Les Wolofs constituent une ethnie d'Afrique de l'Ouest vivant principalement au Sénégal d'où ils sont originaires et représentent la majorité de la population CIA, The Word Factbook, Senegal, 2018. Ils sont aussi présents en MauritanieEmpire du Djolof et en Gambie. En Afrique, ils ont souvent émigré dans la sous-région notamment en Gambie, au Mali, en Côte d'Ivoire, au Gabon, en Europe (en France, en Espagne, en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni) et en Amérique du Nord (aux États-Unis et au Canada) où la diaspora sénégalaise est bien implantée.
Leur langue est le wolof. Ils sont en majorité musulmans.
Ethnonymie Selon les sources (d'auteurs européens surtout) et le contexte, on observe de très nombreuses variantes : Chelofe, Galofe, Guiolof, Gyloffe, Ialofe, Iolof, Jolof, Oulaf, Oulof, Ouoloff, Ouolof, Ouolofs, Valaf, Volof, Walaf, Walof, Wollof, Wolluf, Wolofs, Yaloff, Yolof.
Cheikh Anta Diop, scientifique et égyptologue sénégalais, utilisait le mot walaf dans ses recherches sur l'origine des Wolofs. Le mot walaf est en effet l'ancêtre du mot wolof. En wolof le mot waa signifie « ceux venant de » et " laf " signifie « rive ». Donc waa-laf désignait ceux venant de la rive.Par la suite le mot waalaf devint par une légère déformation linguistique wolof. C'est comme ceux qui disent " Yow" en place de " Yaw " pour dire "Toi".
Distribution géographique
La plupart des Wolofs vivent au Sénégal, où ils occupent les provinces historiques du Djolof, du Cayor, du Ndiambour, du Gandiol, du Toubé, du Baol, du Waalo, du Fouta-Toro (ancien Tékrour) et du Saloum, ainsi que la presqu'île du Cap-Vert. Leur nombre est en constante progression, même si leur part de la population sénégalaise reste à peu près constante. Ils étaient 430 349 (33%) selon des estimations de 1925, en 1985 ils représentaient 36% de la population (2 431 800). En 2011, ils étaient 5 335 968, soit 43.3% de la population sénégalaise.
Les autres Wolofs sont surtout présents dans la sous-région en Mauritanie, en Gambie, au Mali et souvent en Côte d'Ivoire et au Gabon.
On les trouve aussi dans le reste du monde où l'immigration wolof s'est déployée : la France où la diaspora sénégalaise est concentrée dans la région parisienne, l'Italie où il y a de très importantes communautés, notamment à travers le système migratoire de la confrérie des MouridesSerigne Mansour Tall, « Les frontières de la migration internationale entre continuités et ruptures spatiales : l'émigré sénégalais producteur de la localité en Italie » dans Jean-Luc Piermay et Cheikh Sarr (dir.), La Ville sénégalaise. Une invention aux frontières du monde, Paris, Karthala, 2007, p. 215-240, et aux États-Unis notamment.
Histoire
D'après les historiens et scientifiques, comme Yoro Boly Dyao, Cheikh Anta Diop, Aboubacry Moussa Lam ou encore Théophile Obenga, les ancêtres des Wolofs (comme la plupart des ethnies d'Afrique) sont originaires de la vallée du Nil (l'actuelle Égypte-Nubie). Selon les recits oraux des griots, les traces les plus anciennes d'une culture, surtout en ce qui concerne la langue, les principes religieux et culturel dont les Wolofs ont hérité, remonteraient à l'époque de l'Égypte pharaonique, aussi bien en Basse-Égypte qu'en Haute-Égypte et Nubie. Cette approche a été cependant contestée en tant qu'afro centriste, notamment la vision de Cheikh Anta Diop. En effet, d'un point de vue linguistique, l'égyptien ancien appartient au groupe chamito-sémitique, et le wolof au groupe nigéro-congolais, nettement distincts.
