Béja ( ) est une ville du Nord-Ouest de la Tunisie située à une centaine de kilomètres de Tunis et à une cinquantaine de kilomètres de la frontière tuniso-algérienne.

Chef-lieu du gouvernorat du même nom, elle constitue une municipalité comptant en 2014.

Étymologie

Vaga est le nom antique de l'actuelle Béja. C'est dans la Guerre de Jugurtha écrit par Salluste que le nom de Vaga est cité pour la première fois dans une œuvre écriteSalluste, La guerre de Jugurtha, éd. Les Belles Lettres, Paris, 2002 .. Salluste en parle comme d'une ville qui avait déjà à cette époque une citadelle et des portes.

Pline l'Ancien en parle aussi dans son Histoire naturellePline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre V.. Pour sa part, Plutarque évoque aussi cette ville dans Les Vies des hommes illustres sous l'orthographe « Vacca »Plutarque, Les vies des hommes illustres, trad. de Ricard, éd. Furne et Cie, Paris, 1840.. Enfin, le vers 260 de Silius Italicus dans ses Punica indique aussi l'existence de cette villeSilius Italicus, Punica, Livre III.. Plus tard, le nom de Vaga subira plusieurs transformations et ce n'est qu'à partir du que l'orthographe actuelle est d'usage : Al-Bakri dans sa Description de l'Afrique septentrionale l'appellera Badja ; Léon l'Africain dans De l'Afrique l'appellera Beggie et Beggia ; Luis del Mármol Carvajal (1520-1600) dans son Afrique l'appellera Beggie ; Laurent d'Arvieux dans ses Mémoires l'appellera Bege ou Begie ; Thomas Shaw (1694-1751) dans Voyages l'appellera Bay-jah ; Jean-André Peyssonnel dans Voyages dans les régences de Tunis et d'Alger l'appellera Bège.

Léon l'Africain explique dans De l'Afrique l'origine du nom de la ville : Elle [Béja] fut fabriquée par les Romains sur les fondements d'une autre qui y était auparavant, et pour cela s'appelait Vecchia qui signifie vieille ; et par la corruption du temps, le « v » fut transformé en « b », et les deux « cc » en deux « gg », tant que maintenant elle retient le nom de Beggia. Mais je crois qu'il a été corrompu par les grandes et fréquentes mutations des seigneuries et loisLéon l'Africain, De l'Afrique, contenant la description de ce pays, la navigation des anciens capitaines portugais aux Indes orientales et occidentales, tome II, trad. de Jean Temporal, éd. Imprimerie de L. Cordier et Impr. de Ducessois, Paris, 1830..

L'abbé Neu étudie aussi dans Notice historique sur la ville de Béja l'origine du nom Vaga : Les Arabes l'appellent Badja, nom évidemment dérivé de la Vaga des Romains. Ce mot malgré sa signification de vagabond en latin, ou de vagues que produit le blé sous la brise, et qui rappellent les vagues de la mer, ne me paraît cependant être qu'une corruption du nom libyen ou phénicien que Béja portait dès son origineAbbé Neu, Notice historique sur la ville de Béja, « La Nouvelle église de Béja », éd. Jacques Godenne, Namur, 1938..

Le nom de Béja aurait ainsi à l'origine la même racine berbère que d'autres noms de villes du Maghreb, tels que Dougga (Thouga) et Béjaïa ou Ksar Baghaï (Bagaï) dans les AurèsMohand Akli Haddadou, Dictionnaire toponymique et historique de l'Algérie : comportant les principales localités, ainsi qu'un glossaire des mots arabes et berbères entrant dans la composition des noms de lieux, éd. Achab, Tizi Ouzou, 2012 .. Béjaïa est un toponyme arabe dérivé du toponyme berbère (variante kabyle) Bgayet, notamment par translittération du son ǧ en dj (). Ce nom berbère — qui aurait été à l'origine Tabgayet, mais dont le t initial marquant le genre féminin serait tombé en désuétude — serait issu des mots , , signifiant « ronces et mûres sauvages ».

