Tsugouharu FoujitaCf. : « Désormais, Fujita Tsuguharu devient et signe Tsugouharu Foujita » (ordre nom de famille puis nom personnel postnom inversé pour devenir nom personnel prénom puis nom de famille et le « u » de Fujita et le deuxième « u » de Tsuguharu sont transformés en « ou »).. ou , connu aussi sous son simple nom de famille, Foujita, ou sous le nom adopté à la fin de sa vie, Léonard Foujita, né le à Tokyo (Japon) et mort le à Zurich (Suisse), est un peintre, dessinateur et graveur français d’origine japonaise, également illustrateur, céramiste, photographe, cinéaste et styliste.

Biographie Enfance et adolescence au Japon Tsuguharu (Héritier de la Paix) Fujita (Foujita à son arrivée en France) est fils du général Tsuguakira Fujita., médecin de l'Armée impériale japonaise et de Masa, qui meurt prématurément en 1891 à Kumamoto. Tsuguharu a un frère aîné et deux sœurs qui le protègent au moment de la mort de leur père. Le berceau familial est particulièrement cultivé et ouvert aux idées occidentales nouvelles pour le Japon de l'époque.

Inscrit aux cours de français dès l'école primaire, Tsuguharu étudie la peinture de style occidental aux Beaux-Arts de TōkyōFondaation Foujita, Léonard Tsugouharu Foujita, biographie (dates), obtient son diplôme en 1910 et n'a qu'une idée en tête : aller à Paris. En 1913, il s'embarque finalement pour Marseille et arrive à Paris dans le quartier du Montparnasse le au matin, Sabine Cayrol, « Foujita : sa dernière demeure est son œuvre », Paris-Match, février 1968. Il s'est engagé auprès de sa famille à revenir au bout de trois ans, notamment pour épouser sa fiancée TomikoDavid Briand, « Périgord noir : le séjour méconnu du grand peintre japonais Foujita dans la vallée de la Vézère pendant la Grande Guerre », Sud Ouest, .. Avec son meilleur ami Riichirō Kawashima, il s'installe à Montfermeil, en banlieue parisienne ; la Première Guerre mondiale arrive et leur maison est détruiteDavid Briand, « En 1915-1916, le grand peintre Foujita vécut dans le Périgord », Sud Ouest Week-End , supplément à Sud Ouest, , .. En , ils se réfugient dans le Périgord noir, entre Les Eyzies et Montignac ; le comte Alphonse Claret de Fleurieu, fait alors installer les deux peintres dans la maison forte de Reignac puis, au départ de Kawashima à l'automne suivant, accueille Foujita dans son château de Marzac, que le peintre va quitter en .

Arrivée à Paris vignette|redresse|Modigliani dans l'atelier de Foujita à la cité Falguière (1909).

Le lendemain de son arrivée, le peintre chilien Manuel Ortiz de Zarate, qui l'aborde à la terrasse d'un café, l'entraîne chez Pablo Picasso qui provoque le premier grand choc de sa vie d'artiste. Les compositions cubistes et les peintures du Douanier Rousseau de l'atelier de Picasso le poussent à oublier ce qu'il sait et à se jeter à fond dans la bataille des avant-gardes de l'art moderne que livre une centaine d'artistes de son âge décidés comme lui à imposer leurs idées nouvelles à Paris. Déjà bien avant la Première Guerre mondiale, l'École de Paris existe pour éclore tout à fait après 1918. Foujita en devient l'une des stars. Amedeo Modigliani, Jules Pascin, Hermine David, , Moïse Kisling, Chana Orloff, Chaïm Soutine, André Derain, Maurice de Vlaminck, Fernand Léger, Juan Gris, Michális Ikonómou, Henri Matisse et, en général, tous ses voisins de Montparnasse, dont le peintre japonais Ruytchi Souzouki, deviennent ses amis....

Les premières expériences à Paris et Londres Après avoir résidé à l’Hôtel d'Odessa (en 1913), Foujita partage l'atelier de son premier ami japonais à Paris, Kawashima, dans une zone mal définie proche des fortifications au sud de Montparnasse. Ils suivent l'enseignement néo-grec de Raymond Duncan. Il hésite entre la danse et la peinture. Après un séjour à Londres en 1914, il revient cité Falguière, près de Soutine et Modigliani, jusqu'à ce qu'il rencontre sa première femmeActe dressé au de Paris, mariage de 1917., Fernande Barrey, en 1917, et qu'il installe son atelier dans sa cour, au , rue Delambre, où il restera jusqu'en 1924Exposition « Étrangers célèbres et anonymes du arrondissement », mairie du , octobre 2011, . (lien vers le livret en ).. vignette|Foujita photographié par Jean Agélou en 1923.

