Ne vous retournez pas ( ; en italien : ) est un film italo-britannique réalisé par Nicolas Roeg, sorti en 1973. Il s'agit d'un giallo qui prend pour cadre la ville de Venise.

L'intrigue est adaptée de la nouvelle Ne regarde pas tout de suite (Don't Look Now) de Daphné du Maurier parue en 1971. Le film est classé par Time Out comme le premier au palmarès des cent meilleurs films britanniques..

Synopsis Laura (Julie Christie) et John Baxter (Donald Sutherland) perdent leur fillette Christine par noyade lors d'un séjour à la campagne dans le Hertfordshire en Angleterre. Plus tard, le couple séjourne à Venise où John est chargé de rénover une église. Laura rencontre deux sœurs, Heather (Hilary Mason) et Wendy (Clelia Matania) dans un restaurant. Heather dit avoir des pouvoirs de clairvoyance et informe Laura qu'elle est capable de voir leur fille décédée. Bouleversée, Laura s'évanouit.

Emmenée à l'hôpital, Laura répète à John ce que Heather lui a dit. John est sceptique mais agréablement surpris par l'amélioration de l'humeur de Laura. De retour de l'hôpital, ils sortent pour dîner. John aperçoit un personnage qui ressemble à un enfant, avec un manteau rouge similaire à celui que portait Christine le jour de sa mort.

Le lendemain, Laura rencontre Heather et Wendy, qui tiennent une séance de spiritisme pour tenter d'entrer en contact avec Christine. De retour à l'hôtel, Laura annonce à John que Christine a dit qu'il était en danger et devait quitter Venise, ce qui énerve John. La nuit, un appel téléphonique les informe que leur fils a été blessé lors d'un accident à l'école. Laura part pour l'Angleterre pendant que John demeure à Venise pour restaurer l'église. Peu après, il échappe de peu à la mort lors de l'effondrement d'un échafaudage à l'église, ce qu'il interprète comme le danger prédit par Heather et Wendy.

Plus tard dans la journée, alors que Laura est censée être en Angleterre, John la voit avec les deux sœurs dans un cortège funèbre. Inquiet à propos de l'état mental de sa femme et des rumeurs sur un tueur en série près de Venise, il signale la disparition de Laura à la police. L'inspecteur est suspicieux et le fait suivre. En suivant lui-même les sœurs pour tenter de retrouver Laura, il aperçoit de nouveau le personnage au manteau rouge. Il contacte l'école de son fils pour avoir des nouvelles et apprend que sa femme s'y trouve déjà. Dérouté, John informe la police qu'il a retrouvé sa femme. Pendant ce temps, la police a ramené Heather pour l'interroger. John, désolé, lui propose de la ramener à l'hôtel.

À son arrivée, Heather a une transe et John part précipitamment. En sortant de sa transe, Heather demande à sa sœur de suivre John, pressentant que quelque chose de terrible va arriver, mais Wendy ne parvient pas à le rattraper. Pendant ce temps, John aperçoit encore le mystérieux personnage au manteau rouge et le poursuit. Il parvient à l'acculer dans un palais désert et l'approche, croyant qu'il s'agit d'un enfant. Quand le personnage se retourne, on se rend compte qu'il s'agit d'une effrayante vieille femme ; alors que John est paralysé par la peur, elle lui coupe la gorge avec un couteau de boucher. Alors qu'il agonise, John se rend compte que les visions étranges qu'il a eues étaient des présages de sa propre mort.

