Pierre Mauroy, né le à Cartignies (Nord) et mort le à Clamart (Hauts-de-Seine), est un homme d'État français. Il est député du Nord entre 1973 et 1992, maire de Lille de 1973 à 2001, Premier ministre de 1981 à 1984 et sénateur de 1992 à 2011.
Situation personnelle Famille Né en 1928 d'un père instituteur et d'une mère catholique pratiquante, Pierre Mauroy est l'aîné d'une famille de sept enfants. Son père installé à Haussy, il devient élève des lycées de Cambrai et du Cateau-Cambrésis, puis élève-professeur-stagiaire de l'École normale nationale d'apprentissage (ENNA) de Cachan. Il s'engage dès l'âge de dix-huit ans à la SFIO dans les Jeunesses socialistes et en devient, en 1950, le secrétaire national. En 1951, il fonde la Fédération nationale Léo-Lagrange, l'un des plus importants mouvements français d'éducation populaire.
Pierre Mauroy, alors étudiant en histoire, rencontre en 1948 Gilberte Deboudt (née le à Cambrai). Ils se marient le . Ils ont un fils, Fabien...
Gilberte Mauroy meurt le à Lille, à l'âge de 95 ans.
Carrière professionnelle Il devient professeur d'enseignement technique à Colombes en 1952 et est élu en 1955 secrétaire général du syndicat des collèges d'enseignement technique de la Fédération de l'Éducation nationale (FEN).. Il occupe cette fonction jusqu'en 1958 (à moins de trente ans) et est élu à la commission administrative nationale de la FEN où il soutient la tendance majoritaire dite alors « autonome » . Il est successivement secrétaire de sa commission Jeunesse-Culture (il est rapporteur de motions au congrès FEN de 1956), publie notamment un article sur le Haut Comité de la Jeunesse (où il siègera lui-même ultérieurement), et est enfin élu secrétaire de la commission pédagogique de la FEN. Il cesse d'exercer ses mandats syndicaux au moment où il prend la direction de la Fédération Léo-Lagrange, mais reste syndiquéSyndiqué au SNETAA-FEN, il fait le choix, comme son successeur Jacques Fournier, de rejoindre le Syndicat des enseignants (actuel SE-UNSA) lors de la scission de la FEN de 1992. Il était toujours adhérent de la section du Nord au moment de son décès..
Parcours politique Débuts en politique En 1966, il devient secrétaire général adjoint de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). À la suite de la création du Parti socialiste, qui remplace la SFIO en 1969, Guy Mollet lui promet son soutien pour prendre la tête du nouveau parti en échange de la nomination d'un de ses proches au poste de numéro 2, mais Pierre Mauroy refuse et est battu d'une voix par Alain Savary lors du vote du comité directeur. Au congrès d'Épinay deux ans plus tard, il est pressenti pour affronter le premier secrétaire sortant, mais n'arrivant pas à recueillir un nombre suffisant de soutiens de responsables socialistes, il renonce, François Mitterrand l'emportant.
De 1965 à 1971, il est conseiller municipal de Cachan, où il réside. À l'appel d'Augustin Laurent, il entre en seconde position sur la liste électorale du Parti socialiste pour l'élection municipale de 1971 à Lille. Augustin Laurent, réélu, confie deux ans plus tard à son premier adjoint les clefs du beffroi par sa démission le : Pierre Mauroy devient maire de Lille, après les législatives.
De 1967 à 1973, il est conseiller général dans le canton du Cateau-Cambrésis, reprenant à la droite un canton qui avait été socialiste de 1937 à 1940 et de 1945 à 1961.
Le , il est élu député pour le département du Nord. Le , il est élu président de l'établissement public régional qui deviendra le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais et son discours d'investitureDiscours d'investiture de Pierre Mauroy en tant que Président du Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais (10 janvier 1974) ; Archives régionales ref:655W1 collection AR NpdC relaie la frustration de nombreux élus locaux qui jugeaient timide la réforme de 1972 « portant création et organisation des régions »Légifrance Loi n° 72-619 du 5 juillet 1972 portant création et organisation des régions.
