Léon Bailby, né le à Paris où il est mort le , est un journaliste et patron de presse français, engagé à droite puis à l'extrême droiteHenri Michel, La Guerre mondiale commence, Bruxelles, Éd. Complexe, 1980, ..

Biographie Les débuts Fils d'un rentier qui a été officier de cavalerie dans la garde impériale et attaché militaire au Caire.Dossier de la Légion d'honneur.Les auteurs du livre Le Quatrième pouvoir : la presse française de 1830 à 1960 (1969, ) le présentent faussement né au Caire. Son père Alfred, né en 1835, meurt en 1872. Sa mère s'est remariée avec un diplomate, puis agent de change, le comte Foulier de Relingue, et est morte en 1896., Léon Georges Alfred Bailby est issu d'une famille tourangelle. Il suit des études à Paris, au collège jésuite de la rue Vaugirard puis dans un autre établissement tenu par les Jésuites, l'Externat de la rue de Madrid . Il suit des études de droit et fréquente l'École libre des sciences politiquesLes Nouvelles littéraires, 11 décembre 1926, .. Il s'inscrit au barreau, perd son premier procès et devient d'abord clerc de notaire chez un avoué. Il rencontre le riche patron du grand magasin Le Printemps et député Jules Jaluzot et devient son secrétaire parlementaireChristian Delporte, Les journalistes en France : 1880-1950, Seuil, 1999, .. Il entre comme rédacteur parlementaire au quotidien La Presse, que possède Jaluzot, et en devient en son rédacteur en chef, responsable de sa ligne politique nationalisteLa Presse, 10 janvier 1896.. Bailby est antidreyfusard..Sur son engagement dans l'affaire Dreyfus, voir sa notice du Dictionnaire biographique et géographique de l'affaire Dreyfus ., membre de la Ligue de la patrie françaiseLaurent Joly, Naissance de l'Action Française, Grasset, 2015, note 176.. Il inaugure dans son journal une nouvelle rubrique d'échos, qu'il rédige lui-même à ses débutsLéon Bailby, Pourquoi je me suis battu, cité par Revue de Haute-Auvergne, avril 1966..

Jaluzot ayant fait faillite en à la suite d'une spéculation sur les cours du sucre, les nouveaux propriétaires du journal ne gardent pas Bailby.

L'Intransigeant, 1905-1932 Dès lors, Bailby rejoint le , en tant que rédacteur en chef, L'Intransigeant d'Henri Rochefort, quotidien lui aussi de sensibilité nationalisteL'Univers, 24 octobre 1905, « Petites nouvelles », L'Intransigeant, , L'Intransigeant, 4 novembre 1905, Léon Bailby, « La rentrée ».. Rochefort, qui se contente alors de livrer chaque jour son éditorial, laisse Bailby diriger le journal, transformé en quotidien du soir. Rochefort finit par se brouiller avec lui et quitte son journal en Son nom disparaît du bandeau le 11 octobre. Son dernier éditorial est publié la veille. Voir Bertrand Joly, Nationalistes et conservateurs en France: 1885-1902, Les Indes savantes, 2008.. Le journal est mis en vente en 1908 ; Bailby le rachète en février pour , avec la création de la Société générale de publications ; il en possède la majorité des partsL'Univers, 26 février 1908, Le Temps, 25 février 1908, Bec et ongles, 24 décembre 1932.. Ses premiers commanditaires sont le marquis Jules-Albert de Dion puis le constructeur d'avions Armand Deperdussin. Bailby porte désormais le titre de directeur du quotidien.

Il en fait un journal parisien, littéraire et politique. Son audience augmente avec la Première Guerre mondiale et le quotidien devient le plus grand journal du soir des années 1920Les Nouvelles littéraires, 16 août 1930 et 16 juillet 1932.. Il embauche en 1919 le lieutenant-colonel Jean Fabry comme rédacteur en chefL'Intransigeant, 11 février 1919.