Les premiers succès parisiens Sa première exposition personnelle financée par François Coty. chez Georges Chéron en est un triomphe. ; il expose dans un genre mi japonais, mi-gothique, que Picasso admire. Avec ses gains, il offre un oiseau à Fernande, qui est à l'origine de cette exposition et installe chez eux une baignoire avec l'eau chaude courante, ce qui fait aussi le bonheur des modèles, dont Kiki de Montparnasse, modèle favori, dont on admire la beauté dans le fameux Nu couché à la toile de Jouy. (musée d'art moderne de la ville de Paris). En odalisque alanguie, le nu de Kiki fait sensation au Salon d'automne de 1922 et se vend pour l'énorme somme de .

Si Kiki de Montparnasse était cruciale à son succès, il n'en était pas moins qu'elle restait un modèle difficile. Il raconte, dans sa préface pour Souvenirs : En 1918, le poète et marchand polonais Léopold Zborowski entraîne Soutine, Modigliani et sa femme, Jeanne Hébuterne, avec Foujita et Fernande à Cagnes, pour s'abriter des bombes et vendre leurs peintures dans les palaces de la Côte d'Azur. C'est un moment fort pour Foujita qui peint avec ses deux amis pendant tout un été et qui rencontre Auguste Renoir juste avant sa mort.

Très rapidement, en particulier après ses trois premières expositions personnelles, Foujita connaît la gloire. Il est de tous les Salons de peinture, non seulement à Paris mais aussi à Bruxelles, en Allemagne, aux États-Unis et au Japon ; son nom et les photographies de ses exploits illustrent de nombreux articles de la presse nationale et internationale.

Le triomphe des Années folles à Montparnasse vignette|gauche|redresse|Robert Desnos et Youki. vignette|redresse|Portrait de Tsugouharu Foujita par Ismael Nery (1930).

Alors que Fernande se détourne de lui, Foujita rencontre à la Rotonde Lucie Badoud, qu'il surnomme Youki ( signifie « Neige » en japonais), à cause de la blancheur de sa peau ; elle devient non seulement sa muse mais aussi une égérie de Montparnasse.. Ils sont de tous les bals et les stars des Années folles.

Le succès de Foujita tient à son style tellement original et nouveau qui le situe à la frontière de l'Orient et de l'Occident, dans un registre où il excelle. Ses sujets, de préférence occidentaux, sont dessinés avec sobriété et minutie sur des fonds ivoire de sa fabrication, qui lui permettent de déposer un fin et vigoureux trait noir et des couleurs à l'huile transparentes et légères. Foujita remet en vigueur un second japonisme. Ses tableaux de femmes, d'enfants et de chats entrent dans les plus grandes collections.

En 1925, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en France. C'est sans doute l'un des artistes qui gagnent le plus d'argent. Il est envié et inconscient de l'ampleur de sa réussite. Celle-ci lui attire en 1928 un lourd redressement fiscal qui va bouleverser sa vie.

En 1928, il obtient le divorce et épouse en secondes noces YoukiActe dressé au de Paris, mariage de 1929.. Afin d'aller y vendre ses œuvres, il retourne à Tokyo avec Youki après dix-sept ans d'absence et après avoir répudié sa première fiancée. Il doit diminuer son train de vie, vendre maison et voiture et perd Youki, follement éprise de Robert Desnos. Après avoir tenté l'expérience d'une vie à trois, Foujita ne voit qu'une issue possible, quitter Paris.