En tant que responsable de la puissante fédération socialiste du Nord, il apparaît au côté de François Mitterrand, comme étant le numéro 2 du PS. Après la défaite de la gauche aux élections législatives de 1978, il œuvre avec François Mitterrand à réformer le parti et à rassembler les socialistes. À partir du congrès de Metz en 1979, il anime l'un des courants minoritaires du parti socialiste, dont la revue est Action socialiste, et s'allie avec Michel Rocard contre François Mitterrand. Mais il change de camp après l'officialisation par Michel Rocard de sa candidature à l'élection présidentielle de 1981. Il est nommé porte-parole de François Mitterrand pour la campagne présidentielle, en .
Premier ministre vignette|gauche|250px|Pierre Mauroy remet la Légion d'honneur au promoteur du tourisme social Jean Faucher en 1983.
Soutien important de François Mitterrand dans le travail d'union de la gauche en 1981, ce dernier, une fois élu président de la République, nomme Pierre Mauroy Premier ministre.
Le deuxième gouvernement Mauroy, formé après les élections législatives de juin 1981, comprend quatre ministres communistes. Il entame une politique marquée à gauche, pour appliquer les promesses de campagne : trente-neuf heures, cinquième semaine de congés payés, augmentation du nombre de fonctionnaires, impôt sur les grandes fortunes, retraite à soixante ans, abolition de la peine de mort, remboursement de l'IVG, réforme des médiasBerstein S., Milza P. et Bianco J.-L. (dir.), 2001, Les Années Mitterrand, les années du changement. 1981-1984, éd. Perrin, 973 . Il est le fondateur des missions locales pour l'insertion professionnelle et sociale des jeunes. En 1982, Mauroy a recours à l'article 49.3 de la Constitution pour faire adopter ses projets sur la décentralisation et les nationalisations (loi du 11 février 1982), la loi sur les prix et les revenus de 1982 ainsi que le projet de loi Savary (éducation nationale).
Après les élections municipales de 1983, perdues par la majorité, et alors que les partenaires européens réclament un redressement de la situation économique de la France, François Mitterrand souhaite faire sortir le franc du Système monétaire européen. Pierre Mauroy s'y oppose et obtient gain de cause, formant un troisième gouvernement, le . Mais l'incapacité du Premier ministre à résoudre les problèmes de l'inflation et du chômage (+ 1,5 million de chômeurs), ainsi que la crise monétaire, le poussent à abandonner le Programme commun pour mettre en œuvre le « tournant de la rigueur », incarné par le ministre des Finances Jacques Delors, afin de maîtriser les finances de l'État et les problèmes économiques. L'indexation des salaires sur les prix est abandonnée, la réforme de l'enseignement privé est repoussée. Le , François Mitterrand décide de remplacer Pierre Mauroy par Laurent Fabius.
Premier secrétaire du Parti socialiste Pierre Mauroy retourne alors dans le Nord, où il possède un poids politique important. Au conseil municipal de Lille, le , il avait fait voter la construction d'une statue pour le cardinal Liénart, ce qui entraîne un procès médiatique devant le tribunal administratif de Lille. En 1995, il entre en compétition avec le maire de Lyon, à qui il a succédé à Matignon en 1981, Raymond Barre, dans la désignation de la ville française candidate pour l'organisation des Jeux olympiques d'été de 2004.. Lille est finalement préférée à Lyon par le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) le ...
En , il devient premier secrétaire du Parti socialiste contre l'avis de François Mitterrand, qui soutenait la candidature de Laurent Fabius. Reconduit après le congrès de Rennes de 1990, très mouvementé, il quitte ses fonctions le .
Président de l'Internationale socialiste et sénateur Pierre Mauroy dirige l'Internationale socialiste de 1992 à 1999. Durant sa présidence, l'organisation passe de 101 à 170 membres après l'effondrement du bloc de l'Est et le ralliement de partis d'Amérique latine, d'Asie et d'Afrique. Le Portugais António Guterres lui succède en 1999.
