La bataille de la Somme oppose les Alliés britanniques et français aux Allemands en 1916, lors de la Première Guerre Mondiale, à proximité de la Somme, essentiellement dans le département homonyme. Il s'agit de l'un des affrontements les plus sanglants du conflit. Conçue en , par Joffre, le commandant en chef des armées françaises, l'offensive de la Somme dut être amendée du fait du déclenchement de la bataille de Verdun, le . Foch fut chargé par Joffre de sa mise en œuvre.

Il s'agit de la première offensive conjointe franco-britannique de la Grande Guerre. Les forces britanniques lancèrent là leur première opération d’envergure, et tentèrent avec les troupes françaises de percer les lignes allemandes fortifiées sur une ligne nord-sud de , proche de la Somme, dans un triangle entre les villes d'Albert du côté britannique, Péronne et Bapaume du côté allemand. Il s'agit aussi de l'une des batailles les plus meurtrières de l'histoire (hors victimes civiles) avec, parmi les belligérants, environ , dont environ ou disparus. Pour la Première Guerre mondiale, dans ce sinistre classement, elle se place derrière l'offensive Broussilov, qui se déroule sur le front de l'Est en Galicie, mais devant Verdun. La première journée de cette bataille, le , fut, pour l'armée britannique, une véritable catastrophe, avec mis hors de combat, dont . à le nombre de munitions tirées lors de cette bataille.

La bataille prend fin le .. Son bilan militaire est peu convaincant. Les gains de territoires des Alliés sont très modestes, une douzaine de kilomètres vers l'est tout au plus, et le front n'est pas percé. Les combats usent les adversaires, sans vainqueurs ni vaincus. La bataille de la Somme se singularise, cependant, par deux innovations : sur le plan militaire, par l'utilisation, pour la première fois sur un champ de bataille, d'une arme nouvelle, le char d'assaut ; et l'utilisation du cinéma à des fins de propagande : pour la première fois, un film, La Bataille de la Somme, saisit une grande partie des horreurs de la guerre moderne en incluant des images tournées lors des premiers jours de la bataille. Ces événements sont également couverts par des photographes et peintres, comme François Flameng, peintre officiel des armées françaises, dont les nombreux croquis et dessins de ces événements parurent dans la revue L'Illustration.

La mémoire collective des Français ne garde pas un souvenir de la bataille de la Somme aussi important que celles des Britanniques, des Canadiens, des Sud-Africains, et surtout des Australiens et des Néo-Zélandais qui la considèrent comme un des événements fondateurs de leurs jeunes nations. Le est une journée de commémoration sur les principaux lieux de mémoire du Commonwealth dans le département de la Somme, de même que lANZAC Day, la journée du , notamment. Le mémorial national australien à l'étranger le plus connu se trouve à Villers-Bretonneux ; de même, les Britanniques ont fait édifier un imposant mémorial à Thiepval.

Contexte historique Le front occidental est stabilisé depuis , à la suite de la course à la mer. Les combats de 1915 d'Artois et de Champagne n'ont pas fait bouger les lignes. Le front de la Somme est un secteur relativement calme au cours de , les Allemands lançant une grande offensive sur Ypres. Joffre, inquiet des pertes humaines, du manque d'unité de vue et de la dispersion des efforts militaires chez les Alliés souhaite un renforcement de la coopération franco-britannique et préconise une grande offensive pour 1916, à la belle saison.

Côté britannique, le général en chef John French est remplacé en par Douglas Haig.

Projet d'opération franco-britannique La conférence interalliée de l'Entente à Chantilly, les 6 et débouche sur la décision d'attaquer les Empires centraux sur tous les fronts en 1916, en Russie, en Italie et sur le Front de l'Ouest. Seulement aucune date n'est fixée, et il faudra attendre juin ou juillet pour espérer une participation russe. Lors de négociations bilatérales, Joffre, nommé commandant en chef de l'armée française début , obtient la mise en œuvre d'une offensive conjointe franco-britannique. Les lignes françaises rejoignent les lignes britanniques sur la Somme, c'est donc ce secteur qui est désigné.

