Le Sud-Ouest africain (, , ) est le territoire administré par l’Union d’Afrique du Sud et plus tard par l’Afrique du Sud entre 1915 et 1990 correspondant à l’actuelle Namibie.
D'abord appelé Transgariep ou Sud-Ouest africain, il devient officiellement le protectorat du Sud-Ouest africain allemand de 1884 à 1915, durant la colonisation par les troupes de l'empereur Guillaume II. Il garde le nom de « Sud-Ouest africain », souvent simplement appelé « Sud-Ouest » par les habitants, durant le mandat de l'Afrique du Sud sur ce territoire de 1920 à 1968.
Bien que rebaptisé officiellement « Namibie » à la suite de la révocation du mandat sud-africain par l'Organisation des Nations unies en 1968, le pays conserve les deux appellations en usage jusqu'en 1990, année de l'indépendance effective de la Namibie.
Historique La fin du Sud-Ouest africain allemand
thumb|Carte du Sud-Ouest africain allemand.
La Première Guerre mondiale met fin au protectorat allemand sur le Sud-Ouest africain.
Les premiers engagements entre la troupe coloniale et l'armée sud-africaine, engagée aux côtés des Britanniques, commencent dès à Kummernais. Les Sud-Africains lancent une grande offensive, et remportent une victoire décisive à Gibeon, les et , qui aboutit à la défaite du corps expéditionnaire allemand, le , à Khorab.
À partir de cette date, le Sud-Ouest africain allemand demeure sous l'occupation des troupes sud-africaines. Lors de la signature du traité de Versailles, l'Allemagne renonce définitivement à ses colonies et y abandonne de ses ressortissants.
Le Sud-Ouest africain sous mandat sud-africain (1920-1968) Le , la Société des Nations donne un mandat de type C à l'Union d'Afrique du Sud pour administrer le Sud-Ouest africain, et assurer le bien-être des populations (le type C entraine que le territoire est à administrer comme une extension territoriale à part entière de l'Etat mandaté). En 1921, le premier administrateur sud-africain est nommé, remplaçant l'autorité militaire. Seuls six mille cinq cents colons allemands sur quatorze mille ressortissants du Reich datant d'avant 1914 restent dans le pays, alors que s'intensifie l'immigration de Blancs sud-africains, souvent de condition très modeste, et à qui sont attribuées des aides financières et des terres.
Symboliquement, le nom de la capitale, Windhuk, est «afrikanerisé» en Windhoek, et des lois ségrégationnistes sud-africaines complètent les anciennes dispositions allemandes discriminatoires.
En 1924, les colons allemands ne représentent plus que 37 % de la population blanche du territoire (contre 83 % en 1913). En 1925, la communauté blanche élit ses premiers représentants à l'assemblée législative du Sud-Ouest africain (dix-huit élus, auxquels s'ajoutent six membres désignés par l'administration).
En 1925, 43 % du territoire se trouvent constitués en réserves, sous l'autorité de chefs coutumiers (Ovamboland, Kavangoland, Hereroland, Damaraland, Namaland, Kaokoland), 41 % des terres appartenant aux Blancs et le reste à l'État ou aux Basters de Rehoboth.
En 1926, tous les natifs du Sud-Ouest africain deviennent des ressortissants de l'Union sud-africaine. L'ancienne colonie allemande est dorénavant considérée comme une cinquième province de l'Afrique du Sud. Pendant vingt ans, celle-ci sombre dans un relatif oubli.
En 1946, l'Afrique du Sud réclame l'annexion du Sud-Ouest à la nouvelle ONU, ce qui lui est refusé par l'Assemblée générale le .
En 1949, la constitution du Sud-Ouest est révisée par le gouvernement de Daniel François Malan. Une représentation directe du territoire au parlement sud-africain est désormais assurée par six députés et quatre sénateurs, alors que la tutelle des populations indigènes est désormais du seul ressort du gouvernement de Pretoria.
