Le Masque du démon () est un film d'épouvante gothique italien réalisé par Mario Bava et sorti en 1960.

Il s'agit d'une adaptation du conte fantastique Viï de l'auteur russe Nicolas Gogol publié en 1835.

Synopsis Dans la principauté de Moldavie en 1630, la jeune aristocrate Asa et son amant Iavoutitch sont accusés de sorcellerie par un tribunal de l'Inquisition. Le tribunal, dirigé par le frère d'Asa, les fait marquer au fer rouge et les condamne à mourir sur le bûcher. Avant que la sentence ne soit exécutée, Asa maudit son frère et ses descendants. Des masques à pointes métalliques sont placés sur leurs visages respectifs, ce qui provoque leur mort. Un orage soudain empêche ensuite leur incinération. Le corps d'Asa est enterré dans le caveau familial d'une ancienne église, et celui de Iavoutitch dans un coin isolé d'un cimetière, dans une terre non consacrée.

Deux cents ans plus tard, la calèche du professeur Kruvajan et de son assistant Gorobec en route vers Moscou tombe en panne juste devant le tombeau de la sorcière Asa à cause d'une roue cassée. Les médecins visitent le tombeau. Asa est exposée dans un cercueil en pierre avec une ouverture sur son visage. À la tête du cercueil est fixée une grande croix de pierre dont la vue est censée conjurer la sorcière. Par curiosité, Kruvajan arrache le masque à pointes du visage d'Asa et se blesse à la main. De la blessure, du sang coule dans les orbites vides d'Asa. Lorsque Kruvajan est attaqué par une chauve-souris, il brise accidentellement la croix en pierre avec son bâton. Les médecins ne prêtent pas plus attention à l'incident. En quittant le tombeau, ils rencontrent Katia, la fille du prince Vaïda qui réside à proximité, qui promène ses chiens. Katia, une descendante du frère d'Asa, ressemble à s'y méprendre à la sorcière. Entre-temps, le cocher a réparé les dégâts et Kruvajan et Gorobec poursuivent leur voyage. Ils descendent dans une auberge voisine pour la nuit.

Grâce au sang de Kruvajan, Asa revient à la vie et appelle Iavoutitch hors de sa tombe. Iavoutitch hante le prince Vaïda dans son château, qui s'effondre. Katia envoie un serviteur à Kruvajan, mais celui-ci est assassiné en chemin. À sa place, Iavoutitch va chercher Kruvajan et le conduit dans le tombeau d'Asa par un passage secret situé sous le domaine. Asa mord Kruvajan et le transforme en vampire. Sous ses ordres, le professeur tue le prince.

Entre-temps, le serviteur du prince Vaïda est retrouvé mort et Kruvajan est porté disparu. Comme la description du cocher qui est venu chercher le professeur correspond également à Iavoutitch, Gorobec se rend sur la tombe de Iavoutitch en compagnie d'un prêtre. Ils ouvrent le cercueil dans lequel ils trouvent le professeur mort-vivant. Le prêtre tue le vampire avec un pieu en bois enfoncé dans l'œil. Iavoutitch enlève Katia et l'emmène dans le tombeau d'Asa, qui veut retrouver complètement sa force vitale grâce au sang de Katia. Constantin, le frère de Katia, tue Iavoutitch, mais perd sa propre vie dans l'opération. Gorobec arrive dans le tombeau, avec devant lui deux femmes à l'apparence identique. Il découvre alors le crucifix au cou de Katia ; alors qu'il tente de retenir Asa, son manteau qui s'ouvre révèle un corps partiellement décomposé et squelettique. Le prêtre arrive avec un groupe d'hommes du village. Ils attachent Asa à une échelle et la brûlent sur un bûcher.

Alors qu'Asa se consume, la vie revient dans le corps de Katia.

