vignette|Un grand groupe de personnes remplissant des formulaires fiscaux au bureau des impôts (1920). La fiscalité a des sources historiques qui remontent à l'Antiquité. Elle est présente dans toutes les grandes civilisations mais a beaucoup évolué dans le temps et selon les pays, en fonction de l'état de développement socio-économique, environnemental et industriel, des besoins financiers et stratégies des États et de l'idéologie économique dominante.
Depuis que la fiscalité existe, elle semble avoir intégré une composante commerciale et douanières, des composantes directes et indirectes et avoir été associé à des régimes d'exemptionOikonomidès, N. (1996). Fiscalité et exemption fiscale à Byzance (IXe-XIe s.) (Vol. 2). Fondation nationale de la recherche scientifique, Institut de recherches byzantines., qui selon les époques et les systèmes fiscaux favorise des privilèges (religieux ou sociaux) ou tantôt vise à alléger la pression fiscale sur les plus pauvres. Elle peut avoir un lien sur la démographieKlapisch, C. (1969). Fiscalité et démographie en Toscane (1427-1430). Annales, 1313-1337. et peut être affectée (dès l'Empire romain) par la spéculation financière et des dévaluations de la valeur de la monnaieCorbier, M. (1978). Dévaluations et fiscalité (161-235). Les dévaluations à Rome, part, 1.. Plusieurs formes de fiscalité pouvaient s'additionner dans un même pays (comme avec la fiscalité pontificale gérée par le Vatican dans l'Europe catholique). La fiscalité peut inciter à surexploiter ou au contraire à gérer avec plus de parcimonie une ressource plus ou moins renouvelable (ressource forestière par exempleKarsenty, A. (2004). Enjeux des réformes récentes de la fiscalité forestière dans le bassin du Congo. Bois et forêts des tropiques, (281), 51-59.).
Antiquité En Chine, et dans la Grèce antique, puis l'Empire romain, la fiscalité est souvent associée au territoireCorbier, M. (1991). Cité, territoire et fiscalité (Vol. 143, No. 1, pp. 629-665). École Française de Rome.. Elle alimente le "trésor public" (ou de l'empereur...) qui permet la vie de la cité, la défense du territoire et qui finance les guerres et les alliances.
Il s'agit en fait d'offrir à tous ce qu'aucun ne pourrait se permettre seul.
Au Moyen Âge en Europe La fiscalité est royale, seigneuriale, religieuse et l'impôt peut être payé en nature (travail, intégration dans une armée...)Favier, J. (1971). Finance et fiscalité au bas Moyen Âge. Société d'édition d'enseignement supérieur.
Le financement de la Royal Navy et de la première révolution anglaise Lors de la Première Révolution anglaise menée par John Pym, le parlement britannique, dominé alors par les protestants idéalistes, les puritains, leva deux nouvelles taxes, qui devinrent très importantes dans l'histoire fiscale britannique, l'Excise Tax et l'Assessment Tax. Cette dernière sera relancée lors de la Glorieuse Révolution de 1688, en devenant la Land Tax.
L'Assessment Tax, créé en 1643 est le premier impôt à mettre à contribution les classes supérieures possédantes et la première à taxer les revenus du capital. Entre 1643 et 1646, cette taxe représente 25 % de la valeur des "rentes, annuités et officesThe century of revolution, 1603-1714 by Christopher Hill". Ensuite, son montant est divisé par deux pour revenir à un huitième.
La Royal Navy connut une forte croissance liée aux guerres contre les royalistes qui s'étaient réfugiés dans les colonies, avec le blocus de la Barbade et la conquête de la Jamaïque, une politique désignée sous le nom de Western Design, à dimension religieuse"English/British naval history to 1815: a guide to the literature", par Eugene L. Rasor, page 111 car dirigée contre l'inquisition espagnole, menée par l'amiral William Penn, qui représenta un coût de 80 millions de livres sur les deux décennies, 1640 et 1650The century of revolution, 1603-1714, par Christopher Hill, page 157 soit près de 4 millions de livres par anThe century of revolution, 1603-1714, par Christopher Hill, page 157. C'est le début de gros investissements dans les chantiers navals.
Au , deux systèmes différents en France et en Angleterre Alors que la croissance économique faiblit en Espagne et que l'unité nationale n'existe pas encore en Allemagne et en Italie, l'Angleterre et surtout la France, trois fois plus peuplée que sa rivale d'outre-Manche sont les deux grands États de l'époque. En Angleterre, la fiscalité est indirecte alors qu'elle est directe en France. L'alourdissement de la fiscalité lors de la Révolution financière britannique contribue en 1710 et 1715 à la colère manifestée lors des Émeutes de Sacheverell.
Un impôt foncier de 20 %, la Land Tax, est institué dès 1692Livre Les îles Britanniques à l'âge moderne, 1485-1783, qui vise à affaiblir l'aristocratie terrienne. Elle est facile à calculer car proportionnelle aux superficies détenues. Fixée à 4 shilling par livre (une livre étant composée de 20 shilling) son montant augmente chaque annéeLand tax or excise pour représenter 52 % de l'ensemble des recettes fiscales britanniques en 1696Histoire de l'Angleterre des origines à nos jours, par Philippe Chassaigne, page 180, avant de diminuer au cours des trois décennies pour revenir au niveau encore élevé de 30 % en 1730. De 1688 à 1713, en 25 ans, les impôts passent de 3 % à 9 % du PIB britanniqueThe Oxford History of the British Empire: The eighteenth century, par P. J. Marshall, page 67, la dette publique multipliée par 36, afin de financer la Royal Navy.
