vignette|La plantation d’un arbre de la liberté en , par Jean-Baptiste Lesueur. L’arbre de la liberté est un symbole du concept de liberté, depuis la période de la Révolution française. Il symbolise aussi en tant qu'arbre de la vie, la continuité, la croissance, la force et la puissance. Il est devenu au cours du un des symboles de la République française avec la Marianne ou la semeuse. Il figure depuis 1999 sur les pièces françaises d'un euro et de deux euros.
Plantés, en général dans l’endroit le plus fréquenté, le plus apparent d’une localité, comme signes de joie et symboles d’affranchissement, ces végétaux devaient grandir avec les institutions nouvelles.
Origine
L’usage de planter des arbres comme signe de la joie populaire est immémorial. On le trouve chez les Gaulois et comme chez les Romains. Lors des fêtes de mai, on décorait un tronc d'arbre pour célébrer l'approche de l'été: Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, les garçons des villages élevaient un mat ou un poteau dit « arbre de mai », décoré de lauriers, de fleurs, de fruits ou de rubans avec, à son sommet, un bouquet de feuilles vertes, signe de la régénération de la végétation. Le lendemain était jour de fêtehttps://archives.ariege.fr/documents-du-mois/anciens-documents-du-mois/2023-2/36-000-arbres-pour-la-liberte-bicentenaire-de-la-revolution-francaise/. Les clercs de la basoche, à Paris, plantaient, chaque année jusqu’aux derniers temps de l’Ancien Régime, dans la cour du palais un arbre sans racines, ce qui donnait l’occasion de réjouissances restées célèbres. Les poteaux de la Liberté érigés dans certaines villes américaines pendant la guerre d'Indépendance (1775-1783), étaient une manifestation de dissidence.
Le premier qui, en France, planta un arbre de la liberté, plusieurs années même avant la Révolution, fut le comte Camille d'Albon en dans les jardins de sa maison de Franconville, en hommage à Guillaume Tell.
Les arbres de la liberté pendant la Révolution française
Les premiers arbres :
À l’époque de la Révolution, par imitation de ce qui s’était fait aux États-Unis à la suite de la guerre de l’Indépendance avec les poteaux de la Liberté., l’usage s’introduisit en France de planter avec cérémonie un jeune peuplier dans les communes françaises. L’exemple en fut donné, en , par le curé de Saint-Gaudent, dans la Vienne, qui fit transplanter un chêne de la forêt voisine au milieu de la place de son village. Ces premiers arbres étaient coupés et non déracinés ce qui les différenciaient peu des arbres de mai, aussi ils furent rapidement replantés. L'érection de l'arbre du village : chêne, peuplier, tilleul, pommier voire cerisier, s'accompagne de réjouissances populaires précédées d'une cérémonie solennelle.
L’élan de
Les plantations d’arbres de la liberté se multiplient au printemps et à l’été : la France, en guerre contre l’Autriche, est saisie d’un élan patriotique, et la défense de la patrie se confond avec celle des conquêtes de la Révolution. L’arbre devient donc un symbole fort de l’idéal révolutionnaire.
Le peuplier est alors préféré au chêne et, dès le commencement de , Lille, Auxerre et d’autres villes plantèrent des arbres de la liberté. Quelques mois après, plus de soixante mille de ces arbres s’élevèrent dans toutes les communes de France, d’après l’abbé Grégoire cité par .. D’après le marquis de Villette, Paris en possédait plus de deux cents. lui-même présida à l’élévation d’un de ces arbres dans le jardin des Tuileries, mais il fut abattu en . Au moment du jugement du roi qui devait aboutir à sa condamnation, Barère de Vieuzac va jusqu'à paraphraser Thomas Jefferson en déclarant : ..
