La grammaire galloise partage de nombreux traits communs avec celle des autres langues celtiques insulaires : un type morphologique principalement flexionnel avec des tendances analytiques une morphophonologie complexe faisant intervenir des mutations consonantiques et des alternances vocaliques, et les utilisant à des fins grammaticales une organisation de la phrase de type Verbe-Sujet-Objet une organisation du groupe nominal selon l'ordre déterminant-nom-adjectif épithète ou complément du nom l'intervention de particules verbales dans l'articulation de la phrase le rôle important joué par un nom verbal exprimant son objet par des pronoms possessifs, impliqué dans la formation de nombreux temps périphrastiques l'existence d'une forme impersonnelle spécifique dans la conjugaison des prépositions « conjuguées », c'est-à-dire prenant des formes distinctes selon la personne deux systèmes parallèles de nombre grammatical (trait propre aux langues brittoniques), opposant d'une part singulier et pluriel, d'autre part collectif et singulatif une distinction de genre grammatical entre masculin et féminin en grande partie assurée par les mutations consonantiques un système numéral de type vigésimal.
Le gallois connaît une forte distinction de registre de langue entre le gallois courant (Cymraeg llafar) et le gallois littéraire (Cymraeg llenyddol) - les deux existant conjointement à l'écrit. La différence se manifeste en plusieurs points de la grammaire, en particulier dans le système verbal. Au sein de la langue courante, il existe des divergences dialectales de moins grande portée ; la distinction la plus courante se fait entre gallois du Nord et du Sud. Dans l'exposé qui suit, les abréviations (L), (N) et (S) seront employées pour faire référence au gallois littéraire, du Nord et du Sud, respectivement.
Morphophonologie
La morphophonologie traite des modifications qui affectent la substance phonétique des morphèmes d'une langue dans certains contextes phonétiques ou grammaticaux, conduisant à des alternances justifiables d'une description générale. Le gallois est riche en alternances de ce type.
Mutations consonantiques
En gallois, la consonne initiale des mots est susceptible de se modifier de diverses façons dans certains contextes grammaticaux : ce phénomène est appelé mutation consonantique (treiglad en gallois). Il existe trois types principaux de mutations : la mutation adoucissante (treiglad meddal), de loin la plus courante, qui lénifie p, t, c, b, d, g, m, ll, rh la mutation nasalisante (treiglad trwynol) qui nasalise p, t, c, b, d, g la mutation spirante (treiglad llaes) qui spirantise p, t, c.
Consonne non mutée Mutation adoucissante Mutation nasalisante Mutation spirante p : pen « tête » b : ei ben « sa tête (à lui) » mh : fy mhen « ma tête » ph : ei phen « sa tête (à elle) » t : trwyn « nez » d : ei drwyn « son nez (à lui) » nh : fy nhrwyn « mon nez » th : ei thrwyn « son nez (à elle) » c : ceg « bouche » g : ei geg « sa bouche (à lui) » ngh : fy ngheg « ma bouche » ch : ei cheg « sa bouche (à elle) » b : bys « doigt » f : ei fys « son doigt (à lui) » m : fy mys « mon doigt » – : ei bys « son doigt (à elle) » d : dant « dent » dd : ei ddant « sa dent (à lui) » n : fy nant « ma dent » – : ei dant « sa dent (à elle) » g : glin « genou » (rien) : ei lin « son genou (à lui) » ng : fy nglin « mon genou » – : ei glin « son genou (à elle) » m : mab « fils » f : ei fab « son fils (à lui) » – : fy mab « mon fils » – : ei mab « son fils (à elle) » ll : llaw « main » l : ei law « sa main (à lui) » – : fy llaw « ma main » – : ei llaw « sa main (à elle) » rh : rhan « part » r : ei ran « sa part (à lui) » – : fy rhan « ma part » – : ei rhan « sa part (à elle) »
Bon nombre de mots grammaticaux, appelés mutateurs, déclenchent la mutation adoucissante du mot qui les suit : de nombreuses prépositions et particules de phrase, les numéraux dau / dwy « deux (masc. / fem. respectivement) », les possessifs dy « ton, ta » et ei « son, sa (à lui) ». La mutation adoucissante apparaît aussi régulièrement dans certaines positions syntaxiques, affectant notamment l'adjectif épithète au féminin singulier, le nom précédé d'un adjectif (ce qui est rare dans la langue courante), le nom en apostrophe, le mot suivant immédiatement le groupe nominal sujet, le verbe à la forme interrogative et souvent le second élément d'un mot composé.
