Le château d’Este (Castello Estense en italien), appelé aussi château de Saint Michel, est le monument le plus important de Ferrare, un édifice en briques à plan carré doté de quatre tours défensives, situé en plein centre-ville.
La famille d’Este La maison d'Este, dont le nom dérive de la ville d'Este située dans la région vénète, et de leur fief, a une origine très ancienne. Les premières informations remontent au , lorsque Azzo VI, pendant les luttes intérieures entre les guelfes et gibelins, prit le pouvoir sur Ferrare. Obizzo II, encore enfant, parvint à la seigneurie le ; pendant les années suivantes il obtint le même titre à Modène et à Reggio d'Émilie. Une longue période de luttes féroces suivit, mais à la fin du le pouvoir des Este était définitivement consolidé. thumb|Ercole d'Este. Commença alors la longue histoire transformant la ville en un des centres culturels et politiques les plus importants en Europe. Sous le marquis Niccolò III, fondateur du prestige international de sa famille et habile politicien, Ferrare abrita en 1438 le Concile Œcuménique. Leonello, élève de Guarino de Vérone, fut un intellectuel distingué, ami d'artistes et d’hommes de lettres, tandis que son successeur Borso obtint le premier, de l'empereur et du pape, le titre de duc de la ville. Hercule fut un des plus importants mécènes d'Europe : protecteur de la musique et hôte des musiciens les plus importants de l'époque ; il aima le théâtre et l'architecture et on lui doit l'agrandissement de la ville au nord, projeté par Biagio Rossetti. thumb|Alphonse d'Este. Sa femme, Éléonore d'Aragon, administra attentivement son État. Alphonse dut affronter plusieurs guerres mais il n'oublia pas l'art. Sa deuxième femme, Lucrèce Borgia, obtint à Ferrare sa renommée de dame avisée et honnête. Hercule II, mari de Renée de France, dut affronter la difficile époque de la reforme religieuse. Sous le duc Alphonse II s'annonça la fin du pouvoir des Este, néanmoins pendant son domaine la cour fut particulièrement somptueuse et la vie culturelle très vive, surtout grâce aux femmes de sa famille : ses sœurs Eleonora et Lucrezia, et sa troisième femme, Margherita Gonzaga. Alphonse II mort sans héritiers légitimes, Cesare, descendant d'une autre branche, s'apprêta à défendre les droits de sa famille, mais en vain : le pape Clément VIII lui imposa de quitter la ville et en face d'une armée papale aguerrie, il abandonna Ferrare le mois de janvier du 1598, pour gagner Modène, qui devint la nouvelle capitale des Estes.
Derrière eux les Estes laissèrent le souvenir d'une des cours les plus importantes en Europe. Il est impossible de citer tous les personnages qui la fréquentèrent, il suffit d'évoquer les hommes de lettres les plus fameux dont Pétrarque, Guarino de Vérone, Matteo Maria Boiardo, L'Arioste, Giovanni Battista Guarini, Giovan Battista Giraldi Cinzio (Shakespeare s'inspira de ses œuvres) et l'auteur de la Jérusalem libéré, Le Tasse. Parmi les musiciens il faut rappeler Josquin des Prés, Jacob Obrecht, Adrien Willaert, Cyprien de Rore, Carlo Gesualdo et Luzzasco Luzzaschi. Les visites de Pisanello, Piero della Francesca et Rogier van der Weyden donnèrent une forte impulsion à la peinture ; une école locale se développa et des artistes importants continuèrent à visiter Ferrara. Pour la cour travaillèrent Cosmè Tura, Ercole de’ Roberti, Francesco del Cossa, Lorenzo Costa, Titien, Dosso Dossi, Garofalo, Girolamo da Carpi. Et encore l'architecte Leon Battista Alberti et Biagio Rossetti, maître de l'urbanisme moderne ; les sculpteurs Domenico di Paris et Alfonso Lombardi, les tapissiers Karcher.
Histoire du château thumbEn 1385 à la suite d'une dangereuse révolte qui se termina par le massacre du ministre des Octrois Tommaso da Tortona, retenu responsable de la grave situation économique des citoyens, par la foule déchaînée, Niccolò II d’Este, marquis de Ferrara, comprit la nécessité de construire une puissante défense pour sa famille et pour lui-même : c'est ainsi que naquit le château de San Michele, une forteresse érigée contre le peuple, au nord du palais ducal. Niccolò chargea du projet son architecte Bartolino de Novare qui s’inspira d’une tour préexistante (tour des Lions) faisant partie des anciens remparts, situés plus au sud des actuels, environ à la hauteur des boulevards Cavour-Giovecca. Il érigea trois autres tours en les reliant avec des murs imposants. Un passage couvert (peut être en bois) reliait l’édifice militaire au palais des marquis pour permettre de passer facilement d’un bâtiment à l’autre.
Les siècles passèrent et les risques de révoltes cessèrent ; la ville s’agrandit et les remparts furent déplacés. Le château joue principalement un rôle de refuge en cas d'attaque d'ennemis ou de la population. Il abrite la garnison ducale et les prisons.. En 1450, Borso d'Este fait aménager l'une des ailes du château pour y installer sa cour..
