Louis Clapisson (données de la BnF à Naples - à Paris 9eSon acte de décès (n° 384) dans les registres de décès du 9e arrondissement de Paris pour l'année 1866.) est un compositeur français et un collectionneur d'instruments de musique anciensHeugel, Jacques-Léopold (25 March 1866). "Nécrologie: Louis Clapisson". Le Ménestrel, 33e Année, No 17, p. 133.
Biographie
Origines familiales La famille de Clapisson était originaire de Lyon. Son grand-père, Léonard Clapisson, y exerçait le métier de facteur d'instruments à vent, place du Méridien. On connaît de lui trois instruments mais on ne dispose d'aucun renseignement biographique. Quant à son père Antoine Clapisson, il était corniste professionnel ; il fut chef de la musique militaire du roi Murat, professeur au Conservatoire de Naples et premier cor du théâtre San Carlo puis premier cor du Grand Théâtre de Bordeaux.
L'extrait du registre des actes de naissance du de Paris dressé le au moment du mariage de Louis Clapisson avec Marie Catherine Bréard (petite-fille du conventionnel régicide Jean-Jacques Bréard) est ainsi libellé : « Ce jourd'hui seize septembre mil huit cent huit pardevans nous Jacques Billioux, quartier maitre du régiment des grenadiers de la Garde royale, chevalier de l'ordre royal des Deux-Siciles et faisant fonction d'officier public séant à Naples est comparu, Antoine Clapisson musicien des grenadiers de la Garde royale, assisté de Messieurs Morel Xavier, chef de Bataillon au régiment des grenadiers de la Garde royale, Membre de la Légion d'honneur, et chevalier de l'ordre royal des Deux-Siciles, et Grand Jean François maître de musique du premier régiment suisse, lequel nous a présenté Antoine Louis Clapisson son fils, né de son mariage avec demoiselle Philipine Dubois, le quinze septembre Mil huit cens huit a dix heures du matin et ont signé avec nous, signé Billioux Clapisson Morel Grand Jean pour extrait conforme le quartier Maitre du regiment signé Billioux ».
Deux ans plus tard, Antoine Clapisson père est nommé en surnuméraire à l'orchestre de chambre et de la chapelle palatine, ainsi que l'atteste une lettre du chambellan surintendant de la musique du royaume de Naples et des Deux-Siciles datée du « l suoi conosciuti talenti, ed il suo credito nel paese per l'arte della musica hanno deliberato S.M. di presceglierlo per il suo Real Servizio della Camera, e Cappella Palatina, in qualita di soprannumero di Corno da Caccia, nell'intelligenza che dovra vestire l'abito di costume equale agli altri sonatori, che sono addetti all'Orchestra di Corte, o pure uniforme militare, e per tutt'altro dovra stare allo stabilita dalla nominata M.S. ».
Jeunesse On ignore à quelle date exactement Antoine Clapisson regagna la France et s'installa à Bordeaux (en 1815 semble-t-il, lors des changements politiques du royaume de Naples) où il trouva une place de premier cor solo au Grand Théâtre. Il confia alors son fils au violoncelliste Hus-Desforges, afin qu'il lui enseigne le violon. Les succès du jeune virtuose le firent remarquer de M. Hippolyte Sonnet, artiste distingué et auteur de la musique de plusieurs ballets représentés à Bordeaux à cette époque. Louis Clapisson reçut de lui des leçons d'harmonie et fut admis comme violon à l'orchestre du Grand Théâtre. L'éducation musicale du jeune Louis Clapisson se poursuivit ensuite auprès de François-Antoine Habeneck au Conservatoire de Paris à partir d'. Il obtint un deuxième prix de violon en 1833. Grâce à Habeneck qui l’avait pris en amitié, il suivit gratuitement des cours particuliers d'harmonie avec Anton Reicha. Il se représenta au concours de violon en 1835, sans succès. Clapisson remplaça, comme maître de composition musicale, Reicha, qui était tombé gravement malade.