Quelques mutateurs déclenchent une mutation adoucissante limitée qui ne concerne pas les consonnes ll et rh : l'article défini y(r) « la » et le numéral un « une » devant un nom féminin singulier, la particule attributive yn qui s'emploie devant un attribut, les adverbes mor « aussi » et rhy « trop ».
La mutation nasalisante est beaucoup plus limitée, et pas toujours réalisée dans la langue courante. Elle se rencontre surtout après le possessif fy « mon, ma », la préposition yn « en, dans » et à l'intérieur des mots après le préfixe négatif an- (ex. posibl « possible » → amhosibl « impossible »)Cependant la mutation adoucissante est employée dans ce cas pour b et g : bodlon « bien disposé » → anfodlon « mal disposé »..
La mutation spirante se produit après certains mots grammaticaux (ei « son (à elle) », a « et », â « avec, que », na « ni, que », gyda « avec », tua « vers », tra « très »), après les numéraux tri « trois (masc.) » et chwe « six ». Elle est en recul dans la langue courante qui, selon les cas, tend à y substituer la mutation adoucissante ou l'absence de mutation.
La négation des verbes conjugués et les négateurs ni et oni provoque la mutation spirante de p, t, c et l'adoucissante des autres consonnes mutables, ce qui est appelé mutation mixte (treiglad cymysg). La langue courante tend à généraliser l'adoucissante.
On peut ajouter aux mutations à proprement parler : la mutation durcissante (treiglad caled), une mutation interneEn gallois ; mais en breton et en cornique, la mutation durcissante apparaît à l'initiale et fait partie du système des mutations consonantiques. qui assourdit les consonnes sonores b, d, g en p, t, c (et plus rarement f, dd en ff, th) lors de l'ajout de certains suffixes (ex. teg « beau » → tecach « plus beau », pysgod « poissons » → pysgota « pêcher ») et dans certains mots composés (ex. pobi « cuire » + tŷ « maison » → popty « four ») l'aspiration (anadliad caled) qui consiste à préfixer un h aux mots commençant par une voyelle, essentiellement après certains possessifs (ex. elin « coude » → ei helin « son coude (à elle) »).
Alternances vocaliques
L’apophonie (gwyriad en gallois, vowel mutation en anglais) consiste en la modification régulière de certaines voyelles en syllabe finale lors de l'ajout d'un suffixe.
En syllabe finale y (clair) : bys « doigt » w : drws « porte » ai : gwaith « travail » au : haul « soleil » aw : brawd « frère » uw : buwch « vache » Voyelle apophonique y (sombre) : bysedd « doigts » y (sombre) : drysau « portes » ei : gweithio « travailler » eu : heulog « ensoleillé » o : brodyr « frères » u : buchod « vaches »
La métaphonie (affeithiad en gallois, vowel affection en anglais) est une modification de timbre sous l'influence d'une voyelle antérieure dans une syllabe suivante. Elle apparaît en syllabe finale (la voyelle responsable s'est alors amuïe, mais ses effets demeurent) et pénultième (la voyelle responsable demeure alors le plus souvent sous la forme d'un y, i, u). Ses effets varient selon la position et la nature de la voyelle qui l'a provoquée.
Métaphonie Exemples a → ai, ei, e, y dafad « mouton » → defaid « moutons » mab « [un] fils » → meibion « [des] fils » gardd « jardin » → gerddi « jardins » alarch « cygne » → elyrch « cygnes » ae → ai, ei, ey, eu draen « épine » → drain « épines » saer « charpentier »→ seiri « charpentiers » maes « champ » → meysydd « champs » daeth « il vint » → deuthum (L.) « je vins » aw → y, ew gadawaf « je laisse(rai) » → gedy (L.) « il laisse(ra) » cawr « géant » → cewri « géants » e → y, i, ei cyllell « couteau » → cyllyll « couteaux » carreg « pierre » → cerrig « pierres »toreth « abondance » → toreithiog « abondant » o → y ffon « bâton » → ffyn « bâtons » oe → wy croen « peau » → crwyn « peaux » w → y asgwrn « [un] os » → esgyrn « [des] os »
Un autre type de métaphonie - historiquement causée par un final aujourd'hui amuï - est responsable des alternances vocaliques observées dans la formation du féminin de certains adjectifs (voir plus bas).
