La Nouvelle-Néerlande ( ; ou ), aussi appelée Nouveaux-Pays-Bas, parfois appelée Nouvelle-Hollande ou Nouvelle-Belgique malgré l'existence d'une colonie du même nom au Brésil, est une colonie établie au début du par les Provinces-Unies en Amérique du Nord, située entre les colonies britanniques de Virginie et de Nouvelle-Angleterre. À partir de 1621, la Nouvelle-Néerlande fait partie des territoires placés sous l'égide de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales.
Le territoire de la colonie s'étendait principalement le long de trois cours d'eau : la (« fleuve du nord »), la (« fleuve du sud ») et la (« fleuve frais »), respectivement les fleuves , et Connecticut.
En 1626, Pierre Minuit y fonde sur l'île de Manhattan, dans l'estuaire de l'Hudson, La Nouvelle-Amsterdam, origine de la ville de New York.
Contexte La naissance d'un nouvel État : les Provinces-Unies (1579-1581) En 1568 débute l'insurrection des dix-sept provinces des Pays-Bas des Habsbourg contre leur souverain Philippe II, qui est aussi roi d'Espagne, sous la direction du prince Guillaume d'Orange.
En 1579, les villes et provinces insurgées forment l'union d'Utrecht, dont les États généraux proclament en 1581 la déchéance de Philippe II de ses droits aux Pays-Bas (acte de La Haye). Naît ainsi une nouvelle entité politique, la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, qui ne sera reconnue par le roi d'Espagne qu'en 1648 (traité de Münster), d'où le nom de guerre de Quatre-Vingts Ans donné à l'insurrection (1568-1648).
Dès les années 1590, alors que la guerre se poursuit contre les armées du roi d'Espagne, les Provinces-Unies, notamment la Hollande et la Zélande, manifestent leur volonté de participer à l'aventure coloniale, lancée par le Portugal au .
Le monde colonial au début du
Grandes découvertes : explorations des côtes de l'Afrique par les Portugais ; voyage de Vasco de Gama en Inde (1498) et installation des comptoirs portugais en Asie ; voyage de Colomb (1492), Traité de Tordesillas (1494), partageant le monde entre Espagnols et PortugaisSelon un méridien situé à l'ouest des îles du Cap Vert. Découverte du Brésil par les Portugais (1500) et implantation de comptoirs (à partir de 1530) Conquête par les Espagnols des Caraïbes, puis du Mexique et du Pérou ; Entrée en scène de la France : voyage de Giovanni da Verrazzano (1524) ; voyage de Jacques Cartier (1534) et création de la Nouvelle-France sur l'estuaire du Saint-Laurent Création de la colonie de Floride par les Espagnols (1564) Entrée en scène de l'Angleterre : premiers pas dans les années 1580 ; création de la colonie de Virginie (1607) Entrée en scène des Provinces-Unies : premiers pas dans les années 1590 ; création de la Compagnie des Indes orientales (VOC) en 1602 ; début de la guerre néerlando-portugaise (1603)
Les Néerlandais et l’altérité nord-américaine thumb|left|350px|Carte politique du nord-est de l'Amérique du Nord en 1664.
Des territoires mal connus dans l'ensemble Comme les voies navigables étaient les seuls axes de transports, les Néerlandais, établis le long des fleuves importants et de leurs affluents, ne connaissaient pas l’étendue réelle des terres réclamées et connaissaient mal l’intérieur du continent. Jaap Jacobs rapporte les propos d’Adriaen van der Donck qui dans les années 1650 rappelait que « plusieurs Néerlandais auraient voyagé entre 112 et à l’intérieur des terres sans pouvoir en mesurer l’étendue ».
Les premiers récits de voyage néerlandais laissent croire que la colonie serait caractérisée par un climat tropical. En 1625, Johannes de Laet compare le climat de la nouvelle colonie de la WIC à celui de la métropole. En fait, la Nouvelle-Néerlande se caractérise par des écarts de température plus prononcés qu’en Hollande ou en Zélande étant donné le climat continental de la côte est nord-américaine. Les hivers bloquent tout échange entre La Nouvelle-Amsterdam et Fort Orange, la glace obstruant l'amont de la Noortrivier de novembre à mars.
