thumb| Navire dans une forme à Singapour - vue de l’avant thumb|Le croiseur de la classe Ticonderoga en cale sèche dans la base navale de Yokosuka en mars 2004 - vue de l'arrière

Une forme de radoub ou cale de radoub est un bassin qui permet l’accueil de navires et leur mise à sec pour leur entretien, leur carénage (ou radoub : réparation de la coque d'un navire, nettoyage, peinture…), leur construction, voire parfois leur démantèlement.

On parle également de forme, de cale sèche, parfois de forme-écluse en fonction de la configuration rencontrée.

Histoire

Des cales sèches phéniciennes datant du ont été découvertes à Beyrouth. . Des cales similaires sont connues en Méditerranée : les docks de Bamboula à Kition (Chypre, )., à Carthage (Tunisie), au Pirée (Grèce), à Syracuse (Italie), et surtout à Tell Dor (Israel) Les cales sèches ou cales à bateaux phéniciennes de Minet El-Hosn (Beyrouth).. thumb|left|Dock flottant allemand en 1921. Inventé dans les années 1840 par les ingénieurs américains Staddort et Gilbert Bassin à flot dit bassin de la Barre., il permet de réparer des navires dans des lieux ne disposant pas de ports. Shen Kuo fut le premier à décrire des cales sèches, au en Chine. Jusqu’au dernier tiers du , la méthode utilisée pour la visite et l’entretien des œuvres vives des vaisseaux était l’abattage en carène. Cette technique consiste à incliner alternativement la coque du navire sur un bord puis sur l’autre. L’abattage peut être pratiqué dans un port, mais aussi dans une île dépourvue d’installations portuaires. Simple dans son principe, la méthode est en pratique complexe et exigeante. Le vaisseau doit d’abord être à peu près complètement déchargé ; artillerie, embarcations, approvisionnements, matériels sont soigneusement débarqués et rangés. La mâture est démontée, à l’exception des bas mâts. Les ouvertures pratiquées dans la coque (sabords notamment) sont hermétiquement fermées et calfatées. Au moyen d’une série de cabestans installés sur la terre ferme ou sur un ponton, le vaisseau est incliné à la force des cabestans (c’est-à-dire à la force des bras) jusqu’à ce que sa carène soit à l’air libre. En fin de manœuvre, la quille est « éventée » et le vaisseau est dit « viré en quille ». Les calfats peuvent alors s’affairer sur la carène. Le Musée national de la Marine conserve un excellent et spectaculaire modèle consacré à l’abattage de la frégate L’Artémise à Tahiti en 1839. Le caractère détaillé et précis de ce diorama démontre la complexité d’une telle opération, dont les préparatifs ont demandé un mois à un équipage éloigné de ses bases.

Les premières formes de radoub en France thumb|290px|Vaisseau abattu en carène vers 1750-60 (N. Ozanne). thumb|upright=1.3|La forme supérieure de la « forme double » à Rochefort, conçue au XVIIe siècle.

L’abattage en carène, s’il présente l’avantage de pouvoir être pratiqué en dehors des ports, a pour inconvénient de faire travailler la charpente des vaisseaux dans des conditions anormales. L’idée est donc venue de créer des bassins ou formes de radoub, dans lesquels les navires peuvent être échoués dans une position normale et après des préparatifs limités. Cette méthode a été mise au point concurremment avec celle du halage sur cale. Manœuvre inverse de celle du lancement, elle consiste à hisser le navire sur une cale inclinée, au moyen de cabestans. Par rapport à l’abattage en carène, elle présente l’avantage de limiter les efforts anormaux sur la charpente navale. Elle exige néanmoins de nombreux et longs préparatifs et soumet quand même la coque à des efforts anormaux. La mise au point des bassins de radoub devait également répondre à des impératifs opérationnels. Un navire est par nature exposé aux fortunes de mer (échouement, abordage, etc.) ; un bâtiment de guerre est, en outre, susceptible d’avaries de combat. Il est donc indispensable de pouvoir mettre rapidement un navire au sec, sous peine de le voir irréparable et perdu.

