La Pierre du Soleil (en espagnol : Piedra del Sol), également appelée de manière inexacte Calendrier aztèque, est une des œuvres les plus célèbres et emblématiques de l'art aztèque. Ce disque sculpté dans un bloc monolithique de lave basaltique d'olivine résume un grand nombre de conceptions cosmologiques et chronologiques des anciens Mexicains. D'un poids de pour un diamètre de et une épaisseur de , elle servait probablement de cuauhxicalli (réceptacle et autel de sacrifice) ou encore de temalácatl (autel de sacrifice gladiatorial) lors des cérémonies mythico-religieuses. La Pierre du Soleil a été redécouverte par hasard en 1790 à Mexico et est actuellement conservée au Musée national d'anthropologie de Mexico.

Histoire La date à laquelle la Pierre du Soleil fut sculptée reste inconnue. Mais certains auteurs comme León-Portilla affirment qu'elle a été commandée par l’empereur Axayacatl pour commémorer la fête du feu nouveau de 1479 ou, selon l'archéologue Hermann Beyer, en 1512 sous le règne de Motecuhzoma Xocoyotzin. En conséquence, on peut seulement affirmer que le style de cette œuvre appartient à la période impériale tardive de la civilisation aztèque, et qu'elle a donc été sculptée peu avant l'arrivée des Espagnols.

Selon des études géologiques menées par à la fin du , le bloc basaltique d'olivine dans lequel le monolithe a été sculpté proviendrait d'un secteur situé au sud du bassin de Mexico, proche de l'ancien village de San Ángel devenu un quartier de Mexico ou, plus au sud encore, d'endroits situés dans la démarcation territoriale de Xochimilco. Considérant les 24,6 tonnes de ce bloc de roche volcanique, son transport jusqu'à l'enceinte sacrée de la cité de Tenochtitlan (sur un parcours entre 12 et 20 kilomètres) fut décrit dans divers textes post-coloniaux comme laborieux et nécessitant la force de plusieurs centaines d'hommes. L'endroit exact où la pierre fut installée n'est pas connu même si Seler supposa, au début du XXe siècle, qu'elle se trouvait sur la partie supérieure d'un temple dédié à Tonatiuh, situé à l'angle sud-est de l'enceinte sacrée.

Peu de temps après la chute de l'Empire aztèque en 1521, et pour des raisons inconnues, les conquistadors déplacèrent le monument de quelques centaines de mètres, au sud de l'enceinte sacrée, le long de l'actuelle place de la Constitution. Elle demeura ainsi exposée au public durant plusieurs décennies avant d'être enterrée (probablement au même endroit) sur ordre de l'archevêque Montúfar qui souhaitait ainsi éteindre l'influence pernicieuse qu'elle exerçait sur les croyances de la population.

Post-découverte La Pierre du Soleil a été redécouverte par hasard le à Mexico, lors du pavage de la grand place de la Constitution (Zócalo). Elle était enfouie par 42 centimètres de profondeur, à environ 65 mètres à l'ouest de la seconde porte du Palais royal. Une fois déterré, le disque solaire resta exposé à cet endroit en position verticale durant plusieurs mois. C'est à cette époque que León y Gama réalisa une première étude de son symbolisme mythico-religieux. Par suite, au regard des déprédations et profanations que l'œuvre subissait, elle fut déplacée en 1791 au pied de la tour occidentale de la cathédrale. Exposée malgré tout aux intempéries durant toute la première moitié du XIXe siècle, la Pierre du Soleil endura de nouvelles dégradations, d'autant plus lorsqu'elle servit occasionnellement de cible d'entraînement aux tirs des troupes américaines qui occupaient Mexico en 1847.

vignette|Peinture réalisée par le Suisse Johann-Salomon Hegi en 1854 à Mexico. Au pied de la tour de la cathédrale, on distingue la Pierre du Soleil.

