Le musée archéologique Saint-Laurent est un musée départemental situé à Grenoble, en France, au pied de la colline de la Bastille, dans le quartier Saint-Laurent de la rive droite de l'Isère et à proximité de la Porte Saint-Laurent.

L'ancienne église Saint-Laurent reconstruite sur les vestiges d'une nécropole gallo-romaine a été désacralisée en 1983 pour devenir un site archéologique puis un musée en 1986. Le site est cependant étudié depuis le début du et fait l'objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Il se caractérise par un important empilement d'édifices et de structures, dont le joyau est la crypte Saint-Oyand datant du .

Après une longue période de travaux, le musée est ouvert dans sa configuration actuelle depuis .

Histoire Au , la voie romaine partant de Cularo en direction de la Sapaudie (Savoie) longeait ce site funéraire païen, puis va passer entre les premiers mausolées chrétiens et la colline, lorsque Cularo devient Gratianopolis vers 380.

La première mention écrite de l'église carolingienne Saint-Laurent du remonte au mois de , à l'occasion d'une charte de donation de cet édifice par l'évêque Humbert d'Albon de Gratianopolis aux moines bénédictins de Saint-Chaffre en Velay... Il est mentionné dans l'acte que l'évêque le donna pour le rétablir dans son état primitif, fondé en l'honneur du bienheureux Laurent, martyr, dépendant de sondit siège, lequel lieu était par incurie mal administré, et qui, à cause du manque d'ecclésiastiques, lui paraissait devoir être entièrement suppriméSéance du 18 décembre 1841 du Bulletin de la Société de statistique des sciences naturelles et des arts industriels du département de l'Isère, 1841, page 300.

Reconstruite par les moines au , l'église Saint-Laurent de style roman, visible actuellement, a été édifiée sur l'église carolingienne, elle-même construite sur une précédente église funéraire cruciforme du et sa crypte, qui venaient remplacer les premiers mausolées de personnages importants de la ville comme les évêques. C'est également durant ce siècle que le culte d'Oyand de Condat est introduit après sa mort en 510, car il est lié avec l'abbé Léonien de l'église Saint-Pierre à Vienne, et l'évêque Avit de VienneRaymond Girard, L'église et la crypte de Saint-Laurent de Grenoble, Centre d'archéologie de l'Isère..

150px|vignette|gauche|Remparts du contre le clocher. Situé à l’extrémité d'une ville frontière, ce site funéraire et religieux va partager dès le son environnement immédiat avec les différentes générations de fortifications de la ville. En 1338Vital Chomel, Histoire de Grenoble, page 93., le prieuré bénédictin voit la première génération de fortifications de la rive droite de l'Isère venir s'accoler à ses murs près du porche d'entréeUne partie de cette fortification médiévale est encore visible de nos jours : image sur le site du musée., et l'année suivante, le prieur de Saint-Laurent, Amédée Alleman, devient le premier recteur de l'université de GrenobleAuguste Prudhomme, Histoire de Grenoble, page 173 qui se réfère au livre de la chaîne, folio 44.. À cette époque, Humbert II de Viennois est encore un dauphin indépendant dans sa principauté du Dauphiné. Au siècle suivant, le prieuré connaît une intense activité architecturale révélée par l'archéologie mais également par les textes : construction dans la nef de l'église, réfection du clocher qui menace déjà ruine en 1454, reconstruction de la tribune, d'escaliers, pose au sommet du clocher d'une croix en fer forgé, agrandissement du cloître ainsi que la construction de chapellesRenée Colardelle, Saint-Laurent de Grenoble, de la crypte au musée archéologique, page 34.. La communauté monastique compte alors douze moines dont trois novices auxquels s'ajoutent un prieur et un sacristain. La grande croix sommitale est actuellement exposée à l'entrée du musée et une copie a été installée sur le clocher.