Autres alternances mineures L'orthographe galloise double les consonnes n et r à l'intérieur des mots pour indiquer que la voyelle qui les précède est brève : ex. ton « vague » → tonnau « vagues », byr « court, bref » → byrrach « plus court, plus bref ».
D'autres alternances morphologiques ne touchent qu'un nombre de mots restreint ; ce sont des résidus explicables par la phonétique historique de la langue, qui ne sont pas généralisables en synchronie. nt et nc en finale peuvent devenir nn et ng lors de l'ajout d'un suffixe : ex. dant « dent » → dannedd « dents », crafanc « griffe » → crafangau « griffes » m, n / nn, ng, r / rr peuvent alterner avec mh, nh, ngh, rh : tymor « saison » → tymhorau « saisons », brenin « roi » → brenhinoedd « rois », annedd « demeure » → anheddau « demeures », cynghanedd « harmonie »Le mot désigne en particulier un type de versification galloise basé sur un jeu complexe d'allitérations et d'assonances. → cynganeddion « harmonies », aros « attendre » → arhoswch! « attendez ! », cyrraedd « atteindre » → cyrhaeddais « j'atteignis » un h interne peut apparaître ou disparaître lors de l'ajout d'un suffixe : eang « vaste » → ehangach « plus vaste ». Typiquement, h interne ne se trouve qu'en début de syllabe accentuée.
Enfin, la forme de certains mots grammaticaux varie selon leur environnement. Par exemple : la préposition yn « en, dans » devient ym devant mh, m et yng devant ngh, ng : yn Lloegr « en Angleterre » ~ ym Mhrydain « en [Grande-]Bretagne » ~ yng Nghymru « au Pays de Galles » a « et », na « ni », â et gyda « avec », tua « vers » deviennent ac, nac, ag, gydag, tuag devant voyelle : caws a bara « du fromage et du pain » ~ caws ac afalau « du fromage et des pommes », gyda Mair « avec Mair » ~ gydag Elinor « avec Elinor ».
Groupe nominal
Nom
Le nom gallois est caractérisé par son genre et varie en nombre. Il existe deux genres : masculin et féminin. Comme en français, leur répartition est largement arbitraire et imprévisible, bien que les êtres sexués aient généralement le genre attendu et que certaines terminaisons impliquent un genre précis. Il existe un nombre non négligeable de noms de genre incertain, ou variable selon les dialectes.
L'expression du nombre est complexe, et en dépit de certaines régularités, peut assez rarement se déduire de la forme du nom : elle doit être apprise au cas par cas. La majorité des noms opposent un singulier à un pluriel qui en dérive par diverses modifications : ajout d'un suffixe : les plus courants sont -(i)au, -(i)on, -i, il existe aussi -ydd, -edd, -oedd, -iaid, -ed, -od, -aint et -ys (mots anglais empruntés avec leur pluriel) pluriel interne par alternance vocalique (résultant généralement d'une métaphonie) : car « voiture » → ceir « voitures », bachgen « garçon » → bechgyn « garçons », corn « corne » → cyrn « cornes », troed « pied » → traed « pieds », tŷ « maison » → tai « maisons » suffixation combinée à une alternance vocalique (souvent par apophonie ou métaphonie) : drws « porte » → drysau « portes », anifail « animal » → anifeiliaid « animaux », gardd « jardins » → gerddi « jardins », lleidr « voleur » → lladron « voleurs », chwaer « sœur » → chwiorydd « sœurs » certains noms empruntent leur pluriel à un dérivé : golau « lumière » → goleuadau « lumières » (cf. goleuad « lumière, luminaire »), noson « soirée » → nosweithiau « soirs, soirées » (cf. noswaith « soir »)