Au cours de cette longue période d'exposition en plein air, la Pierre du Soleil attira l’attention de nombreux explorateurs célèbres tels que Malaspina ou Humboldt. Et c'est également à cette époque que Chavero proposa une interprétation de cette œuvre qui le conduisit à la nommer « Pierre du Soleil ». Les dessinateurs et peintres Carl Nebel, ou furent les premiers à la représenter dans leurs productions artistiques. De même, le naturaliste britannique William Bullock fit des moulages en plâtre de ce disque solaire grâce auxquels il put réaliser une reproduction exposée en 1824 au Egyptian Hall de Londres.

Ce n'est qu'en 1885 que la Pierre du Soleil trouva un toit pour s'abriter. Elle fut transférée au musée National Mexicain (ancienne Maison de la Monnaie) pour occuper la partie centrale de la galerie des monolithes, inaugurée 2 années plus tard. Elle y resta pratiquement quatre-vingts ans jusqu'au date à laquelle elle entreprit un ultime voyage pour rejoindre le tout nouveau Musée national d'anthropologie de Mexico.

Position et fonction À la parution en 1792 de la première étude sur la Pierre du Soleil, Léon et Gama considérait qu'elle avait été sculptée pour être positionnée verticalement - l'auteur affirmant qu'il était de la sorte plus facile visuellement d'accéder à son contenu. Quelques années après, Chavero introduisit une controverse affirmant que le monolithe reposait, dans sa fonction originelle, horizontalement. Pour lui, la Pierre du Soleil était à considérer comme une plateforme cérémonielle sur laquelle des sacrifices étaient effectués. Plus tard encore, en 1921, l’archéologue Hermann Beyer postula que la sculpture demeurait inachevée. Car selon lui, considérant l'épaisseur du bloc de roche souche (), l'idée première des ou du sculpteur était bien de réaliser une œuvre semblable par sa forme à la Pierre de Tizoc ou à la Pierre de Moctezuma (dont la position fonctionnelle était horizontale). Cependant, une fois la face circulaire terminée, le bloc de roche aurait rompu, en haut à gauche du disque, rendant impossible la réalisation du projet initial. Quoi qu'il en soit de cet hypothétique accident, à la suite de et , la plupart des auteurs admettent que la pierre était positionnée à l'horizontale. L'orientation des glyphes sculptés sur la bordure latérale du disque en témoigneraient.

vignette|Page 134 du codex Tovar figurant une joute gladiatoriale. On y voit un temalacatl attaché à la jambe d'un combattant.

Sa fonction a également fait l'objet de controverses puis d'un consensus assez large. Ainsi positionnée horizontalement, s'agissait-il d'un temalacatl, sorte d'autel utilisé lors du rituel martial appelé sacrifice gladiatorial, ou d'un cuauhxicalli faisant office de réceptacle dans lequel les cœurs excisés et le sang des sacrifiés étaient recueillis ? Si certains auteurs considèrent encore que la Pierre du Soleil n'est pas un temalacatl dans la mesure où elle n'a pas de trou en son centre permettant d'y passer une corde pour maintenir le combattant prisonnier, un consensus existe autour de la proposition de Solis qui assure que les monolithes de grande dimension, comme la Pierre du Soleil, pouvaient aussi bien servir de plateforme gladiatoriale que de récipients destinés à collecter les cœurs des victimes. Dans ce double usage et pour Graulich, la Pierre du Soleil n'était accessible qu'à une partie de la population. Car sa fonction était aussi de servir les dieux aztèques, elle leur était dédiée et constituait une offrande religieuse.

