Jacob Israël de Haan ( - ) est un écrivain et journaliste juif néerlandais, assassiné à Jérusalem par l’organisation sioniste Haganah en raison de ses activités politiques antisionistes, et ses contacts avec les dirigeants arabes Archives Rosenthaliana sur Jacob Israël de Haan ; auteur : Marijke T.C.Stapert-Eggen ; éditeur : Bibliothèque de l'Université. Il est vénéré comme un martyr par une petite partie de la communauté juive Haredi.
Biographie Sa jeunesse De Haan est né aux Pays-Bas à Smilde, un village de la province du nord Drenthe, et a grandi à Zaandam. Il a dix-sept frères et sœurs, et reçoit une éducation juive traditionnelle. Son père, Yitzchak HaLevi de Haan, est un pauvre hazzan et Shohet (abatteur rituel). Une de ses sœurs est plus connue sous son nom de femme mariée, Carry van Bruggen, et est devenue une autrice néerlandaise importante.
De Haan travaille comme professeur, et suit des cours de droit entre 1903 et 1909. Il écrit parallèlement dans des revues socialistes et dans divers autres magazines. Il se lie d'amitié avec Frederik van Eeden et Arnold Aletrino, les auteurs néerlandais du mouvement des Tachtigers (créé dans les années 1880).
En 1904, alors qu'il réside à Amsterdam, il écrit son roman très controversé Pijpelijntjes (Lignes de De Pijp), qui raconte de façon à peine voilée ses relations homosexuelles avec Aletrino dans le « Pijp » le district ouvrier d'Amsterdam. L'érotisme homosexuel du livre choque en ce début du ; De Haan est démis de son poste d'enseignant et chassé des cercles politiques sociaux-démocrates. Aletrino et Johanna van Maarseveen, la fiancée de De Haan, achètent à eux deux la presque totalité de l'édition du livre afin d'essayer d'étouffer le scandale Jacob Israël de Haan: sexology, poetry, politics ; auteur: Gert Hekma ; éditeur : université du Queensland, Centre for the History of European Discourses. Pendant un temps, il se réfugie en Belgique, alors plus libérale que le nord calviniste, et trouve un accueil chaleureux auprès du peintre Émile Claus à Astene et de Georges Eekhoud à BruxellesMichael Rosenfeld, “L’amitié homo-littéraire de Georges Eekhoud et de Jacob Israël de Haan. “Je suis profondément heureux que vous êtes mon ami“”, in: « Amitiés vives » : littérature et amitié dans les correspondances d’écrivains, Régine Battiston, Nikol Dziub en Augustin Voegele (dir.), ÉPURE - Éditions et presses universitaires de Reims, 2022, p. 141-154 (, lire en ligne, consulté le 29 janvier 2024).
En 1907, il se marie avec van Maarseveen, une doctoresse non juive, mais ce mariage semble n'avoir été que platonique ; ils se séparent en 1919 mais n'ont officiellement jamais divorcé. Un second roman controversé en 1908, Pathologieën (Pathologies) décrit les peines et les joies de relations sadomasochistes. Georges Eekhoud écrit la préfaceGeorges Eekhoud, in: Pathologieën, de ondergangen van Johan van Vere de With, (1908) ; La Haye, Kruseman's Uitgeversmaatschappij, 1975, pages VII-X. Cependant, ce livre passe largement inaperçu, comme le sont ses sketchs en prose. De 1914 à 1921, il publie cinq volumes de poèmes qui lui apportent une certaine consécration. La véritable reconnaissance de son œuvre littéraire et scientifique ne se manifestera que longtemps après sa mort à partir des années 1950 du .
Intérêt pour le judaïsme et départ pour Jérusalem thumb|Poème de De Haan en Amsterdam Vers 1910, de Haan développe un intérêt pour le judaïsme, la Terre d'Israël et le sionisme. Ceci semble être dû aux emprisonnements en masse de Juifs, en Russie tsariste, suspectés de bolchevisme, et son action pour obtenir leur libération. Selon des documents historiques, de Haan s'est rendu en Russie, en possession d'une lettre de la reine des Pays-Bas, et aurait été capable de négocier une certaine indulgence pour les Juifs. À son retour, il organise une pétition avec ses amis auteurs Frederik van Eeden et Henriette Roland Holst demandant au Royaume-Uni et à la France d'exercer une pression sur la Russie qui est alors leur alliée. En 1987, cette opération lui valut un hommage dans le magazine de la section néerlandaise d'Amnesty International, qui le considère comme un précurseurWordt vervolg magazine d'Amnesty International, Pays-Bas, numéro de mars 1987. Ses efforts pour les Juifs russes durent deux ans, pendant lesquels il prend conscience des malheurs de l'antisémitisme.