Dès 1694, le parlement anglais créée une taxe sur les alcools rapportant sterling par an, selon Elizabeth Tuttle (Les îles Britanniques à l'âge moderne, 1485-1783, page 169), qui déprime le marché du rhum. La Royal Navy surveille la perception d'impôts indirects élevés sur les produits tropicaux, le sucre et la mélasse des Antilles. Mécontents, les planteurs soulignent que le sucre français arrive par le port de Dunkerque quasiment net de taxesSugar and slavery: an economic history of the British West Indies, 1623-1775 by Richard B. Sherida, page 405. Déjà en 1685, le relèvement des taxes sur les sucres raffinés, décidé par un parlement souhaitant éviter le renforcement des pouvoirs jacobites aux Antilles avait provoqué leur colèreSugar and slavery: an economic history of the British West Indies, 1623-1775 by Richard B. Sherida, page 52.
La procédure du Writ of Assistance, créée sous Cromwell, facilite cette lourde fiscalité, en autorisant les perquisitions. En 1698 puis 1705, de nouvelles taxes sur le sucre sont ajoutéesSugar and slavery: an economic history of the British West Indies, 1623-1775 Par Richard B. Sheridan, page 62. En 1705, le sucre roux est taxé à hauteur de 342 %, niveau jugé prohibitif. Résultat, la stagnation des importations anglaises de sucre entre 1699 et 1713, à tonnes, alors qu'elles explosent en FranceSugar and slavery: an economic history of the British West Indies, 1623-1775, par Richard B. Sheridan, page 410.
Les colonies, soupçonnées d'être des foyers jacobites sont surveillées par un "bureau des plantations". Un corps de douaniers professionnels et bien payés, la "Commission of customs and excise" se met en place: il regroupe douaniers et contrôleurs fiscaux dès 1717The making of New World slavery: from the Baroque to the modern, 1492-1800 Par Robin Blackburn, page 262 C'est entre 1689 et 1715 que l'administration britannique a connu sa plus forte croissance, en raison d'une explosion des dimensions de la Navy, sous contrôle du parlementCustoms and excise: trade, production, and consumption in England, 1640-1845, par William J. Ashworth, page 342, selon l'historien William J. Ashworth, auteur de Customs and exciseCustoms and excise: trade, production, and consumption in England, 1640-1845, par William J. Ashworth, page 21.
Cette fiscalité inquiète le lobby colonial, qui brandit la menace de l'importation de sucre françaisSugar and slavery: an economic history of the British West Indies, 1623-1775 Par Richard B. Sheridan, page 60. Le Massachusetts, où se sont développées des distilleries, importait par exemple gallons de mélasse des Antilles britanniques en 1688, puis gallons, deux fois moins, en 1716, année où le Massachusetts importe galons de mélasse des Antilles françaisesCustoms and excise: trade, production, and consumption in England, 1640-1845 Par William J. Ashworth, page 323. Pour y remédier la parlement vote le Sugar and Molasses Act de 1733, qui taxe les mélasses de Saint-Domingue arrivant en Nouvelle-Angleterre, puis en 1764 le Sugar Act, qui sera l'une des causes de la Guerre d'indépendance américaine.
En France, l'impôt direct et indirect est payé principalement par les roturiers
Aux , la taille seigneuriale fut d'abord exigée du vassal, par le seigneur, pour prix de sa protection. À partir du et dans la France d'Ancien Régime, la taille est un impôt direct payé par les nobles ou le clergé, dès lors qu'ils ont acquis ou hérité de terres roturières, et par les roturiers, et notamment les paysans, pour les revenus de tous leurs biens et activités. La noblesse et le clergé en étaient dispensés, pour les revenus de leurs biens seigneuriaux ou ecclésiastiques issus de la concession de leur titres. (Marcel Marion. Histoire Financière de la France depuis 1715. vol.1). En 1439, elle devient un impôt royal permanent et annuel destiné à entretenir l'armée. La taille était calculée en fonction des biens et des revenus estimés -présumés- d'une personne (taille personnelle) ou en fonction des terres que cette personne possédait (taille réelle). Impôt différent selon les provinces, la taille est de plus en plus mal ressentie, mal supportée, et ses collecteurs de plus en plus haïs. Sa suppression fut demandée en priorité dans les cahiers de doléances en 1789.
En 1695, afin de résoudre les difficultés financières dues à la guerre de la ligue d'Augsbourg, Louis XIV crée un impôt direct supplémentaire, la Capitation qui devait en théorie peser sur tous les Français. Mais la noblesse et le clergé, par des exemptions diverses, réussissent à s'y soustraire et l'impôt est payé par les roturiers.
En 1749, le contrôleur général des finances Machault d'Arnouville crée le Vingtième, impôt direct sur les Revenus, destiné au remboursement de la dette de l'État frappant de 5 % (et non pas 20 % comme on peut le lire fréquemment), tous les revenus privilégiés ou pas. L'opposition déterminée de l'Église conduit Louis XV à suspendre, en 1751, cet impôt pour les propriétés ecclésiastiques, l'Église payant en lieu et place une augmentation du don gratuit, la contribution volontaire forfaitaire annuelle, versée depuis la fin du règne de Louis XIV, au bénéfice de l'État. Pour les non-ecclésiastiques, le Vingtième est porté à deux vingtièmes (10 %) en 1756, puis à trois vingtièmes (15 %) en 1760 (financement de la guerre de Sept ans). Il revient à deux vingtièmes (10 %) en 1763. En 1787, toutes les exemptions sont supprimées, y compris celle de l'Église, mais le refus de l'impôt s'est trop répandu depuis 1786, pour que la mesure fût efficace. En 1789, malgré ces refus et les défaillances dans le recouvrement, les deux Vingtièmes, encore restants, produisent 57 millions de livres. En 1789, le Vingtième est aboli.