La phonétique, la phonologie et l'orthophonie sont trois approches complémentaires de l'étude des sons hébreux menée par la grammaire hébraïquecet article Prononciation de l'hébreu fut extrait de l'article principal Grammaire hébraïque scindé le 2 juillet 2008.. La description de l'appareil et des fonctions phonatoires à l'aide de mots hébreux permet de mieux comprendre la terminologie hébraïque qui qualifie les phones et les classe en itzourimorthographe massorétique : עִצּוּרִים, translittération phonétique : [ʿiẓẓūrīm], transcription francophone : itzourim, traduction littérale : arrêts (du souffle pulmonaire). (עצוּרים) assimilés aux consonnes de la linguistique générale, en tenouotorthographe massorétique : תְנוּעוֹת, translittération phonétique : [tənūʿōṯ], transcription francophone : tenouot, traduction littérale : vibrantes. (תנוּעוֹת) assimilées aux voyelles accompagnées de souffle pulmonaire, et en euphonèmes (qui regroupent le chevaorthographe massorétique : שְׁוָא, translittération phonétique : [šəwāʾ], transcription francophone : cheva, traduction littérale : rendre semblable à (une voyelle). (שוא) et les 'hatoufotorthographe massorétique : חֲטוּפוֹת, translittération phonétique : [ḥəṭūp̄ōṯ], transcription francophone : 'hatoufot, traduction littérale : volées (car ces phones dérobent leur mode d'articulation à certaines voyelles mais n'émettent pas, comme celles-ci, de souffle pulmonaire). (חטוּפוֹת) qui aident à prononcer les consonnes sans émission de souffle pulmonaire)<ref>les sources de cet article sont variées.
Sources didactiques : Roberto Strauss (Hebräisch Wort für Wort aux éditions Reise Know-How Verlag Peter Rump GmbH à Bielefeld) inspira Shifra Svironi et son mari Roger Jacquet pour la rédaction de lHébreu de poche (voir bibliographie ci-dessous) dont les pages 6 à 8 abordent très sommairement la phonétique et la prononciation hébraïques. Zippi Lyttleton et Tamar Wang développent davantage le même sujet, en anglais, aux pages 8 à 23 du Colloquial Hebrew (voir bibliographie). Une étude pratique de l'orthophonie s'étend sur les 82 premières pages de L'Hébreu de Shifra Svironi et Roger Jacquet (voir bibliographie). Sources académiques : Brigitte Donnet-Guez traite de façon plus magistrale cette matière aux pages 12 à 31 du chapitre vocalisation de sa Grammaire de l'hébreu (). Philippe Cassuto, professeur à l'Université de Provence, est l'auteur d'un manuel Portiques de grammaire hébraïque accessible sur le site de l'Université de Provence, Aix-Marseille . Robert B, tunisien sépharade, fournit une étude intéressante bien que très prolixe sur son site . </ref>.
Introduction La phonétique analyse une langueorthographe massorétique : לָשׁוֹן, translittération phonétique : [lāšōn], transcription francophone : lachon, traduction littérale : langue, idiome, donnée par les professeurs Sander & Trenel dans . (לשׁוֹן), conçue comme système de sons fondamentaux, les phones, d'un point de vue formel indépendant de son pouvoir de communication. Elle étudie la phonation, production des phones, et l'acoustique, leur perception auditive. La phonétique hébraïque se focalise sur les sons propres à la langue utilisée par les fils d'Abraham, qu'elle classe en trois groupes fondamentaux : les tenouotce mot dérive de la racine נוע mouvoir, trembler, vibrer, citée par . (תנוּעוֹת) assimilées à des voyelles, les chevade la racine chaldéenne שוא () dérive la racine hébraïque שוה (). (שוא) et ḥatoufotהֲטָף au singulier (), ce mot dérive de la racine חטפ (). (חטוּפוֹת) qualifiés d'euphonèmes, et les itzourimde la racine עצר (). (עצוּרים) assimilés à des consonnes.
