Hun Sen (en , ), né le (officiellement le ) à Peam Koh Sna (district de Stoeung Trang, province de Kompong Cham), est un homme d'État cambodgien. Il est Premier ministre à deux reprises, entre 1985 et 1993, puis de 1998 à 2023, lorsqu'il transmet le pouvoir à son fils aîné Hun Manet. Il occupe, à partir du , le poste de président du Sénat.

De nombreuses organisations de défense des droits de l'homme lui reprochent d'avoir, dans la confusion de la période post-khmer rouge du pays, instauré un régime corrompu et dictatorial, reposant sur la répression, la violence et la cooptation, concentrant les pouvoirs dans les mains d'un petit groupe de dirigeants du Parti du peuple cambodgien et de riches hommes d'affaires participant au pillage des ressources nationales.

Sa longue période au pouvoir (38 ans) est caractérisée par un durcissement progressif du traitement des oppositions, jusqu'à la condamnation des principaux dirigeants et la disqualification de plusieurs partis à l'approche des élections.

Biographie

Jeunesse Né sous le nom de Hun Bunal, Samdech Akka Moha Sena Padei Techo, Hun Sen est le troisième des six enfants d'une famille rurale. Il a deux frères aînés et trois sœurs cadettes. Son père, Hun Neang, était un ancien moine qui avait quitté la robe pour rejoindre les Khmers issarak en lutte contre les forces coloniales françaises. Les parents du jeune Nal étaient de riches propriétaires terriens qui avaient été ruinés quand Dy Yon, sa mère — décédée en 1998 — avait été enlevée et relâchée après paiement d’une forte rançon.

À partir de 1958, il fréquente l’école primaire de son village, où il aurait été considéré comme un bon élève, avant d’aller, en 1964, à Phnom Penh poursuivre ses études au lycée Indra-Dhevi. Il y apprendra à parler anglais. Il est hébergé au Wat Neakavoan, dans le quartier de Tuol Kork, par un religieux proche de la famille.

C’est là qu’il aurait aussi démarré des activités politiques dès 1965. Il devra interrompre sa scolarité en 1968 pour fuir la capitale et la répression qui s’abat sur les militants communistes après les émeutes de Samlaut. Il trouve alors refuge à Memot, à de Kompong Cham, et travaillera dans les plantations d’hévéas de Ton Luong. Il s’y livrera à des activités syndicales et devra même un temps fuir la police et se réfugier à Kratié.

Le , il répond à l’appel de Norodom Sihanouk, destitué de ses fonctions de chef de l’État, et entre dans la guérilla communiste qui lutte contre le régime de Lon Nol.

En 1972, il rejoint les commandos parachutistes et prend, en 1974, le commandement du de la zone est. Bon soldat, toujours en première ligne, il sera blessé cinq fois et perdra l’œil gauche le dans l'assaut final contre la République khmère, et restera hospitalisé jusqu’en octobre.

Il est par la suite, à moins de 25 ans, nommé à la tête d’un régiment de Khmers rouges basé dans la zone est du Kampuchéa démocratique. Toutefois, il n’existe pas de témoignages le mettant personnellement en cause dans l’exécution du génocide cambodgienBen Kiernan, Le Génocide au Cambodge, Gallimard, 1998, page 254..

Fuite au Vietnam En 1977, les incidents à la frontière vietnamienne se multiplient et amènent des ripostes des Bộ đội que les unités khmères ont bien du mal à contenir. Le haut commandement de Phnom Penh met la faible réactivité des troupes sur le compte du manque de loyauté de l’encadrement et ordonne une épuration massive visant à éliminer tous les éléments suspectés d’être à la solde de Hanoï. C’est pour échapper à ces purges que Hun Sen décide de franchir la frontière.

Refoulé en juin, il se réfugie dans la forêt avant de pouvoir enfin gagner le Viêt Nam en . Il est d'abord emprisonné plusieurs mois, puis libéré, et participe avec notamment Heng Samrin et Chea Sim à la formation d’une organisation politique destinée à renverser les Khmers rouges, le Front uni national pour le salut du Kampuchéa (FUNSK). Il accède le au comité central de cette organisation.

