thumb|280px|La Lancia Artena à Londres La Lancia Artena est une automobile de haut de gamme fabriquée par le constructeur italien Lancia au cours de deux périodes distinctes : de 1931 à 1936 et ensuite de 1940 à 1942.
Le contexte de l'époque
Au début des années 1930, la marque Lancia ne disposait que de deux modèles dans sa gamme automobile : un nouveau modèle, la grosse Lancia Dilambda lancée en 1929, et un modèle plus ancien, la glorieuse Lancia Lambda qui était arrivée au terme de son cycle normal après 8 ans de production et qui devait être remplacée.
La Dilambda était une voiture équipée d'un moteur 8 cylindres en V étroit de 4 litres de cylindrée, tandis que la Lambda, lancée avec un moteur de 2,1 litres, terminait sa carrière équipée d'un moteur de 2,5 litres. Alors que la Dilambda représentait le summum de la gamme Lancia, la décision fut prise de remplacer la Lambda par deux modèles, assez proches entre eux, mais destinés à des clientèles différentes. On aura donc l'Artena, une voiture équipée d'un moteur 4 cylindres de moins de 2 litres et la Lancia Astura, équipée d'un moteur 8 cylindres en V de seulement 2,6 litres. Les deux voitures étaient en réalité assez différentes, non seulement du point de vue mécanique mais aussi par leurs dimensions, l'empattement de l'Artena était de 299 cm tandis que celui de l'Astura était 19 cm plus long notamment pour accueillir le moteur plus encombrant et créer un habitacle plus spacieux.
L'histoire de la voiture et ses caractéristiques
Durant cette période, le nom des nouveaux modèles ne reprend pas les lettres de l'alphabet grec mais il fut choisi le nom Artena qui est celui d'une ville proche de la capitale italienne Rome. Le moteur, de nouvelle conception, est un 4 cylindres en V étroit de 17° de de cylindrée développant 55 ch à . Ce moteur est dérivé, dans sa conception, de celui de la Lancia Lambda, même s'il a été largement retravaillé et bénéficie des toutes nouvelles avancées technologiques.
Il faut noter le système particulier pour filtrer les vibrations et obtenir la même douceur de fonctionnement qu'un 6 cylindres : le moteur est fixé sur quatre silentblocs sur deux lames auxiliaires elles-mêmes fixées au châssis. Une autre caractéristique de cette nouvelle voiture reprise de la Dilambda sera le refroidissement à eau avec une régulation thermostatique. Lancia adoptera sur cette petite voiture son système breveté de lubrification forcée centralisée.
La coque autoporteuse de la Lambda n'a pas été retenue et l’Artena, comme sa grande sœur Astura dispose d'un châssis dont la structure de base est en deux parties verticales caissonnées, un renfort en “X”, des longerons légèrement convergents à l'avant : deux tubes ronds longitudinaux reliés par une traverse de renfort. Le système de suspensions est mixte : à l'avant on trouve le schéma classique Lancia mais sans les renforts obliques du fait de la très grande raideur du châssis, tandis qu'à l'arrière on retrouve le pont rigide traditionnel avec lames semi-elliptiques et amortisseurs Siata.
D'un poids très raisonnable, le châssis pèse 860 kg et la voiture 1150 kg en version berline de série, l’Artena atteint facilement la vitesse de 115 km/h mais elle marquera son époque en raison de son comportement routier et sa légendaire robustesse. Ce sera la première automobile au monde à dépasser le fatidique seuil des 100 000 kilomètres sans aucune révision.
L’Artena sera fabriquée avec une carrosserie de série de type berline à 4-5 places ou limousine avec 6-7 places, par le constructeur lui-même, alors qu'à cette époque les constructeurs ne fournissaient que des châssis prêts à être carrossés à l'extérieur, mais la version châssis seul était naturellement disponible pour les maîtres carrossiers qui préfèreront l'Astura.
Présentée pour la première fois au Salon de l'automobile de Paris en , l'Artena sera déclinée avec une seconde série l'année suivante et bénéficiera de quelques améliorations de détail et, en 1933, la verra le jour avec un dédoublement du modèle et deux empattements au choix. La fabrication s'arrête au début de l'année 1936, mais quatre ans plus tard, alors que l'Italie s'apprête à entrer en guerre, Lancia ressuscite l'Artena, avec une quatrième et dernière série au destin un peu particulier. La voiture est modifiée en profondeur, cette version bénéficie d'une coque autoporteuse et dispose d'un moteur dont la puissance a été ramenée à 51 HP. Elle est surtout destinée à une utilisation militaire ou carrossée comme ambulance et sera en dotation auprès de nombreuses armées étrangères.