Inauguration
La plantation des arbres de la liberté se faisait avec une grande solennité, toujours accompagnée de cérémonies et de réjouissances populaires auxquelles prenaient part, dans un même enthousiasme patriotique, toutes les autorités, magistrats, administrateurs, et même le clergé, prêtres, évêques constitutionnels et jusqu’aux généraux. Ornés de fleurs, de rubans tricolores, de drapeaux, de cartouches avec des devises patriotiques, ces arbres servaient de stations comme les autels de la patrie aux processions et aux fêtes civiques avec plusieurs autres personnes.
Importance et entretien
vignette|L'un des plus vieux arbres de la liberté encore debout, à Bayeux..
Les arbres de la liberté étaient considérés comme monuments publics. Entretenus par les habitants avec un soin religieux, la plus légère mutilation eût été considérée comme une profanation. Des inscriptions en vers et en prose, des couplets, des strophes patriotiques attestaient la vénération des populations locales pour ces emblèmes révolutionnaires. Des lois spéciales protégèrent leur consécration. Un décret de la Convention ordonna que l’arbre de la liberté et l’autel de la patrie, renversés le , dans le département du Tarn, seraient rétablis aux frais de ceux qui les avaient détruits. vignette|redresse|L'Arbre de la Liberté d'Annappes (platane d'Orient). Un grand nombre d’arbres de la liberté déracinés en pleine croissance, étant venus à se dessécher, la Convention ordonna, par un décret du , que (). Elle confiait cette plantation et son entretien à la garde et aux bons soins des citoyens, afin que dans chaque commune . La même loi ordonna qu’il en serait planté un dans le Jardin National par les orphelins des défenseurs de la patrie. D’autres décrets prescrivirent des peines contre ceux qui détruiraient ou mutileraient les arbres de la liberté.
De nouveaux arbres furent alors plantés, mais, malgré toute la surveillance dont ils furent l’objet, beaucoup furent détruits par les contre-révolutionnaires, qui les sciaient ou arrosaient leurs racines de vitriol pendant la nuit. Ces attentats étaient vivement ressentis par le peuple, qui avait le culte de ces plantations ; les lois d’ailleurs les punirent souvent avec la dernière sévérité, et des condamnations à mort furent même prononcées contre leurs auteurs. Ainsi, à Bédoin dans le Vaucluse, furent exécutées, cinq cents maisons rasées pour non-dénonciation des personnes coupables d'avoir arraché un tel arbre.., les terres agricoles stérilisées au sel.. Trois paysans de La Versanne qui en coupèrent un furent guillotinés à Lyon. (version du sur archive.today)., un meunier de Mas-Grenier fut également guillotiné à Toulouse pour les mêmes faits (version du sur archive.today).. Le révolutionnaire Marie Joseph Chalier envisagea de de la guillotine du pont Morand à Lyon..
Ces sortes de délits furent très fréquents sous la Réaction thermidorienne. Par exemple, le , le jour de la fête patronale d'Hirsingue, quelques-uns de ses habitants abattirent leur arbre. En conséquence, sur ordre de Nicolas Hentz et de Jean-Marie-Claude-Alexandre Goujon, représentants en mission auprès de l'armée du Rhin, fut décrétée l'arrestation et la détention à Besançon de tous les prêtres constitutionnels des départements rhénans (Haut-Rhin, Bas-Rhin et Mont-Terrible) par le général Dièche , ainsi que la destruction de l'église.. Le , à Clermont-Ferrand, Michel Fauré est guillotiné pour avoir déraciné un arbre et crié puis, quand on lui fit remarquer que celui-ci avait été exécuté, .... Le Directoire veilla au remplacement de ceux qui étaient renversés, mais Bonaparte cessa bientôt de les entretenir et fit même abattre une partie de ceux qui s’élevaient dans différents endroits de Paris. Sous le Consulat, toutes ces lois tombèrent en désuétude, et les arbres de la liberté qui survécurent au gouvernement républicain perdirent leur caractère politique. Mais la tradition populaire conserva le souvenir de leur origine.
