Ana Novac (née Zimra Harsányi le à Dej en Transylvanie et morte dans le le Relevé des fichiers de l'Insee. ) est une écrivaine et dramaturge franco-roumano-hongroise, survivante de la Shoah.
Elle est l'auteure de Les Beaux Jours de ma jeunesse, le seul journal à avoir survécu aux camps de concentration. Elle était surnommée l'« Anne Frank roumaine », bien que celle-ci n'ait pas raconté les camps dans son œuvre. Ana Novac les décrit de l'intérieur, et continue bien après, sans oublier la mémoire, mais en traitant de bien d'autres sujets.
Biographie Enfance en Transylvanie Âgée d'une dizaine d'années, Ana connaît la maladie et passe des heures dans une chaise longue dans un sanatorium des CarpatesAna Novac, Les beaux jours de ma jeunesse, préface, pages 9 à 12, Gallimard, Paris, 1999.. C'est là qu'elle prend l'habitude, jusqu'à l'obsession, de tenir son journal. À , elle se retrouve « citoyenne » hongroise quand les nazis attribuent la Transylvanie du Nord à leur allié hongrois.
À 14 ans, elle est déportée à Auschwitz. Au cours des six mois qu'elle passe dans les camps, elle parvient à écrire un journal (paru en France en 1968 sous le titre Les Beaux Jours de ma jeunesse) avec des morceaux de papier trouvés, d'affiches déchirées et, par la suite, de cahiers donnés par le kapo Konhauser, essentiellement en hongrois. Le kapo confia le carnet pour le sortir à un meurtrier, renvoyé du camp pour cette raison, qui le fit, aussi étonnant que cela puisse paraître, effectivement parvenir à la logeuse de la famille Novac Malte Herwig, « Holocaust : Das Buch Auschwitz » dans Die Zeit du 19 février 2009.. Elle y décrit les conditions de voyage depuis la Transylvanie jusqu'à Auschwitz, puis à Płaszów, son quotidien de déportée. Le camp de Kratzau est libérée le par les Russes. Elle est vivante mais atteinte de tuberculose et de typhus.
En 1945, elle récupère la nationalité roumaine Jenny Hoch, « KZ-Überlebende Ana Novac : Horror ist, wenn man trotzdem lacht » dans Der Spiegel du 23 mai 2009..
Carrière d'auteure dramatique Ana Novac devient, après la guerre, auteure dramatique de théâtre en Roumanie, qu’elle quitte en 1965Couverture de "J'avais à Auschwitz" par Presses de la Renaissance http://assoc.pagespro-orange.fr/memoiredeguerre/livres/14-auschwitz.htm#deb. après avoir été victime de persécutions et d'un procès pour avoir vivement critiqué dans ses œuvres théâtrales le régime de Nicolae Ceaușescu d'alors. Ses pièces lui valent d'ailleurs une reconnaissance considérable en URSS et en Hongrie.
Sa première pièce, [Au début de la vie], sous-titrée [Scènes de la vie d'un institut] est publiée dans (, de ). Marian Popa la classe dans un mouvement appelé ad hoc « négativisme », dans la mesure où elle en est la seule représentante. Sans être nécessairement fortement critiques, ses pièces manquent globalement aux yeux du régime de l'optimisme qui lui est propre. Dans , elle décrit les efforts d'une jeune troupe de théâtre en 1946 pour monter une pièce dans un environnement bourgeois. Le résultat de leur labeur n'est cependant qu'une demi-réussite.
En 1955, [La Famille Kovács] tourne certes autour d'une histoire d'amour entre une jeune fille déçue par un vaurien et un jeune communiste et décrit de manière très critique la société transylvaine du début des années 1940 (pogroms, anticommunisme). Néanmoins, sa structure en miniatures biographiques participe plus de la création d'une atmosphère que d'une marche continue vers le progrès : le dénouement est même vécu par les autres membres de la famille comme une déchéance.
[Quelle sorte d'homme es-tu ?] présente Janos Madaras, ancien ouvrier devenu patron, à la base honnête et simple, à présent contaminé par le cynisme et l'indifférence de la bureaucratie socialiste. La conclusion très ironique voit subitement les personnages devenir tous très enthousiastes comme par miracle pour s'inscrire dans les codes de l'époque Marian Popa, Istoria literaturii române de azi pe mâine, volume I, , Bucarest, Semne, 2009..
Dès 1958, la chasse au négativisme commence à la prendre pour cible Așa arată oare o piesă de teatru ?, dans Scînteia, nr. 4165 du 16 mars 1958., jusqu'à son exclusion du Parti.
