Cellatex SA est une ancienne société française de filature de viscose, qui a été fondée en 1981, sur la base d'une activité créée en 1902 à Givet, en Ardennes (France), et liquidée en 2000.

La fermeture de Cellatex marque la fin en France d'une filière à la fois chimique et textile, née d'approches innovantes apparues à la fin du , prospère dans l'entre-deux-guerres et pendant les Trente Glorieuses. Cellatex est l'ultime raison sociale d'une entreprise qui en a changé à plusieurs reprises, à la suite des fusions, absorptions, changements d'actionnaires et restructurations.

En 2000, la liquidation judiciaire est marquée par une occupation du site de Givet, les ouvriers menaçant d'utiliser les produits chimiques pour faire sauter les installations ou polluer la Meuse. Ce mouvement assez dur rencontre un écho médiatique important et permet aux ex-salariés d'obtenir des mesures d'accompagnement plus significatives.

Invention de la soie artificielle

Durant plusieurs siècles, on a cherché à imiter le ver à soie. Au milieu du , l’évolution des habitudes vestimentaires et les difficultés d'approvisionnements en soie, à la suite des maladies de la pébrine et de la flacherieDans la deuxième moitié du , ces maladies déciment les élevages de vers à soie en France, en Europe et en Asie. Elles provoquent le déclin de la sériciculture française malgré les recherches de Louis Pasteur et les progrès de la microbiologie., renforcent l’intérêt de ces recherches..

Un Français, le comte Hilaire de Chardonnet, assistant de Louis Pasteur dans ses recherches sur les maladies du ver à soie, réussit à tirer profit de travaux de chimistes, tel le Suisse George Audemars.. Il met au point un premier procédé industrialisable pour dissoudre la cellulose, faire passer le produit obtenu à travers une filière, et le solidifier à la sortie.

En 1890, Hilaire de Chardonnet, considéré comme le père de la soie artificielle., fonde en 1890 la « Société anonyme pour la fabrication de la soie de Chardonnet », avec des ateliers situés à Besançon. C’est la première usine produisant industriellement de la soie artificielle et exploitant le procédé à la nitrocellulose (appelé encore procédé au collodion)..

Dans son prolongement, des Allemands, des Américains et des Anglais, mettent au point des procédés industriels très proches, différant dans la façon de solubiliser la cellulose et de la régénérer.

Trois principaux procédés viennent ainsi concurrencer l'approche exploitée par le comte Hilaire de Chardonnet : le procédé au cuivre ; le procédé viscose ; le procédé à l'acétate de cellulose.

En , une deuxième usine est créée en France, à Givet, la Société « La Soie Artificielle » pour fabriquer la soie avec le procédé dit de la soie au cuivre. Ses fondateurs sont des acteurs de l'industrie et de la finance, à l'affût des évolutions de l'industrie textile : les familles Schlumberger, Noack-Dollfus, Jordan, Bernheim, Frémery, Herbelot, Monod, et l'économiste Edmond Théry.. Le site industriel retenu est situé à trois kilomètres de la ville de Givet, au lieu-dit « les Quatre Cheminées », et à deux kilomètres de la frontière belge, le long de la route reliant Givet à Namur. Le même groupe d'actionnaires s'associe à des teinturiers lyonnais, les Gillet, pour créer une autre entreprise utilisant le même procédé, la « Soie Artificielle d'Izieux », à Izieux à côté de Saint-Chamond..

En 1911, les Gillet créent avec leur concurrent, le groupe CarnotCe groupe concurrent, le groupe Carnot, a été fondé par Ernest Carnot, de la famille Carnot. Ernest Carnot (1866-1955) est ingénieur civil des mines, fils de l'ex-président de la République française Sadi Carnot et petit-fils par sa branche maternelle de l'économiste Charles Brook Dupont-White. Au début du , Ernest Carnot fonde la société « La Viscose française » et crée ensuite des filiales en Espagne, Italie, Belgique et Suisse., une entreprise de commercialisation des textiles artificiels, le « Comptoir des Textiles Artificiels » (CTA).. Ce Comptoir des Textiles Artificiels rachète également d'autres usines, dont l'usine historique de Besançon..

