Le pont de pierre de Bordeaux est un pont à voûtes en maçonnerie franchissant la Garonne à Bordeaux, commune française du département de la Gironde. Il permet de relier le centre-ville au quartier de La Bastide, sur la rive droite.
Le pont de pierre, commencé sous en 1810, et achevé sous Louis XVIII en 1822, a été conçu par les ingénieurs Claude Deschamps et Jean-Baptiste Basilide Billaudel. y travaillèrent. D'une longueur de , l'ouvrage présente construites sur . Le pont, d'une largeur initiale de , est passé à une largeur de en 1954. Il est construit en pierre et en brique, avec la particularité de comporter des espaces vides intérieurs.
Contrairement à une croyance populaire, il n'a jamais été décidé de construire le pont avec pour correspondre au nombre de lettres de Napoléon Bonaparte. À l'origine, le pont devait compter , mais pour des questions budgétaires et architecturales, deux arches ont finalement été retirées du projet en 1819..
Le financement de l'ouvrage, à hauteur de de francs fut mixte : le négociant bordelais Pierre Balguerie-Stuttenberg créa, en 1818, la Compagnie du pont de Bordeaux pour lever les financements privés nécessaires à l'achèvement des travaux, pour un montant de deux millions de francs. En contrepartie la Compagnie du pont bénéficiera d'un droit de péage. Celui-ci sera racheté par la ville de Bordeaux en 1863, ce qui permet le rattachement de La Bastide à Bordeaux au .
Le pont de pierre est inscrit monument historique depuis le , consulté le 3 septembre 2009..
Géographie et urbanisme thumb|left|Plan de Bordeaux en 1840. Le pont de pierre modifia la configuration de Bordeaux en lui faisant prendre possession, en 1865, du quartier de La Bastide situé sur la rive droite où la ville allait pouvoir s'étendre et implanter de nouvelles installations portuaires.
Situation
Le pont de pierre relie le centre-ville de Bordeaux par le cours Victor-Hugo et la place de Bir-Hakeim avec la porte de Bourgogne au quartier de la Bastide par la place Stalingrad et l'avenue Thiers.
Le commerce bordelais s'opposait à un pont qui eût condamné la partie du port de la Lune située en amont de l'ouvrage et en particulier les chantiers navals de Paludate, ce qui finit par se produire.
L'actuelle place Stalingrad devait recevoir un décor néoclassique entourée d'arcades qui aurait offert un pendant « moderne » à l'actuelle place de Bir-Hakeim avec la porte de Bourgogne, mais cet aménagement ne fut pas réalisé.
Une perspective fut créée jusqu'aux coteaux de Cenon avec l'actuelle avenue Thiers. Puis une nouvelle voie conduisait à un autre ouvrage de Claude Deschamps avec le pont de Libourne sur la Dordogne construit entre 1820 et 1824.
Annexion de La Bastide Dès 1821, le maire de Bordeaux Joseph-Marie de Gourgue et son conseil municipal demandent à Louis XVIII l'autorisation de réunir une partie du territoire de Cenon à Bordeaux. Le projet est refusé par le maire de Cenon Joseph Tranchère de Chateauneuf et Bordeaux n'obtient pas l'extension de l'octroi sur ce territoire. Puis en 1847, le député Alexandre-Étienne Simiot relance ce projet d'annexion en ces termes : « Une grande ville en possession d'un grand fleuve… dans l'intérêt de sa prospérité commerciale doit masser sa population autour de son port…. Ce port sera le plus près possible, en face de nous, à La Bastide, et pour cela il faut que cette localité fasse partie de Bordeaux. L'intérêt immédiat de la ville exige cette réunion, et comme corollaire, le pont doit être affranchi de tout péage. »
C'est alors le conseil municipal de Bordeaux qui refuse le projetAnnexion de La Bastide Histoire des maires de Bordeaux.
En 1853, le préfet Pierre de Mentque organise une commission, présidée par le maire de Bordeaux Antoine Gautier, chargée d'étudier non seulement l'annexion de La Bastide mais aussi de territoires sur la rive gauche (Caudérant, Mérignac, Bègles…). Antoine Gautier refuse finalement le projet préfectoral.
