Le programme spatial habité de la Chine est un programme développé par la république populaire de Chine et géré par l'Agence chinoise des vols spatiaux habités dont l'objectif est de concevoir et de réaliser des missions spatiales avec équipage. Ce programme approuvé en 1992 sous l'appellation a été divisé en trois phases de complexité croissante : réalisation de missions avec de courts séjours en orbite basse à bord du vaisseau Shenzhou placé en orbite par le lanceur Longue Marche 2F. séjours à bord d'un laboratoire spatial ( et ), réalisation de sorties extravéhiculaires, mise au point de procédures de rendez-vous et d'amarrage spatial. séjours de longue durée à bord d'une station spatiale modulaire (Station spatiale chinoise) ravitaillées par le cargo spatial Tianzhou. Ces trois phases se sont achevées avec l'amarrage en de la mission avec la Station spatiale chinoise. La prochaine étape est le lancement de missions avec équipages à la surface de la Lune avec une première mission prévue vers 2030.

Les missions du programme spatial habité chinois utilisent le vaisseau spatial Shenzhou développé avec l'aide de la Russie, et qui présente de grandes similarités avec le vaisseau Soyouz, ainsi que le lanceur Longue Marche 2F qui est tiré depuis la base de lancement de Jiuquan. La première mission avec équipage a lieu le (mission Shenzhou 5) après quatre vols sans équipage destinés à qualifier le vaisseau entre 1999 et 2002. Fin 2011, quatre missions habitées Shenzhou ont été lancées depuis le démarrage du programme : elles ont permis de tester des configurations de vol (taille de l'équipage, opérations en vol) de complexité croissante. Dans le cadre de la mission , l'astronaute Zhai Zhigang réalise la première sortie d'un Chinois dans l'espace le . Le , dans le cadre de la mission , Liu Yang devint la première astronaute chinoise à aller dans l'espace. Deux prototypes de station spatiale et sont placés en orbite respectivement en 2011 et 2016. L'arrivée des nouveaux lanceurs et plus puissants permet le lancement et l'assemblage des trois modules de la station spatiale chinoise de entre 2021 et 2022 ravitaillée par le cargo spatial Tianzhou. En 2021 un équipage de trois astronautes effectue le premier séjour de longue durée (six mois).

Contexte et objectifs

Historique +Principaux jalons Date Mission Description1992 Projet 921 Début développement du programme1999 Shenzhou 1 Premier vol vaisseau Shenzhou2003 Shenzhou 5 Premier vol avec équipage2007 Shenzhou 7 Première sortie extravéhiculaire 2011 Shenzhou 8 Premier rendez-vous spatial2013 Shenzhou 9 Premier séjour dans station spatiale2013 Tianzhou 1 Premier ravitaillement par cargo spatial2020 Station spatiale chinoise Lancement module central 2021 Shenzhou 12 Premier séjour de longue durée (6 mois)2022 Station spatiale chinoise Fin assemblage

Le projet 714 (1971)

La Chine place en orbite son premier satellite artificiel, (L'Orient est rouge) le à l'aide d'une fusée tirée depuis la base de lancement de Jiuquan. Elle devient ainsi la cinquième puissance spatiale après l'Union soviétique, les États-Unis, la France et le JaponI. Sourbès-Verger et D. Borel, op. cit.. La création d'un programme de vols spatiaux habités sous-tendue par un premier rapport d'experts et la création d'un institut de recherche voué à la médecine spatiale en 1968, se concrétise en 1971 avec le lancement par Mao Zedong du dont l'objectif est de placer sur orbite le premier astronaute chinois en 1973. sont sélectionnés mais le programme, trop ambitieux pour la Chine de l'époque, est arrêté peu après. Toutefois la mise au point des techniques nécessaires se poursuit. Le satellite FSW-01, le permet à la Chine de mettre au point les techniques de rentrée atmosphérique et d'atterrissage qui seront utilisées dans le cadre des vols spatiaux habités. La mort de Mao Zedong en 1976 entraine des bouleversements dans les priorités du pays qui touchent également le programme spatial. Le premier bâtiment de la série Yuan Wang destiné au suivi des trajectoires des missiles, lanceurs et satellites entre en service en 1979. Le premier missile balistique intercontinental chinois est tiré avec succès à sa portée maximale en I. Sourbès-Verger et D. Borel, op. cit..

Le projet 921 (1992)

Après la première tentative avortée dans les années 1960, un projet de programme spatial habité (-204) est lancé en . Il prévoit notamment le développement d'un vaisseau habité et d'une station spatiale. Ce projet est abandonné en 1992 au profit du . En lançant ce programme de prestige à l'opposé de la stratégie adoptée jusque-là, Jiang Zemin veut sans doute surtout profiter de l'occasion créée par l'éclatement de l'Union soviétique qui permet à la Chine de se procurer à faible cout toute la technologie nécessaire à un vol habité. Le projet est placé le sous la direction de Qi Faren et de Wang YongzhiI. Sourbès-Verger et D. Borel, p. 365_366 op. cit.. Il est planifié trois phases s'étalant sur deux décennies : Durant la , deux vols sans équipage sont effectués. Le premier vol habité chinois doit avoir lieu en 2002. La débute en 2007 et comprend plusieurs vols destinés à tester la technologie de rendez-vous et d'amarrage en orbite ainsi que la mise en œuvre d'un laboratoire spatial léger. La prévoit la mise en orbite d'une station spatiale de qui devrait avoir lieu durant la période 2010-2015.