Iconographie Plus de deux cents ans après sa réapparition, la Pierre du Soleil refuse toujours de livrer tout son contenu. En effet, en raison de l'état de destruction de certaines sections et par l'absence de la palette de couleurs originale, l'interprétation de son iconographie complexe présente des résistances parfois indépassables. Mais quoi qu'il en soit, il est tout de même possible d'observer et d'interpréter bon nombre de glyphes. De manière générale, on peut dire que cette œuvre fait référence à la cosmovision du peuple aztèque ainsi qu'à son système calendaire p.181-182.p.90.. Elle est organisée en cercles concentriques dont l'ultime se trouve sur la bordure latérale du disque, non visible de face. Dans une interprétation plus abstraite de la Pierre du Soleil, Graulich identifie son iconographie comme symbolisant l'astre qui mesure le temps et définit l'espace, celui qui réalise l'union des contraires, celui qui a besoin de sang et de cœurs humains pour marcher, l'étoile qui chasse les ténèbres avec ses rayons de lumière.

vignette|upright=2|centre|Détail de la divinité centrale, des quatre Soleils disparus, du cinquième Soleil (monde actuel) et des quatre glyphes excentrés.

La figure centrale Dans l'histoire complexe de la Pierre du Soleil, les questions d'interprétation les plus controversées tournent autour de l'identité exacte de la figure centrale. Jusqu'en 1974, la plupart des auteurs considéraient qu'il s'agissait de Tonatiuh, la divinité personnifiant le Soleil assoiffé de sang avec au-dessus un rayon solaire et, de chaque côté, ses mains griffues serrant des cœurs humains. Mais depuis lors, à la suite des propositions de et , les caractéristiques graphiques du personnage laissent penser qu'il pourrait s'agir d'une divinité terrestre à l'image de Tlaltecuhtli - notamment au niveau des mandibules décharnées, des bracelets de perles de chaque côté du visage, de la langue protubérante en forme de couteau en silex et des griffes.

D'autres chercheurs font aussi remarquer qu'on serait en présence d'une déité hybride proche de Xiuhtecuhtli, la divinité consacrée au feu comme au centre (de l'univers). Ici, les ressemblances portent sur les « cache-oreilles », la barrette qui perce le nez ainsi que sur la bouche décharnée. En écho à cette proposition d'être hybride, l’anthropologue Ariane Fradcourt considère pour sa part qu'il s'agit bien du dieu solaire Tonatiuh, portant les traits du seigneur de la terre Tlaltecuhtli. Ce que Matos Moctezuma valide d'autant plus en admettant que ce disque était originellement placé sur un plan horizontal. De la sorte, et en suivant la course du soleil, la partie supérieure de la pierre symboliserait l'Est, le bas l'Ouest et, à mi-course, le centre ou zénith (grand rayon au-dessus de l'entité). Autrement dit, la transition, le passage entre le monde céleste (soleil) et tellurique (terre).

Les quatre Soleils disparus Entourant la figure centrale, les quatre branches de la croix de saint André figurant le signe ollin portent les symboles calendaires des quatre Soleils ou ères ayant précédé le monde actuel, le cinquième Soleil. Combinés aux points qui les encadrent, ils indiquent la date à laquelle chacun de ces mondes se serait écroulé. Selon les auteurs, la succession des quatre âges disparus n'est pas toujours décrite dans le même ordre. Pour Soustelle, ils se lisent d'en haut à droite et dans le sens contraire aux aiguilles d'une montre. Ce qui donne nahui ocelotl (quatre-jaguar), nahui ehecatl (quatre-vent), nahui quiahuitl (quatre-pluie) et nahui atl (quatre-eau). Cependant, si Matos Moctezuma retient le sens de la lecture, il considère en revanche que la série débute à midi, soit en haut à gauche par le glyphe nahui ehecatl (quatre-vent). D'autres auteurs proposent des lectures encore différentes tel Graulich qui relie aussi les quatre Soleils aux quatre éléments universels et les décline ainsi : nahui atl (quatre-eau), nahui ehecatl (quatre-vent pour l'air), nahui quiahuitl (quatre-pluie... de feu) relatif à la foudre et nahui ocelotl (quatre-jaguar) associé à la terre.

Le cinquième Soleil