Paul-François de Quelen de La Vauguyon ou de Quélen de Stuer de Caussade, duc de La Vauguyon, né le à Paris, mort le à Paris, est un homme politique français, pair de France, qui exerce des fonctions de ministre plénipotentiaire et d'ambassadeur durant le règne de Louis XVI. Il est un éphémère ministère des Affaires étrangères en 1789 puisque « craignant de payer de sa tête le court et funeste honneur d'un ministère de cinq joursSelon l'expression même du moniteur, Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, L. G. Michaud, 1827, t. 48, p. 27. », il décide de démissionner. Sous la Restauration, il devient ministre du conseil d'État de Louis XVIII.
Biographie Sa famille
Son père, Antoine de Quélen de Stuer de Caussade (famille bretonne ; du Porhoët pour les Stuer) (1706-1772) est le duc de La Vauguyon (d'abord comte de La Vauguyon ; le duché étant érigé en à Tonneins et Calonges, avec pairie en 1759), et prince de Carency (titres venus des Pérusse des Cars), pair de France, menin du dauphin, lieutenant général des armées du roi, gouverneur, premier gentilhomme de la chambre et grand-maître de la garde-robe du duc de Bourgogne, du duc de Berry, et des comtes de Provence et d'Artois, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit et de Saint-Louis. En 1745, Antoine de Quélen, le père de Paul-François, devient menin du dauphin, Louis de France, avant d'être crée duc en août en 1758 et pair de France en 1759<ref>J. Y. de Quelen, Généalogie de la maison de Quelen selon Dom Gallois''', Paris, Publibook, 2004, p. 130-131.</ref>. Il est surtout connu pour avoir été le gouverneur des trois fils dudit dauphin comme en témoignent plusieurs écrits du futur Louis XVILouis XVI, Réflexions sur mes entretiens avec M. Le Duc de La Vauguyon, Paris, Garnier frères, 1851; Louis XVI, Maximes morales et politiques, tirées de Télémaque, sur la science des Rois et le bonheur des peuples, éd., Paris, Royez, 1814..
Sa mère, Marie Françoise de Béthune (1712-1799) est la fille du duc de Chârost et d'Ancenis Paul-François. Ce dernier avait pour père Armand de Béthune-Chârost-Ancenis, gouverneur de la personne du roi Louis XV jusqu'à la « majorité de Sa Majesté »Mercure de France dédié au Roi, Paris, J. Bullot, novembre 1747, p. 207..
Avant la Révolution (1758-1789)
Paul-François de Quélen est connu, du vivant de son père, sous le nom de duc de Saint-Mégrin (l'écriture y est variable puisque le titre peut s'écrire Saint-Mesgrin ou Saint-Maigrin). Il entre dans l'armée à l'âge de douze ans et fait les dernières campagnes de la guerre de Sept Ans (1756-1763). Il est nommé, après ce conflit, gouverneur de Cognac et en profite pour écrire et faire publier un éloge du père de Louis XVI, baptisé Portrait de feu Monseigneur le Dauphin.
Son père reçoit la mission de se charger de l’éducation des fils de ce prince, après sa mort. Paul-François est lui-même menin du futur Louis XVI. Il succède à son père dans la dignité de pair de France, en 1773 (son père meurt le )Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter, sous la dir. de Mr. le Dr. Hoefer, 1008..
À son avènement en 1776, Louis XVI le choisit, sur la recommandation de Vergennes, pour représenter la cour de France comme ministre plénipotentiaire près des États généraux des Provinces-Unies. À son arrivée, les États sont en quelque sorte sous l'empire du gouvernement britannique ; lorsqu'il quitte le pays, une députation solennelle, interprète de la reconnaissance publique, le remercie au nom des États. L'objet de son office est d'affaiblir la prépondérance de l'Angleterre et de rapprocher la Hollande de la Francevoir les Archives ou Correspondance inédite de la Maison d'orange-nassau, publié par G. Groen Van Prinsterer, Leyde, A. W. Sijthoff, 1779-1782, t. 2.. En guise de remerciements pour son « zèle constant et éclairé »Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, L. G. Michaud, 1842, t. 70, p. 470., le duc de La Vauguyon est créé chevalier de l'ordre du Saint-Esprit (le ) puis nommé ambassadeur de France à Madrid en 1784. De 1772 à 1776 il possède le château de La Celle, proche de Versailles, dans lequel les 3 princes dont il a la charge, feront quelques séjours.