En 1916, l’armée britannique en France manque d’expérience, sa partie professionnelle, six divisions, ayant été décimée en 1914-1915. La plus grande partie de ses effectifs est composée de volontaires des forces territoriales et de la nouvelle armée de Kitchener. Les officiers ont été promus rapidement et manquent à la fois de formation et d’expérience. Haig collabore volontiers avec Joffre, mais il souligne l'indépendance du corps expéditionnaire anglais : le commandement n'est donc pas unifié. Joffre monte donc cette offensive avec l'armée française comme acteur principal au sud de la Somme. Elle doit être appuyée par le corps expéditionnaire britannique moins aguerri, entre la Somme et Arras. Il nomme Foch, commandant du Groupe d'Armées du Nord, responsable de l'opération. Une autre conférence à Chantilly le fixe le début de l'offensive au .

Plans initiaux contrariés Lorsque l'armée allemande lance son offensive sur Verdun, le , le commandant en chef britannique propose de venir aider son allié. Joffre décide que l'armée française peut faire face sans cet appui tout en pressant Haig de mettre en place l'offensive sur la Somme le plus tôt possible. Le printemps voit les plans de la bataille changer, car l'engagement français à Verdun ponctionne les troupes prévues pour l'offensive de la Somme. Fin mai le dispositif français est réduit au point que l'armée britannique est désormais l'élément principal de l'opération. Le front d'attaque prévu sur est finalement réduit à 40. Il ne s'agit plus de réaliser une percée décisive mais d'user l'ennemi. Aux troupes britanniques est confiée l'offensive au nord du fleuve de Maricourt à Bapaume, les Français étant chargés de la partie sud entre Maricourt et Lassigny. L'armée française est donc positionnée sur les deux rives du fleuve. Finalement la date du est adoptée pour le début de la préparation d'artillerie, et le pour l'assaut.

Côté allemand, Falkenhayn ne prend pas de dispositions particulières, l'état-major s'attendant à une offensive alliée sur l'Artois ou en Alsace. Il estime que les préparatifs alliés ne sont qu'une diversion. Le terrain de la bataille est le plateau picard, terrain crayeux propice au creusement de tranchées. Le maillage des villages, distants de deux à quatre kilomètres, permet une défense en profondeur, organisée par von Below depuis 1914.

Front vignette|gauche|Bassin hydrographique de la Somme.

Localisation La bataille a lieu pour l'essentiel sur le territoire du département de la Somme à l'est d'Amiens entre les villes d'Albert et Roye et leurs environs. La partie nord du front de bataille se situe sur la ligne de partage des eaux entre le bassin versant de la Somme et celui de l'Escaut. Les combats se déroulent de part et d'autre de la Somme sur le plateau picard, au sous-sol crayeux propice au creusement d'abris souterrains. Le climat très souvent humide rend fréquemment le sol boueux et la progression des troupes difficile.

Position des armées vignette|redresse|Front de la bataille de la Somme du au .

Armée allemande Les Allemands occupent presque partout des hauteurs, la ligne de crêtes qui sépare les bassins versants de la Somme et de l'Escaut. Leur front se compose : d'une forte première position, avec des tranchées de première ligne, d'appui et de réserve, ainsi qu'un labyrinthe d'abris profonds comportant d'ailleurs tout le confort moderne ; d'une deuxième ligne intermédiaire, moins forte, protégeant des batteries de campagne ; et enfin, un peu en arrière, d'une deuxième position presque aussi forte que la première.

À l'arrière immédiat des premières lignes, se trouvent des bois et des villages « fortifiés » reliés par des boyaux, de façon à former une troisième et même une quatrième ligne de défense, le tout largement bétonné et mettant à profit les qualités de la roche crayeuse qui se coupe facilement et durcit en séchant.