L'exil Elle passe ensuite quelque temps en Hongrie, puis à Berlin ouest, où elle s’installa quelque temps et où elle fait la connaissance de Günter Grass. Elle part ensuite en France, à Paris, au moment des évènements de où elle poursuit son œuvre, par des pièces de théâtre (qu'il lui arrive d'écrire en une nuit), des essais et des romans biographiques. Fréquentant le Café de Flore, elle y rencontre de nombreux intellectuels tels Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Eugène Ionesco.
Son journal, Les Beaux Jours de ma jeunesse, est édité en France en 1968. Il est beaucoup moins connu que celui d'Anne Frank, alors que les deux jeunes filles avaient le même âge au moment où elles écrivaient. Le message des Beaux Jours de ma jeunesse est plus violent, et parfois même insoutenable. L'auteur y décrit le côtoiement continuel de la mort. Elle fait preuve d'une remarquable lucidité sur les misères de l’homme, sur l’absurdité de la guerre, sur l’intangibilité de la frontière entre bourreaux et victimes. La dureté du témoignage peut paraître choquante, cette écriture acérée étant une caractéristique fondamentale de l'auteure.
La romancière L'œuvre d'Ana Novac ne peut cependant être réduite à son journal, à son expérience concentrationnaire ou au théâtre. Dans les années 1990 et au début des années 2000, elle est l'auteure d'une œuvre romanesque importante, en partie autobiographique de son propre aveu. Ainsi, Les Accidents de l'âme revient sur sa vie en Roumanie et Un Lit dans l'Hexagone sur son séjour en hôpital psychiatrique et sa singulière passion pour un médecinL'Express du , « Un Lit dans l'Hexagone »..
Plus tard, elle s'oriente vers une inspiration fictionnelle, notamment dans Les Noces de Varenka où l'on retrouve son humour noir et son sens des dialogues. Son dernier roman, Le Maître de Trésor, dont l'action se déroule en Grèce, est considéré comme le plus varié au plan formel, entre le thriller et le roman d'aventures, confinant parfois au fantastiqueJean-Rémi Barland, « Quand les anciens bourreaux deviennent victimes » dans L'Express du ..
Œuvres littéraires Preludiu. Comédie lyrique en 4 actes, Bucarest, 1956 Les Beaux Jours de ma jeunesse, première parution en France en 1968, ; rééditions Balland, 1992, et Folio Gallimard, 2000, Les Beaux Jours de ma jeunesse, en Hongrie, Hollande, Italie, Allemagne, France, entre 1968-1970, Julliard (traduit du hongrois par Jean Parvulesco), Paris, 1970 J'avais quatorze ans a Auschwitz, nouveau titre des précédents, Presses de la Renaissance, Paris, 238 p., 1982 Un peu de Tendresse ou Le Complexe de la soupe, éd. L’Avant-Scène Théâtre, Paris, 442 p., 1970 Un nu déconcertant et autres pièces, 180 p., éd. Expression latine, 1970 La Porte, 1971 Match à la une, L'Avant-scène Théâtre, 568, 1975 Le complexe de la soupe, L’Avant-scène Les mémoires d'un zombie, ou Si j’étais bébé-phoque, dans la revue Les Temps modernes, , éditions Gallimard, Nocturne, 1984 Le Grabat, 1988 Cap sur la Lune : Exercices lyriques, éd. Le Méridien, 1989 Les Accidents de l’âme., Balland, 237 p., 1991 Comme un pays qui ne figure pas sur la carte, Balland, Paris, 1992 Un lit dans l'Hexagone, Calmann-Lévy, 267 p., 1993 Les Noces de Varenka, Calmann-Lévy, 1996, Cap sur la Lune : Exercices Lyriques, éd. Le Méridien Le Maître de Trésor, éd. du Rocher, 364 p., 2002,
Bibliographie Arráez, José Luis : « Les ironies d'Ana Novac : procédé linguistique et instrument psychologique de réfutation, de critique et de dépassement du trauma », in Anales de filología francesa, Murcia, Servicio de Publicaciones Universidad de Murcia, , , 2015 Arráez, José Luis : « Les auto-ironies de Ana Novac dans Les beaux jours de ma jeunesse : de l'écriture oblique accusatrice à la salvatrice », in Revue d'Études Françaises, 2015, , Totok, William : « O victimă collaterală », 2012 Vice, S. : « Children writing the Holocaust », Springer, 2004, Zapruder, Alexandra : « Salvaged Pages: Young Writers’ Diaries of the Holocaust », Yale University Press, 2015, .
Voir aussi Articles connexes Littérature de la Shoah Éva Heyman
Liens externes
Citations d'Ana Novac dans La Blouse Roumaine Bibliographie d'Ana Novac dans La Blouse Roumaine
Notes et références
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