Cette nouvelle fonction étatique lui permet de tempérer les conflits entre les diplomaties anglaise et espagnoleJ. Chaumié, « La correspondance des agents diplomatiques de l'Espagne pendant la Révolution », Bulletin Hispanique, 1935, t. 37, n°3, p. 354. et de rapprocher la couronne française à celle d'EspagnePlusieurs sources sur la question, cf. A. Ferrer Del Rio, Obras originales del Conde de Floridablanca, y escritos referentes a su persona, Madrid, M. Rivadeneyra, 1867, p. 521 et A. Morel-Fatio, Etudes sur l'Espagne, deuxième série, Paris, E. Bouillon, 1890, p. 279.. Avec virtuosité, il parvient à obtenir « la confiance et l'affection du duc de Florida Blanca, qui dirigeait alors le cabinet de Madrid »J. Dubois de Lavauguyon, « Le duc de La Vauguyon ambassadeur à Madrid de 1784 à 1791 », Royautés de France et d'Espagne, Tours, Centres d'Etudes Historiques, 2013, p. 235.. Ses talents remarqués par le roi d'Espagne lui permettront d'être nommé en 1787 chevalier de la Toison-d'OrJ. Y. de Quélen, Généalogie de la maison Quelen..., op. cit., p. 130-131.
Les événements de la Révolution viennent bientôt le priver de son titre d’ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire en Espagne. Paul-François soulève quelques hostilités de la part des Girondins, ceux-ci contestant sa mission en Espagne. Toutefois Louis XVI le rappelle pour prendre possession du ministère des affaires étrangères après le L. Pierry, Le ministre des Affaires étrangères. naissance et évolution d'un représentant de l'Etat, Thèse, Droit, Avignon, 2011, p. 193.
Appartenance du duc de La Vauguyon au mouvement physiocratique
Peu de travaux mentionnent l'appartenance du duc de La Vauguyon au mouvement physiocratiquePour une étude détaillée, cf. M. Dupont, La pensée politique et juridique de Paul-François de Quélen, duc de La Vauguyon, Un engagement au sein de la doctrine physiocratique (1768-1828), Mémoire, Droit, Université de Rennes 1, 2015.. Pour autant, elle n'est pas à nier. Dès 1768, l'érudit de vingt deux ans se fait économiste politique et répond avec virulence à l'abbé de Mably dans les Éphémérides du citoyen de 1768. Convaincu par la doctrine toujours influente à cette période, il rapproche les physiocrates du pouvoirŒuvres Économiques complètes et autres textes, édités par C. Théré, L. Charles et J.-C. Perrot, Paris, INED, 2005, 2 vol, p. 1399..
Pendant la Révolution
Afin d'arrêter le cours de la Révolution, Louis XVI décide de renvoyer Necker et les ministres proches de ce dernier et de constituer un « ministère de crise », composé de défenseurs de la monarchie absolueJérémy Maloir, Les ministres en Révolution. Du gouvernement à l'administration, Paris, L'Harmattan, 2021. Tandis que le baron de Breteuil est nommé Premier ministres des finances, le duc de La Vauguyon se voit confier le portefeuille des Affaires étrangères. Il prend ses fonctions le . Il ne peut parvenir à se faire écouter du roi et se trouve en butte aux attaques des révolutionnaires. L’Assemblée rend les nouveaux ministres responsables des événements du . La Vauguyon donne sa démission le .
Craignant de payer de sa tête le court passage au ministère, il se déguise en négociant, prend un passeport sous le nom de « Chevalier » avec son fils aîné pour passer en Angleterre, mais cela sans issue heureuse puisqu'ils seront arrêtés au HavreDuc de Liancourt, Discours à l'Assemblée nationale, août 1789, Arch. Parl., , t. VIII, p. 314 cité par Marjorie Dupont, La pensée politique et juridique du duc de La Vauguyon..., op. cit., p. 5.. L'affaire est déférée à l'Assemblée nationale. Leur libération est décidée sur la motion de l'évêque de Langes. Elle est appuyée par Sieyès et Mirabeau qui invoquent les principes veillant à la sûreté de tous les individusIbid., p. 356-357..