Fiche technique Titre français : Ne vous retournez pas Titre original anglais : Don't Look Now Titre italien : A Venezia… un dicembre rosso shocking Réalisation : Nicolas Roeg Scénario : et Allan Scott d'après la nouvelle Ne regarde pas tout de suite (Don't Look Now) de Daphné du Maurier, publiée en 1971 dans le recueil de nouvelles (Not After Midnight). Photographie : Anthony B. Richmond et Nicolas Roeg (non crédité) Montage : Graeme Clifford ; assistante : Alfreda Benge Musique : Pino Donaggio Décors : Giovanni Soccol Maquillage : Giancarlo Del Brocco Production : Peter Katz, Frederick Muller, Anthony B. Unger, Steve Previn Sociétés de production : Eldorado Films (Rome) • Casey Productions (Londres) Pays de production : • Langues originales : anglais • italien Format : Couleurs par Technicolor • 1,85:1 • Son mono • 35 mm Genre : Giallo, fantastique, horreur, drame Durée : 110 minutes () Dates de sortie : Royaume-Uni : (avant-première à Londres) ; (sortie nationale) Italie : France : (Paris) ; (ressortie, Potemkine Films) Classification : Royaume-Uni : Classé X, lors de sa sortie en salles, ensuite interdit aux mineurs en 1988, puis aux moins de 15 ans en 2001 Italie : VM18 (interdit aux moins de 18 ans du fait de scènes violentes ou à caractère sexuel) États-Unis : R - Restricted France : Interdit aux moins de 12 ans

Distribution Julie Christie (VF : Perrette Pradier) : Laura Baxter Donald Sutherland (VF : Claude Giraud) : John Baxter Hilary Mason (VF : Monique Mélinand) : Heather Clelia Matania : Wendy Massimo Serato (VF : Jean Topart) : Renato Scarpa (VF : Roger Crouzet) : l'inspecteur Longhi (VF : Albert Augier) : l'ouvrier Leopoldo Trieste (VF : Jacques Balutin) : le gérant de l'hôtel (VF : Jean Berger) : Anthony Babbage Nicholas Salter : Johnny Baxter Sharon Williams : Christine Baxter : le détective Sabbione Ann Rye (VF : Nadine Alari) : Mandy Babbage Adelina Poerio (rôle muet) : le chaperon rouge

Analyse Thèmes vignette|Daphné du Maurier (1907-1989), l'autrice (ici en 1930) de la nouvelle Ne regarde pas tout de suite (1971) dont le film est inspiré. Ne vous retournez pas est un giallo faisant la part belle à l'occultisme dans lequel le caractère gothique du récit de fantômes sert à illustrer le deuil d'un couple pour son enfant. Le réalisateur du film, Nicolas Roeg, était intrigué par l'idée de faire du « deuil le seul axe du film », notant que « le deuil peut séparer les gens.... Même la relation la plus fusionnelle et la plus saine peut se disloquer sous l'effet d'un chagrin ». Le souvenir de Christine, la fille décédée des Baxter, pèse lourdement sur l'ambiance du film, car elle et les circonstances de sa mort sont constamment évoquées au fil de l'histoire. Il y a régulièrement des flashbacks de Christine jouant dans son manteau rouge, ainsi que l'apparition d'une mystérieuse silhouette enfantine portant elle aussi un manteau rouge et lui ressemblant. L'association constante de l'eau et de la mort est entretenue par une histoire dans l'histoire concernant un tueur en série, dont les cadavres des victimes sont découvertes dans les canaux de la ville ; il y a aussi un moment poignant où John repêche une poupée dans un canal, comme il l'a fait avec le corps de sa fille au début du film.

L'utilisation kaléidoscopique de visions récurrentes, combinée à des techniques de montage syncopées, annonce et préfigure des rebondissements de l'intrigue. Dans la nouvelle de Daphné du Maurier, c'est Laura qui porte un manteau rouge, mais dans le film, la couleur est utilisée pour établir une association entre Christine et la silhouette insaisissable que John ne cesse d'apercevoir.. L'histoire de Du Maurier s'ouvre en fait à Venise après la mort de Christine des suites d'une méningite, mais la décision a été prise de changer la cause du décès en noyade et d'inclure un prologue pour faire de l'élément aquatique un thème central du film. Un autre leitmotiv dans le film est de faire trébucher ou chuter les personnages : outre la chute de Christine dans la mare qui entraînera sa noyade, Laura est emmenée à l'hôpital après avoir trébuché au restaurant, leur fils Johnny se blesse en tombant dans l'internat, l'évêque qui supervise la restauration de l'église informe John que son père a été tué en chutant, et John lui-même manque de mourir en se précipitant dans le vide pendant les rénovations. Le verre est fréquemment utilisé comme un présage que quelque chose de grave est sur le point de se produire : juste avant que Christine ne se noie, John renverse un verre d'eau et Johnny brise une vitre ; lorsque Laura s'évanouit au restaurant, elle renverse des verres de la table, et lorsque John manque de faire une chute mortelle dans l'église, une planche de bois brise une vitre ; enfin, peu avant d'affronter la mystérieuse silhouette vêtue de rouge, John demande aux sœurs un verre d'eau, un élément de symbolisme qui préfigure la mort de Christine.