Au début des années 1950, le chef coutumier herero Hosea Kutako est le premier représentant noir du Sud-Ouest africain à faire présenter une pétition aux Nations unies dénonçant l'administration sud-africaine.
En 1958, la population du Sud-Ouest africain atteint , dont , résidant très majoritairement dans le quart septentrional du territoire. Les du territoire résident dans le nord et le sud, principalement dans les centres urbains (représentant la moitié des vingt mille habitants de la zone urbaine de Windhoek dont plus de 95 % des habitants de la ville elle-même, et plus de 90 % de la zone urbaine de Swakopmund). Le gouvernement sud-africain propose alors, mais sans succès, de diviser le territoire en deux afin de se débarrasser du quart septentrional du Sud-Ouest africain.
En 1959, les Ovambos et les Héreros s'organisent politiquement afin de protester contre la colonisation sud-africaine et la mise en place de sa politique d'Apartheid. Le , une campagne de protestation organisée par l'Union nationale du Sud-Ouest africain (SWANU) se solde par la mort de treize manifestants, abattus par les forces de police, et cinquante-quatre blessés. Le , l'Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO) est créée par des membres de l'ethnie Ovambo. Dans un premier temps, elle s'oppose à la SWANU, dominée par les Hereros, pour être reconnue par l'ONU comme représentante légitime des peuples du Sud-Ouest africain. Dès 1961, la SWAPO coopère avec les mouvements rebelles de l'Angola, envisage la lutte armée et obtenait, sur le plan diplomatique, l'élimination de sa rivale, la SWANU, de toutes les représentations internationales.
La même année, l'Assemblée générale des Nations unies, où les pays décolonisés sont de plus en plus influents, vote un texte considérant que la situation au Sud-Ouest africain menace la paix internationale et la sécurité. Bien que ses émissaires aient conclu finalement à l'absence d'une telle menace, l'Assemblée générale transmet le dossier au Comité dit « des 24 », chargé de mettre en œuvre l'indépendance des peuples colonisés. 200px|thumb|Plan Odendaal de partage administratif du territoire du Sud-Ouest africain. En 1963, le gouvernement sud-africain met en place une commission d'enquête sur le Sud-Ouest africain, présidée par F. H. Odendaal. Dans son rapport, celui-ci préconise la division du territoire en trois parties, dont la première serait réservée à dix bantoustans (foyers nationaux ou réserves indigènes), la seconde aux Blancs, destinée à intégrer l'Afrique du Sud et une troisième, comprenant les parcs naturels (Etosha, Côte des Squelettes, désert du Namib) et les zones interdites (dont la célèbre Sperrgebiet — une zone diamantifère). Ce rapport est rejeté par l'Assemblée générale des Nations unies.
En 1966, le Liberia et l'Éthiopie saisissent la Cour internationale de justice pour tenter, sans succès, de faire déclarer illégale l'occupation du Sud-Ouest africain par la République sud-africaine. La décision de la Cour provoque l'indignation de l'Assemblée générale des Nations unies, qui vote le la résolution 2145, déclarant que l'Afrique du Sud a failli à ses obligations. En 1967, l'Assemblée proclame que le territoire est désormais géré par un conseil pour le Sud-Ouest africain pour le compte des Nations unies. Le de la même année, un accrochage sérieux entre militants de la SWAPO et la police sud-africaine marque le début de la guérilla.
Le « Sud-Ouest africain/Namibie » (1968-1975) En 1968, l'Assemblée générale des Nations unies vote la révocation du mandat sud-africain. La résolution de l'Assemblée générale reste sans effet, l'Afrique du Sud ne reconnaissant pas la compétence de celle-ci — ni l'ONU comme le successeur de la SDN. Le , le nom de « Namibie », de préférence à celui de « Kalanami » (contraction entre Kalahari et Namib), est donné par l'ONU à tout le territoire.