La plupart des arbres sont arrachés en 1815 au moment de la Restauration. Chaque mouvement révolutionnaire, voit de nouvelles plantations comme en 1830 ou en 1848, mais la période suivante s'accompagne d' arrachages. Le retour de la République en 1871 est célébré par une nouvelle campagne de plantations, comme le centenaire de la prise de la Bastille en 1889 ou celui de la Première République française en 1892. La fin de la première guerre mondiale, avec le retour de l’Alsace-Lorraine, et celle de la seconde guerre mondiale sont d’autres occasions de planter des arbres pour célébrer la liberté retrouvée. Plus récemmenr, le bicentenaire de la Révolution française, célébré avec faste , a renoué avec cette tradition.
Diffusion hors de France vignette|Les Français plantent un arbre de la Liberté dans le Neumarkt à Cologne en . Les soldats de la République plantèrent des arbres de la liberté dans tous les pays qu’ils traversaient au cours des guerres révolutionnaires, notamment en Allemagne et en Suisse.
Ainsi en Allemagne, dans un recueil de lettres inédites de Marceau, le jeune général républicain écrit à Jourdan, à la date du , que l’arbre de la liberté a été planté la veille à Coblence devant le palais de l’Électeur..
À Eschweiler, près d'Aix-la-Chapelle, le premier arbre de la liberté, dont le sommet était orné d'un bonnet phrygien, fut érigé le par les Français sur la place du marché, au cours de grandes festivités :
Le « sacrilège » commis contre l'arbre de la liberté installé à Eschweiler n'a jamais pu être expié, car le ou les malfaiteurs sont restés inconnus des Français..
De même en Suisse pendant l'occupation française, de nombreux arbres furent plantés en signe d'allégeance à la France, puis arrachés au départ de ses armées.
L’exemple de la mère patrie fut suivi dans les colonies, qui les dressèrent jusque sur les marchés d’esclaves. Napoléon Bonaparte alla jusqu'à en planter à Milan, bien que la réaction de la population fut plus mitigée, allant jusqu'à l'arrachage de cet arbre justifiant une répression violente, repris dans Album littéraire de la Revue canadienne, , , ..
D’autres arbres furent plantés dans les colonies (à Pondichéry) et dans des pays étrangers : un palmier de la liberté à Shanghai par Sun Yat-sen en .
Devenir des arbres de la liberté au
vignette|redresse|L'arbre de la liberté d'Oradour-sur-Glane, qui a survécu à l'incendie du village en . Abattage à la Restauration
À la rentrée des Bourbons, il existait encore un grand nombre d’arbres de la liberté dans toute la France, qui avaient été appelés arbres Napoléon sous l’Empire.. Le gouvernement de donna des ordres rigoureux pour déraciner ces derniers emblèmes de la Révolution. En grande partie abattus ou déracinés sous la Restauration les arbres de la liberté devinrent donc très rares dans les villes, mais on en voyait encore dans les communes rurales.
Renouveaux
Après les Trois Glorieuses, quelques communes plantèrent encore de nouveaux arbres de la liberté, mais l’enthousiasme fut vite comprimé, et il y eut peu de ces plantations. Il n’en fut pas de même après la révolution de , où cet usage fut renouvelé. Les encouragements des autorités provisoires ne manquèrent pas aux plantations d’arbres de la liberté ; le clergé se prêta complaisamment à les bénir. Un ancien ministre de Louis-Philippe offrit même un jeune arbre de son parc parisien pour le planter devant sa porte avec cette inscription : . Certaines villes, telles que Bayeux, conservent toujours, à l’heure actuelle, un arbre de la liberté en pleine vigueur.
vignette|gauche|Destruction des arbres de la liberté ordonnée par le préfet de police Pierre Carlier (gravure d'Henri Valentin, ). vignette|Parfois, il n'en reste qu'une plaque commémorative, comme à Paimpol au centre-ville, place du Martray.Une réaction violente fit abattre presque tous les arbres de la liberté de Paris au commencement de , par l’ordre du préfet de police, Pierre Carlier, et faillit faire couler le sang dans les rues de la capitale. Cependant, de l’avis d’un journal légitimiste, .