Rochefort-sur-Mer Le premier bassin de radoub construit en France est la « vieille forme » de Rochefort. C’est un bassin de maçonnerie isolé de la Charente par des portes d’écluse et pouvant être asséché au moyen d’une station munie de pompes à chapelet. La physionomie générale de l’ouvrage est inspirée des bassins rustiques dont les Anglais se servaient déjà au début du pour échouer de petits bâtiments. Simples fosses creusées dans le rocher, ces bassins étaient munis d’un fond, ou radier, aplani, et de portes d’écluses permettant leur isolement du cours d’eau voisin. C’est pour ce motif que Colbert et ses interlocuteurs rochefortais parlent de « forme à l’anglaise ». La forme de Rochefort est composée d’un radier initialement brut, puis revêtu d’un plancher et enfin maçonné ; ses parois périphériques, les bajoyers, sont en maçonnerie profilée en gradins, ou banquettes, destinés à faciliter le cheminement des ouvriers et permettant d’y faire buter les accores ou clefs, pièces de bois servant à caler le vaisseau pour éviter son renversement. La structure de la forme doit être conçue de façon que le radier résiste au soulèvement induit par la poussée d’Archimède lorsque la forme est vide d’eau. De la même façon, les bajoyers doivent résister à la poussée exercée par le terrain périphérique, généralement gorgé d’eau.

La vieille forme est construite de 1668 à 1671.

Le jeu des marées facilite les travaux. Le creusement de la forme est assuré à marée basse. Son parachèvement se fait très probablement à l’abri d’un batardeau, levée de terre glaise isolant le chantier de la Charente pour pouvoir établir le niveau du radier sous le niveau des plus basses mers moyennes.

Quelques années plus tard, l’innovation se fait encore jour à Rochefort, lorsqu’il est prévu de réaliser une forme double. Munie d’une seule écluse d’entrée sur la Charente, elle est composée de deux formes se faisant suite sur un même axe longitudinal. L’idée consiste à profiter de deux formes, moyennant les difficultés techniques liées à une seule écluse. Au début, les deux formes sont isolées par un simple batardeau lorsqu’il est nécessaire de mettre en eau la première forme tout en conservant la seconde à sec. La forme proche de la rivière offre une hauteur d’eau de 17 pieds au-dessus du seuil. La seconde forme est établie à un niveau supérieur, ce qui la réserve à des navires de moindre rang et lui vaut le nom de forme supérieure. Construite entre 1683 et 1688, cette double forme causera bien des soucis aux ingénieurs de la marine. Si la forme supérieure est fondée sur un terrain ferme, la forme inférieure est bâtie sur un terrain hétérogène mêlant sous-sol rocheux (moitié longitudinale nord) et terrain peu résistant (moitié longitudinale sud). De nombreuses et persistantes infiltrations d’eau se manifestent rapidement. Le radier est renforcé par un fonçage en pièces de bois renforcé de maçonnerie ; une station de pompage est créée afin d’assécher le radier en permanence. Mue par quatre chevaux, elle met en jeu quatre roues à chapelets, capables d’évacuer 48 pieds cubes d’eau à la minute ( environ). En 1720, le radier de la forme inférieure est surélevé de près de trois mètres, sur un massif maçonné et planchéié, afin d’être exondé aux basses mers. En 1775, la forme supérieure voit son radier et son seuil surbaissés ; le radier est alors établi sur une plate-forme pilotée, à laquelle il est relié par un arc renversé de de flèche.

Les déboires de cette forme double et les talents déployés par les ingénieurs chargés de ses soins lui valent les honneurs de l’Architecture hydraulique publiée par Bélidor en 1753. Quelques années plus tard, ce sont les planches accompagnant l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert qui font connaître au plus grand nombre cet ouvrage portuaire.

thumb|Le bassin de radoub de la Darse de Villefranche-sur-Mer, 1730

Brest La forme de radoub de l’anse de Troulan, sur la rivière Penfeld, est la plus ancienne de Brest (1683).. Elle mesure de long et de large au niveau du sol. Elle a été construite sur les plans de Vauban et sous la direction de l'ingénieur Garangeau. La forme a été très modifiée aux pour permettre l’accueil de cuirassés COCHOIS Jean-Baptiste : Histoire de la forme de Troulan de 1673 à 1688, Les Cahiers de l'Iroise 2001, n°190, pp. 47-82,ISSN 0007-9898..