Van der Donck jugeait aussi que l’exploitation agricole des terres sur les abords des deux fleuves importants était moins ardue qu’en Hollande étant donné que même si les nouvelles contrées étaient recouvertes de forêts, elles ne nécessitaient pas de coûteuses œuvres de drainage. Il est certain que les techniques agricoles des Néerlandais et l’importation d’espèces européennes modifièrent considérablement l’aspect des terres.
Dans son œuvre de description qui avait pour objectif d'encourager le peuplement de la colonie, Adriaen van der Donck rapporte aussi que des « lions » peuplent les forêts de la Nouvelle-Néerlande, faisant ainsi allusion aux peaux de lynx que rapportaient occasionnellement les Amérindiens. Du même coup, l'auteur remarque de façon erronée que les orignaux seraient dociles à la domestication.
Relations avec les Amérindiens Des groupes amérindiens avec lesquels les Néerlandais traitaient, ceux qui retiennent le plus l’attention des chroniqueurs contemporains étaient les Agniers (Mohawk) qu’ils nommaient « Maquas ». Les autres tribus iroquoises étaient appelées de façon collective Sinnekens. Les Mohicans (appelés Mahikanders) fournissaient aussi de nombreuses peaux aux Néerlandais, mais en 1628, alors qu’on présume qu’ils logeaient auparavant des deux côtés de l’Hudson, les Agniers les auraient repoussés du côté est du fleuve, plaçant ainsi Fort Orange au centre d’une frontière rivale. Dans les alentours de La Nouvelle-Amsterdam et le long de l’Hudson, différentes tribus amérindiennes faisant partie d’un regroupement plus ou moins lâche des Lenapes côtoyaient les colons néerlandais.
Les Néerlandais comprenaient mal les langues amérindiennes, même les individus se prétendant interprètes ne comprenaient que rarement les Amérindiens. Il arrivait parfois que certains Amérindiens parlent français ou anglais.
Le révérend Megapolensis note que les Amérindiens ne sont pas particulièrement propres, s’enduisant de graisse d’ours et ne se lavant jamais. En grande partie, les récits contemporains en Nouvelle-Néerlande font état d’étonnement et de répugnance à l’endroit des Amérindiens. Le discours était parfois teinté de rapides remarques d’admiration pour les femmes amérindiennes, mais l'opinion dominante quant aux Amérindiens était négative. La nature, elle, était perçue par Adriaen van der Donck et par Megapolensis d'un point de vue utilitariste, comme une opportunité économique offerte aux Néerlandais pour exploiter et peupler la colonie. La perspective de s’enrichir grâce à la traite des fourrures avait favorisé la colonisation néerlandaise en Amérique du Nord en tout premier lieu et c’est cet aspect qui transparaît à la lecture de ces témoignages.
Histoire
Les voyages d'Henry Hudson (1607-1609) En 1609, la Compagnie des Indes orientales (VOC), cherchant de nouvelles voies vers l'Asie, autres que le détroit de Magellan et le Cap de Bonne-Espérance, engage Henry Hudson (1565-1611) pour explorer la « route du nord-ouest », un passage au nord du continent américain, voire par le pôle Nord.
Hudson a déjà mené cette exploration en 1607 pour le compte d'une société anglaise, la Compagnie de Moscovie, atteignant le Groenland, puis Svalbard avant d'être obligé de faire demi-tour à cause de la banquise. En 1608, il a fait pour la même compagnie une tentative sur le passage du Nord-Est, mais a été bloqué au niveau de la Nouvelle-Zemble.
Cette fois, il décide, à la barre du Halve Maen, de chercher un chemin plus au sud, suivant les indications du capitaine anglais John Smith, membre de la première tentative anglaise de colonisation permanente en Virginie.