En 1912, les usines de Givet et d'Izieux abandonnent le procédé de la soie au cuivre pour le procédé viscose. L'usine de Besançon fait de même. La soie de viscose a l'avantage d'être obtenue à partir de la pâte de bois et de se contenter de produits chimiques peu coûteux. Son prix de revient est moindre.. Au-delà de ces trois entreprises, c'est toute la filière française de la soie artificielle qui converge, peu avant la Première Guerre mondiale, vers cette technique. De 1900 à 1913, la quantité de soie artificielle produite en Europe est multipliée par dix et représente désormais, juste avant la Première Guerre mondiale, un tiers de la quantité de soie naturelle produite. La superficie des bâtiments de Givet passe de en dix ans.. L'usine de Givet emploie en 1914.

À partir du , Givet se retrouve en territoire occupé et l'usine est transformée en partie en hôpital, en partie en fabrique de graisse, de margarine et de conserves alimentaires. Le matériel industriel lié à l'activité textile est réquisitionné et expédié en Allemagne. Les transmissions, et les moteurs sont enlevés. Le matériel qui ne peut pas être envoyé est brisé sur place après avoir été dépouillé des parties en plomb, cuivre, bronze..

Développement du procédé viscose La reconstitution des installations industrielles textiles de Givet commence début , soit deux mois après l'Armistice. En , la direction de l'entreprise envoie une délégation en Allemagne pour tenter de récupérer le matériel réquisitionné par l'occupant pendant la Première Guerre mondiale, avec l'aide des services du ministère de la Reconstruction industrielle, destinés spécifiquement à la restitution et installés à Wiesbaden. Soixante-cinq wagons de matériels sont réexpédiés à Givet, facilitant le redémarrage de l'activité le .

vignette|gauche|Vue aérienne des usines de la viscose d'Échirolles en 1928. Un peu partout en France, cette même activité de fabrication de soie artificielle, un moment désorganisée par le conflit, s'amplifie. En 1920, cette production dépasse en poids celle de la production de soie naturelle. La raréfaction de la soie du bombyx, et le développement du luxe et faux-luxe dans toutes les classes sociales créent une dynamique propice à l'activité de production de viscose. Les deux entreprises de production de soie artificielle de Givet et d'Izieux, ayant pratiquement les mêmes actionnaires, fusionnent en 1922. Mais les brevets d'origine étant tombés dans le domaine public, de nouveaux producteurs apparaissent.. Le nombre d'usines se densifie, une cinquantaine de sites industriels sont créés en France dont, toujours par la maison GilletLa famille Gillet, à Lyon, détient, à la sortie de la Première Guerre mondiale, un ensemble important d'entreprises industrielles dans le textile et la chimie. Enemond Bizot (1900-1988), le gendre d’Edmond Gillet, s'associe alors à son cousin Lucien Chatin (1868-1947), directeur de l'entreprise « La soie artificielle d'Izieux », pour fonder la « Société Nationale de la Viscose » et faire construire l'usine à Grenoble., une importante usine à Grenoble, plus précisément entre Grenoble et ÉchirollesL'usine est sur le territoire de Grenoble, à la limite entre ce territoire et celui d'Échirolles. La cité-jardin de la Viscose est sur Échirolles. Au début des années 1980, une rocade, la rocade sud a été construite entre les deux sites, aboutissant à un immense échangeur.. Le site est suffisamment important pour que la Société grenobloise de tramways électriques desserve spécialement l'usine par une double voie depuis le Rondeau.

