vignette|Panneau Histoire de Paris relatant l'histoire de la presse écrite en France.

Lhistoire de la presse écrite en France traite de la naissance puis du développement de supports appelés périodiques destinés à informer et à détendre les publics de façon régulière.

Cette histoire commence réellement tout au début du avec l'apparition des premiers périodiques imprimés et est la conséquence directe de la diffusion de la presse typographique et de la baisse du prix du papier.

L'augmentation du nombre de titres et des tirages va aller de pair avec la révolution industrielle et l'amélioration du niveau d'éducation.

Depuis les années 1990, avec l'apparition de l'édition numérique en ligne, on assiste à une diminution des tirages sous forme papier.

Jusqu'au , des imprimés permettent de transmettre des informations officielles

Information transmise par voie orale ou par affichage jusqu'au Moyen-Âge Durant l'Antiquité, l’information est véhiculée par voie orale, par courrier, ou plus rarement via un mode d'affichage, à travers les zones urbaines pour faire connaître les décisions des gouvernants en matière de justice (lois), de fiscalité (taxes) et de défense (conscription militaire). La maîtrise de la diffusion de l’information est un enjeu important pour asseoir un pouvoir politique : par exemple, l’état romain fait construire des routes et crée un service postal pour transmettre sa correspondance, auquel est associé un service d'information légale et la transmission des Acta Diurna (faits du jour) qui étaient la plupart du temps affichés sur les murs.

Diffusion d'informations officielles exclusivement En France, avant la presse régulière, des imprimés appelés occasionnels circulèrent par colportage ou se trouvaient chez les libraires des grandes villes. Ces ancêtres de la presse relataient en général un seul événement comme la victoire d'une armée, une inondation, la visite d'un monarque. Ce sont les plus anciens ancêtres de la presse.

Dans l'Italie du Moyen Âge se développe dans les villes le système des avviso, devenu en France l'« avis », publié de façon manuscrite sur des feuilles collées sur les murs ou diffusées à la main. Les avis reflètent des décisions de justice mais également l'opinion de personnes privées sur des faits politiques : cette vox populi fut bien entendu censurée. Le développement de l'imprimerie dans la deuxième moitié du favorise l'apparition du libelle, feuille pliée en quatre et de caractère souvent diffamatoire, du placard et de l'almanach. En France, à la suite de l'affaire des Placards, le roi François signe le un édit qui lui octroie le monopole de l'affichage et en « interdit l'arrachage sous peine de punition corporelle ».

Conscient du pouvoir que représente la diffusion des écrits, la royauté française a toujours veillé à exercer un contrôle rigoureux. Le roi de France Louis XI crée une Poste royale en 1462. Auparavant, les nouvelles circulaient grâce à des manuscrits, ou à des feuilles imprimées occasionnelles. Les premières répondaient à un besoin croissant d'information des banquiers et des marchands italiens et allemands, tandis que les secondes permettaient aux imprimeurs d'étendre leur marché au-delà de celui du livre et de répondre à une attente grandissante des lecteurs. Ces feuilles volantes restaient occasionnelles, même si parfois elles formaient des séries numérotées.

Au cours du , des publications de nouvelles commencèrent à voir le jour, sous forme d'occasionnels relatant des batailles, la visite d'un important personnage, ou de « canards », faits-divers plus ou moins arrangés destinés à effrayer un peu le bon peuple. Ces brochures mettent en scène de mauvais catholiques : magiciens, usuriers, etc., qui périssent, souvent punis par le diable. Au siècle suivant, diverses séries de publications plus ou moins régulières, hebdomadaires ou bimensuelles, apparurent, colportées par les courriers postaux qui quittaient les grandes villes une fois par semaine. Elles naissent dans les villes allemandes, dans les Pays-Bas autrichiens et dans les Provinces-Unies et passent ensuite en Angleterre, en France, en Italie et dans le reste de l'Europe. Elles contenaient en général des informations concernant la politique extérieure et les guerres, laissant la politique intérieure de côté, ce qui s'explique par le très grand contrôle que le pouvoir s'efforça d'exercer dès le départ sur la presse.

Publications périodique et imprimées à partir du

Le développement progressif de la presse écrite peut être située dans son contexte historique qui mêle des facteurs politiques, économiques et intellectuels. La curiosité pour les nouvelles, peut-être associé à des tournants de l'histoire : la Renaissance, le moment de la Réforme, les grandes découvertes, les progrès des échanges bancaires et commerciaux entraînaient, les grands conflits qui déchirent l'Occident au ..

La plupart des chercheurs s'accordent à définir la presse écrite sur la base de deux critères : l'utilisation de limprimerie (et donc de la presse d'imprimerie, la machine servant à imprimer), grâce à la mise au point de la typographie mobile, vers 1450, par Johannes Gutenberg et, d'autre part, de la périodicité. Ces deux facteurs ne seront réunis pour favoriser la diffusion des nouvelles et de l'information, qu'au tout début du .

Toutefois, le développement de la presse écrite est ralenti par l'analphabétisme (suppléé par le crieur public) et le coût prohibitif de l'impression.vignette|Photo représentant un ancêtre de la presse illustré de 1587. Le premier périodique imprimé au monde, reconnu en tant que tel par l'Association mondiale des journaux, est un hebdomadaire de quatre pages, titré Relation (titre complet : Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien). Il est lancé à Strasbourg en par Johann Carolus.

vignette|Frontispice de l'édition de 1611 du Mercure françois, ancêtre de la presse française édité en France par Jean et Étienne Richer dès 1610.

