Le Secretum secretorum (ou Secret des secrets, aussi appelé Lettre d'Aristote à Alexandre) est une œuvre faussement attribuée à Aristote. Médiéval, ce traité pseudo-aristotélicien traite des sujets aussi divers que l'occultisme, la politique et la physiognomonie.

Présentation

Contenu Le Secretum secretorum se lit sous une forme qui tient tout à la fois de l'encyclopédie et du miroir des princes. Présenté comme un traité écrit par Aristote à son disciple Alexandre le Grand, il aborde des sujets très variés, allant de la politique à la morale en passant par l'astrologie, l'alchimie et les propriétés magiques des plantes.

Cet ouvrage eut une importante influence en Europe pendant le haut Moyen Âge. Il s'agit d'un des livres les plus lus du Moyen Âge, si ce n'est même Abd al-Raḥmān Badawī, , Vrin, 1968, .. Selon l'expert du Secretum secretorum Denis Lorée, le succès de l’œuvre s'inscrit dans un phénomène d'époque qu'est la fascination envers les grands hommes, tels qu'Alexandre, Charlemagne et Arthur. Il s'inscrit également dans le succès des ouvrages qui se présentent comme un miroir des princes.

Historique de publication Si le Secret des secrets se présente comme une lettre envoyée par Aristote à Alexandre, le texte est en réalité traduit d'un traité arabe du , le Kitâb sirr al-'asrâr (en ). Certains historiens, dont J. Ruska, lui donnent pour auteur Rhazès (Abu_Bakr_Mohammad_Ibn_Zakariya_al-Razi). D'autres ont proposé Yuhannâ ibn al-Bitrîq, vers 941. Le texte n'a probablement jamais été écrit en grec ancien.

Le traité se diffuse en Europe en deux versions latines, une brève, et une longue. La version brève, apparue vers 1145, centrée sur la médecine, est traduite par Jean de Séville entre 1112 et 1128. Il lui donne le titre de De Regimine sanitatis (Du régime de santé), ou Epistula Alexandro de dieta servanda. La version longue, vers 1220, est traduite par Philippe de Tripoli, qui est identifié par Haskins à un Philippe chanoine de Tripoli, cité dans les registres de Grégoire IX et Innocent IVCharles Homer Haskins Studies in the history of mediaeval science Cambridge, Harvard University Press, 1924. (Harvard historical studies, XXVII.) .

Le Secretum secretorum a été traduit dans de nombreuses langues vernaculaires. C'est qui est principalement diffusée, notamment au . Le texte est plus ou moins modifié au cours des traductions successives. On trouve dans une des versions élargies du des considérations alchimiques, dont la fameuse table d'émeraude (Tabula smaragdina). Une traduction française présente Aristote comme , tandis que la plupart des versions latines le présentent, à juste titre, comme le fils de Nicomaque de Macédoine. Il faut attendre 1287 pour que Pierre d'Abernon produise une version versifiée et largement remaniée de l’œuvre.

Résumé

Prologues

Prologue d'un docteur recommandant Aristote L'auteur se présente comme celui qui a rassemblé les écrits qui constituent le Secret des secrets. Il rend un hommage à Aristote et présente l'ouvrage comme étant un . Le Secret est décrit comme ayant été écrit par Aristote pour Alexandre.

Le docteur soutient que la vie d'Aristote a été maillée par des évènements surnaturels. Cela permet de justifier le caractère ésotérique de l’œuvre. Ainsi, il rapporte que selon plusieurs témoins, en mourant, Aristote serait . Le manuscrit du Secretum secretorum aurait été écrit par Aristote en réponse à une épître d'Alexandre lui demandant conseil.

Lettre du docteur Philippe qui traduisit le livre en latin L'auteur présente Philippe, fils de Paris, qui, dit-on, traduisit le Secret des secrets en latin. Philippe raconte que sa quête de la connaissance et de la vérité l'a conduit à rencontrer , dont il aurait obtenu le texte du Secret des Secrets. Il dit avoir traduit le texte du grec en chaldéen, et de chaldéen en arabe.

Épîtres

Épître d'Alexandre à Aristote Alexandre annonce à Aristote qu'il a conquis la Perse, et qu'il a découvert un groupe d'hommes qui et ont un . Il hésite à , et demande à son ancien maître, , de lui donner son avis.

Réponse d'Aristote à Alexandre Aristote répond à Alexandre en lui rappelant qu'il ne peut agir que dans la limite de sa puissance. Dès lors, s'il est en position de force, il peut agir sans entrave (). En revanche, s'il ne pense pas contrôler entièrement la situation, il est préférable qu'il gouverne ces hommes avec raison et compassion. Ainsi, du fait de .

Épître d'Aristote à Alexandre Aristote écrit une lettre à son disciple. Il commence par lui présenter ses respects, lui écrivant que . Il annonce qu'il est dans l'impossibilité, étant , de le rejoindre comme demandé. Il explique ainsi qu'il a écrit le livre qu'Alexandre tient entre ses mains : .

L'épître a connu un grand succès au Moyen Âge du fait du caractère mystique de la lettre d'Aristote. Le maître confie à son élève qu'il s'exprime dans ce livre de manière parfois obscure () car il craint que ; or, . Aristote rappelle à Alexandre qu'il est nécessaire d'être obéi par ceux qui sont gouvernés, .

Chapitres sur le gouvernement

Les rapports du roi aux sujets Les rois doivent-ils être généreux envers eux-mêmes et avares envers leurs sujets, ou inversement ? Par une rapide doxographe, pseudo-Aristote rappelle la diversité des points de vue sur le sujet : les Italiens soutiennent que le roi doit être avare envers soi mais généreux avec ses sujets, quand les Indiens, eux, considèrent que le bon roi est avare envers lui-même mais aussi envers ses sujets. Selon lui, toutefois, si un roi était avare envers lui-même mais aussi avec ses sujets, . Le bon roi, en effet, est celui qui donne selon son pouvoir et avec mesure . Il est inutile de donner des biens à celui qui n'en a nulle nécessité, et le roi qui fait cela . Être généreux et juste avec les sujets qui sont en nécessité permet à un roi d'être généreux envers lui-même. Seul dans ce royaume il y aura de la prospérité et du bonheur.

Le roi bénéficie de révérence lorsqu'il agit d'une manière qui force le respect. Il peut être obéi du fait de la prudhommie des hommes pour le roi ; parce que le roi est aimé par ses sujets ; parce que le roi est courtois, agréable ; enfin, du fait de l'honneur et de la révérence qu'il a pour ceux qui en sont dignes.

Pseudo-Aristote appelle Alexandre à ne pas , qui, par nature, sont . Mieux valent . Il appelle son disciple à se rendre : . Aussi le philosophe conseille-t-il à son disciple de ne pas s', car c'est une vie de bêtes. Gouverner sa vie comme des n'apporte aucune gloire.

Aussi, il est important de ne pas croire tout ce qu'on nous dit, et de ne pas être trop enclin à pardonner . Il s'agit aussi pour le roi de penser aux , afin de prévoir les difficultés.

La gestion des finances publiques Pseudo-Aristote insiste sur la nécessité d'une gestion saine des dépenses de l’État. Le roi qui , ce roi . Comme l'individu, le roi qui dépense trop . Le maître annonce à son disciple qu'il a eu accès aux écrits du sage Hermogène, qui soutient que et est que le roi se garde de voler ses sujets.

Pseudo-Aristote donne pour exemple le royaume d'Angleterre. Plusieurs rois de ce pays ont succombé aux largesses, quitte à détruire leur pays : ils . Le roi fut obligé de prendre la propriété des sujets. Cela causa une insurrection populaire. Le maître conclut en appelant son disciple à se . Il faut garder une tempérance dans les dépenses publiques.

Les vertus et les vices du roi Pseudo-Aristote définit la vertu du roi. Elle consiste à . En public, le roi ne doit pas déshonorer, humilier les hommes qui sont dignes. L'auteur réaffirme que tant qu'Alexandre suivra ces préceptes, il aura . À ce titre, l'auteur revient sur le concept d'entendement. Il s'agit d'une notion clef, car l'entendement est , en même temps que . L'entendement permet de voir ce que l'on doit fuir. Tout ce qui est bon tient à l'entendement, qui nous permet de l'atteindre.

Pseudo-Aristote enjoint son disciple à laisser derrière lui , car . Les désirs charnels, en effet, jouent avec le cœur, et corrompent l'entendement. En plus de cela, l'amour charnel .

Le maître met en garde son disciple au sujet de la renommée, de la réputation, qu'il a. C'est par la bonne renommée que sont . La bonne renommée exige que le chef soit honnête et ne s'adonne pas au mensonge : . En effet, selon lui, .

Le bon gouvernement Lorsqu'il se gouverne . Toutefois, s'il . Ce roi-là finira méprisé de tous.

Le bon roi est aussi celui qui gouverne , et qui ne soit pas faux et inauthentique face à ses sujets (il ne doit pas gouverner ). Gouverner signifie également prévoir, et notamment dans la gestion des vivres. Il est important que le roi fasse , afin que l'abondance règne toujours, et que lorsque les prix augmentent, il n'y ait pas de famine. Penser à l'avenir permet de traiter d'emblée de tout . Cela lui permet de .

Aussi, le roi ne doit pas penser , mais au contraire, lorsqu'il a erré, . La plus grande sagesse qu'un roi puisse avoir est de . Si le roi ne peut rien faire qui soit bon et profitable, alors il doit agir .

Le roi ne doit pas être indifférent à la pauvreté dans son royaume. Au contraire, il doit . Il doit subvenir à ceux qui sont en nécessité. Pseudo-Aristote conseille à Alexandre d'élire un , c'est-à-dire un homme qui soit l'interface entre la royauté et le peuple.

L'entourage du roi Le bon roi écoute les conseils des siens, qui l'informent sur son royaume. Ces proches de confiance . Il recrute des ambassadeurs sérieux, car . Ces ambassadeurs sont les yeux du roi à l'étranger.

L'apparence et la vie du roi Le roi doit, avec sagesse, conserver une bonne prestance. Cela implique , et qu'il se montre toujours beau, car cela traduit sa dignité. À travers ses vêtements, . Cela se traduit dans son caractère aussi : il ne doit pas rire trop, car l'homme qui rit abondamment est ; le roi doit, enfin, honorer les hommes de sa cour et ses conseillers. Ceux qui l'ont desservi doivent être punis, afin de donner l'exemple.

Pseudo-Aristote appelle son disciple à parler peu, notamment lorsque sa parole est nécessaire, car cela la rend plus précieuse et honorable. En effet, . De même, il s'agit de ne pas se mêler trop souvent à la foule, au risque de se déprécier.

Il peut arriver que le roi s'amuse. Cela est acceptable dès lors que sa nature ne se délite pas. Il est nécessaire, lors de fêtes, que le roi se , et qu'il ; à ce moment-là, il aura accès aux secrets de ces personnes. Les fêtes doivent avoir lieu deux à trois fois par an, et non toute l'année.

Chapitres sur la justice Le vol et l'expropriation Le roi doit se garder de faire tort aux marchands. Il doit au contraire les honorer, car ces marchands se répandent dans le monde entier et font les renommées. Le roi qui, , rend , fait fleurir son économie : les terres seront travaillées, et les rentes élevées.

La justice dans la conduite des affaires du gouvernement Pseudo-Aristote appelle le roi à se garder . La vie des sujets doit être la priorité du roi. Il s'agit aussi de ne pas revenir sur une parole qui a été donnée.

Chapitres d'hygiène L'alimentation du roi L'ouvrage donne une part importante aux questions de santé, qui reflète des préoccupations de l'époque. La santé est la plus grande des richesses pour le roi. Le maître rappelle à son disciple la théorie des humeurs. Sa bonne santé exige que le roi se . À ce titre, le livre soutient que certains aliments sont particulièrement propices à telle ou telle humeur. Il l'appelle à respecter le principe du meden agan (absence d'excès) dans le domaine de l’alimentation.

L'exercice physique du roi Le livre dispose de chapitres dédiés à la santé physique et aux exercices du corps qui doivent être réalisés par le roi afin de rester en bonne santé. Ces passages reflètent les préoccupations de la science médicale de l'époque d'écriture et de transmission des textes. Les conseils alimentaires sont directement liés à la santé physique de l'individu.