L'abbaye Saint-Georges de Boscherville se situe dans la commune de Saint-Martin-de-Boscherville, dans le département de la Seine-Maritime. L'église abbatiale est presque intégralement de style roman.
L'église fait l’objet de multiples protections au titre des monuments historiques. : classement de l'église par la liste de 1840, classement du cloître en 1862, classement de la salle capitulaire en 1875, inscription de parcelles cadastrales en 1987 et classement de divers vestiges enfouis ainsi que divers bâtiments subsistants en 1989. Des bénévoles de l'association Chantiers Histoire et Architecture Médiévales ont participé à sa restauration entre 1987 et 1988..
Histoire
Le site sacré La première occupation du site où sera construite l'abbaye remonte à l'époque gallo-romaine où un temple carré avec une galerie en bois est édifié au . Il est remplacé au par un fanum puis, à l'époque franque par une chapelle funéraire installée dans la cella du fanum. Le site est occupé du , puis, à partir du par plusieurs édifices chrétiens qui sont à l'origine de l'abbaye.
En 1055, Raoul de Tancarville ou Raoul-le-Chambellan installe une communauté de chanoines dans la petite chapelle funéraire de de longueur par de largeur. La chapelle devenue trop petite pour la communauté, la collégiale dédiée à saint Georges est construite sur l'emplacement du temple et du fanum, son chœur à chevet plat est sous la salle capitulaire actuelle et elle a un petit cloître. Une charte-pancarte de 1080 décrit les travaux avec précision.
Dans un premier temps, les chanoines enseignent et prêchent avec le soutien de l'aristocratie puis, devenus riches et puissant, s'attirent l'hostilité de leurs bienfaiteurs. Leur rôle ne résiste pas à la montée du monachisme avec ses valeurs de pauvreté et de vie communautaire. Comme la collégiale de Boscherville, une trentaine de collégiales normandes disparaissent. En 1113 ou 1114, Guillaume de Tancarville, chambellan du roi les chasse pour fonder l'abbaye Saint-Georges de BoschervillePlusieurs sources : Jacques Le Maho, « Une collégiale normande au temps de Guillaume le Conquérant, Saint-Georges de Boscherville d'après les fouilles de 1981 » ; Actes des congrès de la Société d'archéologie médiévale, 1989, , , ; Claude Varoqueaux, Saint-Martin de Boscherville : Bulletin monumental, 1982, , , ; Nicolas Wasylyszyn, « Abbaye Saint-Georges de Boscherville »: Revue archéologique de l'Ouest, 1993, , ..
L'âge d'or Raoul de Tancarville (1066), chambellan de Normandie, fait une donation à la collégiale de Saint-Georges de Boscherville« Famille de Tancarville », sur Charles Cawley's Medieval Lands..
de Tancarville (vers 1075-1129), fils de Raoul, chambellan en chef de Normandie et d'Angleterre Charles Warren Hollister, Amanda Clark Frost, Henry I, Yale English monarchs, Yale University Press, 2001, . fonde l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville, S. GEORGIUS DE BALCHERI-VILLA, vers 1112/1113, qui remplace la collégiale fondée par son père. Grâce à son patronage, elle attire un grand nombre de donations, notamment celle du roi d'Angleterre qui lui donne le port de BénouvilleHenry I, .. Celle-ci devient le lieu de sépulture de la famille.
Les chanoines sont remplacés par une dizaine de moines bénédictins de l'abbaye de Saint-Évroult. Son abbaye-mère veut la garder comme prieuré, mais les fondateurs permettent par des dons à Louis, premier abbé de 1114 à 1157, de bâtir l'église et des bâtiments claustraux. Son successeur, Victor, abbé de 1157 à 1211, est un ancien moine de l'abbaye Saint-Victor de Caux. Il élève le cloître et un corps de logis, mais surtout la salle capitulaire qui montre son goût pour les Arts et où il est inhumé. Dans sa tombe, on trouvera une magnifique crosse d'abbé en laiton gravée et poinçonnée du début du . Pendant les quinze années de son abbatiat, doit défendre son autonomie que conteste toujours l'abbaye de Saint-Évroult, mais une bulle du pape de 1225 met fin à leurs prétentions. Dans l'église, en 1235, la charpente primitive est remplacée par une voûte gothique.
