L’École supérieure d'art et de design d’Amiens (Ésad Amiens)École supérieure d'art et de design d’Amiens, site officiel. est un établissement d'enseignement supérieur public français.
C'est un établissement public de coopération culturelle (EPCC) et l’une des 46 écoles supérieures d’art placées sous la tutelle pédagogique du Ministère de la Culture.
Histoire L'histoire de l'Ecole supérieure d'art de design d'Amiens débute par la création de l'Ecole des Arts, insufflée par Jacques Sellier (1724-1808), professeur de mathématiques et futur architecte de la ville. Elle fait partie des premières écoles de dessin créées à la suite du Règlement pour l’établissement des écoles académiques de peinture et de sculpture dans toutes les villes du royaume où elles seront jugées nécessaires mis en place par lettres patentes le .
L'Ecole des Arts (1758-1804) Fondée par délibération le , publique et gratuite, l'Ecole des Arts a pour vocation d'encadrer une jeunesse délaissée et de lui offrir une instruction portée sur les sciences et les arts. Elle prend place dans une maison attenante à la fontaine Saint-Jacques, prêtée par les pères cordeliers, qui est alors meublée et équipée par son fondateur. La ville participe à ses frais par le versement d'une somme de trois cents livre par an tant que l'école sera jugée avantageuse et utile pour la commune.
Initiateur atypique, comme le fondateur Rougeot de l’Ecole des Beaux-Arts de Tours (1760) ou le créateur de l’école d’Annecy (1792), Sellier échappe au modèle de l’artiste issu de l’académie. Fils de paysans, originaire de Limeux, il enseigne à Amiens la géométrie, les sciences, l'architecture, la théorie des manufactures, le commerce et les arts (cours de dessin d’après la bosse, d'après le modèle vivant...) majoritairement seul, parfois aidé de son épouse et nièce Angélique Sellier ou de son fils, Jacques.
Les élèves inscrits à l'Ecole des Arts sont militaires, clercs de procureurs, avocats, ouvriers, marchands, fils d’artisans ou d’entrepreneurs en bâtiment… Certains ont connu la postérité comme Graincourt de Corbie, peintre, Adrien Gillet, architecte (notamment du théâtre d'Arras) ou encore Limozin architecte de la ville d’Amiens qui succède à Sellier. L’ouverture des écoles de dessin, publiques et gratuites pour tous, est un fait remarquable pour l’époque. Elles permettent ainsi à des jeunes gens de milieux différents de pouvoir s’instruire convenablement, avec un enseignement adapté pour chacun. Jacques Sellier étant conscient de la difficulté à concilier travail intellectuel et profession, propose plus tard des leçons ouvertes à tous dès 17 heures et des leçons particulières, gratuites cette fois, pour les auditeurs libres. En été, l’école continue de proposer des travaux pratiques dans les jardins ou en-dehors de la ville.
L'institution est de plus active au sein de sa commune. Elle propose dès le une distribution de prix. Récompensant avant tout, cette distribution permet aussi de faire de l’école des arts une institution clef où les meilleurs éléments sont formés. Elle est ainsi démontrée comme utile et nécessaire à Amiens
À la distribution de prix s'ajoutent les expositions publiques d’art impulsées par Jacques Sellier. La première exposition semble suivre la distribution de prix de l’année 1780. Les travaux présentés au jury sont ensuite présentés au public tout au long de la journée. Une forme d’exposition improvisée qui va être encadrée par la suite. Du 12 au , une exposition intitulée « Salon des arts » se déroule dans la grande salle de l’hôtel de ville. Une seconde exposition est organisée en 1782.