Début de carrière vignette|gauche|Portrait par Henri Emy 1842 À partir d', Louis Clapisson commence une carrière de violoniste. Il devient premier violon au Théâtre Italien et second violon à l'orchestre de l'Opéra, tandis qu'il s'essaye parallèlement à la composition : 24 duos « de genre », intitulés Vieux-Paris, des quatuors pour instruments à cordes, des morceaux de piano, vingt chœurs d'hommes, de la musique sacrée, de très nombreuses romances (notamment le recueil Chansons du Vieux Château) et des chansons à succès, souvent d'inspiration gothique, publiées sous forme d'albums annuels à partir de 1839.
Plusieurs de ses œuvres apparaissent au programme de la Société des concerts du Conservatoire, où il sera nommé premier violon le , tel Voici la Nuit, chœur sans accompagnement en .
Son audience populaire va se confirmer avec son opéra-comique La Figurante en 1838, premier d'une suite d'œuvres dramatiques à succès, écrites pour des chanteurs à la mode, tels Caroline Miolan-Carvalho ou Roger. La revue l’Artiste, sous la plume de L. Michelant, donnait, à la suite de la première, cette critique un peu sévère mais encourageante pour l’avenir du jeune compositeur : « M. Clapisson a déjà composé des nocturnes, des chansonnettes, et, pour nous, ce n’est pas une recommandation. Nous regrettons de voir nos jeunes compositeurs traverser la romance pour arriver à la musique dramatique. (…) Loin de développer leur imagination, ces frivoles compositions la rétrécissent (…). C’est peut-être à cette cause qu’il faut attribuer l’uniformité du premier ouvrage de M. Clapisson : ses mélodies paraissent conçues avec difficulté, et manquent souvent de chaleur. Mais à côté de ces défauts, brillent des qualités qu’on rencontre rarement dans un début. M. Clapisson est excellent harmoniste, et traite l'instrumentation bien mieux qu’on ne pouvait s’y attendre. (…) Nous dirions après avoir entendu l’opéra de M. Clapisson, si nous avions à préjuger sur son avenir, qu’il promet un talent à la fois solide et correct, porté plutôt aux choses de passion qu’au caprice ou à la fantaisie ».
Le compositeur à succès vignette|Portrait par Frédéric Sorrieu Clapisson abandonne le métier de violoniste du rang et se consacre dorénavant à la composition d'une vingtaine d'œuvres lyriques qui dénotent d'un style tantôt facile et léger, tantôt grandiose, telle Jeanne la Folle (1848), sa seule œuvre pour le grand Opéra, dont plusieurs critiques remarqueront le caractère meyerbeerien. On peut citer également Le Code Noir (1842), son grand succès populaire Gibby la Cornemuse (1846), La Promise (1854) et bien sûr son œuvre la plus connue La Fanchonnette (1856).
Gibby la Cornemuse lui valut quelques critiques mémorables, parmi lesquelles celle de Berlioz, dans le Journal des Débats : « L’Opéra-Comique vient d’obtenir un grand succès dû à une partition brillante (…). Je crois avoir laissé entrevoir qu’elle était musicale. Je le prouverai mieux par les éloges que je dois à l’œuvre de M. Clapisson, véritable œuvre d’art dont la popularité est aujourd’hui assurée. La partition de Gibby, écrite avec cette aisance qu’on ne trouve pas toujours même chez les plus savants maîtres, s’éloigne également de cette facilité étourdie des productions dites gracieuses qui ne vivent qu’un jour. Le style en est franc, toujours clair, les intentions dramatiques les plus heureuses s’y rencontrent fréquemment, et le compositeur a su faire ressortir à merveille les ressources du magnifique talent de Roger dans le rôle principal ». Théophile Gautier n’est pas moins explicite dans ses éloges : « Il était difficile de mettre à la disposition d’un compositeur une donnée plus musicale. Aussi, M. Clapisson en a-t-il tiré le plus heureux parti. (…) Cette œuvre sort M. Clapisson de la foule des faiseurs de romances et de nocturnes, et lui donne un beau rang parmi les compositeurs modernes ».