Géographie Site Au centre de l'une des régions les plus verdoyantes du pays, à la lisière des monts de Kroumirie et dans une trouée qui est une extension de la vallée de la Medjerda, la région de Béja présente des paysages variés : zones montagneuses densément recouvertes d'arbres, plaines agricoles et vallées fluviales.

vignette|Béja vue par satellite.

Caractéristiques des sols de Béja, le vertisol, sol très fertile, est riche en argile contenant une couche d'oxyde d'aluminium enserrée par deux couches de tétraèdres de silice. Ces sols se forment dans les régions où les climats présentent de grandes différences saisonnières et sont alternativement saturés en eau en hiver puis desséchés en été. En gonflant et se rétractant en fonction de leur teneur en eau, les feuillets des argiles piègent un peu de matière organique si bien que ces sols argileux très caractéristiques sont noirsJean-Paul Legros, « Les grands sols du monde », éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2007.. Hérodote attirait déjà l'attention sur ce type de solHérodote, L'Enquête, Livre IV (Melpomène).. Cette fertilité du sol de Béja est légendaire, Léon l'Africain l'évoquant aussi dans son De l'Afrique.

À Béja et tout autour de la ville se trouvent aussi de nombreux calcaires nummulitiques plus ou moins durs ou marneux datant de l'Éocène. Le calcaire à nummulites est une roche sédimentaire qui contient une grande quantité de nummulites ayant la forme d'une piécette et ayant vécu dans des mers chaudes peu profondes pendant l'Éocène, il y a environ 40 millions d'années. Sous la kasbah de Béja, on a découvert un banc d'ostrea multicostata. Dans la carrière de Béja, on peut récolter de nombreuses nummulites, des sections d'oursins, des brachiopodes et des ditrypaGeorges Le Mesle, Mission géologique : exploration scientifique de la Tunisie. Avril-mai-juin 1887, tome I, éd. Imprimerie nationale, Paris, 1888..

Climat La ville de Béja jouit d'un climat méditerranéen caractérisé par une saison fraîche et pluvieuse et une saison chaude et sèche. L'hiver est la saison la plus humide de l'année : il tombe ainsi plus du tiers des précipitations annuelles au cours de cette période, ce qui représente un jour de pluie tous les deux ou trois jours. L'ensoleillement entretient tout de même une certaine douceur : les températures évoluent en moyenne entre 5 °C le matin et l'après-midi. Les gelées sont donc rares. Au printemps, il tombe moins de pluie : le cumul des précipitations diminue ainsi de moitié. L'ensoleillement devient prépondérant au fil des mois pour atteindre dix heures en moyenne par jour au mois de mai. Les températures s'en ressentent, variant en mars entre 7 et , en mai entre 11 et . En été, la pluie se fait totalement absente et l'ensoleillement maximum. Les valeurs moyennes des températures sont très élevées, parfois accompagnées de sirocco. Cette saison connaît des chaleurs caniculaires, Béja ayant déjà enregistré des températures records de en juillet et août. En automne, il se remet à pleuvoir, souvent à l'occasion d'orages accompagné de vents forts, ce qui provoque parfois des chutes d'arbres et des pannes d'électricité. Le mois de novembre marque en général une coupure thermique avec des températures qui évoluent en moyenne entre 13 et .

Histoire Préhistoire

La présence d'êtres humains dans la région de Béja est attestée depuis la préhistoire par les nombreuses pierres taillées et le type d'habitat spécifique de la région.

