Jaffa (en arabe Yaffa ; en hébreu transcrit Yafo (יָפוֹ), en hébreu tibérien Yāp̄ô ; dans les tablettes de Tell al Amarna (), Yapu), parfois appelée en français Joppé ou Jophé, est une ancienne ville portuaire d'Israël, aujourd'hui incluse dans la municipalité israélienne de Tel Aviv-Jaffa, dont elle constitue la partie sud.
Le port de Jaffa est dès l'Antiquité une des étapes du commerce entre le bassin méditerranéen et l'Asie orientale. Au Moyen Âge, Jaffa est une des échelles du Levant, quoique secondaire par rapport à Acre. Une partie du port et quelques mosaïques antiques ont survécu jusqu'à nos jours.
À la fin du et au début du , Jaffa est la plus grande agglomération arabe de Palestine, dépassant par sa population Jérusalem, Gaza et Haïfa. En 1909, dans le cadre de l'Empire ottoman, est créé au nord de Jaffa l'établissement juif de Tel Aviv, issu du mouvement sioniste initié à la fin du . À la suite de la création de l'État d'Israël (14 mai 1948) et de la défaite arabe lors de la guerre de 1948-1949, la municipalité de Jaffa, d'où nombre de ses habitants arabes ont été expulsés, est fusionnée avec celle de Tel Aviv au sein de la municipalité de Tel Aviv-Jaffa (), souvent appelé simplement « Tel Aviv », nom qui peut aussi désigner l'agglomération de Tel Aviv ().
Philologie
Mentions de Jaffa dans les textes de l'Antiquité
Textes de la Bible hébraïque Jaffa est mentionnée à plusieurs reprises dans la Bible hébraïque.
Dans le livre de Josué, la ville est citée comme un des points limite du domaine de la tribu de Dan.
Dans le livre de Salomon, on y décharge les cèdres importés de Phénicie et destinés à la construction du temple de Salomon à Jérusalem au .
Dans le livre de Jonas, Jaffa est aussi le point de départ du prophèteYona. lors de son voyage malheureux vers TartessosTarshish..
Textes de la Bible chrétienne (hors Ancien Testament) Dans les Actes des ApôtresActes des Apôtres , 41 (cinquième livre du Nouveau Testament), c'est à Jaffa (Joppé) que se trouve la maison de Simon le corroyeur qui héberge l'apôtre Pierre.
Textes grecs Jaffa apparaît aussi dans la mythologie grecque, dans les légendes d'Andromède et Persée.
Étymologie du nom de Jaffa vignette Le nom Yaffa ou Yaffo est probablement d'origine sémitique, lié étymologiquement au mot hébraïque yoffi (écrit יופי) (Joppé) qui signifie « beauté »; yaffa, en hébreu signifie « belle ») (Japho)Eerdmans, . (ou agréable, pulchritudo aut decor, dit Adrichomius).
Une légende juive l'associe à un des fils de Noé, Japhet (en hébreu Yefet) qui aurait fondé le port quarante ans après le Déluge. Une tradition hellène tardive relatée par Pline l'Ancien l'attribue à Jopa, la fille d'Éole, le maître des VentsPhaidon Guide, ..
Jaffa est mentionnée sur la liste de et dans des papyrus égyptiens anciens comme YP. Sur les tablettes de Tell el-Amarna et sur l'inscription de Sennacherib, elle est mentionnée sous la forme Yapu. Chez le géographe arabe Al-Muqaddasi, elle est rappelée sous le nom de Yaffa, employé par les Arabes jusqu'à nos jours. Dans la Bible hébraïque (Ancien Testament, Esdras 3,7), la Méditerranée est nommée la mer Yaffo (Yam Yaffo) et dans le Midrach, la mer de Yaffo (Yamá shel Yaffo). Elle est parfois nommée sous le nom de Joppé ou Jophé dans les Actes des Apôtres, 9, 10 et 11Le Nouveau Testament, édition du chanoine Osty, Paris, Siloé, 1966..
Antiquité Au deuxième millénaire avant notre ère, Jaffa est située dans une région intermédiaire entre la Phénicie et l'Égypte pharaonique, dont les principaux peuples sont alors les Cananéens et les Philistins (dont le nom est à l'origine de celui de la Palestine), jusqu'à l'implantation au début du premier millénaire des Hébreux sur le territoire ensuite appelé Judée (la région de Jérusalem).