En , il est élu sénateur dans le département du Nord. Réélu en 2001, il ne se représente pas lors des élections sénatoriales de 2011, mais demeure jusqu'à sa mort président de la Fondation Jean-Jaurès, qu'il a fondée en 1992.
Retrait progressif de la vie politique thumb|upright|Pierre Mauroy en 2007. Il passe, en 2001, le flambeau de la mairie de Lille à Martine Aubry, qui était précédemment sa première adjointe, et succède à Roland Ries à la présidence de la Mission opérationnelle transfrontalière.
Le , il est mis en examen pour détournement de fonds publics à propos d'un emploi présumé fictif attribué à Lyne Cohen-Solal au sein de la communauté urbaine de Lille (CUDL) en 1992« Pierre Mauroy mis en examen », 20 minutes, 20 juin 2008. Pierre Mauroy, son ancien directeur de cabinet Bernard Masset et Lyne Cohen-Solal sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Lille le « Mauroy en correctionnelle pour détournement de fonds », Le Figaro, 4 mai 2010. et leur procès s'ouvre le suivant« Affaire Mauroy - Cohen-Solal : procès en décembre », La Voix du Nord, 19 août 2010.. Le parquet requiert une relaxe générale mais le Pierre Mauroy est condamné à euros d’amende avec sursis pour abus de confiance et doit, avec Lyne Cohen-Solal et Bernard Masset, rembourser euros à la CUDL...
Après avoir soutenu Ségolène Royal en vue de l'élection présidentielle de 2007, France 3 Nord-Pas-de-Calais-Picardie., il se prononce pour Martine Aubry dans le cadre de la primaire socialiste de 2011.. Il soutient par la suite le candidat vainqueur de cette primaire, François Hollande, dont il regrette de ne pas pouvoir participer à la campagne, notamment à la suite de son hospitalisation pour une tumeur cancéreuse au poumonPierre Mauroy hospitalisé pour une lourde opération, Le Figaro, 13 avril 2012.Mauroy opéré à un poumon pour une «tumeur cancéreuse», Le Figaro, 13 avril 2012..
Mort et hommages thumb|285px|La tombe de Pierre Mauroy et de son épouse à l'entrée du cimetière de l'Est à Lille (Nord).
Il meurt des suites d'un malaise lié au traitement d'un cancer le , à l'hôpital d'instruction des armées Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine)Pierre Mauroy, ancien premier ministre, est mort, Le Monde, 7 juin 2013...
Le suivant, un hommage national a lieu aux Invalides, à Paris, en présence du président de la République, François Hollande, avant ses funérailles à Notre-Dame de la Treille et son inhumation à l'entrée du cimetière de l'Est à Lille, le .
Le , le Grand Stade de Lille Métropole est rebaptisé Stade Pierre-Mauroy, bien que Pierre Mauroy se soit initialement opposé à la construction du Grand Stade, lui préférant un projet de stade plus modesteYann Fossurier, Quand Pierre Mauroy ne voulait pas du Grand Stade…, France 3, 21 juin 2013. Le , France Bleu Nord annonce que le stade devrait s'appeler durant cinq ans Decathlon Arena selon la pratique du naming, l'appellation « stade Pierre-Mauroy » demeurant en dessous du nom publicitaire..
Un odonyme Pierre-Mauroy est créé à Paris et à Lille.
Détail des mandats et fonctions Fonctions ministérielles – : Premier ministre (voir gouvernement Pierre Mauroy I, II et III)
Mandats parlementaires – : député pour la deuxième circonscription du Nord – : député européen – : député pour le département du Nord – : député pour la première circonscription du Nord – : sénateur du Nord
Mandats régionaux 1986-1988 : conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais 1974-1981 : président du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais
Mandats locaux 1965-1971 : conseiller municipal de Cachan (Val-de-Marne) 1967-1973 : conseiller général du Nord, élu dans le canton du Cateau-Cambrésis, et vice-président du conseil général du Nord 1971-2008 : conseiller municipal de Lille 1971-1973 : premier adjoint au maire de Lille 1973-2001 : maire de Lille 1989-2008 : président de la communauté urbaine de Lille Métropole