Enfin en 1863, c'est le maire Pierre Castéja qui rachète le péage du pont de pierre en échange de l'agrandissement de Bordeaux sur la rive droite. Le décret impérial du décide de l'annexion de plus de la moitié de Cenon ainsi qu'une partie de Floirac et de Lormont. Cette décision devient effective au avec la création du nouveau quartier Bordeaux-Bastide.
Historique Depuis l'Antiquité, Bordeaux se heurtait à l'infranchissable Garonne, animée par le flux et le reflux des marées et sujette à des crues violentes. Pour pénétrer dans la ville les voyageurs devaient traverser le fleuve sur des bacs.
Genèse En 1771, l'ingénieur Le Ragois de Saint-André effectua un voyage d'études en Europe et présenta un projet de pont de pierreJacques Sargos, Bordeaux Chef-d'œuvre classique, Horizon chimérique, Bordeaux, novembre 2009 pages 368 et 369. Puis en 1772, l'intendant Louis-Urbain-Aubert de Tourny fait adopter par Philibert Trudaine de Montigny, Directeur des PontsPhilibert Trudaine de Montigny, le principe de la construction d'un pont franchissant la Garonne.
L'architecte Jean-Rodolphe Perronet, qui créa en 1775 l'École royale des ponts et chaussées (aujourd'hui École nationale des ponts et chaussées) et maitre d'œuvre du pont de la Concorde à Paris, considérait impossible la construction d'un pont à Bordeaux compte tenu des conditions difficiles du fleuve. Le maréchal de Richelieu, gouverneur de Guyenne, à qui l'on proposa de poser la première pierre répondit « qu'il aimerait mieux en poser la dernière! ». En effet, le projet de Le Ragois fut abandonné et les autorités envisagèrent alors une passerelle de bateaux.
L'impulsion napoléonienne En , Bordeaux accueille pour la première fois l'empereur Napoléon , sur la route de son trajet vers Bayonne, où l'attend la famille royale espagnole des Bourbons. Bonaparte arrive à Bordeaux dans une atmosphère tendue en dépit des festivités qui ont été organisées en son honneur.. La ville a été durablement affaiblie par les excès de la Révolution, la perte de Saint-Domingue, et la dynamique du blocus continental. Les espoirs soulevés lors de la paix d'Amiens ont été vite déçus et la situation économique de la ville se dégrade d'année en année. Lors de son passage du , Napoléon est frappé de l'incommodité du passage de la Garonne, particulièrement pénalisante pour le transport de troupes. Ainsi, après son arrivée à Bayonne, l'empereur prend, le , un décret énumérant la liste des travaux nécessaires à Bordeaux, incluant un pont. Cette manœuvre vise à la fois à s'attirer la sympathie des élites commerçantes et faciliter l'acheminement des troupes. En effet, lors de la guerre d'indépendance espagnole, ses troupes se dirigeant vers la péninsule ibérique ont dû franchir la Garonne au moyen d'embarcations.
Les décrets datés des et Décret impérial du 25 avril 1808 Archives départementales de la Gironde. stipulent :
Un autre décret du précise les modalités de financement, celui-ci devant être supporté pour moitié par l’État, et pour moitié par la ville de Bordeaux.. Il prévoit que le pont soit construit en bois car « L'économie,… les besoins militaires, ne pouvaient plus se satisfaire des traversées par bacs. »
L'ingénieur des Ponts et Chaussées Claude Deschamps est désigné responsable des travauxCatherine Darfay L'obstiné du pont de pierre Sud-Ouest, 27 décembre 2011..thumb|Claude Deschamps, ingénieur des ponts et chaussées et concepteur du pont de pierre.
Chronologie des travaux Les travaux commencent en sous la direction de l'ingénieur Didier puis celle de l'ingénieur en chef, Charles-Chrétien-Constant VauvilliersGermain Sarrut, Biographie des hommes du jour, industriels,--conseillers-d'Etat,--artistes ..., lui-même sous les ordres de Claude DeschampsBiographie de Charles-Chrétien-Constant Vauvilliers Biographiques des ingénieurs des ponts et chaussées . Les travaux de Vauvilliers concernent uniquement les fondations des piles.