De sa fondation jusqu'en 1244 s'étend la période la plus prospère de l'abbayePlusieurs sources : Gallia Christiana, , ; Neustria Pia: 691-693 ; Albert Besnard, Monographie de l'église et de l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville, ..
Le déclin Les dons qui affluent sous la domination anglaise quand les Tancarville sont les chambellans du roi ralentissent, de Tancarville partageant ses faveurs avec les Cordeliers de Rouen.
Entre 1249 et 1269, Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, vient presque tous les ans à l'abbaye et constate le désordre, les moines ne sont plus que vingt, ils permettent aux étrangers l'accès au cloître, les restes de la table ne sont plus distribués aux pauvres mais aux domestiques, ils sont dépourvus d'une bonne Bible pour la lecture en commun et l'abbé quitte les offices, surtout ceux de mâtine. L'archevêque recommande de mettre de l'ordre et, en 1267, il constate que tout va bien.
En 1305, disparaît le dernier des Tancarville qui ont toujours été fidèle à l'abbaye. Elle passe aux d'Harcourt puis aux Orléans-Longueville qui ne l'oublie pas et l'abbaye adopte pour elle-même les armoiries de ses bienfaiteurs.
.
En 1390, le monastère vend le seul prieuré en Angleterre qu'elle a pu conserver. Ce prieuré se trouvait dans le village d'Edith Weston (Rutland). En 1412, l'abbé Guillaume-Étienne obtient du pape, pour lui et ses successeurs, le droit de porter crosse et mitre.
Pendant la guerre de Cent Ans, les terres de l'abbaye sont ravagées et il faut réparer l'église et le cloître. Au , il ne reste plus que huit moines qui ne peuvent remplir les charges imposées par les bienfaiteurs, mais les vocations reprennent et, en 1502, ils sont 12, puis en 1530. Antoine Bohier est le seul des abbés réguliers a accéder aux hautes fonctions ecclésiastiques et meurt cardinal archevêque de Bourges.
De 1506 à 1535, l'abbé Antoine Le Roux dont on a la très belle pierre tombale reconstruit une partie du cloître. Avec lui se termine la longue liste des abbés réguliersAlbert Besnard, Monographie de l'église et de l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville, ..
La décadence et la fin La mise en commende de l'abbaye où le roi donne à un grand seigneur, un étranger, revêtu du titre pour jouir des revenus, ayant des intérêts toujours distincts de ceux des religieux, résidant bien à part, dans une enceinte à lui réservé, ou au loin dans un château, un évêché, un bénéfice plus riche, est rarement un bénédictin. Il est remplacé dans l'abbaye par un prieur, il n'y a plus d'émulation, la discipline se relâche. Parmi ses abbés, deux cardinaux de la famille d'Este qui ne sont probablement jamais venus à Boscherville.
Un autre désastre s'abat sur l'abbaye, les guerres de Religion. En 1562-1570, les religieux s'enfuient et se cachent face à la fureur des protestants, l'église est dépouillée de tous ses ornements et de son mobilier, tous les bâtiments sont mis à sac. En 1590, on tente d'incendier l'église, le feu consume la maison abbatiale, le cloître et l'habitation des religieux sont ruinés.
En 1625, huit pendants d'ogive de la nef sont entrouverts et menacent ruine. De 1626 à 1676, l'abbé commendataire Louis de Bassompierre, évêque de Saintes, introduit la réforme de Saint-Maur et reconstruit une grande partie des bâtiments claustraux. En 1659, la congrégation de Saint-Maur qui a déjà sauvée de nombreuses abbayes négocie avec les religieux en place qui conservent leurs habitudes et le droit de nommer le prieur et les mauristes s'y installent le premier .
En 1690, Jean Louis Charles d'Orléans-Longueville, fils de la duchesse de Longueville, pose la première pierre du grand logis avec la salle capitulaire et les dortoirs. Les jardins sont tracés, l'église reçoit un mobilier luxueux.