La Révolution française est un événement cependant éprouvant pour Jacques Sellier et son école. L'opinion publique change d’avis sur l’utilité des enseignements scientifiques et celui de l’art du dessin : ils ne sont plus si appréciés. Jacques Sellier ne voit alors qu’une seule solution pour rétablir l’ordre, celle de retourner à la domination du clergé. Ses cours sont cependant maintenus mais intéressent peu d’élèves : seulement dix ou douze d’entre eux se présentent. Les actions de soutien de la part des autorités ne sont pas celles attendues et le nombre d’écoliers stagne, témoignage du désintérêt des jeunes Amiénois et de la ville pour l’école. De plus, les jeunes gens sont attirés par l’école centrale d’Amiens qui ouvre sa première classe de dessin.
Jacques Sellier semble mourir seul, veuf d’Angélique Sellier. Son décès est constaté le rue Saint-Merry par un voisin et un de ses amis. Il est alors âgé de 84 ans. Ses actions, reconnues, ont démontré la nécessité d’offrir un enseignement gratuit à tous consacré aux arts et à la science. Elles sont même inscrites sur son épitaphe située au cimetière Saint-Roch.
On ne sait néanmoins si l'Ecole des Arts est fermée ou est remplacée pr l'école suivant. Janvier, déclare qu’elle est fermée dès la Révolution française, de Calonne ne le contredit pas, néanmoins selon lui la fermeture daterait de 1800. Pour Engrand, les concurrences croissantes ont fait disparaître l’école. Enfin, selon Lamy, celle-ci ne ferme pas et elle est perpétuée par Jacques Sellier jusqu’à son décès. Les archives quant à elles ne sont guère plus informatives.
L'Ecole communale de dessin (1804-1883) Les écoles centrales, jusqu'alors très populaires, sont jugées trop libres et sont finalement supprimées par la loi du 11 floréal an X (). Rapidement remplacées par les lycées, entretenus et réglementés par l’Etat, c’est à partir de ce remplacement que le problème se pose pour la ville d’Amiens. En effet, les lycées ne proposent pas de classe de dessin et les jeunes Amiénois n’accèdent plus à l’enseignement des arts, pourtant nécessaire et utile dans une ville manufacturière. L’avenir de ses artisans est en jeu et le maire en est conscient. Comme pour beaucoup de villes, la suppression des écoles centrales n’entraîne que rarement la fermeture de leurs cours de dessin. Il réunit alors le conseil municipal lors du 13 thermidor de l’an XII () afin de rétablir l’enseignement du dessin et des arts à Amiens dans une école autonome. C'est alors que l'Ecole communale de dessin voit le jour à Amiens.
Pour la diriger, le conseil municipal décide de confier cette tâche à M. Chantriaux, élève du peintre d’histoire Joseph Vincent et surtout professeur de dessin à l’école centrale depuis l’an IV (1795-1796). L'école s'installe dans l’ancien bailliage, le siège du bailli construit au XVIe siècle, composé de la salle du siège et de deux pièces supplémentaires et les frais sont cette fois-ci pris en charge par la commune. Des travaux sont envisagés afin de garantir une bonne installation des élèves comme du professeur. Un premier devis est dressé le 8 fructidor an XII () montant à la somme de 1 396,50 francs. Le conseil municipal prévoit aussitôt que les dépenses engendrées par ces modifications, prises en charge dans un premier temps par la ville, soient remboursées au fur et à mesure des années par une rétribution annuelle exigée aux élèves n’habitant pas la commune. L’école communale de dessin devient donc payante pour certains des jeunes gens inscrits, une demande inenvisageable pour l’ancien professeur Sellier. L’ère de l’école communale de dessin présente une tout autre organisation de l’enseignement. À présent, les autorités régissent l’école et sont à l’origine de toutes les décisions en termes d’aménagement, de besoins et de leçons enseignées.
Dans ses premières années, l'Ecole reçoit la collection de plâtres, peintures, gravures et dessins utilisée par le cours de dessin de l’ancienne École centrale. C’est la première fois que les moulages en plâtre sont mentionnés dans les archives pour l’école d’Amiens. Sur le plus ancien inventaire trouvé, datant de l’année 1806, les modèles y sont listés et leur installation est mentionnée :La plus grande partie de ces tableaux et de ces bosses ont été placés avec beaucoup de goût par M. Chantriaux, dans une salle longue d’environ 14 m , sur 8 m de largeur et 4 m de hauteur, éclairée par cinq croisées sur la même ligne, au midi.