Avant son départ pour la Palestine, de Haan est décrit par Ludy Giebels : ...En 1919, deux ans après la Déclaration Balfour, ce poète de chants juifs prit la décision logique qui en découlait et émigra en Palestine, "soucieux de travailler à reconstruire la Terre, le Peuple et la Langue", comme de Haan l'indique dans sa demande de passeport à Chaim Weizmann. La même lettre explique sa position avec aplomb. La fausse modestie n'a jamais été son fort. Avec un mélange de doutes communs à beaucoup d'émigrants sionistes, et de fierté due à sa position bien établie, de Haan écrit : "Je ne quitte pas la Hollande pour améliorer ma condition. Ni matériellement, ni intellectuellement, la vie en Palestine pourra être égale à ma vie ici. Je suis un des meilleurs poètes de ma génération, et le seul poète juif important que la Hollande ait jamais eu. Il est difficile d'abandonner tout cela..."La Palestine où arrive de Haan, en , par un désagréable jour d'hiver orageux, était par-dessus tout un pays complexe. Sans nul doute, le pays se trouvait alors dans les conditions politiques les plus confuses possibles de cette période compliquée politiquement, au moment où la conférence de paix de Versailles était sur le point de débuter. On pourrait parler d'habitat naturel pour cet homme excentrique. C'était la "terre deux fois promise", aux Arabes lors de la Révolte arabe de 1916-1918, que T.E. Lawrence a décrite dans Les Sept Piliers de la sagesse, et aux Juifs (ou plutôt, en pratique, aux sionistes) par la déclaration Balfour appelant à la création d'une patrie juive. De Haan débarque là-bas en tant que sioniste ardent, voire fanatique. En effet, le premier rapport secret sioniste le concernant rapporte ses tonitruantes remarques anti-arabes lors d'une réunion On de Haan ; auteur: Ludy Giebels ; éditeur: Exquisite Corpse ; consulté le 2 juillet 2008...
Vie en Palestine mandataire De Haan devient rapidement de plus en plus engagé religieusement. Il écrit abondamment sur Israël et le sionisme, même avant son installation à Jérusalem en 1919, où il fonde une nouvelle école de droit. Il envoie des articles au Algemeen Handelsblad (Journal général des affaires), un des plus importants journaux néerlandais, et au De Groene Amsterdammer (L'Amsterdam vert), un hebdomadaire libéral.
Immigrant en Palestine pour des raisons sionistes, il est reçu dans la haute société de Jérusalem, où il évolue parmi tous les groupes d'influence. Ses chroniques publiées aux Pays-Bas témoignent alors d'un sionisme militant. En 1920, il organise la défense juridique de Vladimir Jabotinsky, accusé de violence anti-arabe. La fréquentation de Jabotinsky et d'autres leaders de la future droite israélienne l'amène cependant à se détourner du sionisme, dont il redoute le recours à la violence ; les dépêches qu'il publie aux Pays-Bas et en Angleterre attestent de cette progressive évolution..
Il rejoint tout d'abord le sionisme religieux et le mouvement Mizrahi mais, après sa rencontre avec le rabbin Yosef Chaim Sonnenfeld, chef de la communauté haredi, il devient le porte-parole des Haredim à Jérusalem et est élu secrétaire politique du Conseil de la communauté Harédi, Vaad Ha'ir Guardian of Jerusalem: The Life and Times of Rabbi Yosef Chaim Sonnenfeld ; auteur : Shlomo Zalman Sonnenfeld ; adapté par Hillel Danziger ; éditeur : Mesorah Publications ; Brooklyn ; 1983 ; .