La tradition orale wolof rapporte que les Wolofs sont originaires de la vallée du Nil, comme en témoignent les Cahiers de Yoro Boli Diaw qui, en rassemblant les diverses traditions orales wolof, décrit les six migrations entre le Nil et la vallée du fleuve Sénégal auxquelles le Sénégal doit son peuplement au . Les Wolofs ont d'abord cohabité avec les Berbères dans le sud-est de la Mauritanie, en compagnie des Peuls, des groupes mandingues, des Soninkés etc. Tous ces groupes de Noirs étaient appelés Bafours par les Berbères. À l'époque de l'empire du Ghana, les Wolofs étaient de religion traditionnelle et occupaient le Tékrour. Cependant, Al Bakri rapporte que le premier souverain musulman du Tékrour est War Ndiaye, converti en 1040 ( il est encore appelé War Diabi Ndiaye). Le Tékrour, actuel Fouta toro est aujourd'hui le foyer des toucouleurs (déformation de Tékrouri) qui sont un peuple issu du métissage Wolof + peul, Soninké + Peul. Et pour beaucoup d'entre ces toucouleurs, ils n'ont de Peul que la langue (d'où le fait qu'on les appelle aussi Halpulaar), aucune once de sang Peul dans leur ADN.
vignette|gauche|Wolof du Cayor (gravure de 1890).
Au , les Almoravides, guerriers musulmans d'origine maure, commencent à vouloir convertir les groupes de religion traditionnelle, par le djihad. On rapporte que les Soninkés, étaient déjà probablement musulmans pour la plupart d'entre eux, convertis par les Dyulas, eux-mêmes initiés par les commerçants arabo-berbères entre le et le . En revanche les Sérères, les Peuls et les Wolofs – pour échapper à la pression des Almoravides, mais aussi et surtout à cause de la sècheresse – entreprennent plusieurs migrations qui les mènent dans les régions qu'ils peuplent aujourd'hui, en particulier dans le cas des Wolofs, le nord-ouest et le centre du Sénégal.
Au début du , les Wolofs fondent l'empire du Djolof qui regroupe à son apogée les États du Waalo, du Cayor, du Baol, du Sine, du Saloum, une partie du Fouta-Toro, le Niani, le Wuli et le Bambouk. La tradition orale chante même que les bourba djolof auraient dominé tout le Sénégal actuel.
Après 1549, les États vassaux du Djolof retrouvent leur indépendance jusqu'à la fin du au moment de la colonisation française.
Langue
La langue de cette population est le wolof. C'est la présence massive des Wolofs, dans les principaux centres urbains notamment, qui a permis, dès l’indépendance sénégalaise, de l’imposer comme principale langue nationale. Bien avant le français, c’est la langue la plus comprise par les différentes ethnies sénégalaises (près de 85 % de la population).
Le phénomène de « wolofisation »Donal Cruise O'Brien, « Langues et nationalité au Sénégal. L'enjeu politique de la wolofisation », Année africaine, Pédone, 1979, p. 319-335 s'accentue de nos jours, notamment grâce à l'urbanisation, car parler le wolof lorsqu'on vit dans des villes comme Dakar, Louga, Thiès, Saint-Louis ou Kaolack, Diourbel est indispensable.