La phonologie étudie comment les signes vocaux nommés phonèmes se combinent pour donner voix aux mots et aux phrases d'un langage utilisé comme outil de communication entre les hommes d'une même culture. L'étude phonologique de l'hébreu permet de bien entendre (au sens d'écouter et de comprendre) la ivritorthographe massorétique : עִבְרִית , translittération phonétique : [ʿiḇərīṯ], transcription francophone : ivrit, traduction littérale : hébraïque, ce mot dérive de la racine עבר signifiant traverser (). (עברית), langage du peuple de la Bible. Ainsi, la manière dont l'hébreu construit des radicaux dérivés guezarotorthographe massorétique : גְּזָרוֹת , translittération phonétique : [gəzārōṯ], transcription francophone : guezarot, traduction littérale : dérivées. (גזרוֹת) à partir de racines chorachimorthographe massorétique : שָׁרָשִׁים , translittération phonétique : [šorāšīm], transcription francophone : chorachim, traduction littérale : racines, (, note la prononciation exceptionnelle de ce mot). (שרשים) qui contiennent certains types de phonèmes spéciaux (des gutturales gueroniotorthographe massorétique : גְּרוֹנִיִוֹת , translittération phonétique : [gərōniyiōṯ], transcription francophone : gueroniot, traduction littérale : gutturales. (גרוֹניוֹת) par exemple) dépend de règles purement phonologiques (page V de l'Introduction) distingue les structures chlemim (intactes) et guezarot (dérivées)..
L'orthophonie, prononciation correcte de la langue, est la conclusion pratique de ces deux études complémentaires de la tradition orale des différentes communautés juives au fil des temps. Pour y atteindre le hazzan étudiera préalablement la découpe des mots en syllabes havarotorthographe massorétique : הֲבָרוֹת , translittération phonétique : [həḇārōṯ], transcription francophone : havarot, traduction littérale : …. (הברוֹת), la pose de l'accent tonique neguinaorthographe massorétique : נְגִינָה , translittération phonétique : [nəgīnāh], transcription francophone : neguina, traduction littérale : .... (נגינה), et surtout la cantillation à l'aide des teamimorthographe massorétique : טְעָמִים , translittération phonétique : [ṭəʿāmīm], transcription francophone : teamim, traduction littérale : …. (טעמים).
Voir aussi : Hebrew phonology
Phonétique Appareil phonatoire
Les sons élémentaires propres à la langue hébraïque sont produits par les organes de la phonation dont l'ensemble forme l'appareil phonatoire. Ces organes s'étagent sur trois niveaux : le thorax, le cou et la tête.
Note : les liens dans cette section renvoient aux descriptions physiologiques des organes de la phonation.
têteroch רֹאשׁ[roʾš]coutsawar צַוָּאר[tsawāʾr]thoraxḥazè חָזֵה[ḥāzēh]
Chacun de ces niveaux porte différents organes. Le nom hébreu des différents organes est généralement du genre masculin.
dans le thorax צַוָּארtrachéepoumons רֵאוֹתdiaphragme
Du nom hébreu de chaque organe dérivent les adjectifs qui qualifient les catégories de phones qu'ils produisent. Ces adjectifs dérivés, bien que donnés ici sous la forme du genre féminin, s'accordent avec le nom auxquels ils se rapportent.
dans le cou צַוָּארgutturalesgueroniot גְרוֹנִיִוֹת [gərōniyiōṯ]gorgegaron גָּרוֹן [gārōn]pharyngale(à compléter…)pharynx, laryngalelarynx glottaleglotte cordes vocales
Note : il convient de lire les tableaux dans le sens de l'écriture hébraïque, de la droite vers la gauche.
dans la tête רֹאשׁlabialessefatiot שְׂפָתִיִוֹת [səp̄ātiyiōṯ]lèvressefatayim שְׂפָתַיִם [səp̄ātayim] , safa שָׂפָה [sāp̄āh] dentalesdentschinayim שִׁנַּיִם [šinnayim] , chèn שֵׁן [šēn]palatalespalaisḥèkh חֵךְ [ḥēḵ]vélairesvoile du palaislingualeslechoniot לְשׁוֹנִיִוֹת [ləšōniyiōṯ]languelachon לָשׁוֹן [lāšōn]oralesbouchepè פֶּה [peh] nasalesnez, fosses nasalesaf אַף [ʿap̄]
Fonctions phonatoires Chaque niveau de l'appareil phonatoire exerce une fonction spécifique, qui produit une des qualités fondamentales des phones qu'il émet. L'expiration des organes du ḥaze חָזֵה [ḥāzēh], le thorax, produit une nechama נְשָׁמָה [nəšāmāh], un souffle qui permet de discriminer voyelles, consonnes et euphonèmes. La vibration des cordes vocales dans le garon גָּרוֹן [gārōn], la gorge, permet de distinguer les phones voisés (sonores) des phones sourds et dote ces sons d'une hauteur musicale utilisée pour cantiller le texte sacré. Les modes de l'articulation mutuelle des différents organes du roch רֹאשׁ [roʾš], la tête, et du garon גָּרוֹן [gārōn], la gorge (exclusion faite des cordes vocales), déterminent le timbre des phones prononcés.