L'intrigue du film est marquée par des erreurs d'interprétation et d'identité : lorsque John voit Laura sur la péniche avec les sœurs, il ne se rend pas compte qu'il s'agit d'une prémonition et croit que Laura est à Venise avec elles. John lui-même est pris pour un voyeur lorsqu'il suit Laura à la séance de spiritisme, et il finit par prendre la mystérieuse silhouette vêtue de rouge pour un enfant. Le concept de sosie et de double est très présent dans le film : les reflets sont un leitmotiv du film, qu'il s'agisse de reflets dans l'eau, de photographies, de croquis de police ou de diapositives de l'église que John restaure. Laura commente dans une lettre à leur fils qu'elle ne peut pas faire la différence entre les fenêtres restaurées de l'église et les « vraies », et plus tard dans le film, John tente de faire une correspondance parfaite entre les carreaux récemment fabriqués et les anciens pour réparer une mosaïque ancienne. Roeg décrit le principe de base de l'histoire comme étant principalement que dans la vie « rien n'est ce qu'il semble être », et a même décidé de faire prononcer cette phrase par le personnage de Donald Sutherland - une scène qui a nécessité quinze prises.

La communication est un thème qui traverse une grande partie de l'œuvre de Nicolas Roeg et qui est très présent dans Ne vous retournez pas. Le meilleur exemple en est la médium aveugle, Heather, qui communique avec les morts, mais il est présenté également d'autres manières : les barrières linguistiques sont délibérément renforcées par la décision de ne pas inclure de sous-titres traduisant le dialogue italien en anglais, de sorte que le spectateur éprouve la même confusion que John. Les femmes sont présentées comme plus aptes à communiquer que les hommes : outre le fait que la voyante est une femme, c'est Laura qui reste en contact régulier avec leur fils, Johnny ; lorsque les Baxter reçoivent un appel téléphonique les informant de l'accident de Johnny au pensionnat, l'incapacité du directeur à expliquer la situation amène sa femme à s'interposer et à expliquer à sa place.

Il a été beaucoup fait allusion dans les critiques au montage fragmenté de Ne vous retournez pas, et de l'œuvre de Nicolas Roeg en général. Le temps y est présenté comme « fluide », puisque le passé, le présent et le futur peuvent coexister dans la même trame temporelle. Les prémonitions de John se confondent avec le présent, comme au début du film, où la mystérieuse silhouette au manteau rouge semble être représentée sur l'une de ses diapositives, et lorsqu'il « voit » Laura sur la péniche funéraire avec les sœurs et croit à tort voir le présent, alors qu'il s'agit en fait d'une prémonition. L'utilisation la plus célèbre de cette approche fragmentée du temps est celle de la scène d'amour, dans laquelle les plans où John et Laura font l'amour sont entrecoupés de plans où ils se rhabillent pour aller dîner. Après que John a été attaqué par son agresseur dans les moments décisifs, les événements précédents décrits au cours du film sont rappelés par des flashbacks, ce qui peut être interprété comme la vision de sa vie qui repasse devant ses yeux. Sur le plan narratif, l'intrigue de Ne vous retournez pas peut être considérée comme une prophétie auto-réalisatrice : ce sont les prémonitions de John concernant sa mort qui déclenchent les événements qui conduisent à sa mort. Selon le monteur du film, Graeme Clifford, Nicolas Roeg considérait le film comme son « exercice de grammaire cinématographique ».

Inspirations