Un siècle et demi plus tard, à la suite des guerres de religion dans la région, l'environnement immédiat du prieuré est de nouveau modifié par le gouverneur du Dauphiné, Lesdiguières, qui achève en 1615 de nouveaux remparts partant du sommet de la colline de la Bastille et aboutissant à une nouvelle porte Saint-Laurent légèrement repoussée du prieuré voisin. À la suite des vœux formés par les consuls de Grenoble lors de l'épidémie de peste de 1629, les pénitents blancs de Saint-Laurent prennent l'habitude de faire chaque année, au , une procession jusqu'à la chapelle Saint-Roch de l'hôpital des pestiférésRené Fonvieille, Le vieux Grenoble (ses pierres et son âme), tome 1, page 220.. En 1683, faute d'un nombre suffisant de moines, le service monastique en place depuis près de sept siècles est supprimé officiellement.

Au cours des , plusieurs consuls de Grenoble se font inhumer dans la chapelle Saint-Nicolas du cloître Saint-Laurent, comme Jean Guynier mort le à l'âge de 77 ansRené Fonvieille, Le vieux Grenoble (ses pierres et son âme), tome 1, page 104.. En 1748, un magnifique autel actuellement visible dans le chœur de l'église est réalisé par Francesco Tanzi, puis au moment de la Révolution française le prieuré est supprimé en 1790 et Saint-Laurent devient église paroissiale et siège d'un chapitre consacré au martyr saint-Laurent.

Entre 1824 et 1847, de nouveaux remparts plus proches de l'église que les précédents sont construits par le général Haxo et restent visibles de nos jours comme décor environnant. Ces aménagements militaires apportent derrière le clocher de très épais remblais qui modifient totalement la perception visuelle du site primitif, car l'église romane et les édifices funéraires n'étaient pas adossés directement à la colline, mais en étaient largement dégagésArchives municipales de Grenoble, Rapport de fouilles de Renée Colardelle en 1987, cote 1980 W3.. Le peintre Théodore Ravanat a peint le site de l'église dans les années 1840 avant les aménagements militairesSon tableau est exposé dans le musée.. Cependant, dans cette première partie du , trois hommes vont relancer l'intérêt architectural et patrimonial de l'église Saint-Laurent.

Jacques-Joseph Champollion vignette|150px|J.J. Champollion. En 1803, Jacques-Joseph Champollion, frère aîné de l'égyptologue, révèle au monde savant l'existence à Grenoble d'un monument souterrain du début de l'époque mérovingienne, en faisant paraître anonymement une "dissertation", dans laquelle il donne un plan schématique de l'oratoire Saint-Oyand. Il s'agit de la crypte Saint-Oyand, située sous le chœur de l'église haute Saint-Laurent. La plus ancienne mention du vocable Oyand (Eugendus) remonte à l'an 1015Archives départementales de l'Isère, regeste dauphinois du chanoine Ulysse Chevalier, tome 1, N°1639, 1913., où dans une charte de donation, accolé à Saint-Laurent, Saint-Eugénie est substitué par erreur au titulaire réel, Sanctus-Eugendus.

En 1835, l'archiviste et historien Jean Pilot de Thorey, futur conservateur du muséeBulletin mensuel de l'Académie delphinale, séance du 15 février 1861, page 10., publie un article sur cette crypte, illustré par une lithographie d'Alexandre Debelle et dans lequel il informe de la destruction de tombeaux par des ouvriers dès l'année 1826. À la même époque, en 1839, sous la municipalité d'Honoré-Hugues Berriat, des travaux de réfection de la charpente du clocher de l'église sont effectués par l'entrepreneur J.B. Gallet.