Les essais sur route vignette|Lancia Artena de 1934 Au mois de , la célèbre revue anglaise The Autocar publia le compte-rendu de ses essais effectués au volant d'une Lancia Artena berline, dont le prix, en Grande-Bretagne, était de 675 livres Sterling. Les résultats de ces tests sont intéressants à plus d'un titre : la vitesse maximale chronométrée est de 70,86 miles à l’heure, soit 114 km/h, l'accélération de 10 à 30 miles/h, soit de 16 à 48 km/h s'effectue en moins de 6 secondes sur le II rapport, en 13 secondes en . Ces valeurs sont confirmées par la très sérieuse revue italienne de l’époque, Auto Italiana, qui a testé la voiture à la fin de l'année 1931 : vitesse maxi 114 km/h, le kilomètre arrêté en 46 secondes avec une vitesse moyenne de , et une distance d'arrêt de seulement 37 mètres pour stopper la voiture en partant de 80 km/h.
La production Au total, on dénombre une production des 3 premières séries de la Lancia Artena, entre 1931 et 1936, de 5.060 exemplaires dont 1.500 de la , 1.520 de la et 2.040 pour la . Ces voitures se répartissent en 488 exemplaires avec empattement court et 1.552 avec empattement long. Pour la en période de guerre de 1940 à 1942, la production a été de 507 exemplaires dont 316 véhicules « militaires » et 191 ambulances.
L'Artena et les courses Contrairement aux autres modèles Lancia, l'Artena n'avait aucune prédisposition pour affronter le monde de la compétition automobile mais, quelques rares modèles ont été alignés dans des compétitions.
Voici quelques résultats obtenus à ces occasions. DatePaysNom de la courseType de courseRésultatPosition absoluePilote ou équipageParcours (km)Temps obtenuMoyenne (km/h)Notes13 au 15 juillet 1935FranceRallye des Alpes françaises Rallye ( catégorie indice 60) x.xClaire Descollas 1 200x.xx.xGaston Descollas ( catégorie indice 》 200) sur Bugatti T5711 mai 1947 Italie Fontivegge-Perugia côte Classe plus de Tourisme x.xBacelli 3 500 4 min 36 s 45 652-22 août 1948 Italie Messina-Col San Rizzo côte du Groupe x.xPietroburgo Giuseppe 8 500 10 min 14 s 49 837 Course pour le Volant d’Argent, réservée aux voitures de Tourisme : l’Artena de Pietroburgo sera classée du “groupe mixte” 18 sept 1949 Italie Rieti-Terminillo côte - x.x Cifarri 20 000 20 min 23 s 58 871 Course pour le Volant d’Argent, réservée aux voitures de Tourisme. Cifarri, le du “groupe mixte”, temps intéressant, meilleur que celui des Fiat 1500.19 avril 1953 Italie Marina Piccola-Anacapri côte Classe 1101- Grand Tourisme Stajano 3 800 45 223 Les chronomètres de Stajano sont équivalents à ceux obtenus par les modernes Fiat 1400 et à peine supérieurs de 15 % à celui de l'Alfa Romeo 1900 du vainqueur Bubbi Leonetti.
Caractéristiques des différentes séries
Période de fabrication : automne 1931 - été 1932 Modèles : Tipo 228, châssis Tipo 228, voiture carrossée berline Moteur : Tipo 84 Numérotation progressive : de 1 à 1500 Numérotation du châssis : de 28-1001 à 28-2500 Exemplaires fabriqués : 1500 Évolution de la série : L’Artena a été présentée officiellement en première mondiale au Salon de l'automobile de Paris en . Sa production débuta immédiatement et le cap des premiers 1.500 exemplaires est dépassé au cours de l'été suivant, alors que la seconde série est lancée.
Période de fabrication : été 1932 - automne 1933, Modèles : Tipo 228, châssis, Tipo 228, voiture carrossée berline, Moteur : Tipo 84 Numérotation progressive : de 1 à 1520 Numérotation du châssis : de 28-2501 à 28-4020 Exemplaires fabriqués : 1520 Évolution de la série : La seconde série de l’Artena débute au cours de l'été 1932, après une production de 1.500 exemplaires de la première série. Peu de changements sur cette seconde série si ce ne sont des détails comme l'adjonction de silentblocs sur les lames des suspensions, un nouveau réglage des freins et les ancrages pour les carrosseries extérieures sur le châssis. Cette série sera produite à 1.520 exemplaires et sera remplacée en milieu d'année 1933 par la , qui comportera de plus grosses améliorations.
Période de fabrication : automne 1933 - début 1936, Modèles : Tipo 228 A, châssis et carrosserie berline, empattement long, Tipo 228 C, châssis et carrosserie berline, empattement court, Moteur : Tipo 84, Numérotation progressive : pour la 228 A de 3021 à 3500 et de 4001 à 5072 - pour la 228 C, de 3501 à 3988, Numérotation du châssis : pour la 228 A de 28-4501 à 28-4980 et de 28-5001 à 28-6072 - pour la 228 C de 28-7001 à 28-7488, Exemplaires fabriqués : 2040 au total, dont 1552 Tipo 228 A et 488 Tipo 228 C, Évolution de la série : Au cours de l'automne 1933, la de l'Artena apparaît. La « nouveauté » la plus importante concerne le châssis que le client peut choisir entre deux versions : empattement normal (Tipo 228 A) ou court (228 C). Les autres caractéristiques techniques de la voiture sont pratiquement identiques à celle de la série précédente.