Villefranche-sur-Mer En Méditerranée, sous le nom de « forme des galères », un bassin de radoub a été construit en 1730 dans la darse de Villefranche-sur-Mer. Dans ce bassin, couvert à l’origine, les galères du royaume de Piémont-Sardaigne étaient construites et entretenues. Longue de sur 12 et superbement appareillée, la forme pouvait accueillir des navires de toutes dimensions. Sa porte monumentale à trois arches a été détruite en 1851 pour permettre le passage de bateaux à roues à aubes. Le bassin de radoub de Villefranche-sur-Mer est toujours utilisé actuellement pour l’entretien de bateaux.

Les formes de radoub en France : état des lieux Les installations civiles parsèment le littoral français, regroupées pour l'essentiel sur la côte Atlantique et la Manche tandis qu'en mer Méditerranée, la quasi-totalité des bassins de radoub se concentre majoritairement sur deux sites : Marseille et Toulon. La plus grande forme de radoub de France est d'ailleurs située à Marseille.. Elle occupe le troisième rang mondial en termes de taille et présente des dimensions de de long pour de large et peut contenir d'eau. De nombreuses cales sèches anciennes sont actuellement désaffectées ou sous-employées, notamment à Bayonne, Bordeaux, Rochefort-sur-Mer, Saint-Malo, Granville, Le Havre, Calais, Dunkerque, Marseille, La Ciotat et Toulon. Les sites à vocation militaire sont essentiellement regroupés à Lorient, Brest, Cherbourg et Toulon.

Les premières formes de radoub dans d'autres pays La première forme de radoub construite en Amérique du Nord fut probablement la cale sèche de La Coupe, construite en Acadie vers la fin du pour réparer les bateaux de la baie de Fundy Fernand de Varennes, Lieux et monuments historiques de l'Acadie, Moncton : Les Éditions d'Acadie, 1987, p. 106, ..

Éléments d’une forme de radoub Une forme de radoub est composée du bassin proprement dit et de différents outillages industriels nécessaires à son utilisation (porte, station de pompage, grues, tins, clefs…)

Le bassin Le radier thumb|upright=1.3|Radier ancien (forme double à Rochefort) Constituant le fond du bassin, le radier est une surface en règle générale plane dans les bassins récents, permettant le positionnement des tins ou des bers supportant le navire à accueillir, et la circulation du personnel et des engins nécessaires aux travaux de coque à réaliser sur le navire accueilli.

Quelques anciens bassins fonctionnaient à la marée et ne disposaient pas de station de pompage ; la vidange de ces bassins, une fois la porte fermée, se faisait via un aqueduc permettant l’évacuation de l’eau contenue dans le bassin lors du jusant, et qui, fermé par une vanne étanche, permettait au bassin de rester sec à la marée suivante. Ces bassins sont dorénavant très rares ou hors d’usage, les stations de pompage permettant la vidange des bassins de façon mécanique et autorisant l’entrée de navires de tirant d’eau bien plus important.

Le radier, dont la cote est inférieure à celle du niveau de la mer, doit, lorsque le bassin est asséché, subir des sous-pressions importantes liées aux circulations d’eau de mer dans le terre-plein dans lequel le bassin est creusé. Le radier se comporte donc comme une voûte inversée, l’essentiel des efforts que doit reprendre cette voûte s’exerçant du bas vers le haut. Cette contrainte explique en partie l’existence de radier à degrés, l’autre raison étant d’accompagner la topographie naturelle du lieu, ces anciennes formes ayant souvent été construites dans le lit de rivière ou d’anciennes anses (bassin 1 de l’arsenal de Brest, par exemple).

Les bajoyers