Période d'itinérance et retour avec succès au Japon Il part fin avec son modèle, Madeleine, pour un voyage extraordinaire de deux ans en Amérique latine. Il se contente de laisser une lettre d'adieu à Youki et de recommandation à Desnos. Madeleine, dite Mady Dormans, l'aide à surmonter ses déboires et leurs découvertes, Brésil, Argentine, Colombie, Pérou, Mexique et Californie, lui redonnent goût à la vie et à la peinture. Au Brésil, il est accueilli à Rio de Janeiro, en , par le peintre Candido Portinari.. Le couple vit du fruit des expositions et arrive à Tokyo le . Il y est accueilli comme une vedette et, très vite, organise à la galerie Nichido une succession d'expositions. Il devient alors membre de Nikakai et réalise de grandes peintures murales. Madeleine meurt soudainement d'une overdose à Tokyo en juin 1936.. Il fait la connaissance d'une jeune Japonaise, Kimiyo Horiuchi, auprès de qui il trouve le réconfort. En 1938, Foujita se rend en Chine avec d'autres peintres, comme Ryōhei Koiso, en tant que peintre attaché aux armées en guerre.

Bref retour à Paris et période de la guerre au Japon Il séjourne à nouveau à Paris de 1939 jusqu'à l'arrivée des Allemands en . De 1939 à 1945 il travaille à des œuvres et des expositions de peintures de guerre, dont « Sensō-ga », La Bataille de la rive de la rivière Khalka (哈爾哈河畔之戦闘) (voir bataille de Halhin Gol) et La Charge suicide d'Attu (アッツ島玉砕). Sa collaboration au militarisme japonais, puis avec les Américains, sera à l'origine de critiques à l'après-guerre.

Sur son action dans l’armée impériale japonaise pendant cette période, l’historien J.-L. Margolin écrit que . Une organisation japonaiseLigue japonaise de la culture démocratique. précisant même en 1946, que Foujita . Cela ne l’empêcha pas d’être, dès 1945, .

Renaissance à New York Seul son départ définitif du Japon pourra l'apaiser. Après une attente de trois années pour obtenir un visa, Foujita s'envole pour New York en 1949, protégé par le général MacArthur.. Kimiyo ( - ), celle qui sera sa dernière épouseAya Louisa McDonald, « the artist's widow syndrome East and West : the case of Foujita Kimiyo », Art Journal, vol.76, n°1, printemps 2017, Fondation Foujita, Merci, chère Kimiyo Foujita, le rejoint quelques semaines plus tard. Les peintures qu'il expose à la galerie Komor à New York demeurent parmi ses chefs-d'œuvre, dont Au Café (Roubaix, Musée de la Piscine).

Retour définitif à Paris, conversion au christianisme et apaisement mystique Le , Il retrouve Paris et s'installe avec Kimiyo de nouveau à Montparnasse, renouant avec ses anciens marchands et le succès. Paul Pétridès, Romanet et Jeanne Jarrige-Bernard sont ses principaux marchands. Ils lui organisent des expositions en Algérie, au Maroc et en Espagne. Son ami Georges Grosjean, journaliste, et Victor Berger-Vachon l'aident dans sa nouvelle carrière. Il repart à zéro à Paris. Il mène une vie calme, laborieuse, sereine et retirée du monde. Il se rend régulièrement à la cité Falguière pour dîner chez son ami Tadashi Kaminagai., qui, sur sa recommandation, s'était installé pour quelques années au Brésil en 1941 et y avait rencontré le succès.

En 1955, il obtient la nationalité française.

Il se convertit au catholicisme le , après avoir connu, en compagnie de son ami Georges Prade, une illumination mystique en visitant la basilique Saint-Remi, à Reims. Sa marraine est Béatrice Taittinger, son parrain René Lalou ; il prend le prénom baptismal de « Léonard », en l'honneur du bienheureux Léonard Kimura, l'un des martyrs du Japon. Le prénom évoque aussi l'amour qu'il voue à l'art de Léonard de Vinci.

Il achète en 1960 une petite maison à Villiers-le-Bâcle, dans la vallée de Chevreuse, pour y passer une retraite artistique avec sa femme, recevant seulement de bons et vieux amis.

En 1964, il décide avec René Lalou — son parrain, qui dirigeait la maison de champagne Mumm —, de bâtir et décorer une chapelle à Reims : la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix, dite chapelle Foujita, commencée en 1965, et terminée en 1966. Son dernier grand chantier sera les fresques de cette chapelle en étroite collaboration avec l'architecte rémois Maurice Clauzier« Cinq choses à savoir sur Foujita », Interenchères, 14 novembre 2023.

thumb|285px|L'ancienne tombe de Tsugouharu Foujita au cimetière de Villiers-le-Bâcle (Essonne).