Sous l'Ancien Régime, faire paraître un journal impliquait avoir obtenu un privilège et une autorisation préalable. C'était le cas notamment du premier grand périodique français, La Gazette : son rédacteur, Théophraste Renaudot, avait obtenu dès 1631 un privilège royal l'autorisant à publier, grâce à l'intervention du cardinal de Richelieu.

Les transitons de Molines, ancêtres de la presse locale Les écrits en langue vulgaire (c'est-à-dire dans une autre langue que le latin) sont peu nombreux, et encore moins nombreux à être conservés à la fin du Moyen Âge. Plus rares encore sont ceux qui ont franchi les cinq siècles menant jusqu'à nous. Les archives municipales de Gap détiennent cependant un trésor : les transitons de Molines, des registres familiaux, du nom des chemins de montagne qu'ils « couvraient », écrit par la famille chargée de l'entretien du chemin, qui bien souvent longeait les canaux d'irrigation.

Ces cahiers relatent non seulement les détails sur l'entretien de ces chemins, mais aussi tous les événements s'y étant déroulés.

Les imprimeurs lyonnais

À la fin du , Lyon a produit le tiers des éditions françaises, soit 1140 environ. Au cours des trente premières années du , les éditeurs lyonnais produisent éditions. Vers 1550, Lyon devient la capitale de l’imprimerie européenne. La rue Mercière et les rues voisines abritent près de 100 ateliers.

Dans une ville qui a déjà connu nombreux troubles sociaux (dont la Grande Rebeyne en 1529), les nombreux compagnons imprimeurs (on en compte presque 800 à Lyon vers le milieu du siècle) étaient connus pour régulièrement troubler l'ordre public. Il est donc fort possible qu'ils aient imprimé des « journaux », qui n'auraient pas été conservés depuis. Après 1580, les imprimeurs de Lyon et Anvers fuient dans la nouvelle République des Provinces-Unies, à Amsterdam puis Leyde, qui devient la nouvelle capitale européenne de l'imprimerie.

Le synode de Chanforan : imprimer en latin ou en langue vernaculaire ?

La fin du Moyen Âge est dominée par le poids de la religion. La Bible est forcément en latin, et le clergé dépositaire du savoir écrit. Les autres savoirs (artisanaux ou culturels) se transmettent oralement. L'idée même d'écrire dans une autre langue que le latin (il existe surtout des dialectes et langues régionales) est inconcevable.

L'écrit en langue vulgaire (c'est-à-dire dans une autre langue que le latin) est plus proche du langage oral que le latin. Il va rapprocher l'écrit d'une fonction de récit, par exemple pour des événements récents ou sans grande prétention, ce qui ouvre la voie à la création de journaux, qui sont cependant encore souvent interdits.

Dès 1524, Martin Luther effectue la première traduction en allemand du Nouveau Testament. Et en décidant en 1532, lors du synode de Chanforan, de publier une bible en langue vulgaire, avec un important budget pour l'imprimer, les pasteurs protestants révolutionnent le rapport à l'imprimerie. L'écrit n'est plus un coffre-fort à la garde du clergé mais le moyen de faire circuler les textes parmi un public qui apprend à lire, et transmet la lecture à ses enfants, ce qui provoque une réaction violente des églises. Lyon, qui était alors la capitale mondiale de l'imprimerie, subit une terrible répression.

Jusque-là, les seules bibles écrites en langue vulgaire, souvent en provençal, étaient colportées de village en village par des prêtres vaudois, poursuivis par l'Inquisition. Dissimulées dans des caches, ces bibles manuscrites étaient hors de prix. Avec l'invention de l'imprimerie, la diaspora des émigrés huguenots, réfugiés en Suisse ou aux Pays-Bas, va peu à peu diffuser dans le monde entier cette bible en langue vulgaire.

De nouveaux types de périodiques au Au cours du , la presse acquit droit de cité et suscita progressivement l'intérêt du public. Cependant, hormis en Grande-Bretagne et dans les Provinces-Unies, elle subit une très stricte censure et faisait dans chaque pays l'objet d'un monopole concédé par l'État, ce qui explique son impossibilité à être critique, et la persistance de nouvelles manuscrites et de multiples publications clandestines.

Le rôle de la presse ne doit pas être surestimé, car la censure rendait son existence plus fragile que celles des livres, brochures ou pamphlets, plus difficiles à surveiller pour des raisons pratiques et donc plus utilisés par les intellectuels pour diffuser leurs idées, à une époque où l'Église romaine surveille de près tout ce qui concerne la science et le rôle de la femme dans la société.

Par ailleurs, éditer sous forme régulière des publications nécessitait des moyens d'imprimerie et surtout d'approvisionnement en papier supérieurs aux capacités de l'époque. Le bois est difficile à transporter, réservé à de nombreux autres usages, le textile est rare aussi. Le papier lui aussi reste donc cher. Le livre reste une œuvre d'art et l'idée de la remplacer par une autre, actualisée, ne fait que lentement son chemin.

À Strasbourg et Londres, les premiers périodiques au début du La première gazette hebdomadaire imprimée au monde, un journal de quatre pages intitulé Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien (« Communication de toutes histoires importantes et mémorables »), fut lancée à Strasbourg en 1605 par Johann Carolus.. Dès 1610, un annuel paraît en France : le Mercure François, édité par Jean et Étienne Richer. Il contient sur plus de , des nouvelles du monde, de l'Europe et de France. C'est l'ancêtre de la presse française.

Le premier journal anglais de cette époque fut le Weekly News de en 1621, qui fut d'abord une traduction de publications hollandaises, puis se distingua par un contenu tourné vers l'actualité étrangère. On y trouve des récits de voyages aux Indes, qui fascinent un public cependant encore restreint.

La Gazette de Théophraste Renaudot vignette|Premier hebdomadaire français: la Gazette de Renaudot, 1631.