Louvrage du Cap-Martin, appelé aussi ouvrage de Cap-Martin., est une fortification faisant partie de la ligne Maginot alpine, située sur la commune de Roquebrune-Cap-Martin, dans le département des Alpes-Maritimes.
Il s'agit du dernier ouvrage à l'extrémité sud de la ligne, avec la mer Méditerranée en contrebas. Le site fortifié du cap Martin protégeait le reste du territoire français d'une invasion italienne passant par la route littorale et la ville de Menton, en croisant ses tirs avec ceux de l'ouvrage de Roquebrune.
Lors des combats de , l'ouvrage tira sur Menton, interdisant le passage aux troupes italiennes, mais fut lui-même largement bombardé.
Description L'ouvrage a été construit dans la partie méridionale de la commune de Roquebrune-Cap-Martin, à environ d'altitude, sur le versant oriental du cap Martin dont la crête atteint juste au sud-sud-ouest de l'ouvrage. Cette position à mi-pente lui offre des vues sur la baie, le quartier de Carnolès et l'agglomération de Menton, mais l'expose aux tirs d'artillerie venant de l'est.
Position sur la ligne L'ouvrage avait pour but de défendre le territoire français contre l'armée italienne, débouchant de Menton. La partie la plus méridionale de la ligne Maginot, le secteur fortifié des Alpes-Maritimes, était subdivisée en cinq sous-secteurs : Cap-Martin se trouve dans celui le plus au sud, le « sous-secteur des Corniches », qui comprenait deux lignes successives de fortifications dont la plus puissante est appelée la « ligne principale de résistance ».
Dans le sous-secteur des Corniches, elle se situe en retrait à cinq kilomètres de la frontière franco-italienne, le long des hauteurs bordant à l'ouest de la vallée du Careï, avec un succession d'ouvrages bétonnés, s'appuyant mutuellement avec des mitrailleuses et de l'artillerie sous casemates : les ouvrages du Col-des-Banquettes (EO 7), de Castillon (EO 8), de Sainte-Agnès (EO 9), du Col-de-Garde (EO 10), du Mont-Agel (EO 11), de Roquebrune (EO 13), de la Croupe-du-Réservoir (EO 14) et de Cap-Martin (EO 15). Ce dernier croise ses feux d'artillerie et d'infanterie avec l'ouvrage de Roquebrune à au nord-ouest, le tout renforcé par plusieurs blockhaus d'infanterie dans le quartier du cap Martin.
En avant de cette ligne principale, une seconde ligne a été construite pour donner l'alerte, retarder au maximum une attaque brusquée et couvrir un peu les trois communes se trouvant à l'est des ouvrages (du nord au sud Castillon, Castellar et Menton). Cette ligne est composée d'« avant-postes », qui sont beaucoup plus petits (et beaucoup moins cher) que les ouvrages de la ligne principale ; sur les 29 avant-postes alpins (AP), sept ont été construits dans le sous-secteur des Corniches. Six de ces avant-postes barrent les différents chemins descendant de la ligne de crêtes marquant la frontière : du nord au sud l'AP de la Baisse-de-Scuvion (à d'altitude, sous le mont Roulabre), l'AP de Pierre-Pointue (à ), l'AP de Fascia-Founda (dans la Baisse de Faïche-Fonda, à environ d'altitude), l'AP de la Péna (sur le rocher de la Penna, à ), l'AP de La Colletta (sur le chemin de l'Orméa, à ), l'AP du Collet-du-Pillon (sur le chemin des Granges de Saint-Paul, à , aujourd'hui sous les remblais d'un terrain de sport) et l'AP de Pont-Saint-Louis (barrant la route littorale).
Souterrains thumb|La cloche VDP du bloc 2.
Comme tous les autres ouvrages de la ligne Maginot, celui de Cap-Martin est conçu pour résister à un bombardement d'obus de très gros calibre. Les organes de soutien sont donc aménagés en souterrains, creusés au minimum sous douze mètres de roche, tandis que les organes de combat, dispersés en surface sous forme de blocs, sont protégés par d'épais cuirassements en acier et des couches de béton armé.