Clapisson a aussi laissé des chœurs orphéoniques qui restent sans doute moins connus que ceux de Gounod, Félicien David, ou Halévy, mais qui participèrent aussi à sa notoriété. En effet, selon Emile Gilbert, « il avait obtenu tout ce qu'ambitionne un artiste; la réputation que donnent le monde et le théâtre, il l'avait conquise ». Nommé Chevalier de la Légion d'honneur le sur demande d’Adam et Halévy à la suite du très grand succès de son opéra-comique, Gibby la Cornemuse, il se présente une première fois à l'Académie des beaux-arts en 1853. Le , c’est Reber qui obtient au cinquième tour un succès laborieux devançant de peu Clapisson.
L'Académicien Il fut élu à l'Académie des Beaux-Arts à sa deuxième tentative, le , au siège d'Halévy (Fauteuil I, section de composition musicale), ce dernier étant nommé secrétaire perpétuel. Les archives de la famille Clapisson comportent une copie de la feuille de délibération de l'Académie des Beaux-Arts, non datée, mais relative à l'élection de Clapisson en 1854. Les candidats présentés par la section de musique, et, pour les trois derniers, par l'Académie, obtinrent respectivement 21 voix (sur 32) pour Clapisson, 4 pour Berlioz, 4 pour Leborne, 2 pour Félicien David, et aucune pour Elwart et Niedermeyer.
vignette|gauche|Portrait par Eugène Disdéri Berlioz avait pourtant entrepris de nombreuses démarches, comme en témoigne par exemple sa lettre du à J.W. Davison : « J'aurais de la chance si j'obtenais la voix d'Auber. Il pousse Clapisson !!! Veux-tu avoir la bonté de tâcher par une lettre de décider Auber en ma faveur ? Peut-être ne tient-il guère à son protégé. En tout cas, je puis lui être utile et je ne me trouverai jamais entre ses jambes pour le gêner dans ses opérations lyriques, comme fait et fera Clapisson ». Le , Berlioz recevait une lettre d'Adolphe Adam qui promettait de voter pour lui tout en mettant Clapisson en tête de liste. Cette duplicité fut relevée le jour même par Berlioz, dans sa réponse au compositeur. Rien d'étonnant d'ailleurs qu’Adolphe Adam n’ait soutenu plus volontiers Clapisson. Il avait donné plusieurs critiques élogieuses de ses œuvres au moment de leur première représentation, et le commentaire le plus éloquent reste celui qu'il donna le au sujet de La Fanchonnette : « Quant à M. Clapisson, je ne voudrai pas déprécier ses précédentes compositions dont j'ai souvent fait un éloge mérité. Il y a un progrès si évident, un pas si immense dans ce nouvel ouvrage, que trouvant presque tout à louer, je serais bien obligé, pour faire le plus petit bout de critique, de rappeler quelques-uns des petits défauts où il se complaisait autrefois, ne fût-ce que pour signaler qu'ils ont maintenant complètement disparu. Ainsi, quelquefois l'abus de la richesse d'instrumentation entraînait un peu de lourdeur; aujourd'hui, au contraire, la sobriété la plus sage amène les effets les plus grands quelquefois le désir d'écrire brillant et à effet lui faisait disposer les voix dans des régions trop élevées aujourd'hui il n'en est plus ainsi: les chanteurs sont parfaitement à l'aise et leur voix s'en trouve aussi bien que l'oreille de l'auditeur. Naguère et dans le but d'être accessible au plus grand nombre, peut-être n'oubliait-il pas assez, en écrivant ses opéras, qu'il ne composait pas pour ses albums, et laissait-il échapper quelques mélodies un peu vulgaires, quelques formules un peu trop bourgeoises, témoin ... mais je ne peux rien citer: je signalerais peut-être les morceaux qui ont eu le plus de succès, précisément à cause des défauts que j'y trouve. Dans sa nouvelle partition, tout est élégant, distingué, dans les plus petits morceaux, il y a de ces finesses d'harmonie et d'instrumentation dont la délicatesse échappe au public, mais dont les artistes sont charmés ».