De son côté, le gouvernement sud-africain met en place le dispositif du rapport Odendaal prévoyant la constitution de dix homelands, dont six districts représentant plus des deux tiers de la population, ayant vocation à devenir autonomes (Damaraland, Ovamboland, Kaokoland, Kavangoland, Caprivi oriental et Hereroland).
En 1970, le Conseil de sécurité de l'ONU déclare, pour la première fois, illégale la présence de l'Afrique du Sud en Namibie. Le , la révocation du mandat sud-africain est confirmée par un avis consultatif de la Cour internationale de justice.
Les sont marquées par une forte évolution de la politique interne. À la suite de la grève de milliers d'ouvriers ovambos entre et , le gouvernement Vorster entreprend des réformes et abroge la loi de 1920 dite « maître et serviteurs », et les contacts sont renoués entre l'ONU et le gouvernement sud-africain.
En , le secrétaire général des Nations unies, Kurt Waldheim, effectue une visite dans le Sud-Ouest africain-Namibie (nom usuel depuis 1968) et prend contact avec les autorités locales et les représentants des mouvements politiques.
En 1973, seulement trois des six districts autonomes prévus par le rapport Odendaal et dirigés par un conseil tribal sont créés (Ovamboland, Kavangoland et Caprivi oriental).
En fait, des désaccords opposent les autorités tribales au gouvernement sud-africain sur les pouvoirs de compétence déléguée et le maintien de la discrimination par le ministère des Affaires bantoues. En , les élections de l'assemblée législative tribale de l'Ovamboland sont remportées par le Parti de l'indépendance de l'Ovamboland mais le taux de participation n'est que de 3 %, les électeurs ayant répondu à l'appel au boycott lancé par la SWAPO et le Parti démocratique coopératif.
Les autorités tribales et sud-africaines réagissent à ce camouflet en faisant arrêter les dirigeants de la SWAPO interne, et pour les autorités tribales en faisant fouetter les opposants en place publique (sur ordre du ministre ovambo Filemon Elifas) et en multipliant les brimades.
Le , dans sa résolution , l'Assemblée générale des Nations unies désigne la SWAPO comme « représentant unique et authentique du peuple namibien ». Cette résolution est très mal perçue par les autres mouvements politiques namibiens, notamment par le mouvement de Clemens Kapuuo, qui accuse la SWAPO de tribalisme et lui reproche de n'avoir jamais participé à la moindre guerre contre l'occupant allemand.
À ce moment-là percevant les divisions au sein même des mouvements d'opposition du Sud-Ouest Africain, le premier ministre sud-africain John Vorster abandonne les objectifs du rapport Odendaal et décide dans le cadre de sa politique de détente avec les pays africains de s'engager dans la voie de l'autodétermination du territoire « y compris celle de l'indépendance. Il va ainsi faire de la Namibie un terrain de négociations politiques dont il va réutiliser les résultats pour la Rhodésie du Sud alors dirigée par Ian Smith, des résultats qui servent de modèle pour l'Afrique du Sud elle-même dans les .
Ainsi en , l'assemblée législative du Sud-Ouest africain invite l'ensemble des autorités du territoire, y compris les autorités tribales et les représentants des partis politiques noirs à déterminer leur avenir politique.
L'assemblée est à l'époque dominée par le Parti national du Sud-Ouest africain. Deux de ses représentants, Dirk Mudge et Ebenezer van Zijl, sont chargés des négociations alors que la SWAPO et la SWANU déclinent l'invitation faite par l'assemblée.
En , au cours d'une visite secrète au Liberia, John Vorster déclare au président de ce pays, William Richard Tolbert, que son gouvernement serait heureux de renoncer au Sud-Ouest africain, mais qu'en tant qu'autorité administrative, il a des responsabilités concernant ce territoire. Il aurait également dit à ce dernier que si l'Afrique du Sud se retirait immédiatement du Sud-Ouest Africain, ce serait un désastre« A Visit by Vorster to Liberia For Secret Talks Is Reported », article du New York Times du 17 février 1975..