Partant de la Virginie, il remonte la côte américaine jusqu’à l’embouchure de la Zuide Rivier (la Delaware, encore inconnue des Européens), puis jusqu’à la baie de New York (connue depuis le voyage de Giovanni da Verrazzano). Remontant le fleuve qui porte depuis son nom, il se rend rapidement compte que celui-ci ne peut pas mener vers les Indes orientales. Son journal de bord est le premier à citer le terme amérindien « Manna-hata », d'où vient le nom de l'île de « Manhattan ».
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Des compagnies particulières à la Compagnie des Indes occidentales (1610–1621)
Au cours des années suivantes, quatre compagnies apparaissent aux Provinces-Unies pour faire le commerce des pelleteries avec les Amérindiens de cette région. Deux postes ont probablement installés dès 1611 à la hauteur du futur Fort Orange, sur l’île de Castle, et à l’estuaire de la Versche Rivier (le fleuve Connecticut).
Ces quatre compagnies s'unissent en 1614 et reçoivent des États généraux une charte leur accordant pour trois ans le monopole de l’exploitation du commerce des fourrures sur le territoire situé entre le et le .
Cependant, la compétition ne fait que s’aggraver jusqu’en 1621, année où est créée la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (WIC) sur le modèle de la VOC. Le premier voyage de cette nouvelle société dirigée principalement par la chambre de commerce d’Amsterdam s’échelonne de 1623 à 1624.
Peuplement (1624-1673) vignette|La Nouvelle-Amsterdam aux environs de 1650.
En 1624, les premières familles de colons, appelées pour occuper les territoires réclamés par les Néerlandais sont installées sur l'île-aux-Noix (Noten Eyland, aujourd'hui Governors Island) dans le delta de la vallée de la Noortrivier. Sur l’île de Manhattan, seules quelques plantations et quelques exploitations rurales pratiquant l'élevage sont créées. L'année suivante, dans une stratégie d'occupation complète du territoire et avec l'arrivée de 45 nouveaux colons et d'animaux domestiqués, les officiers répartissent les colons en quatre points, une partie demeurant sur l'île qui les avait accueillis l'année précédente, le restant est conduit à Fort Orange, Fort Wilhelmus (en aval de la Zuidrivier) et à l'embouchure de la Versche rivier.
En 1626, sous la menace grandissante d’une attaque provenant d’autres puissances coloniales ou d'Amérindiens, les dirigeants de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales décident de protéger l’embouchure de la Noortrivier, et de regrouper les activités des comptoirs commerciaux au sein d'une enceinte fortifiée. Noten Eyland étant évidemment trop petite pour y développer une colonie de peuplement, Pierre Minuit négocie l'achat de l'île de Manhattan aux Amérindiens Lenapes, pour de marchandises. Lors de la construction du fort, la guerre entre les Agniers et les Mohicans contraint la compagnie à précipiter le déplacement des colons à l’intérieur de Fort Amsterdam.
Environ la moitié des premiers colons « néerlandais » étaient des protestants (calvinistes) huguenots, rhénans ou wallons attirés ou réfugiés aux Provinces-Unies.
Conquête de la Nouvelle-Suède La Nouvelle-Suède fut conquise lors d'une expédition menée par le gouverneur Pieter Stuyvesant en 1655 puis recolonisée par les Provinces-Unies .
Esclaves En Nouvelle-Néerlande, le statut d'esclave des 11 Africains apparus dans la colonie dans sa première décennie est contesté car ils ont été pris par des corsaires hollandais à un navire négrier portugais et libérés puis transférés au service de la WIC, au service de laquelle ils ont les premières décennies un statut de travailleur engagé, qu'ils font reconnaitre en 1644, même si la confirmation ne prend la forme que d'une liberté conditionnelle. Leur origine transparaît dans des noms comme « Paulo Angola », « Grand Manuel » ou « Simon Congo ».