La caserne de temps de guerre, la salle des filtres à air, les PC, le central téléphonique, le poste de secours, la cuisine, les latrines, les magasins à munitions, les réservoirs d'eau, de gazole et de nourriture sont tous en souterrain, reliés entre eux par des galeries.
L'ouvrage était approvisionné en électricité (du alternatif, nécessaire à l'éclairage, à la ventilation et aux monte-charges) par le réseau civil, mais en cas de coupure le relais était pris par deux groupes électrogènes (trois furent prévus, mais seulement deux furent livrés), chacun composé d'un moteurs Diesel Renault quatre cylindres de couplé à un alternateur, complétés par un petit groupe auxiliaire (un moteur 1 PJ 65, de ) servant à l'éclairage d'urgence et au démarrage pneumatique des gros moteurs, le tout installé dans l'usine souterraine de l'ouvrage. Le refroidissement des moteurs se fait par circulation d'eau. Pour les alimenter, l'usine avait quatre citernes de gazole (soit une réserve totale de , de quoi tenir de deux à trois mois sans ravitaillement), deux bacs d'huile (total de ) et trois citernes d'eau de refroidissement (soit ). S'y rajoutent les quatre citernes d'eau potable (de chacune).
Blocs
En surface, trois blocs s'alignent sur un axe presque nord-sud. Chaque bloc de combat dispose d'une certaine autonomie, avec ses propres magasins à munitions (le à côté de la chambre de tir et le en bas du bloc), sa salle de repos, son , ainsi que son système de ventilation et de filtration de l'air. L'ensemble des blocs est ceinturé par un réseau de fils de fer barbelés, toute la zone est battue par les fusils mitrailleurs installés dans les différents créneaux et cloches, se soutenant mutuellement. L'accès à chaque façade est bloqué par un fossé diamant, qui sert aussi à recevoir les débris de béton lors des bombardements. Étant donné que les positions de mise en batterie pour de l'artillerie lourde sont rares, le niveau de protection est moins important que dans le Nord-Est (les ouvrages construits en Alsace, en Lorraine et dans le Nord). Dans le Sud-Est, les dalles des blocs font d'épaisseur (théoriquement à l'épreuve de deux coups d'obus de ), les murs exposés , les autres murs, les radiers et les planchers un mètre. L'intérieur des dalles et murs exposés est en plus recouvert de de tôle pour protéger le personnel de la formation de (projection de béton à l'intérieur, aussi dangereux qu'un obus).
Le bloc 1 à l'extrémité sud sert d'entrée mixte à l'ouvrage, regroupant l'entrée du matériel, qui se fait par un pont-levis ajouré (par lequel peut entrer un petit camion) et l'entrée du personnel, par une porte blindée. L'accès se fait par un tronçon de route en tranchée. Ce bloc a la particularité d'être en puits (et non de plain-pied comme les autres ouvrages alpins) et de servir en même temps de casemate d'artillerie pour deux mortiers de modèle 1932 (cadence de 12 à 15 coups par minute à une portée maximale de ). Sa défense rapprochée est assurée par un créneau pour fusil mitrailleur, deux cloches GFM (pour guetteur ou fusil mitrailleur) et une cloche LG (lance-grenades). Les fusils mitrailleurs étaient chacun protégé par une trémie blindée et étanche (pour la protection contre les gaz de combat). Ils tirent la même cartouche de à balle lourde (modèle 1933 D de au lieu de pour la modèle 1929 C).. Ces FM étaient des MAC modèle 1924/1929 D, dont la portée maximale est de , avec une portée pratique de l'ordre de .. L'alimentation du FM se fait par chargeurs droits de , avec un stock de par cloche GFM, par FM de casemate et pour un FM de porte ou de défense intérieure. La cadence de tir maximale est de par minute, mais elle est normalement de 200 à par minute...