Le musée des statues, bustes et bas-reliefs L’école reçoit, entre 1817 et 1823, plus d’une quarantaine de modèles en plâtre comprenant des modèles en plâtre représentant des têtes et des membres d’animaux (lion, cheval, bœuf) et des modèles d’après l’antique tels que le Laocoon, la Tête de Germanicus ou encore le Faune Borghèse. Tous ces nombreux moulages viennent s’ajouter à la collection existante et font s’interroger le professeur Chantriaux. Lui vient alors l’idée de proposer à la ville un endroit où la peinture et la sculpture seraient exposées afin que les amateurs d’art puissent les étudier convenablement. Une proposition très avantageuse pour la ville d’Amiens qui ne possède pas encore de musée.
Le local de la bourse, situé à l’hôtel de ville, accueille alors le musée des statues, bustes et bas-reliefs et l’ouverture est annoncée par affiche en . Les élèves comme les amiénois peuvent y observer plusieurs formes d’art : majoritairement des modèles en plâtre d’après l’antique et d’après des ornements architecturaux, mais aussi des peintures, des gravures et des dessins. Charles Caron, tout comme Vulfran Warmé, s’affaire à noter les noms des chefs-d'œuvre exposés. Apollon du Belvédère, Vénus de Médicis, Diane à la biche, l’Antinoüs… tous les modèles prêts pour un enseignement d’après l’antique. Son existence semble cependant s’arrêter autour des années 1860, lorsque Le Tellier, nouveau directeur de l’école communale de dessin, demande l’établissement d’un devis pour aménager les combles de l’école. Les modèles y sont déplacés au mois d’.
Les enseignements Comme beaucoup d’autres écoles provinciales, l’école d’Amiens choisit pour son enseignement deux domaines indispensables, celui des beaux-arts et celui de l’architecture. Le dessin artistique est donc mêlé au dessin dit industriel. À cela s’ajoutent les arts mécaniques et manufacturiers. Même si l’enseignement du dessin semble couvrir tous les domaines, l’opinion des artisans n’est pas du même avis. En , plusieurs corps de métiers signent une pétition et l’adressent au maire de la ville : ébénistes, menuisiers, serruriers, charpentiers, plafonneurs, maçons… revendiquent un enseignement lié aux arts industriels plus complet. Par la suite, d’autres enseignements sont abordés notamment dans une délibération mettant en place la prise en charge par la ville de cours d’après le modèle vivant. Les enseignements appliqués à l’école communale de dessin couvrent de nombreux sujets. Sur une affiche de 1874, l’école est appelée école communale des Beaux-Arts. Ce changement témoigne de l’évolution de l’école qui n’est plus appliquée à enseigner uniquement le dessin et à former des artisans mais propose d’étudier à présent plusieurs formes d’arts.
L'intervention des autorités municipales Le maire d’Amiens, Louis Porion, demande qu’une inspection soit menée par Eugène Viollet-le-Duc. En correspondance avec lui déjà, notamment au sujet de la restauration de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, le maire engage Viollet-le-Duc afin d’avoir un avis extérieur et affûté sur l’enseignement artistique qui est mené dans sa commune. Le rapport de Viollet-le-Duc, daté du , témoigne de l’instabilité dans laquelle se trouve l’école communale de dessin dans sa méthode d’instruction, dans son choix de modèles, que ce soit tableaux, gravures ou moulages en plâtre, ainsi que dans son organisation. Viollet-le-Duc déplore la situation jusqu’à utiliser les mots « déplorable » et « médiocre ». Le nouveau directeur se défend dans une lettre de réponse : si dans un premier temps, le professeur en titre avoue être d’accord avec la méthode d’enseignement proposée, il défend l’aspect des cours actuels par le fait que l’école n’est ouverte que depuis quelques semaines au moment de l’inspection.