Débuts Le port naturel de Jaffa est utilisé depuis l'âge du bronze moyen. Le site antique est situé sur la colline appelée Tell Yaffa (altitude : ) où se trouve aujourd'hui l'église franciscaine Saint-Pierre de Jaffa (du ).
Vers , elle est sous la domination des Cananéens.
Conquête par l'Égypte () vignette|Bol de fontaine en marbre trouvé à Jaffa (rue Mifrats Shlomo), période romaine ou byzantine.
L'existence d'une ville de Jaffa est attestée depuis environ par une lettre datée d'environ , qui fait l'éloge du pharaon pour avoir conquis la ville par un subterfuge du type « cheval de Troie », deux cents soldats égyptiens ayant été cachés dans des paniers offerts en cadeau au gouverneur cananéen de la ville.
Le nom de Jaffa apparaît aussi dans les tablettes de Tell el-Amarna (Yaffo).
Hébreux et Philistins Hormis les Égyptiens, Jaffa est dominée par les Chanaanéens, et pendant longtemps par les Philistins, y compris par le royaume d'Ashdod. Elle fait partie, temporairement, des royaumes juifs anciens unifiés sous les rois Salomon et David, et plus tard sous quelques-uns des rois de Judée.
Assyriens, Babyloniens, Perses, Grecs vignette|Mosaïque de Jaffa, , musée de Jaffa.
Ensuite, la cité subit, comme l'ensemble de la région, plusieurs invasions : celle des Assyriens sous le règne du roi Sennacherib (-), celle du roi de Babylone vers -, puis celle de la Perse achéménide. Sous la domination achéménide, le roi phénicien de Sidon, , la reçoit en cadeau des Perses et y érige un temple au dieu Eshmoun.
Au avant notre ère, la cité passe sous l'autorité des Grecs après la conquête de l'Asie occidentale par le roi de Macédoine Alexandre le Grand (-). Après la mort d'Alexandre et le partage de son empire, Jaffa et sa région sont l'enjeu de conflits entre ses successeurs : les Lagides d'Égypte et les Séleucides de Syrie, à qui elle finit par revenir.
Période de la révolte des Maccabées et de domination du royaume des juifs
Les habitants de Jaffa grecs ou hellénisés sont hostiles à la révolte anti-hellène de Judas Maccabée (vers 165-160). Judas les punit en passant les habitants au fil de l’épée, mais ils opposent toujours une vive résistance par la suite et sont de nouveau vaincus par Jonathan Maccabée en , puis par Simon Maccabée.
Malgré sa supériorité militaire sur les Maccabées, le roi séleucide abandonne vers Jaffa au roi hasmonéen , du fait de l'alliance passée par les juifs avec les Romains, qui ont mis fin à la menace de Carthage en 148 av. J.-C. et se tournent vers la Méditerranée orientale. Jaffa passe donc sous l'autorité du royaume juif, d'abord sous la dynastie des Hasmonéens (issus des Maccabées), puis sous les HérodiensOu Antipatrides. C'est à cette époque que la ville est repeuplée par des juifs.
Période de l'Empire romain (de -63 au ) vignette|Épitaphe bilingue (grec et hébreu) de « Samuel fils de Cholbidia, Paix sur Israël, Shalom ». Musée de Jaffa.
De Pompée à Néron (-63/+66) En , Pompée conquiert la Judée, séparant Jaffa . Par la suite, Jules César cède la ville au roi juif . Après la mort de César, Marc Antoine la donne à la reine d'Égypte Cléopâtre. Après sa victoire sur Marc Antoine (31 av. J.-C.), Octavien (qui devient l'empereur Auguste quatre ans plus tard) la cède à Hérode le Grand, roi de Judée vassal des Romains. En 6 de notre ère, la Judée repasse sous le contrôle direct de Rome, puis un roi, Hérode Agrippa, la dirige de 37 à 44, mais n'a pas de successeur.
La Judée romaine, qui inclut Jaffa, associée à la Samarie, est administrée par un procurateur équestre résidant à Césarée, en Samarie. Sur le plan militaire, elle est dans le ressort du légat de Syrie.
Période des révoltes juives (66-135)
Au début de la première guerre judéo-romaine (66-73), Jaffa est mise à sac par les soldats de Cestius Gallus, légat propréteur de Syrie, et plus de sont massacrés, selon Flavius Josèphe. Néanmoins, les Juifs se réorganisent et transforment le port de Jaffa en une base navale d'où ils dirigent des attaques contre les vaisseaux romains allant vers la Syrie ou vers l'Égypte.