Retour au Cambodge et entrée au gouvernement Le , une armée vietnamienne de hommes passe la frontière et occupe rapidement la presque totalité du territoire cambodgien. Profitant de la chute du régime khmer rouge, il revient à Phnom Penh en où il intègre en tant que ministre des Affaires étrangères le gouvernement mis en place par les troupes de Hanoï.

À la suite des élections du où il est élu député de Kompong Cham, il est confirmé aux Affaires étrangères et devient vice-président du Conseil..

Le , Hun Sen accède, à moins de 35 ans, au poste de Premier ministre de la république populaire du Kampuchéa..

Dès les années 1980, il mènera les négociations avec Norodom Sihanouk qui aboutiront à la signature des accords de paix de Paris d’octobre 1991, mettant fin à plus de 20 ans de guerre civile et plaçant le Cambodge sous la tutelle de l'ONU jusqu'à la tenue d'élections libres.

Alors que le retour de la monarchie devient inéluctable, Hun Sen tente de profiter de sa progression politique rapide pour se présenter comme un de ces personnages dont regorge la mythologie cambodgienne et qui renversent les monarques en place si ceux-ci ne sont plus en mesure d’obtenir des divinités la protection du royaume.. Il va ainsi rénover dès 1989 la pagode de Vihear Suor, dans le nord-est la province de Kandal (district de Khsach Kandal), connue pour abriter une statue de Neay Kan, un usurpateur pourvu de mérites qui au avait disputé le pouvoir au roi Ang Chan ..

Il perd les élections de 1993, dont il conteste pendant un temps le résultat. Une nouvelle constitution rétablit Sihanouk sur le trône ; son fils Norodom Ranariddh est élu premier Premier ministre, et Hun Sen nommé second Premier ministre..

Dans le même temps, il poursuit sa promotion de pourvu de mérite et entreprend la restauration du monastère du vieux palais de la nécropole royale d’Oudong dont les travaux se termineront au début de 1997. Sihanouk répliquera par la mise en place du reliquaire du Sakya Mony Chet Dey sur le même site et qui sera terminée en 2003..

Putsch et accession au pouvoir Mais, alors que les dissensions au sein de la coalition gouvernementale se font de jour en jour plus manifestes, le , à l’issue d’un coup de force sanglant, Hun Sen évince le premier Premier ministre Norodom Ranariddh., qui s'apprêtait à faire une alliance politique avec Sam Rainsy et les Khmers rouges. Plusieurs dizaines de fonctionnaires du FUNCINPEC (Front uni national pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif) dont Ho Sok et Chao Sambath — membres du gouvernement — sont exécutés..

La victoire en du CPP (Parti du peuple cambodgien ; cambodgien : Kanakpak Pracheachon Kâmpuchéa) dont il est le vice-président lui assure de redevenir le seul Premier ministre du pays.

Candidat à sa propre succession aux élections législatives du , le parti de Hun Sen a remporté sans surprise. près de 75 % des sièges.. Quatre formations d'opposition ont toutefois reproché au Parti du peuple cambodgien d'avoir « truqué » les élections en sa faveur.. Des organisations non gouvernementales internationales telles Amnesty International, attribuent quant à elles, cette victoire à une opposition affaiblie par les rivalités politiques internes et externes, ainsi que par un climat d’intimidation des électeurs, de la presse et des militants.

En , le Parti du peuple cambodgien (CPP) de Hun Sen remporte les législatives mais l'opposition dénonce une fraude et conteste les résultats, ouvrant une crise politique. Un an plus tard, une répression policière met fin aux manifestations.