Prosper Mérimée 150px|vignette|Prosper Mérimée. Mis en alerte en 1846 par des actes de vandalisme sur cette crypte, les membres de l'Académie Delphinale décident, dans leur séance du , d'informer le ministre de l'intérieur de la nécessité de protéger la crypte. Prosper Mérimée, inspecteur des Monuments Historiques, intervient alors pour faire classer l'édifice. Il effectue pas moins de cinq voyages à Grenoble dont chacun fait l'objet d'un rapport. La crypte est classée Monument historique le . grâce à son intervention et à celle de Radulph de Gournay, membre de l'Académie Delphinale et présenté comme premier conservateur du musée. Cette même année, les frères Alexandre et Ferdinand Jail offrent à l'église Saint-Laurent un vaste tableau du peintre grenoblois Pierre-Auguste Marquiand représentant le Martyre de Saint-Laurent, une huile sur toile de x exposée jusqu'en 1858 dans le cœur et de nos jours dans la sacristie..

Le préfet de l'Isère, Benoît de Chapuis Montlaville, demande également au maire Frédéric Taulier une participation financière de la ville pour les travaux de restauration de l'édifice, dont le premier devis se monte à francs. C'est son successeur, Joseph Arnaud, qui fera voter par la séance du conseil municipal du une somme de francs complétant celle de l'État et du Conseil général pour entamer ces travaux.

L'année 1853 marque un tournant décisif dans la fondation officielle d'un musée archéologique puisque la séance du de l'Académie Delphinale pointe l'intérêt de récupérer les vieilles pierres tombales de l'époque gallo-romaine et notamment celles qui sont entreposées depuis longtemps le long du mur du lycée, afin de les déposer dans un lieu plus convenableBulletin de l'Académie Delphinale, tome 5, année 1853.. Une demande est faite en ce sens au maire Joseph Arnaud qui y répond favorablement quelques jours plus tard. Le musée est créé officiellement le par un arrêté municipal.Bulletin de l'Académie delphinale 1856-1860, page 221. et se situe alors entre l'église Saint-Laurent et une maison riveraine occupée par l'industriel gantier Xavier Jouvin. Il est constitué principalement de pierres tombales. Aujourd'hui ces pierres tombales sont entreposées au Musée dauphinois. recouvertes d'épitaphes, datant de la période gallo-romaine de Cularo, et entreposées dans une cour humide, peu accessible, au point d'en émouvoir les membres de la Société française d'archéologie qui déplorent cet état de fait dans leur almanach de 1866Almanach de l'archéologue français, Bibliothèque d'étude de Grenoble, cote U7979..

Pierre Manguin vignette|Vue aérienne du site. Pierre Manguin, architecte, est chargé des travaux de restauration du monument sous le contrôle vigilant de Prosper Mérimée. L'architecte réalise de nombreux dessins aquarellés de la crypte. En 1854, Isidore Taylor publie un livre Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, Dauphiné dans lequel est visible une lithographie d'Eugène Ciceri représentant l'intérieur de la crypte Saint-Oyand abritant de gros tonneaux entreposés.. Parallèlement aux travaux de restauration de la crypte Saint-Oyand, l'abside et la sacristie de l'église seront rénovées entre 1850 et 1861 par l'entrepreneur Jean Olivier-Pallud et son fils. En 1854, alors que les travaux de la crypte touchent à leur fin, une délibération du du conseil municipal de Louis Crozet prend en charge la moitié des francs nécessaires à la rénovation de l'abside et le , la restauration de la sacristie est votée.

À partir de 1862, d'autres travaux de rénovation seront entrepris sous la direction d'un nouvel architecte, monsieur Laisué. Ils comporteront le nivellement du terrain environnant l'église, la démolition et la reconstruction de l'annexe de l'église portant le nom de chapelle Saint-Nicolas ainsi que la mise en place d'un mur de clôture sur la rue Saint-Laurent avec sa grille en fer. À la même époque, Eugène Chaper, membre de l'Académie delphinale est chargé par celle-ci de rédiger en 1863 un courrier au maire Eugène Gaillard afin de le sensibiliser à la construction d'un édifice spécifique consacré à l'archéologie grenobloise. Le conservateur Jean Pilot de Thorey signale l'année suivante l'existence d'un autre petit bâtiment funéraire et commence à réfléchir sur l'organisation et les transformations d'une église primitive à cet endroit.

vignette|gauche|Plan du site du musée vers 1870.