Sollicité comme d'autres dirigeants de journaux pour participer à la confection des listes de candidats du Bloc national à Paris, il pousse Jean Fabry à se présenter à ces élections législatives« Nouveaux candidats », L'Intransigeant, 5 novembre 1919. Bailby est lui-même en 1922 membre du comité directeur d'une coalition de partis de droite, l'éphémère Action nationale républicaineJean Vavasseur-Desperriers, « Les tentatives de regroupement des droites dans les années trente », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 2002, 109/3, Action nationale républicaine.Action nationale républicaine, aux côtés de parlementaires. Fin 1923, il se trouve au siège de l'Union des intérêts économiques, pour préparer les élections législatives de 1924, aux côtés d'Ernest Billiet, de dirigeants de partis de droite et de deux autres directeurs de journauxJean-Étienne Dubois, Leçon d’histoire pour une droite dans l’opposition ? : les mobilisations de droite contre le Cartel des gauches dans la France des années Vingt, Université Blaise Pascal - Clermont-Ferrand II, 2013, (erreur factuelle sur le prénom de Bailby)..

vignette|gauche|Match l'intran du 16 novembre 1926. En 1926, il crée Match l'intran comme illustré sportif de L'Intransigeant. C'est l'ancêtre de Paris Match. Il fonde deux ans plus tard un magazine de cinéma, Pour vous, et fait construire à Paris une salle de cinéma en 1930, rue Réaumur, là ou se trouve l'hôtel de L'Intransigeant inauguré en Comœdia, 9 décembre 1930, Les Annales politiques et littéraires, 20 juillet 1924.. Le début des années 1930 est l'apogée de sa carrière, marqué par son accession à la présidence en d'un syndicat patronal, le syndicat de la presse parisienne, dont il était membre du comité depuis 1916Les Annales coloniales, 22 décembre 1930, Le Figaro, 10 février 1916.. Il est aussi vice-président de la Fédération nationale des journaux français. Chevalier en 1920, puis officier en 1925, il est promu en commandeur de la Légion d'honneur. Henri Lavedan est à chaque fois son parrain.

Malade et en proie à des problèmes de trésorerie, il doit cependant se résoudre à perdre le contrôle financier de son journal à partir de , au profit d'un nouveau commanditaire, le banquier, négociant et homme politique Louis Louis-Dreyfus, plus à gauche que lui Bec et ongles, 24 décembre 1932, Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, novembre 1933, « De l'Intransigeant au Jour ».L'Intransigeant, 16 décembre 1932, Léon Bailby, « Adieux à l'Intran ».. Il aurait vendu son journal pour 70 millions de francs, avec la promesse de conserver son poste et la direction effective du quotidien Fred Kupferman, Philippe Machefer, « Presse et politique dans les années trente : le cas du Petit Journal », Revue d'histoire moderne et contemporaine, janvier 1975, .. Il quitte son journal en , refusant de subir les pressions du nouvel actionnaireLéon Bailby, « Adieux à l'Intran », L'Intransigeant, 16 décembre 1932..

Le Jour, 1933-1939 vignette|Le Jour du mercredi . Bailby fonde alors, à 66 ans, un nouveau quotidien, Le Jour, après avoir créé la Société Publications-Élysées, au capital de 5 millions de francs ; il en possède officiellement la majorité des actions, aux côtés notamment d'un industriel lyonnais, Lucien Frachon, des verreries Souchon-Neuvesel, ou du député Antonin Brocard, et préside son conseil d'administrationBec et ongles, 20 mai 1933, Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, novembre 1933, « De l'Intransigeant au Jour ». Bailby écrit chaque jour un éditorial, sur-titré puis à la fin des années 1930.

C'est l'affaire Stavisky et ses suites (affaire du conseiller PrinceL. Bailby, « Un nouveau crime s'ajoute aux autres »Le Jour, 22 février 1934., commission d'enquête) qui font le succès du journal. Le Jour s'en prend aux francs-maçons. Bailby participe en 1934 à une conférence de Philippe Henriot dénonçant la franc-maçonnerieL'Action française, 24 mai 1934, « Une conférence de M. Philippe Henriot ».. Il embauche un temps comme secrétaire général adjoint Louis Darquier de Pellepoix et accueille son association, l’Association des Blessés et Victimes du Laurent Joly, Darquier de Pellepoix, champion des antisémites français (1936-1939), dans la Revue d’histoire de la Shoah, .. Un directeur d'un autre journal de droite, Émile Buré, de L'Ordre, l'accusera plus tard d'avoir exploité l'affaire Stavisky, ainsi que la peur du communisme : .