Le château devint rapidement la magnifique résidence de la cour et fut enrichi de fastueux appartements à l’époque de Hercule . Ce dernier fait réaliser une voie couverte, terminée en 1479, pour relier le château à la vieille résidence ducale, le Palazzo del Corte. Après la tentative de coup d'État de 1476, la duchesse Éléonore décide en 1477 d'y résider avec ses enfants. Des appartements peints et décorés de tapisseries y sont aménagés. Ils occupent la tour de la Marchexana et l'aile nord en direction de la Torre San Michele, dotée d'un balcon fermé au plafond sculpté et soutenu par des colonnes peintes et décoré d'une vue de Naples, souvenir des origines d'Éléonore d'Aragon. En 1477, la duchesse fait aménager au nord-est du château et séparé de lui par des douves, un jardin planté d'arbres fruitiers entouré de murs, doté d'un étang à poissons. De nouveaux appartements sont aménagés tout autour avec des communs et une salle de bains. Le pavillon de la fontaine, situé en son centre, au toit surmonté d'une statue dorée d'Hercule et supporté par seize colonnes, abrite les dames de la cour lors des fortes chaleurs estivales. En 1481, Éléonore d'Aragon fait construire de nouvelles salles autour du jardin dont une loggia peinte et sculptée. Trois ans plus tard, un oratoire et de nouvelles chambres sont ajoutés à l'étage ; en 1489, une chapelle est construite et l'ensemble est réaménagé. Ce jardin secret est avant tout un lieu de retrait pour la duchesse et ses enfants, mais il reçoit parfois des visiteurs. alt=Vue du château d'Este en 1845|vignette|213x213px|Le château d'Este en 1845 d'après Désiré Monnier. Les travaux donnant au château son aspect actuel furent commissionnés par Hercule II en 1544 après un incendie qui avait endommagé la structure d’origine. L’architecte Girolamo da Carpi donna au château son aspect extérieur que purent représenter les artistes du siècle et que l'on peut admirer encore aujourd’hui, tandis que les milieux à l’intérieur furent refaits plusieurs fois au cours des siècles. Après le départ des ducs d’Este, le château fut le siège des vice-légats, ou gouverneurs papaux de la ville, qui administraient le territoire pour quatre ans. Ils n’apportèrent que quelques transformations au bâtiment, dont la plus évidente fut la plus grande élévation de l’avant-corps nord (où actuellement il y a les salles abritant la cafétéria). Après l’unification de l’Italie il fut acheté par l’administration provinciale, qui en est encore la propriétaire.
Une tourelle a été endommagée lors des séismes de mai 2012 en Émilie-Romagne. Elle a été aussitôt restaurée.
Extérieur thumbL'extérieur du château présente l'aspect que lui donna Girolamo da Carpi dans la deuxième moitié du 1500. Entouré par une douve, il garde trois entrées avec pont-levis, protégées par des avant-corps en brique. La quatrième entrée, à l'est, fut sacrifiée pour laisser la place aux cuisines. La partie la plus basse du bâtiment évoque encore une forteresse médiévale, mais en haut Carpi substitua les crénelures avec d'élégantes balustrades en pierre blanche, et édifia un deuxième étage couvert d'un toit en pente. Les tours furent rendues plus élégantes par la construction des miradors. La cour, aujourd'hui plutôt austère, était autrefois décorée à fresques, comme on peut encore remarquer dans quelques endroits. En haut, en particulier, se trouvaient les portraits des ancêtres (vraies ou prétendus) des Estes : les seuls qui ont survécu, endommagés mais lisibles, ont été détachés et mis sous le portique dans la cour. Les puits étaient destinés à l'approvisionnement d'eau à l'occasion des sièges, tandis que les boulets en pierre aux quatre coins de la cour étaient des munitions pour les catapultes.
Rez-de-chaussée Salles gothiques thumb Au rez-de-chaussée on peut visiter quatre jolies pièces à croisées d'ogives. La première salle, certainement la plus belle, garde encore une riche décoration florale aux quatre coins de la voûte. Elle est dédiée à Niccolò II (dont le portrait ressort en face de l’entrée), bâtisseur du château. Au milieu une magnifique maquette de la forteresse montre sa structure d’origine.
Les trois salles suivantes sont dédiées aux marquis Alberto et Niccolò III, Leonello et Borso, premier duc de la ville. Des panneaux illustrent la vie politique et culturelle de leur époque.
Cuisines L’entrée sud au château fut agrandie pour abriter les cuisines de la cour. La première pièce, longue et étroite, montre les éléments des deux différentes fonctions, militaire et civile, qui se sont succédé au cours des siècles : en face de l’entrée on voit les traces d’une cheminée, tandis qu’aux parois il y a encore des meurtrières. Dans la deuxième pièce, plus vaste et lumineuse, on a construit quelques fours. Sur une paroi ressort le portrait de Cristoforo da Messisbugo, l’écuyer tranchant le plus célèbre des Estes (il s’occupait de plusieurs affaires pratiques de la vie chez la cour, organisait des spectacles, dirigeait les cuisines, préparait à l’occasion les déplacements de la famille vers leurs résidences à la campagne.)
Salle du Cordolo Son nom est tiré de la poutre de bordure, la décoration en marbre qu’on peut admirer le long de la paroi droite, en bas : il s’agit de la poutre de bordure extérieure de la Tour des Lions englobée dans la structure du château. Probablement ce milieu faisait fonction de poste de garde.
Prison de Don Giulio La visite se poursuit avec une vaste cellule où l'on accède par une porte basse et profonde. Sur les murs, les parties recouvertes de plâtre contiennent des mots, des dessins des prisonniers du , dont un échiquier rond où on peut lire, dans les cases blanches, entre autres, la phrase : « io sono il sfortunato Marco…privo della sua libertà » (« je suis le malheureux Marco…privé de sa liberté »). Dans cette prison fut enfermé pendant de longues années Giulio d’Este, frère d’Alphonse et protagoniste d’un événement aussi célèbre que malheureux.