Armées alliées L'armée britannique est positionnée au nord du fleuve ; L'armée française se tient de part et d'autre de la Somme et fait sa jonction avec l'armée britannique sur la rive droite.

Transformation de l’arrière Pour les armées alliées, l'arrière a été transformé en un gigantesque entrepôt d'approvisionnement dont la ville d'Amiens est le centre névralgique. Des routes, des chemins de fer à voie étroiteComme le chemin de fer Froissy-Dompierre par exemple. sont construits, des aérodromes sont aménagés de même que des usines de construction d'aéronefs. Des hôpitaux militaires sont installés dans les localités de l'arrière : Corbie, Amiens qui héberge en permanence plus de pendant toute la durée du conflit, Abbeville. Certains hôpitaux sont installés dans des établissements scolairesRonald Hubscher (sous la direction de), Histoire d'Amiens, Toulouse, Éditions Privat, 1986 .

Dans la commune de Noyelles-sur-Mer, les Britanniques créent un camp pour les travailleurs chinois chargés des tâches de manutention d'armes, de matériels et de ravitaillement pour leur armée. chinois vivent ainsi dans le hameau de Nolette de 1916 à 1921.. Dans les territoires qu'ils occupent, les Allemands font régner la terreur : déportations de population, réquisitions en argent et en nature, pillage, destructionsAbbé Auguste Trimbalet, De Soyécourt à Wittemberg ou l'invasion et la captivité, Amiens, 1916, Yvert et Tellier - réédité en Allemagne en français et en allemand en 2009Abbé Charles Calippe, La Somme sous l'occupation allemande 27 août 1914-19 mars 1917, 1918, réédition Office d'édition du livre d'histoire, Paris, 1996 Francine François-Dejuine, 1914-1924, 26 communes dans la tourmente, Inval-Boiron, La Vague verte, collection "Souvenance", 2007 …

Ordre de bataille Alliés Les Français : Groupe d'Armées du Nord commandé par Foch comprenant : La armée (Fayolle) avec trois corps d'armées (, 20 et CA) ; La armée (Micheler) avec cinq corps d'armée.

Elles totalisent quatorze divisions en ligne, quatre de réserve et quatre de cavalerie sur un front de . L'artillerie aligne de campagne, lourdes, ALGP (artillerie lourde à grande puissance) et de tranchée (avec un approvisionnement de six millions d'obus de , deux millions de munitions pour l'artillerie lourde et pour l'artillerie de tranchée).

Les Britanniques : Groupe d'armées Haig comprenant : La armée (Allenby) avec un corps d'armée (le ) ; La armée (Rawlinson) avec cinq corps (, , , et CA) ; L'armée de réserve (Gough).

Soit un effectif de en ligne et trois de cavalerie sur un front de , avec l'appui de de campagne et lourdes (respectivement approvisionnées à et ).

Sur le front de la Somme, l'armée britannique est composée de troupes anglaises, écossaises, galloises, irlandaises, canadiennes, australiennes, néo-zélandaises et sud-africaines, auxquelles il convient d'ajouter le corps de travailleurs chinois, chargés du chargement, déchargement et entrepôt des matériels et marchandises.

Allemands La (Fritz von Below) avec trois groupements (von Stein, von Gossler et von Quast) soit huit divisions en ligne et treize de réserve. Ils disposent de de campagne et , ce qui représente à peine le tiers de la puissance de feu des franco-britanniques. L'aviation allemande dispose quant à elle de face aux des Alliés.

Préparation d'artillerie 200px|vignette|gauche|Artillerie lourde britannique en action

L'artillerie, y compris des canons à longue portée sur voie ferrée de 380 et , atteignit des sommets de puissance destructrice.

Ayant la maîtrise du ciel, les Alliés détruisent les Drachen allemands. Les Britanniques disposent de chargés de patrouiller et de bombarder, les Français en ont 115 et les Allemands seulement 129.