En grammaire, en lexicologie et en phraséologie, une locution est un groupe de mots qui constitue une unité lexicale ayant un sens unitaire et se comportant, du point de vue grammatical, comme un mot unique appartenant à une certaine partie du discoursDubois 2002, Grevisse et Goosse 2007, .Constantinescu-Dobridor 1998, article locuțiune.. En grammaire, les locutions font partie de la catégorie plus large des périphrases et, en phraséologie, de celle des unités phraséologiques.

Critères

Pour vérifier si un groupe de mots est une locution ou non, on peut lui appliquer plusieurs critèresSection d’après Grevisse et Goosse 2007, , sauf les informations des sources indiquées à part. : La locution peut commuter avec un mot simple (critère paradigmatique), Il voyage en chemin de fer / Il voyage en voiture. Elle ne respecte pas une règle de la construction des syntagmes (critère syntaxique), par exemple : Le nom qui en fait partie n’a pas de déterminant : avoir lieu. On n’accorde pas un autre terme de la phrase avec le nom de la locution : Quelque chose est arrivé. Le verbe de la locution ne se soumet pas à la règle de la concordance des temps : Il rencontra une dame comme il faut. Le gérondif qui en fait partie n’est pas construit selon la règle : à son corps défendant. L’ordre des mots ordinaire n’y est pas respecté : sans coup férir. Son sens n’équivaut pas à l’addition des sens de ses constituants ( bande dessinée) ou elle est synonyme d’un mot unique (critère sémantique) : en vain = vainement. Le locuteur moyen est incapable d’analyser ses composantes, ce qui peut avoir plusieurs raisons : La locution contient un élément qui n’est plus utilisé dans la langue actuelle (un archaïsme) : d’ores et déjà. Un mot de la locution représente l’altération d’un autre mot : il y a belle lurette (altération d’heurette). Un nom propre de la locution n’est plus connu du locuteur moyen : fier comme Artaban (personnage de Cléopâtre , roman de La Calprenède). Elle contient un régionalisme non accepté par le standard de la langue en dehors de la locution : în zadar « en vain »Avram 1997, .. Elle contient une forme fléchie non acceptée par le standard en dehors de la locution : pe de lături « à côté » (la forme standard du nom est laturi « côtés »).

Cependant, ces critères sont rarement tous réunis, ce qui différencie les locutions des mots composés, ceux-ci résultant d’un figement. En effet, beaucoup de locutions ne sont pas totalement figées, de plusieurs points de vue possibles : La locution peut subir un changement syntagmatique : fier comme Artaban / aussi fier qu’Artaban. L’un de ses éléments peut changer de forme (point de vue morphologique) : j’ai l’air / ils ont l’air, bon marché / meilleur marché. Ses composantes peuvent être analysables : avoir faim s’oppose à avoir soif, machine à laver à machine à coudre.

Locutions appartenant aux diverses parties du discours

Dans certaines langues, comme le français, il y a des locutions appartenant à presque toutes les parties du discours. Seuls les numéraux et les articles n’apparaissent pas comme ayant des représentants en locutions, par exemple dans Grevisse et Goosse 2007. Cependant, une grammaire du roumain, comme Avram 1997, prend en compte des locutions numérales distributives : câte doi « deux par deux », câte trei « trois par trois », etc.Avram 1997, ..

Il y a donc des locutionsExemples de Grevisse et Goosse 2007, , et de Dubois 2002, . : nominales : chemin de fer, mise en jeu ; adjectivales : comme il faut ; pronominales : quelque chose ; adjectivales pronominales : n’importe quel ; verbales : avoir lieu, faire grâce ; adverbiales : à son corps défendant, en vain ; prépositionnelles : quant à, avant de ; conjonctives : bien que, avant que ; interjectives : Par exemple !.

Il y a parfois des parallélismes de structure entre locutions appartenant à des parties du discours différentes, par exemple (en roumain)Avram 1997, . : cu toate acestea « malgré cela » (locution adverbiale) – cu toate că « malgré que » (locution conjonctive) ; în jur « tout autour » (locution adverbiale) – în jurul « autour de » (locution prépositionnelle) ; înainte de (a) « avant de » (locution prépositionnelle) – înainte (ca) să « avant que » (locution conjonctive).

De tels parallélismes se créent parfois par dérivation : a aduce aminte « rappeler » → aducere aminte « rappel », a băga de seamă « remarquer, observer » → băgare de seamă « action de remarquer/observer, attention » et băgător de seamă « personne qui ne fait qu’observer, sans agir » (ironique).

Références

Sources bibliographiques

Avram, Mioara, Gramatica pentru toți [« Grammaire pour tous »], Bucarest, Humanitas, 1997 Constantinescu-Dobridor, Gheorghe, Dicționar de termeni lingvistici [« Dictionnaire de termes linguistiques »], Bucarest, Teora, 1998 ; en ligne : Dexonline (DTL) (consulté le ) Dubois, Jean et al., Dictionnaire de linguistique, Paris, Larousse-Bordas/VUEF, 2002 (consulté le ) Grevisse, Maurice, et Goosse, André, Le Bon Usage. Grammaire française, édition, Bruxelles, De Boeck Université, 2007 (consulté le )

Bibliographie supplémentaire

Martins-Baltar, Michel (textes réunis par), La locution, entre langue et usages, Fontenay-aux-Roses, ENS Éditions, coll. « Langages », 1997 Tolli, Francis (textes réunis et présentés par), La locution et la périphrase du lexique à la grammaire, Actes des Journées d’étude sur la locution organisées à l'Université de Pau les 16 et , Paris, L'Harmattan, coll. « Sémantiques », 2001

Voir aussi

Articles connexes Locution adverbiale Mot Mot composé Périphrase Syntagme

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