Origines berbères Dans sa Notice historique sur la ville de Béja, l'abbé Neu retrace les grandes lignes de l'histoire de Béja depuis sa fondation par les Berbères jusqu'en 674, année de la fondation de Kairouan par Oqba Ibn Nafi al-Fihri. Évoquant la fondation de la cité, il écrit : Il est permis de croire que la région de Béja, par la beauté de ses sites, la fertilité de son territoire, ses grandes forêts, avait dû attirer de bonne heure quelque tribu libyenne qui s'y est fixée et a prospéré [...] La tribu libyenne indigène qui s'est originairement établie sur l'emplacement de la ville de Béja, est celle des Ouarigha ou Avrigha, les Afarick des généalogistes arabes, qui peuplèrent une grande partie de la région qui devint dans la suite le territoire de Carthage. Léon l'Africain confirme que Béja existait déjà avant l'arrivée en Tunisie des Phéniciens en précisant qu'elle « fut fabriquée par les Romains sur les fondements d'une autre qui y était auparavant », ce qui expliquait pour lui son nom de Vecchia qui signifie « vieille ». C'est Hérodote, au , qui donne dans son Enquête une description du cadre de vie et des habitudes des habitants de cette région de la Tunisie s'adonnant essentiellement à l'agriculture.

Vaga, ville très riche à cette époque, est déjà, pour des raisons défensives, une ville fortifiée, bâtie en terrasse, et possède une citadelle, des portes et des tours ; c'est ainsi que Salluste décrit Vaga dans la Guerre de Jugurtha. Vu l'importance vitale de l'eau, la fondation de la ville de Béja sur les pentes d'une colline d'où jaillissent des dizaines de sources n'est sans doute pas due au hasard : l'eau servait à la purification du corps et des divinités y étaient rattachées en raison de sa nature thérapeutique du corps et de l'esprit. La source la plus importante est celle qui porte le nom de la ville : Aïn BéjaCapitaine Vincent cité par Émile Violard, La Tunisie du Nord. Le contrôle civil de Béja, éd. Société anonyme de l'imprimerie rapide, Tunis, 1905..

Développement carthaginois

vignette|Photographie ancienne du bas-relief des sept personnages dit des Dii Mauri, calcaire, , provenant d'El-Ayaida, musée national du Bardo.

Avec l'arrivée des Phéniciens sur les côtes tunisiennes et la fondation de Carthage en 814 av. J.-C., une nouvelle ère s'ouvre et Béja devient une cité florissante équipée d'une garnison et fortifiée. L'existence de la cité phénicienne sur l'emplacement de Béja a d'ailleurs été confirmée par la découverte d'une nécropole punique où ont été mises au jour quelque 150 tombesRené Cagnat, « La nécropole phénicienne de Vaga », La Revue Archéologique, janvier-juin 1887..

Les Phéniciens ont apporté avec eux leurs divinités qui se mélangèrent harmonieusement aux divinités berbères pour former un seul panthéon. Parmi les vestiges de cette tradition figure d'une part un bas-relief des sept personnages de Béja, exposé au musée national du Bardo à Tunis, montre Bonchor qui occupe la place d'honneur au centre, tenant à la main une sorte de sceptre. À sa droite se trouvent Vihinam, vêtue d'une longue cape et qui semble présider aux accouchements, Macurgum accoudé à un bâton autour duquel s'enroule un serpent évoquant Esculape et le cavalier Macurtam. À sa gauche figurent Varsissima vêtue d'une longue cape sans attribut, Matilam devant lequel gît un bélier sacrifié et le cavalier Iunam. L'une des portes antiques de Béja s'appelle d'ailleurs Bab Essabaa ou « Porte des Sept ». D'autre part, le musée de Leyde (Rijksmuseum van Oudheden) aux Pays-Bas conserve une stèle punique déterrée à Béja où les sept planètes sont représentées sous des figures humainesRecueil de la société archéologique du département de Constantine, éd. Société archéologique du département de Constantine, Constantine, vol. 5, 1860-1861..

Intégrée à l'empire carthaginois, la cité est touchée par les guerres puniques successives ; la cité s'illustre notamment durant la deuxième guerre punique en appuyant les efforts de guerre du général Hannibal Barca. Dans Punica, Silius Italicus énumère de façon détaillée le nom des chefs et des villes, dont Vaga, qui ont envoyé des secours à Hannibal Barca dans la lutte qu'il soutient contre Rome.