Le roi le renvoie à Madrid comme ministre plénipotentiaire. Le , Charles de Lameth se plaint que des négociations aussi importantes soient dans les mains du duc de La Vauguyon. En effet, l'ambassadeur avait notamment négocié avec la couronne espagnole une loi fiscale qui grève le commerce étranger d'un nouvel impôtRéimpression de l'ancien moniteur, depuis la réunion des Etats-Generaux (mai 1789-novembre 1799), Paris, Imprimerie d'A. René et Cie, 1860, t. 5, p. 115.. Des différends s'étaient élevés entre l'Angleterre et la cour de Madrid, la cause en est attribuée aux négociations de M. de la Vauguyon par le ministère britannique. Face aux calomnies, il ne tard pas à publier un mémoire lu à l'Assemblée nationale le sur ses correspondances dans ladite affaireArch. Parl., Lettre de M. de La Vauguyon, 2 août 1790, série, t. XVII, p. 504. Il est remplacé par Bourgoing, le . Toutefois, il continue de résider à Madrid. Le roi d'Espagne donne l'hospitalité à sa famille, et place son fils, le futur général La Vauguyon, encore enfant, dans ses armées.
Vers la fin de 1795, Louis XVIII appelle La Vauguyon à Vérone pour être un des quatre ministres qui composent son conseil d'ÉtatCorrespondance secrète de Charrette, Stofflet, Puisaye, et autres, Paris, F. Buisson, 1798, t. 1, n°20, p. 240.. Le duc suit ce prince à Blackembourg. En février 1797, il tombe en disgrâce auprès du prétendant. Le comte de Saint-Priest le remplace.
On lui attribue le plan de contre-révolution qui consiste à recourir aux moyens conciliants et en vertu duquel les royalistes acceptent des emplois publics. Ce moyen parait trop lent. La Vauguyon a pourtant rendu de grands services à la cause royale pendant son ministère, et il avait été le principal intermédiaire de Louis XVIII auprès de ses agents en France, notamment lors de la conspiration de La Ville-Heurnois.
Dès qu'il cesse ses fonctions, La Vauguyon séjourne quelque temps à Hambourg, puis retourne en Espagne où il demeure jusqu'en 1805. À cette époque, il rentre en France et y vit dans une retraite absolue jusqu'à la Restauration.
Sous la Restauration (1814-1828)
Le duc de La Vauguyon avait été promu au grade de lieutenant général pendant l'émigration (le ). Sa pairie de duc de La Vauguyon est créée par ordonnance royale du et est instituée héréditairement sous le titre de duc. Il est appelé à siéger à la chambre des pairs, où il professe les principes conciliants de la modération. Exempt d'ambition, il vit dans la plus grande simplicité, se fait recevoir membre de la société d'instruction élémentaire, dont il est plusieurs fois élu président, et met beaucoup de zèle à propager l'enseignement mutuel. Prenant au sérieux la lettre de la Charte octroyée par Louis XVIII et le fonctionnement des institutions, il fait part de ses opinions que ce soit par ses discours prononcés à la Chambre des pairs ou dans ses écrits tels que Tableau de la constitution françaiseP.-F., duc de La Vauguyon, Tableau de la Constitution Françoise, Paris, Didot L'ainé, 1816., De la simplification des principes constitutifs et administratifs, Commentaire nouveau sur la charte constitutionnelleP.-F., duc de La Vauguyon, De la Simplification des principes constitutifs administratifs, ou Commentaire nouveau sur la Charte constitutionnelle, Paris, Didot L'ainé, 1820., Du système général des FinancesP.-F., duc de La Vauguyon, Du système général des finances, Paris, Didot L'ainé, 1820. ou encore Des Lois d'ExceptionP.-F., duc de La Vauguyon, Des Lois d'Exception, Paris, Didot L'ainé, 1821..