Patronymes
Les patronymes les plus portés chez les Wolofs sont : , , , , , , , MBengue, , , , , , Mbow, Lô, , Boye, Ndaw ou , , Ndiouck, Diack, , Leye, Gaye, , , , Péne, , Mboup, Dial, Ndoye, Yade, Loum, Pouye, Thiaw, Ndiongue, Sourang. On en compte plus d'une centaine. Au-delà des Wolofs, au Sénégal et dans la sous-région plus généralement, les mêmes patronymes peuvent être portés par des gens d'ethnies, de groupe social ou de classe, différents. La majorité des groupes des sébbé du Fouta sont d’origine wolof, en particulier ceux de Nguenaar : Niang, Faal, Diop, Diack, NDiaye, Dieng. La plupart des grands farba du Fuuta (Farmbaal, Farba, Waalaldé, Farba Erem, Farba Ndioum, etc.) sont des Wolof d’origine. Si l’arc hydrographique Guiers-Taouey-Khomak et R’Kiz constitue la limite théorique entre Fulbé et Wolof, il va sans dire qu’il a été franchi de part et d’autre par les deux peuples. C’est ainsi que le milieu du XVe siècle est marqué par l’expansion du Jolof aux dépens du Fuuta, du Nammandiru ou Ndiarmeew et du Saalum, sous le règne de Thioukly Djiglaane Ndiaye. Ce souverain a partagé le Fuuta entre les Farbas qui administraient les différentes provinces au nom du Bourba et prélevaient sur les populations un tribut en nature (bestiaux, mil... ). (La Première Hégémonie Peule le Fuuta Tooro de Koli Tenguella à Almaami Abdul, Karthala).
Religion
La presque totalité des Wolofs sont musulmans et adhèrent aux confréries soufies : Tijaniyya, Mouridiyya, Qadiriyya, Layène. Même si la religion musulmane pénétra très tôt chez les Wolofs, l'imprégnation fut lente, et la conversion massive de ce peuple à l'islam ne remonte qu'à la fin du , à travers la confrérie de la Tijaniyya et du mouridisme.
Le mouridisme est interprété comme un style de vie mais pas une confrérie.
Quelques groupes chrétiens existent également. Encore de religion traditionnelle, dites Tieddo, les Wolofs pratiquaient le totémisme, le matriarcat, l'hommage aux ancêtres, ainsi que les autres éléments de la religion africaine qui reconnaît aussi un Dieu unique et créateur.
Malgré cela, la tradition africaine reste très vivace, et les talismans téré sont fréquemment arborés, en protection contre les djinns. La religion traditionnelle d'origine, a davantage été conservée chez les Lébous, qui eux l'ont adaptée avec l'islam.
Valeurs
L'esprit d'ouverture des Wolofs a permis au Sénégal de construire un État-Nation sans ethnicisme ni tensions interethniques.
Les Wolofs ont également comme principe traditionnel ce qu'ils appellent le jom. Le jom représente les valeursBoubacar Ly, L’Honneur et les valeurs morales dans les sociétés ouolof et toucouleur du Sénégal. Étude de sociologie, Paris, université de Paris-I, 2 vol., 1966, 574 p. (thèse de ) de courage, respect des anciens, de modestie, générosité, de contrôle de soi, d'honneur, que chaque Wolof s'efforce de respecter chaque jour. Il y a également la teranga qui représente la capacité à accueillir les étrangers avec respect, tout faire pour que le visiteur garde un souvenir inoubliable de sa visite.
La société wolof est de type patrilinéaire, depuis leur islamisation, avant cela elle était matrilinéaire. Il existe deux branches familiales, la paternelle appelée Guegno, et la maternelle Meen. Pour les wolofs, si c'est du lignage Guegno, que l'on hérite du nom de famille Sant, lié à un animal totem, et de la condition sociale (Caste), c'est du lignage Meen, que l'on reçoit le caractère Jiko, le sang Deret, la chair Soox, et l'esprit Xel. Les pouvoirs mystiques ndëmm sont transmis par la mère. Les classes d'âge jouaient un rôle important dans la structure sociale ; chaque classe avait ses rites d'initiation et ses interdits. Dans la famille wolof, le respect envers les aînés, et les plus âgés que soi est primordial. Avec l'islam le rôle de l'homme dans la société a pris plus d'importance. Avant la femme avait plus de pouvoir de décision. Mais aujourd'hui chez les Wolofs, comme dans beaucoup de sociétés africaines, la femme est tout de même respectée et honorée, et l'islam qu'elle pratique est un islam libre. Dans la société wolof, la parenté à plaisanterie, ou cousinage, concerne surtout les noms patronymiques, par exemple entre les et les , ou bien les et les , etc. Les Wolofs appellent cela le kal. thumb|« Femme wolove et ses enfants » (1902 ?)