Pendant ce temps, il continue à avoir des relations avec des hommes, y compris avec des Arabes de Jérusalem-Est. Des quatrains figurant dans son recueil de poésie "Kwatrijnen" (= Quatrains), publié en 1924 à Amsterdam après sa mort, font allusion à son conflit interne : Qu'attendre à cette heure nocturne La Ville s'est enfoncée dans le sommeil Assis près du mur du Temple - Dieu, ou le garçon marocain ? Pink, white and blue Bienvenue au Congrès mondial des organisations juives des gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels
Au début des années 1920, en réponse au conflit grandissant avec l'establishment sioniste séculier, les Haredim fondent une branche de l'Agoudat Israel à Jérusalem pour défendre leurs intérêts en Palestine sous mandat britannique. Le chef des Juifs haredim en Palestine, le rabbin Yosef Chaim Sonnenfeld choisit de Haan pour organiser et plaider la cause du mouvement haredi sur le plan diplomatique à égalité avec les sionistes séculiers. Quand Lord Northcliffe, un éditeur britannique, décide de visiter le Moyen-Orient, de Haan se rend à Alexandrie, en Égypte, pour lui présenter d'avance la cause des Haredim de Palestine mandataire.
Il parla de la tyrannie du mouvement sioniste officiel. Les journalistes de l'équipe de Northcliffe vont transmettre tout cela à leur bureau avec jubilation. Résultat de cette visite, de Haan est nommé correspondant du Daily Express, petit journal anglais qui se délecte de tous les scandales. Lui qui était déjà considéré comme un volksverrader, un traître à son propre peuple, dans les cercles hollandais, voit dorénavant ses opinions largement diffusées en Grande-Bretagne et à travers tout l'Empire britannique. Bien que ses messages soient peu nombreux et courts, comparés à ses articles dans le Handelsblad (les nouvelles du Moyen-Orient dans le Daily Express concernaient plus les mystères du tombeau de Toutânkhamon dans la Vallée des rois en Égypte que la politique complexe en Palestine), les autorités sionistes aussi bien en Palestine qu'à Londres sont de plus en plus désapprobatrices. Pour eux, il y a un réel danger dans ces textes critiques provenant d'un Juif vivant et travaillant sur place.
À partir de 1922 il travaille pour le Daily Express de Lord BeaverbrookTim Sontheimer (2016) Bringing the British back in: Sephardim, Ashkenazi anti-Zionist Orthodox and the policy of Jewish unity, Middle Eastern Studies, 52:2, 165-181,
De Haan rencontre aussi un des chefs Hachémites Hussein ben Ali, cherchant la reconnaissance d'un État juif et l'établissement d'un État officiel palestinien en Jordanie au sein d'une fédération.
Malgré des menaces de mort, De Haan refuse de quitter la Palestine..
Assassinat thumb|150px|Avraham Tehomi, assassin de Jacob Israël de Haan De Haan est assassiné le à Jérusalem; la responsabilité de son assassinat est attribuée aux sionistes, alarmés par ses activités politiques et ses contacts avec les États arabesWalter Laqueur : Le sionisme, t. II, p.598 & suiv. éd. Gallimard, Tel, 1994, .
En 1923, à la suite d'une rencontre avec De Haan, l'émir Abdallah, fils du roi Hussein, se dit dans une lettre disposé à accueillir les immigrants juifs à la seule condition qu'ils ne cherchent pas à établir un État ; ce document est lu lors du congrès d'Agoudath Israël à Vienne en 1923 (il disparaîtra lors d'un cambriolage chez De Haan après son assassinat). En , le rabbin Sonnenfeld et J. De Haan soumettent au roi Hussein du Hedjaz une pétition confirmant les intentions pacifiques des juifs orthodoxes et demandant qu'ils soient représentés dans toute discussion portant sur l'avenir de la Palestine.. Cette rencontre, que De Haan organise le à Amman entre une délégation de rabbins conduite par le rabbi Sonnenfeld et le roi du Hedjaz Hussein (ainsi que ses deux fils, Abdallah roi de Transjordanie et Fayçal roi d'Irak), représente un grand danger pour le mouvement sioniste..
L'assassinat a lieu après qu'un journal eut rendu publique son intention de former un mouvement antisioniste dans le cadre d'une visite qu'il prépare à Londres. De Haan souhaite en effet convaincre le nouveau gouvernement britannique de reconnaître les autorités rabbiniques restées indépendantes du mouvement sioniste..