce nom : septante (« soixante-dix »)Le Nouveau Petit Robert de la langue française, 2007, Dictionnaires Le Robert, Paris., nonante (« quatre-vingt-dix »), à tantôt (à tout à l'heure). On retrouve également des termes wallons qui se sont répandus aux autres régions, comme avoir facile (« n'avoir aucune difficulté »), ou des emprunts au néerlandais et à d'autres langues germaniques : une dringuelle (un pourboire ou des étrennes, du néerlandais drinkgeld et de l'allemand Trinkgeld, pourboire). Certains belgicismes sont aussi des termes propres au système administratif belge (athénée, bourgmestre, accises).

Certains belgicismes ne se rencontrent pas dans certaines parties de la Belgique francophone. Cependant, un grand nombre de belgicismes sont employés dans le Nord de la France à cause de la proximité culturelle et des échanges transfrontaliers.

Fréquence d'utilisation La fréquence d'utilisation des belgicismes, comme l'intensité de l'accent, varie en fonction de la région et du milieu culturel.

, les belgicismes les plus fréquemment utilisés sont les mots pour lesquels il n'y a pas d'équivalent tout à fait exact en français, comme le wallonisme astruquer, qui s'utilise quand la nourriture se retrouve dans la trachée au lieu de l'œsophage, ou le terme bruxellois klouch (voir liste infra). C'est également le cas lorsque le belgicisme véhicule des connotations différentes. L'emploi conscient de belgicismes peut aussi résulter de la volonté du locuteur de « faire belge », d'afficher sa belgitude ou son appartenance wallonne ou bruxelloise dans des circonstances particulières.

Les habitants francophones de Belgique n'ont aucune difficulté à comprendre le français standard. Les médias français, ou encore les films français, sont en effet couramment diffusés en Belgique, ce qui permet aux Belges francophones d'être perméables aux francismes. Les Belges francophones auront dès lors du mal à percevoir leurs propres régionalismes et ne connaissent pas les autres régionalismes français.

Exemple : un Belge francophone considérera bouteille (de gaz) et bonbonne comme des synonymes, mais n'aura pas la même définition du cornet qu'un Lorrain (= sachet).

Taxonomie des belgicismes Selon l'étymologie Archaïsmes