Fiche technique Titre original italien : Titre français : Le Masque du démon Réalisation : Mario Bava Scénario : Ennio De Concini et Mario Serandrei d'après le conte Viï de Nicolas Gogol Photographie : Mario Bava Montage : Mario Serandrei Musique : Effets spéciaux : Mario Bava Décors : Costumes : Tina Loriedo Grani Maquillage : Francesco Freda Production : Massimo De Rita, Lionello Santi, Arrigo Colombo, Giorgio Papi Sociétés de production : Jolly Film, Galatea Film Pays de production : Langue originale : italien Format : Noir et blanc • 1,66:1 • Son mono • 35 mm Genre : Épouvante gothique Durée : 87 minutes Date de sortie : Italie : France : Classification : France : Tout public lors de sa sortie en salles mais déconseillé aux moins de 12 ans à la télévision Affiche : Giuliano Nistri (Italie)

Distribution Barbara Steele (V.F : Nelly Benedetti) : La princesse Katia Vajda / La princesse Asa Vajda John Richardson (V.F : Marc Cassot) : Andrea Checchi V.F : Michel Gudin) : Ivo Garrani (V.F : Louis Arbessier) : Prince Vajda Arturo Dominici (V.F : Michel Gatineau) : Igor Iavoutitch / Iavouto Enrico Olivieri (V.F : Michel Francois) : Prince Constantin Vajda (V.F : Jacques Beauchey) : le pope Tino Bianchi (V.F : Jean Berton) : Ivan, le domestique Clara Bindi (V.F : Helene Tossy) : L'aubergiste Germana Dominici : Sonia, la fille de l'aubergiste : Nikita, le cocher Jean-Claude Michel : Voix du narrateur

Production Genèse et développement vignette|300px|Barbara Steele dans une séquence du film. De la fin des années 1950 au début des années 1960, la société de production italienne Galatea représente l'un des producteurs les plus actifs de films de genre. Elle initie le phénomène du péplum de l'époque avec ses productions Les Travaux d'Hercule (1958) et Hercule et la Reine de Lydie (1959), qui connaissent toutes deux le succès en salles aux États-Unis. La société produit aussi des films dans d'autres genres, comme le film de science-fiction Caltiki, le monstre immortel (1959), qui a connu un succès financier moindre. Après le succès des deux films avec Hercule, les distributeurs américains se disent prêts à financer l'avance sur recettes pour des films de genre italiens, même s'ils ne sont pas populaires en Italie. En plus de travailler sur les deux films avec Hercule, le chef opérateur Mario Bava a co-réalisé partiellement d'autres films sans être crédité, dont Caltiki, le monstre immortel et La Bataille de Marathon (1959), ce qui pousse le président de Galatea, Lionello Santi, à lui proposer de réaliser un film pour les marchés étrangers. La société de production Jolly Film s'associe à ce projet.

Selon le producteur Massimo De Rita, la légende selon laquelle Santi aurait approché Bava pour qu'il réalise un film basé sur une histoire de son choix après qu'il aurait été impressionné par son travail sur La Bataille de Marathon est apocryphe ; De Rita affirme que c'est lui qui a persuadé Santi de permettre à Bava de réaliser son propre film et qu'il a également supplié Santi d'augmenter le budget du film par rapport à ce qu'il pensait investir. En raison du succès récent du Cauchemar de Dracula de Terence Fisher pour la Hammer, Bava décide de réaliser un film d'épouvante. Pour faire bonne mesure avec Le Cauchemar de Dracula, Santi désire que le film soit tourné en Technicolor, mais Bava insiste pour tourner en noir et blanc ; il justifie ce choix à la fois sur le plan stylistique et pratique, car les séquences de transformation du maquillage nécessitent des lumières rouges et vertes spéciales qui les rendent impossibles à filmer en couleur. Spécifiquement, l'effet visuel employé par Mario Bava pour corrompre les traits de Barbara Steele dans la séquence finale est un savant jeu de lumières colorées filtrant des sinuosités dessinées sur le visage de l'actrice et dévoilées par un éclairage dégressif de même teinte, l'effet n'étant possible qu'en tournage photo noir et blanc. Cet effet est par ailleurs le même que Rouben Mamoulian utilise dans sa version de Docteur Jekyll et M. Hyde.