En 1676, Jean-Louis d'Orléans-Longueville, après avoir été reconnu dément par jugement, est placé à l'abbaye où il meurt le et dont l'entourage contribue à l'embellissement de l'abbaye en finançant la construction du nouveau bâtiment conventuel..
En 1790, le nombre des religieux est tombé à sept. Le , l'Assemblée nationale décrète la suppression des ordres religieux donc de Saint-Georges de Boscherville. Le , les officiers municipaux de la commune de Saint-Martin-de-Boscherville prennent note du contenu de l'abbaye et signifient aux religieux qu'ils ne sont plus chez eux.
Lors de l'adjudication qui ne comprend pas l'église, un marchand de Rouen achète la maison abbatiale et claustrale avec les cours et les jardins. Une manufacture est installée dans le grand bâtiment mauriste.
L'église est en bon état, avec un mobilier suffisant, un jeu d'orgue complet alors que l'église et les bâtiments de la paroisse de Saint-Martin de Boscherville sont en ruines, les habitants décident de garder l'église de l'abbaye comme église paroissiale pendant que l'ancienne sert à la production de salpêtre.
Le , la fabrique arrête que, le dimanche suivant, les paroissiens se réuniront dans l'église abbatiale. Les habitants apprécient la valeur du trésor qu'ils possèdent par les lignes élogieuses écrites en 1820 par l'Anglais Taylor et Nodier dans leur Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, le comte de Laborde dans les Monuments de la France de 1816-1826, l'Anglais Cotman en 1822 qui publie des dessins de l'église et des chapiteaux dans Architectural Antiquities of Normandy et l'archéologue Arcisse de Caumont dans le Bulletin monumental. Quand la manufacture s'arrête, que le propriétaire vend les pierres au détail, que la salle capitulaire sert d'écurie et que son tour arrive, elle devient propriété du département en 1822. L'église et la salle capitulaire sont sauvéesAlbert Besnard, Monographie de l'église et de l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville, ..
Temporel L'abbaye a reçu les patronages et les dîmes de dans le diocèse de Rouen et une dans le diocèse de Lisieux, huit prieurés ou chapelles, trois prieurés ou manoirs en Angleterre, un hôtel à Rouen, des moulins, des terres, des droits de pêche, des exemptions de péage, le droit de prendre du bois de construction dans la forêt de Roumare, les dîmes des forêts de Lillebonne, de Fécamp, de Montebourg et les offrandes des fidèles lors de la fête de la Saint-Georges.
Au début du , elle a un revenu d'environ Albert Besnard, Monographie de l'église et de l'abbaye Saint-Georges de Boscherville, , pièces annexes, ..
Héraldique et Sigillographie
Armoiries : De gueules à l'écu d'argent en abyme, à l'orle de huit augemmes d'or, l'écu appuyé sur une crosse en pal (Armoiries des fondateurs de l'abbaye, les chambellans de Tancarville)Alfred Canel, Armorial des villes et corporations de la Normandie, ..
Sceaux : abbé Jean, 1308 : fragment de sceau rond de 55 mm, type abbatial sur champ frotté, appendu à une procuration aux États de 1308Douer d'Arcq, Collection des sceaux, volume 3, ; abbaye de Saint-Georges de Boscherville, 1387 : sceau rond 28 mm, Saint Georges en costume chevaleresque frappant le dragon de sa lanceGermain Demay, Inventaire des sceaux de la collection Clairambault, ; Henry d'Espinay de Saint-Luc, abbé commendataire, 1682, écu en chevron bisauté, couronné, timbré d'une mitre et d'une crosse, dans un cartouche embrassé par deux palmes. Henri Charles de Cambon de Coislin, abbé commendataire, 1687, écu à trois faces échiquetées de deux traits, timbré d'une mitre et d'une crosse, embrassé par deux palmes ; SIGILLVM.ABBATIǢ.STI.GEORGII, 1759, Saint Georges à cheval, frappat le dragon de sa lance ; 1785, écu à l'orle d'étoiles portant en abyme un écusson chargé de rinceaux, timbré d'une couronne de comte, entre une mitre et une crosse dans un cartouche accompagné de deux rameaux fleurisGermain Demay, Inventaire des sceaux de la Normandie, ..
Architecture