Par ailleurs, Cestius Gallus connait plusieurs échecs. Vaincu à Beït-Horon, il est relevé de ses fonctions et remplacé par le proconsul Vespasien. En 67, Jaffa est reprise après des combats acharnés par les troupes de Vespasien, qui attaque pendant une nuit d'orage. Une partie des habitants, qui se sont enfuis sur des barques, coulent et se noient.
Au terme de la révolte, alors que Vespasien est devenu empereur en 69, Jaffa est placée sous le contrôle étroit de Rome et rebaptisée Flavia Joppea (du nom de la gens de Vespasien) tandis que le temple de Jérusalem est détruit et que les juifs sont chassés de Jérusalem.
Après la répression de la dernière révolte des Juifs, celle de Simon bar Kokhba (132-135), l'empereur Hadrien prend de nouvelles mesures contre les juifs. Il rebaptise notamment la province de Judée province de Syrie-Palestine.
Juifs, chrétiens et samaritains à Jaffa Les Samaritains étendent alors leur aire de peuplement et s'installent aussi sur le littoral, y compris à Jaffa. Des Juifs (mentionnés dans le Talmud) continuent néanmoins de vivre dans la ville à côté d'une importante communauté chrétienne. vignette|Pointe de Jaffa avec l'église Saint-Pierre.
Dans le Nouveau Testament et dans les Actes des Apôtres, Jaffa apparaît dans le récit sur l'apôtre Pierre qui y ressuscite la veuve juive Tabitha (9:36–42) et qui y a, dans la maison de Simon le Corroyeur, la vision de l'égalité aux yeux de Dieu entre Juifs et Gentils (Actes 10:1-23)Une peinture décrivant ce dernier événement est visible dans l'église Saint-Pierre de Jaffa. La tombe de Tabitha se trouve dans un quartier de l'est de Jaffa, Abou Kabir, où elle est abritée par l'église orthodoxe russe (l'église de l'apôtre Pierre et de Tabitha-la-Juste..
Le Talmud, la Mishna et la Gemara évoquent des sages juifs, des tannaïm et amoraïm : Rav Adda, Rabbi Hiya Brey de Rabbi Adda d'man Yaffo, Rabbi Tankhum d'Yaffo, Rabbi Yokhanan (Yudan) de Yaffo, Rabbi Nakhman de Yaffo (ou Yaakov de Kassrin).
Le cimetière antique de Jaffa abrite plusieurs tombes juives anciennes (certaines se trouvent aujourd'hui au musée de Jaffa).
Au et au , la ville fait partie des territoires . À cause de l'hostilité des chrétiens, les Juifs ont aussi dû, , abandonner l'endroit.
Des vestiges datant des périodes hellénistique et romaine sont encore visibles dans une chambre souterraine située sous la Guide touristique Lonely Planet, Israël et les territoires palestiniens, 2018, , page 134..
Moyen Âge Période byzantine À partir de 390, Jaffa fait partie de la province romaine de Palestine première, issue d'une division en trois de la province de Syrie-Palestine (anciennement province de Judée), au sein de l’Empire romain d’Orient (ou Empire byzantin.
C'est toujours un port important, (375-444).
La communauté chrétienne de Jaffa, qui date des premiers siècles de notre ère, parle le grec ou l'araméen. Elle est majoritaire à l'époque de l'Empire byzantin.
Période des califats musulmans (636-1099) La région est conquise par les musulmans en 636, quelques années seulement après la mort du prophète Mahomet (632), sous le règne du calife Omar ibn al-Khattab, par les troupes du général Amru ben al-As. Elle fait successivement partie du califat omeyyade (capitale : Damas), puis du califat abbasside (capitale : Bagdad), puis du califat fatimide (capitales successives : Kairouan, puis Le Caire).
Dans le système politique instauré par les musulmans, les chrétiens et les juifs sont autorisés à pratiquer leur culte, moyennant les contraintes liées au statut de non musulman (dhimmi). Un certain nombre de Juifs reviennent à Jaffa et une communauté juive existe à l'arrivée des croisés (1099).
La nouvelle ville de Ramla devient la capitale du district de Jund Filastin, qui remplace la province romaine de Palestine première et fait partie de la province de Syrie (Sham) dont le chef-lieu est Damas, capitale du califat sous les Omeyyades. Ramla utilise le port de Jaffa pour ses liaisons maritimes.
Graduellement, la population de Jaffa devient arabophone et la localité devient une ville arabe.