Le budget s'élève à environ 145 millions de lires, ce qui représente un point médian entre le coût d'un péplum moyen (environ 300 millions de lires) et les petits films de genre conçus pour les marchés périphériques, qui tournent facilement autour d'un budget de 70 millions de lires. Cet argent n'est pas dépensé directement par Galatea et Jolly : en fait, Galatea a stipulé un contrat de prévente de 60 millions de lires avec le distributeur italien Unidis, tandis que 8 millions de lires proviennent de la Banca Nazionale del Lavoro, où les prêts à taux réduit aux producteurs italiens ont été rendus possibles par le gouvernement italien.

Scénario et pré-production vignette|gauche|Dessin issu de l'édition russe de 1901 de Viï. L'illustration met en scène le chef des gnomes dont les lourdes paupières pendent jusqu'au sol. Bava choisit de baser son projet sur le conte Viï de Nicolas Gogol, publié pour la première fois en 1835 dans le recueil Mirgorod. L'histoire raconte la rencontre d'un groupe d'étudiants avec une vieille sorcière capable de se transformer en une belle femme. La mort de la sorcière convoque le Viï, le chef des gnomes, au visage de fer et aux yeux capables de pénétrer les barrières spirituelles, recouverts de lourdes paupières qui pendent jusqu'au sol. Bava lisait fréquemment cette histoire à ses enfants pour les endormir. Sa première ébauche du scénario, un traitement de quatre pages intitulé Il Vij (en italien : « le Viï »), est datée du et suit de près l'histoire originale de Gogol. Transposant l'histoire à notre époque, elle raconte l'histoire d'un jeune couple marié qui tombe sur une église abandonnée et rencontre un vieil homme qui leur raconte l'histoire de la fille d'un centurion. Celle-ci se métamorphose en sorcière la nuit pour harceler un philosophe, qui finit par la battre à mort. La sorcière morte-vivante fait alors appel au Viï pour effacer l'âme du philosophe de son corps. À la fin de l'histoire, il est révélé que le couple est une réincarnation du philosophe et de la sorcière, qui déclare qu'elle le hantera à jamais.

Santi juge l'écriture de Bava insatisfaisante et engage le scénariste principal de Galatea, Ennio De Concini, qui avait coécrit les deux films avec Hercule ainsi que La Bataille de Marathon, pour aider le réalisateur à transformer son concept en un scénario exploitable. De nombreux thèmes du film présentent des ressemblances avec les péplums de De Concini, notamment le blasphème des lieux saints, l'effondrement d'une entité souveraine décadente et l'attribution à une même actrice d'un double rôle symbolisant le bien et le mal, comme ce fut le cas pour Silvana Mangano dans Ulysse (1954). Selon Sergio Leone, De Concini « était bien meilleur pour improviser des histoires, en direct, devant les producteurs, que pour les écrire » ; ceci, ajouté à son curriculum vitae très prolifique, conduit le biographe de Bava, Tim Lucas, à croire que si De Concini a apporté de nombreuses idées à ce qui allait devenir Le Masque du démon, il n'a pas fait grand-chose pour le scénario proprement dit, que Lucas attribue à Marcello Coscia, qui a coécrit le premier film de science-fiction de Bava, Le danger vient de l'espace (1958).

Le générique du film ne mentionne que De Concini et le monteur du film, Mario Serandrei, comme scénaristes ; des documents officiels archivés à la bibliothèque du Centro sperimentale di cinematografia (CSC) de Rome créditent Bava, Serandrei, De Concini et Coscia, ainsi que Dino De Palma ; d'autres documents créditent également Fede Arnaud, Domenico Bernabei, Walter Bedogni, Lucia Torelli et Maria Nota. Dans le film, les références à Viï qui en résulte sont pour la plupart superficielles : les personnages du film, Andreï Gorobec, Choma Kruvajan et Iavoutitch, sont nommés d'après les personnages de l'histoire, Gorobets, Khoma Brutus et Iavtoukh, tandis que le village de Mirgorod partage son nom avec la collection dans laquelle le conte de Gogol est paru. Une chapelle en ruine figure en bonne place dans les deux œuvres, de même que la transformation d'une sorcière en une belle jeune femme ; le « masque du démon » en bronze martelé sur les visages d'Asa et de Iavoutitch est une référence possible au visage et aux paupières en fer de Viï.