Expirer un souffle נְשָׁמָה La respiration (nechama נְשָׁמָה [nəšāmāh]) est une fonction vitale particulièrement importante, surtout pour les Israélites qui y assimilent l'âme nichma נִשְׁמָא [nišəmāʾ] : les docteurs enseignent en effet que la mort doit être constatée dès l'arrêt de la respiration.
L'expiration produit un mouvement du souffle, une tenua תְּנוּעַ [tənūaʿ], dans les canaux de la phonation que sont la gorge, la bouche, ou les fosses nasales. Les tenouot תְּנוּעוֹת [tənūʿōṯ] signifient «mouvements» en hébreu, et correspondent aux voyelles du français.
Lorsque le souffle est freiné voire arrêté, par constriction ou par occlusion des canaux phonatoires, l'hébreu nomme ce phénomène itzour עִצּוּר [ʿiẓẓūr], littéralement un «arrêt». Les itzourim עִצּוּרִים[ʿiẓẓūrîm] correspondent aux consonnes du français.
Une nouvelle voyelle est prononcée lorsque le souffle pulmonaire reprend après un tel arrêt. Cependant, si les poumons cessent d'expirer, la prononciation de la consonne se conclut par une petite explosion de l'air accumulé dans le canal vocal à la suite du rétrécissement des organes phonatoires qui articulent les consonnes itzourim עִצּוּרִים [ʿiẓẓūrîm]. La grammaire traditionnelle ne considère pas que cet euphonème explosif, simple instrument d'euphonie, soit une voyelle authentique. Elle nomme cheva שְׁוָא [šəwāʾ] et ḥatoufot חֲטוּפוֹת [ḥəṭūp̄ōṯ] cet euphonème et ses dérivés.
Langue sémitique, l'hébreu biblique réglait aussi le débit du souffle pour faire varier la longueur et l'intensité des sons vocaliques tenouot תְּנוּעוֹת [tənūʿōṯ]. Ces nuances, bien que très importantes pour la compréhension de certaines règles grammaticales (celles relatives à la discrimination des syllabes ouvertes ou fermées par exemple) ont pratiquement disparu de la prononciation de l'hébreu moderne.
<center><sub>Qualités de durée et dintensité du souffle :</sub>
un souffle (mot féminin)nechama נְשָׁמָה [nəšāmāh]longuearouka אֲרֻכָּה ʾaroukkāhcourteqatsra קָצְרָה qaẓərāhforteHazaqa חֲזָקָה , ḥəzāqāhfaibleHalasha חַלַּשָׁה , ḥalašāh </center>
Voiser un son
Lorsque dans la gorge, garon גָּרוֹן gārōn, les cordes vocales vibrent, le souffle pulmonaire ainsi voisé devient sonore. Lorsque cesse la vibration des cordes vocales, les phones produits sont sourds. Toutes les ténouot תְּנוּעוֹת tənūʿōṯ étant voisées, ces voyelles sont toutes sonores. Parmi les itsourim עִצּוּרִיםʿiẓẓūrîm, les consonnes voisées sont sonores (דּ par exemple), et sourdes sont les consonnes non voisées (תּ est le phone sourd correspondant au phone sonore דּ). Les euphonèmes shéwa שְׁוָא šəwāʾ et hatoufot חֲטוּפוֹת həṭūp̄ōṯ n'étant jamais portés par un souffle pulmonaire voisé sont toujours sourds.
טְעָמִים La cantillation hébraïque maîtrise la hauteur musicale du son qui, grave ou aigu, dépend de la fréquence des vibrations qui le produisent. Les massorti ou massorètes inventèrent des signes, les téamim טְעָמִים ṭəʿāmîm, qui servent à noter les variations mélodiques d'un texte liturgique. Les téamim טְעָמִים ṭəʿāmîm jouent un rôle syntaxique important dans l'interprétation juste des textes bibliques.
Articuler un timbre
Lorsque le souffle sonore néshama נְשָׁמָה nəšāmāh résonne dans le canal vocal qu'il emprunte, il s'y charge d'harmoniques qui enrichissent d'un timbre particulier le son fondamental qu'il porte. Le timbre d'un phone est une qualité acoustique résultant de son mode d'articulation.
La patience des massorti massorètes sut capter toutes les nuances de timbre qu'utilise la langue hébraïque, qu'ils notèrent progressivement à l'aide des néqoudot נְקֻדּוֹת nəquddōṯ, ces petits points (niqoud נִיקוּד nīqūd, «ponctuation», littéralement «petite miette») qui parsèment les marges des textes par eux transcrits.