Bailby et son journal sont évidemment hostiles au Front populaire« Votez français et votez tous », Le Jour, 26 avril 1936.. En 1937, il participe à la campagne de presse attaquant le colonel de La Rocque, après l'avoir soutenu. Ce dernier est alors accusé par ses adversaires d'avoir été financé au temps des Croix-de-Feu par les fonds secrets des gouvernements d'André Tardieu et Pierre LavalColonel de la Rocque, Pourquoi je suis républicain, Seuil, 2014, Jacques Nobécourt, Le colonel de La Rocque, Fayard, 1996.L. Bailby, « Les membres du PSF ne sont pas atteints par une faute individuelle », Le Jour, 6 août 1937, « Seule raison d'être d'un parti : son indépendance », , 10 août 1937, « Nous ne faisons pas du sentiment mais de la politique », , 14 août 1937, « Controverses sur la qualité des fonds secrets », , 18 août 1937.. C'est que La Rocque a racheté cette année-là Le Petit journal, un quotidien du matin concurrent du JourPresse et politique dans les années trente : le cas du Petit Journal, dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine, janvier 1975 ..

Le , Bailby rachète pour 1,4 million de francs l'ancien journal d'Henri de Kérillis, L'Écho de ParisLe Populaire, 14 mars 1938, L'Écho de Paris, 25 mars 1938.. Il négociait pourtant avec Kerillis un rapprochement entre son journal et le nouveau quotidien de Kerillis, L'Époque. Il polémique avec ce dernier, l'accusant de vouloir se rapprocher des communistes qu'il abhorre et d'effrayer l'opinion publique avec le danger allemand, à un moment où la droite devient pacifiste et moins ferme à l'égard d'Hitler, par anticommunisme. Kerillis, en retour, l'accuse en , entre autres amabilités, d'avoir ouvert son journal au pro-allemand sinon pronazi Alphonse de Châteaubriant, d'être un , de ne pas avoir fait son devoir militaire en 1914 et d'être un . Bailby a voulu se battre en duel contre Kerillis, qui a refusé.. Après cette lettre, il relève cependant des articles de Bailby plus fermes à l'égard de l'Allemagne nazie et qui vont dans son sensLe Populaire, 3 mai 1938 (Le quotidien socialiste Le Populaire souligne alors les volte-face de Bailby sur l'attitude à avoir face à Hitler), L'Époque, 2 mai 1938, L'Époque, 19 novembre 1938, , 14 décembre 1938., mais aussi des articles de Bailby hostiles à ses prises de positionL'Époque, 25 mai 1938, L'Époque, 27 mai 1938, L'Époque, 14 juillet 1939, , 16 juillet 1939.. Lucien Rebatet, alors d'Action française, évoquera un Bailby en durant la crise de Munich. Selon Rebatet, Bailby est à cette époque . Il a ainsi pris la parole lors du meeting organisé par L'Action française en pour célébrer la sortie de prison de Charles Maurras ; il a vanté le combat du dirigeant royaliste et dénigré Léon Blum« L'Hommage national à Charles Maurras », L'Action française, 9 juillet 1937 ( Décombres de 1942)..

En , il vend Le Jour-L'Écho de Paris à l'industriel Jacques Lemaigre Dubreuil. Bailby demeure un temps à son poste de directeur avant d'attaquer en justice le nouveau propriétaire William A. Hoisington, Jr., The Assassination of Jacques Lemaigre Dubreuil : A Frenchman between France and North Africa, Routledge, 2004.Claude Paillat, L'Échiquier d'Alger, Robert Laffont, 1986, .. Son nom disparaît du journal le .

L'Alerte, 1940-1944 En , à 73 ans, il fonde en zone libre, à Nice, un nouvel hebdomadaire, L'AlerteLa Croix, 28 septembre 1940, Informations générales, octobre 1940.. Il y soutient le régime de Vichy et sa politique. Alors que Le Jour a dénoncé le racisme d'Hitler avant la guerre, L'Alerte fustige les francs-maçons et les Juifs. Un journal collaborationniste de Paris le critique pour avoir écrit que les Français n'ont aucune confiance dans les journaux de la zone occupée..

Ayant été décoré de l'ordre de la Francisque ., il est après guerre membre du comité d'honneur de l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain.