vignette|redresse|Par ordre du maréchal Pétain, les journaux reçoivent la consigne d'annoncer, en gros caractères et sur cinq colonnes, présumés de la défaite, ..

Le procès de Riom est un procès jamais achevé s’étant déroulé durant la Seconde Guerre mondiale, du au , dans la ville de Riom, dans le Puy-de-Dôme, en France.

Voulu par les dirigeants du régime de Vichy, et particulièrement par le maréchal Pétain, il avait pour objectif de démontrer que certains dirigeants politiques de la Troisième République étaient responsables de la défaite de , tout comme certains militaires, à commencer par l’ancien généralissime Maurice Gamelin, qui figurait parmi les accusés.

Ce procès était également voulu par l’occupant, mais dans une tout autre optique : voulant une revanche sur le traité de Versailles qui avait rendu l'Allemagne responsable de la Grande Guerre, Hitler entendait que la France dans ce procès se condamne elle-même comme « fauteuse de guerre ». Hitler, qui contrôlait étroitement le régime de Vichy, constata que le procès de Riom ne répondait pas à cette exigence et imposa au gouvernement français de l'interrompre. D'autant que les accusés, notamment les hommes politiques Léon Blum et Édouard Daladier, par la qualité de leur défense, retournèrent l'accusation contre les autorités du régime de Vichy et mirent en lumière le rôle du haut commandement de l'Armée française, incapable de préparer et conduire cette guerre en raison d'une profonde rigidité doctrinale et sclérose intellectuelle et d'une incapacité à intégrer les évolutions tactiques offertes par les nouveaux armements.

L'accusation La volonté de revanche L'accusation, sous la pression de Vichy, voulait montrer que certains dirigeants politiques, notamment de gauche, avaient commis de graves fautes dans la préparation de la France durant les années précédant le conflit.. Suivant cette thèse, on leur reprochait entre autres de ne pas avoir assez bien équipé l'armée. Plusieurs de ces erreurs, se cumulant, auraient été la cause de la défaite française face à l'armée allemande.

Il n'est pas le premier procès de la défaite organisé en France du fait du précédent historique du procès de François Achille Bazaine à la suite de la défaite de .

Le procès devait surtout fournir une certaine légitimité au régime de Vichy, en démontrant que la était un mauvais système politique qui, notamment du fait de son instabilité gouvernementale et de ses compromissions, avait mené la France à la débâcle de . Certains membres de l'armée voyaient en ce procès un moyen de rejeter la faute de la rapide défaite française sur d'autres qu'eux ; et enfin, le régime nazi était trop heureux de démontrer l'inefficacité de la démocratie et de désigner ses responsables politiques comme « fauteurs de guerre » (c'étaient en effet, après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, la France et l'Angleterre qui avaient déclaré la guerre à l'Allemagne en ).

La Cour de justice

vignette|La Cour d'appel de Riom où se sont tenus les procès.

L'Acte constitutionnel du , dans son Acte constitutionnel du ., institua une Cour suprême de justice, qui fut aussi chargée de l'instruction.

Le procès devait .

La période des faits jugés par la cour allait de (qui correspond à l'arrivée du Front populaire au pouvoir) à (qui correspond à la date à laquelle le maréchal Pétain se vit confier les pleins pouvoirs constituants par les deux assemblées réunies en Assemblée nationale). Il fallait éviter de remonter avant 1936, faute de quoi certaines autorités de Vichy pourraient être mises en cause (dont Pétain, ministre de la Guerre en 1934 dans le gouvernement Doumergue).

Les « crimes » commis ont été définis rétroactivement (c'est-à-dire qu'à l'époque des faits, les crimes prétendument commis n'en étaient pas selon la loi), ce qui est contraire à tous les principes juridiques français et internationaux (lors du procès de Nuremberg, certaines accusations ont été basées sur des notions antérieures du droit, et peu, telles que le crime contre l'humanité, ont été appliquées de façon rétroactive).

La Cour prit ses fonctions le mois suivant, le à Riom. Elle était composée, selon le décret du Décret du relatif à la nomination des membres composant la Cour suprême de justice, Journal officiel de la République française, , , , sur Gallica . de :

un président de la Cour suprême de justice, Pierre Caous (), président de la chambre criminelle de la cour de cassation ; un vice-président, Lagarde, conseiller à la cour de cassation ; de membres titulaires : Paul Tanon (), conseiller à la cour de cassation ; l'amiral Octave Herr ; le général Charles René Watteau, membre du conseil de l'ordre de la Légion d'honneur ; Georges Ripert, membre de l'Institut, doyen de la faculté de droit de Paris ; Jean Benoist, maître des requêtes honoraire au conseil d'État ; de membres suppléants : René Baraveau (), conseiller à la cour de cassation ; Maurice Lemaire (), premier président de la cour d'appel de Montpellier ; Émile Lesueur (), président de chambre à la cour d'appel de Paris.

Le procureur général près la Cour suprême de justice est Gustave Cassagnau, avocat général à la cour de cassation, assisté des avocats généraux Maurice Gabolde, procureur général près la cour d'appel de Chambéry, et Bruzin, avocat général près la cour d'appel de Paris..

La condamnation Alors que l'instruction piétine et que la tension monte dans le conflit, notamment après l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne le , le maréchal Pétain annonce à la radioDiscours « du vent mauvais », . qu'il condamnera lui-même les coupables, en vertu de l'Acte constitutionnel du Acte constitutionnel du ., après avoir écouté l'avis d'un Conseil de justice politique qu'il instaure. Ce nouvel organe rend ses conclusions le . Pétain décide alors : d'abandonner les poursuites contre Paul Reynaud et Georges Mandel. Ces derniers seront tout de même incarcérés arbitrairement au fort du Portalet. Ils seront enlevés par les Allemands plus tard, et ne seront pas remis à la France, malgré les protestations officielles de Pétain pour qui cette « affaire » était du ressort de l'État français et non de l'occupant ; les cinq autres accusés sont inculpés et condamnés à la peine maximale prévue à l', la détention à vie dans une enceinte fortifiée..

Après que Pétain eut condamné les responsables politiques, ce sont les hommes, en tant que citoyens, qui furent jugés à Riom (conformément à l' de l'Acte constitutionnel qu'il avait décrété). C'est ainsi que le président Caous précisa au début du procès que les accusés seraient considérés comme de simples prévenus et que .

Les accusés Plusieurs lois furent instaurées par le régime de Vichy pour pouvoir effectuer des internements administratifs d'anciens responsables politiques.

Les cinq personnes déférées furent : Léon Blum, ancien président du Conseil du Front populaire ; Édouard Daladier, ancien ministre de la Guerre et président du Conseil de à ; le général Maurice Gamelin, ancien chef de l'état-major de l'Armée de terre ; Guy La Chambre, ancien ministre de l'Air ; Robert Jacomet, ancien secrétaire général du ministère de la Guerre.

Léon Blum, Édouard Daladier et le général Maurice Gamelin furent également détenus au château de Chazeron et au fort du Portalet, Guy La Chambre et Robert Jacomet au château de Bourassol sur la commune de Ménétrol dans le Puy-de-Dôme.

Les deux autres inculpés qui ne furent pas poursuivis étaient : Paul Reynaud, ancien président du Conseil en ; le , il est interné au château de Chazeron, puis au fort du Portalet, comme étant l'un des responsables de la défaite. Il est ensuite pris par les Allemands et emprisonné au camp d'Oranienburg en . En , il est transféré au château d'Itter dans le Tyrol où il retrouve Daladier, Gamelin et Jouhaux. Ils retrouveront la liberté après la bataille du château d'Itter, en . Georges Mandel, ancien ministre de l'Intérieur ; interné puis remis aux Allemands (). Après le meurtre de Philippe Henriot par la Résistance, les nazis le livrèrent à la Milice française qui l'assassina en forêt de Fontainebleau en .

Le procès

vignette|Les accusés lors du procès.

Les audiences L'ouverture du procès a finalement lieu le .

Plus de quatre cents témoins sont appelés à comparaître ; nombreux sont des militaires devant prouver que l'armée n'était pas assez équipée et que seuls les responsables sont en cause dans la reddition française. La loi instaurant la semaine de 40 heures de travail fut présentée comme l'une des fautes des gouvernements de l'ancien régime de la (alors qu'elle n'avait jamais été appliquée dans toute sa rigueur). Les congés payés et les nationalisations furent, en outre, pointés du doigt pour avoir freiné le réarmement du pays.. De même, la faiblesse dans la répression des fut également présentée comme une faute. Autant de raisons, selon Vichy, de condamner les accusés responsables.

D'ailleurs dès le , avant la signature de l'armistice, le maréchal Pétain avait déclaré : .. Avant le début du procès, il rappela que la sentence .

Gamelin muet Gamelin, commandant en chef des armées françaises au moment du conflit avec l'Allemagne, fut accusé de . Il adopta une défense basée sur le silence : , répétait-il ; il annonça .

Faute du témoignage du seul militaire présent à ce procès, on ne parlera donc pas et de la stratégie adopté par l'état-major français. L'armée, à Riom, va donc être absente et muette.

En parallèle, Guy La Chambre, ministre de l'Air, et Robert Jacomet, contrôleur général des armées sous Édouard Daladier durant , demeurèrent pour le moins timides dans leur défense. Dès lors, l'accusation voulut pointer le rôle exclusif des hommes politiques dans la responsabilité de la défaite française.

Défense offensive de Daladier et Blum : les carences révélées du haut commandement militaire français Il en alla tout autrement d'Édouard Daladier et de Léon Blum, lesquels, par leur défense acharnée furent les véritables vedettes de ce procès. Tous les deux tentèrent de démontrer les incohérences et le manque de précision flagrant des preuves à charges (un témoin passa de à allemands en cinq minutes) et le non-respect des règles de base d'un procès équitable et juste. En effet, ils n'eurent accès aux du dossier que trois semaines avant le début du procès.

Ils mêlèrent même le maréchal Pétain aux débats (, déclara Daladier sur le ton de l'ironie). Blum défendit la politique menée durant sa présidence du Conseil (plus gros effort de guerre depuis la Première Guerre mondiale, alors que les gouvernements auxquels participaient Laval et Pétain avaient réduit le budget de l'armée) et même celle des communistes. Il fera notamment référence à Jean-Pierre Timbaud : . Blum note, en outre, que les gouvernements qui lui ont succédé et qui ont précédé celui de Daladier en ne sont pas concernés, sans doute parce que leur chef s'est rallié à Vichy. Il eut Félix Gouin pour avocat.