Pendant les années 1920-1930, à Givet, sont construits à proximité, les « Cités de la SoiePhotographie aérienne en lien externe. », ainsi qu'une chapelle en 1932. Les autocars sillonnent la région, en France et en Belgique, pour amener à pied d’œuvre les ouvriers. Lorsqu'en 1932 Georges Simenon décrit une usine à Givet, dans son roman Chez les Flamands, c'est clairement l'usine de soie artificielle, rue du Bon Secours, qui l'inspire.. La fabrication du fil de soie artificielle à partir de feuilles de pâte de bois est un travail pénible, dans la chaleur, l'humidité, les acides et l'odeur « d’œuf pourri » due à l’hydrogène sulfuré..

La crise économique des années 1930 stoppe la création de nouvelles usines de soie artificielle. La période faste est finie. Des usines ferment.. En 1934, une loi interdit l'appellation « soie artificielle » sous la pression des soyeurs traditionnels : le fil viscose s'appelle désormais « rayonne » (et « fibranne » lorsqu'il s'agit de fibres courtes). Durant la Seconde Guerre mondiale, l'industrie française, ne pouvant s'approvisionner suffisamment en fibres naturelles, se tourne davantage encore vers les fibres artificielles..

Création de Cellatex À partir de 1950, l’apparition des fibres synthétiques, nylon et tergal, et leur succès sur le marché provoquent le déclin de la soie artificielle désormais dénommée rayonne. En 1959, la « Soie Artificielle Givet-Izieux » fusionne avec la société « Viscose Française » (qui a acquis notamment l'usine de Grenoble) pour donner naissance à la « Compagnie Industrielle des Textiles Artificiels et Synthétiques ». Cette nouvelle compagnie inclut aussi le Comptoir des Textiles Artificiels et reprend l'acronyme de ce comptoir (CTA). Cette holding réunit, à la fin des années 1950, une douzaine de sites industriels fabricant de la rayonne. Face à la concurrence des textiles synthétiques, des reconversions et cessions de certains sites sont effectuées, telle l'usine de Saint-Maurice-de-BeynostSe référer à l'article Wikipédia sur l'usine textile et chimique de Saint-Maurice-de-Beynost, une usine de soie artificielle fondée comme tant d'autres avant la crise des années 1930, rapidement entourée, comme tant d'autres, d'une Cité de la Soie créée par les actionnaires pour fidéliser une main-d'œuvre à proximité de l'usine, rachetée comme tant d'autres par le CTA.. Le CTA fait bénéficier également ses différents centres industriels des innovations mises au point au sein du groupe, dès l'entre-deux-guerres sur la tenue à l'état humide des fibres de rayonne et la résistance aux lavages répétés, puis sur les fils à haute ténacité, permettant d'entrer dans de nouveaux marchés, tels les pneumatiques, ainsi que sur les fibres polynosiques, ayant une moindre sensibilité à l'eau et de meilleures caractéristiques mécaniques..

En 1971, nouvelle étape de concentration, la « Compagnie Industrielle des Textiles Artificiels et Synthétiques » fusionne avec la société Rhodia et l'ensemble est absorbé par le groupe Rhône-Poulenc. C'est l'apogée du groupe Rhône-Poulenc qui emploie dont en France.. Devenu actionnaire dominant par le jeu des fusions et des participations croisées, un descendant de la maison Gillet, Renaud Gillet, est nommé vice-président. puis président-directeur-général de ce groupe.. Le poids du textile représente 63 % du chiffre d'affaires. Mais le patrimoine industriel correspondant est hétérogène. Le nombre d'usines est important. Si certains centres sont relativement modernes, en particulier sur le nylon et le tergal, d'autres sont plus obsolètes, en particulier sur la viscose. À nouveau, des usines ferment ou sont revendues, notamment à Izieux, à Arques-la-Bataille, et à Vaulx-en-Velin (l'usine Tase dans le quartier du Carré de soie).. Rhône-Poulenc liquide également le patrimoine foncier et immobilier détenu autour de ces usines ainsi cédées : les habitations et terrains des cités ouvrières créées dans l'entre-deux-guerres..