Contrairement aux élections de 2013, où, porté par la jeunesse, il avait obtenu 44 % des voix (contre 51 % pour le parti au pouvoir CPP), le parti d'opposition CNRP est absent du scrutin de 2018, où l'opposition n'est représentée que par d'éphémères partis satellites au régime en place. En effet, après avoir confirmé ses bons scores lors des élections municipales de , le CNRP voit son chef Kem Sokha accusé de « complot » avec les États-Unis puis emprisonné ; le parti est dissout et une centaine de cadres est interdite de politique pendant cinq ans. Par ailleurs, des activistes sont arrêtés, des syndicalistes sont harcelés et des médias indépendants doivent fermerAnne Molina, « Cambodge : le pouvoir éternel de Hun Sen », Le Figaro, samedi 28 / dimanche 29 juillet 2018, p. 6.. Les élections sont largement remportées par Hun Sen, même si la campagne a été critiquée pour sa chasse aux « traîtres », c'est-à-dire les Cambodgiens souhaitant s'abstenir, suivant le mot d'ordre de boycott de l'opposition en exil. L'Union européenne et les États-Unis ont jugé le scrutin non crédibleAnne Molina, « Cambodge : le parti d'Hun Sen revendique une victoire totale aux législatives », lefigaro.fr, 30 juillet 2018.. En réaction aux élections, l'UE prend des premières mesures pour annuler des accords commerciaux avec le Cambodge.

S'il n'a plus d'opposition parlementaire, le Premier ministre durcit cependant par la suite sa politique à l'égard des voix critiques citoyennes. En , le journal Phnom Penh Post est mis en faillite, se voyant soudainement réclamer cinq millions de dollars par le fiscCoup de projecteur sur le Cambodge, Vincent Hervouet. Fin 2020, 138 cadres et sympathisants de l'ex-CNRP (dont l'avocate et activiste pour la défense des droits humains Theary Seng) sont jugés lors d'un procès jugé exceptionnel. Par ailleurs, depuis le début de l'année, une cinquantaine de syndicalistes, journalistes ou encore défenseurs de l'environnement sont placés en détention. Le motif pour les poursuivre, dit d', est en effet suffisamment vague pour étouffer les voix dissidentes au régime..

Démission du gouvernement et présidence du Sénat Hun Sen remporte les élections législatives de juillet 2023 face à un seul adversaire, le parti royaliste Funcinpec, qui rassemble 5 sièges face aux 120 désormais détenus par le PCC. Le seul parti crédible d’opposition, le Parti de la bougie, avait été disqualifié en mai faute d’avoir pu fournir le récépissé de son enregistrement au ministère de l’Intérieur, bien qu'il ait formulé plusieurs demandes pour l'obtenir. Conforté par ce scrutin, le Premier ministre, âgé de 70 ans, annonce le passer le pouvoir à son fils aîné Hun Manet, âgé de 45 ans, qui dirige l'armée et a mené la liste du CPP à Phnom Penh. Le Premier ministre sortant fait également part de son ambition d'être élu à la présidence du Sénat après les élections sénatoriales de février 2024, faisant de lui le numéro deux du système politique.. Il aura passé 38 ans au pouvoir. Il démissionne effectivement le suivant au profit de Manet, qui est confirmé au poste de Premier ministre par l'Assemblée nationale. Le , il est élu président du Sénat par les 62 sénateurs, le Parti du peuple cambodgien ayant remporté la quasi-totalité des sièges aux dernières élections.

Famille vignette|droite|150px|Bun Rany. Hun Sen est marié avec Bun Sam Hieng, une infirmière d'origine vietnamienne qui s’appellera bientôt Bun Rany et qu’il avait connue en 1975, alors qu’il était hospitalisé.

Leurs noces eurent lieu le à Memot et ils auront six enfants (trois garçons et trois filles, l'une d'elles ayant été adoptée) ; leurs noms sont Hun Manet, Hun Mana, Hun Manit, Hun Mani, Hun Mali, et Hun Malis.

En , Hun Sen, à la surprise générale, annonce lors d'une cérémonie de remise de diplômes devant environ personnes qu’Hun Malis, sa fille adoptive est lesbienne. Bien qu'il ait demandé à l'audience d'accepter les homosexuels et les lesbiennes, il a pris des dispositions pour renier l'adoption de sa fille et la priver de tout droit à l'héritage..

Le , Hun Manet, fraîchement diplômé de l’académie militaire de West Point, est nommé par son père à la tête de l’unité nationale antiterroriste..