Le bloc 2 au milieu est une casemate d'artillerie servant de « bloc de barrage » car prévu pour du tir frontal vers Menton. Il est équipé d'un créneau pour canon-obusier de modèle 1929 (le tube de de long dépasse du cuirassement ; portée maximale théorique de à la cadence de 12 à 13 coups par minute), trois créneaux chacun pour un jumelage de mitrailleuses (l'un devait être sous forme d'arme mixte avec un canon antichar de , mais ne fut pas livré ; un autre assure le flanquement vers l'ouvrage de Roquebrune) et une cloche observatoire VDP (« vue directe et périscopique », couvrant Menton et la corniche italienne, indicatif ). La visière en béton limitait l'angle de pointage du canon, pour empêcher les tirs sur le territoire italien ; sa réparation au début de la guerre froide a fait disparaître cette particularité. Les mitrailleuses étaient des MAC modèle 1931 F, montées en jumelage (JM) pour pouvoir tirer alternativement, permettant le refroidissement des tubes. La portée maximale avec cette balle (Vo = 694 m/s) est théoriquement de (sous un angle de 45°, mais la trémie limite le pointage en hausse à 15° en casemate), la hausse est graduée jusqu'à et la portée utile est plutôt de . Les chargeurs circulaires pour cette mitrailleuse sont de chacun, avec un stock de pour chaque jumelage.. La cadence de tir théorique est de par minute., mais elle est limitée à 450 (tir de barrage, avec trois chargeurs en une minute), 150 (tir de neutralisation et d'interdiction, un chargeur par minute) ou par minute (tir de harcèlement, le tiers d'un chargeur).. Le refroidissement des tubes est accéléré par un pulvérisateur à eau ou par immersion dans un bac.
Le bloc 3 à l'extrémité nord est une casemate d'artillerie flanquant vers le nord, avec des créneaux pour deux canons-obusiers de modèle 1929, deux mortiers de , ainsi que deux cloches GFM. À la suite des destructions à l'explosif en 1944 par les Allemands, car il était orienté vers le nord, le béton est fissuré et une cloche a basculé.
Armement en toiture Armement en façade Cloches GFM cloche VDP Cloche LG Jumelages de mitrailleuses Canons de Mortiers de 4 1 1 3 3 4
Histoire
Construction et équipage En 1927, les discours de Benito Mussolini réclamant le rattachement de Nice, de la Savoie et de la Corse, ainsi que des incidents de frontière, ont pour conséquences le retour des garnisons françaises dans les anciens forts de haute montagne, puis en 1928 le début de la construction de nouvelles fortifications : la ligne Maginot. En priorité doivent être construits dans les Alpes deux couples d'ouvrages (avec un ouvrage sur une hauteur et l'autre en contrebas, se soutenant mutuellement) : d'une part l'Agaisen et Saint-Roch barrant la route descendant du col de Tende à Sospel, d'autre part Roquebrune et Cap-Martin barrant la route du littoral. À l'origine, le projet d'ouvrage prévu au cap Martin comprenait deux tourelles, l'une pour deux canons de , l'autre pour deux mortiers de , mais elles furent remplacées sur les plans dès 1930 pour faire des économies et stratégiques par des tubes sous casemates en action frontale.. La construction est confiée à l'entreprise Borie (qui se charge aussi des ouvrages de Sainte-Agnès, de Castillon, du Monte-Grosso, etc.) en . Le chantier commence dès la fin d' et se termine en , pour un coût total de 17 millions de francs (valeur de ), dont rien que pour le terrain. (bien plus cher sur la côte d'Azur qu'en montagne). Pour faire des économies, les terrains avoisinants ne furent pas achetés, d'où l'absence des réseaux barbelés.
La garnison de l'ouvrage (à l'époque on parle d'équipage) est interarmes, composée de fantassins, d'artilleurs et de sapeurs. En temps de paix, elle est fournie par des unités de la région militaire : le , le bataillon du régiment d'infanterie alpine (le RIA) est créé pour fournir les équipages du sous-secteur, avec garnison à Nice. En , le bataillon est renommé en bataillon alpin de forteresse (le BAF), dépendant de la demi-brigade alpine de forteresse (la DBAF), cette dernière ayant la charge de tous les ouvrages du secteur fortifié des Alpes-Maritimes.. Les artilleurs sont depuis ceux du groupe du régiment d'artillerie à pied ( RAP), renommé en régiment d'artillerie de position., tandis que les sapeurs sont issus des (pour les électromécaniciens) et (pour les télégraphistes) régiments du génie..