En 1995, des accords sont passés entre la Russie et la Chine portant sur l'acquisition des technologies du vaisseau russe Soyouz ainsi que l'achat d'exemplaires du vaisseau, de systèmes de support-vie, d'amarrage et de combinaisons spatiales. Les équipages chinois sont entrainés dans les installations de la Cité des Étoiles à Moscou. Le programme est baptisé Shenzou, c'est-à-dire vaisseau divin, allusion au nom poétique de la Chine (pays divin). Le vaisseau Shenzhou a des caractéristiques très proches du vaisseau Soyouz. Il se différencie par des dimensions légèrement supérieures et une forme légèrement plus cylindrique. Comme le vaisseau Soyouz, le vaisseau Shenzhou atterrit sur la terre ferme. En 1996, deux astronautes chinois, Wu Jie et Li Qinglong commencent leur formation au Centre d'entraînement des cosmonautes Youri-Gagarine en Russie. Une fois cette formation achevée, les deux hommes retournent en Chine et participent à la formation d'autres astronautes chinois à Pékin et au Centre spatial de Jiuquan. De nouvelles installations (bâtiment d'assemblage, pas de tir) sont bâties sur la base de lancement de Jiuquan, en Mongolie-Intérieure; Au printemps 1998, une maquette taille réelle du lanceur version du lanceur Longue Marche développée pour placer en orbite le vaisseau Shenzhou est mise en œuvre pour les tests d'intégration et de capacité ..

Premier vol du vaisseau Shenzhou vignette|Maquette du lanceur Longue Marche 2F.

Le premier vol du vaisseau spatial sans équipage, a lieu le , une date choisie pour symbolisme puisqu'il s'agit du de la fondation de la république populaire de Chine. Trois autres vols ( à ) sont effectués entre 2001 et 2002 pour mettre au point le vaisseau, le lanceur et le segment terrestre.

Premier chinois dans l'espace vignette|Yang Liwei, devenu en 2003 le premier chinois dans l'espace lors du vol Shenzhou 5.

Le cinquième vol, est le premier transportant un chinois dans l'espace (Yang Liwei), fut lancé le . Tout comme les programmes spatiaux similaires d'autres pays, le programme Shenzhou la question est posée de savoir si la Chine doit dépenser de l'argent dans un programme spatial habité, alors que le niveau de vie moyen des chinois est encore très bas. En effet, deux programmes de vols spatiaux habités antérieurs, l'un au milieu des années 1970 et l'autre dans les années 1980 ont été annulés à cause de leurs coûts importants. En réponse aux détracteurs, un certain nombre de justifications sont diffusées dans les médias chinois. La première est que le destin à long terme de l'humanité réside dans l'exploration de l'espace, et que la Chine ne doit pas être laissée pour compte. Une autre est que ce programme doit catalyser le développement de la science et de la technologie en Chine. Enfin le prestige résultant de cette capacité a également pour objectif d'améliorer l'image de la Chine dans le monde, d'une manière similaire aux Jeux olympiques de 2008. Le , à la suite du succès du vol habité les responsables chinois indiquent que la mission a couté de dollars tandis que de dollars US ont été dépensées pour le projet 921-1 au cours des onze années précédentes ..

Mise au point du programme de station spatiale (2011-2020) vignette|Lancement de la mission .

Au début de la décennie 2010, la Chine entame une nouvelle phase dont l'objectif est de déployer une station spatiale de grande taille. Pour atteindre cet objectif, il faut à la fois mettre au point la conception et l'utilisation d'une station spatiale, développer des lanceurs capables de placer en orbite basse des charges plus importantes et améliorer la couverture pour les liaisons entre l'orbite basse et le sol.

En 2011, le vaisseau spatial Tiangong 1, un prototype de station spatiale de petite taille (), est mis en orbite et reçoit deux équipages pour des missions d'une durée de deux semaines en testant les techniques de rendez-vous orbital et d'amarrage en mode automatique et manuel. Un deuxième prototype de station spatiale, plus sophistiquée, Tiangong-2 est lancé le .. La station spatiale est occupée durant un mois par l'équipage du vaisseau Shenzhou 11 qui a décollé le China's Shenzhou 11 blasts off on space station mission - BBC News, 17 octobre 2016.

Pour le ravitaillement de ses stations spatiales, la Chine développe le cargo spatial Tianzhou dont le premier vol a lieu en . Le vaisseau s'amarre de manière automatique à la station spatiale Tiangong-2. Tianzhou a une masse à sec d'environ et est capable d'emporter environ de fret. Il peut s'amarrer de manière automatique à la station spatiale et est détruit à son retour durant la rentrée atmosphérique..

Au début du programme spatial habité, les communications entre le sol et les vaisseaux en orbite passent par un réseau de stations terriennes qui assure une couverture très partielle lorsque ceux-ci sont au-dessus des océans ou de pays étrangers. Pour améliorer cette couverture, dans l'optique des futures missions longues mais également pour répondre à des besoins non liés au programme spatial habité, la Chine commence à déployer en orbite géostationnaire les satellites de télécommunications Tianlian qui servent de relais avec la Terre. Les deux premiers satellites lancés le et le permettent d'assurer une couverture de 85 %. ..

Pour lancer le cargo spatial Tianzhou () et les modules de de la Station spatiale chinois la Chine développe des nouveaux lanceurs spatiaux. La fusée Longue Marche 7, qui peut emporter en orbite basse et sera utilisée pour placer en orbite le cargo spatial, effectue son premier vol le .. La Longue Marche 5B est une version bi-étages de la Longue Marche 5 (cette version de base est conçue pour le lancement des sondes spatiales explorant le système solaire). La Longue Marche 5B permet de placer en orbite basse et est utilisée pour placer en orbite les modules de la Station spatiale chinoise. Son vol inaugural a lieu le ..

Assemblage et utilisation de la Station spatiale chinoise vignette|Module Wentian de la Station spatiale chinoise. vignette|Combinaison spatiale Feitan utilisée pour les sorties extravéhiculaires.