Claude Deschamps mènera l'opération à son terme, mais près de dix ans plus tard. À la chute de l'empire en 1814, le projet s'arrête par manque de financement. Les travaux reprennent en 1818. En 1819, la décision est prise d'un pont uniquement en maçonnerie de briques et de pierres. Le pont est ouvert au public le , la facture totale sera de .
Construction
La construction du pont est d'abord prévue en bois reposant sur des piles en pierre, puis avec des voûtes en fer, les deux projets présentant une travée mobile. Le pont en pierres et en briques fut décidé en 1819Pont de pierre Direction régionale des affaires culturelles d'Aquitaine. Durant les douze années de la construction, les ingénieurs, Claude Deschamps et son gendre Jean-Baptiste Billaudel, futur maire de Bordeaux, doivent faire face à de nombreux problèmes en raison du courant très fort à l'endroit choisi.
La pose de la première pierre est effectuée en . Un an plus tard, en , une crue de la Garonne emporte les pieux d'échafaudage et les fondations de cinq piles côté rive droite, tandis que celles situées côté rive gauche sont envahies par la vase. À la fin de l'Empire en 1815, six piles seulement ont pu être construites1822 : Le pont de pierre Histoire des maires de Bordeaux, page 291 et les travaux s’arrêtent faute de financement.
En 1816, Pierre Balguerie-Stuttenberg, soutenu par Joseph-Henri-Joachim LainéJoseph-Henri-Joachim Lainé, d'origine bordelaise, est ministre de l'intérieur pendant la Seconde Restauration., prend la tête d'une société anonyme, la Compagnie du pont de Bordeaux, composée d'armateurs et de négociants bordelais dont Daniel Guestier, Paul Portal et Walter Johnston, afin de poursuivre la construction du pont de pierre, en assurant un financement complémentaire à celui de l'État. L'association propose au gouvernement d'apporter deux millions de francs pour continuer les travaux sur un budget global de 6,5 millions de francs. En échange de ce financement, une concession de l'exploitation du pont serait accordée pendant 99 ans à la société avec un droit de péageJusqu'en 1863, le passage était payant et coûtait un sou pour les piétons et cinq sous pour les cavaliers. À l'initiative du maire Pierre Castéja, la municipalité rachète les droits de péage en 1863.. L'état accepte cette offre avec comme condition de terminer les travaux sous trois ansPont de Pierre (1822), sur Structurae..
Les travaux reprennent donc en 1819, date à laquelle Claude Deschamps propose au Conseil général des Ponts et Chaussées la construction d'un pont en maçonnerie, car il estime que les voûtes en pierre permettent des portées plus importantes que la charpente en fer prévue initialement. Il prévoit de construire dix-sept arches en pierre dans le délai imparti de trois ans. Le Directeur Général des Ponts et Chaussées Louis Becquey accepte cette nouvelle proposition technique, sous réserve que chaque pile soit chargée pendant 3 mois par un poids équivalent à celui d'une voûte, afin de vérifier sa résistance à la charge. Les piles sont construites sur 220 pieux de pin des Landes et de sapin, enfoncés d'une dizaine de mètres de profondeur jusqu'au terrain stable. Les pieux ont été recépés à sous le niveau des basses eaux. Les têtes des pieux sont reliées par un chevêtre, et les vides ont été comblés par des pierres. C'est grâce à une cloche de plongée empruntée aux Britanniques que les piliers du pont sont stabilisés. La brique de parement extérieur provient de la vallée du Dropt. Les briques de la maçonnerie intérieure sont fabriquées à La Bastide, avec du limon de la Garonne, et cuites grâce à deux fours. La pierre est extraite des carrières de Saint-Macaire. Son durcissement au contact de l'air et de l'eau lui a donné une grande résistanceJean Missègue, Langage de pierre, page 151. La pierre de Vianne est également utilisée pour cet ouvrage, et pour d'autres ponts de la région.
thumb|Vue intérieure du pont.