La bande Pollet est un groupe de grands criminels qui a sévi principalement dans les départements français du Nord et du Pas-de-Calais ainsi qu’en Belgique de 1898 à 1906.
Très organisée, elle était composée de plus de trente individus (les « bandits d’Hazebrouck »), dirigés par les frères Abel et Auguste Pollet, d’où son nom de « bande Pollet ». Elle fut reconnue coupable de nombreux meurtres, vols, rackets et tortures.
Parcours criminel
« La grande peur » De au , les frères Pollet et leurs complices, dont le territoire d'action s’étend de la Belgique à la lisière nord-est du bassin minier d’Artois, avec une prédilection pour la plaine flamande, commettent et agressions à main armée, sept tentatives d’assassinats, et massacrent quatre personnes.
Débuts En 1898, Abel Pollet a et vit dans le hameau de Sec-Bois à Vieux-Berquin, près d’Hazebrouck. Il est décrit comme très brutal et arrogant, il a commis son premier vol à l’âge de neuf ans en dérobant une pièce de . Cependant, son activité principale est plutôt le vol de nourriture ; il pille les caves et saloirs des gens de la régionIsabelle Mastin : Le , le couperet signe la fin de la bande à Pollet, nordeclair.fr.. Arrêté pour cambriolage à Vieux-Berquin en 1901, Abel Pollet écope de quatre années de détention, qu’il passe à la prison de Loos-lez-Lille ; il en sort fin 1904La bande d'Hazebrouck: Ses origines et ses premiers méfaits, Le Petit Parisien du , gallica.bnf.fr..
Ayant recouvré la liberté, il reprend rapidement ses activités délictueuses à l'aide des connaissances acquises au cours de sa longue peine de prison. Ainsi, de février à , souvent accompagné de son frère Auguste, il commet , parfois violents.
Le , Abel fait connaissance d'une nouvelle recrue : Canut Vromant, , journalier belge naturalisé français résidant à Hazebrouck. Avec la quatrième grande figure du groupe, Théophile Deroo, ils forment le noyau central de la bande.
Escalade de la violence et premier homicide Le , Abel et Auguste commettent leur première tentative de meurtre en assommant à coups de tisonnier, à Calonne-sur-la-Lys, un vieil homme de , . Ils tentent de l'étrangler, mais leur victime survit. Le , Abel, Auguste et Vromant infligent le même traitement à une vieille dame de Merville, qui survit, elle aussi.
Ce ne sera pas le cas du cabaretier Lenglemetz, , à Locon, près de Béthune. Le à , le vieil homme, affaibli par des troubles respiratoires, se trouve dans sa cuisine ; son épouse de dort à l’étage. Abel Pollet et trois de ses complices (Dekimpe, Verbeke et Guyard) forcent une fenêtre, s'introduisent dans les lieux et surprennent le vieillard. Verbeke le saisit alors à la gorge. La femme Lenglemetz, réveillée par le tapage, descend au rez-de-chaussée. Découvrant la situation, elle comprend vite et appelle à l'aide son fils Jules, qu'elle croit être dans la maison. Dekimpe grimpe alors les escaliers quatre à quatre en disant : Il se couche sur elle et la fait taire en la bâillonnant de sa poigne pour étouffer ses cris. Pendant ce temps, Abel Pollet et Guyard fouillent la maison et raflent francs en louis d'or, des bijoux et des vêtements. Le pillage dure une bonne heure, et ils s'évanouissent dans la nuit. Quand , que les coups ont à moitié tuée, se traîne au rez-de-chaussée, c'est pour y trouver le corps sans vie de son mari, mort de suffocation. Elle en perdra la raison. C’est le premier cadavre de la bande.
1906, l’année sanguinaire Le 1906, à , Abel Pollet, Théophile Deroo et Marcel Deroo donnent l’assaut après avoir veillé toute une nuit dans une maison isolée de Krombeke, en Belgique, où vivent les époux Louzie, âgés de 73 et . , qui est malentendant, voit soudain devant lui trois individus, armés de gourdins, qui le menacent. Sa femme lui crie à l'oreille : . Le vieil homme s'écrie soudain : Abel lui tombe dessus à coups de matraque ; il doit même demander de l'aide à Marcel Deroo pour venir à bout de Louzie, qui se défend comme un damné. Théophile Deroo rejoint la femme, qui s'enfuit. Il lui martèle le crâne. Chancelante, indique la cachette d’un magot de tout juste , mais les bandits ne s’arrêtèrent pas là : hurlent-ils, En vain, après une heure de multiples tortures, Abel Pollet, regardant la pièce éclaboussée de sang, décide : « Allons-nous-en, c’est un abattoir ! » Quand les hommes quittent la maison, en ayant bien pris soin de se laver les mains dans un seau d’eau, , dont le crâne est ouvert, est morte. Quand le mari revient à lui, il parvient à se traîner à travers champs pour chercher du secours. Il survivra, par miracle, à des blessures impressionnantes (fracture ouverte du bras, nez fracassé), mais défiguré pour le restant de sa vie. Son apparition au procès, le crâne couturé de cicatrices livides, aura sans doute joué un rôle décisif.
Le , les frères Pollet, Deroo et Vromant assassinent, à Violaines, les époux Lecocq, 81 et , et leur fille Euphrosine, . L’horreur de la scène qu’ils laissent derrière eux raconte les souffrances endurées par les trois victimes. La bande repartira avec francs en or, des bijoux et de l’argent liquide.
Dans les jours qui suivent, ils attaquent un vieux fermier qui s’en sort miraculeusement.
Chute Le , Abel Pollet est dénoncé aux gendarmes par son beau-frère, qui, par une mystérieuse coïncidence, meurt avant le procèsLa bande à Pollet, archivespasdecalais.fr.. Auguste Plateel a dit : Larue, ..
Procès vignette|La bande Pollet pendant le procès. Le procès d’assises a lieu à Saint-Omer, présidé par Maxime Lefrançois (1857–1926), en ↑ Cent ans de vie dans la région, : 1900-1914, éditions la Voix du Nord, 1998, 53. Il y a au moins vingt-sept accusés, pour la plupart des complices occasionnels. , écrit le procureur général Beylot en 1927, .
Dix-huit accusés sont condamnés à des peines de trois à huit ans de prison. Les frères Pollet, Deroo et Vromant sont condamnés à mort. Cinq hommes sont acquittés au terme d’un procès qui aura duré onze jours (du 16 au ) et aura été troublé par des accusés, qui s'invectivent, et les frères Pollet, qui insultent les témoins qui viennent déposer à la barre.
Exécutions thumb|redresse|Article dans L'Ouest-Eclair (Rennes) du 12 janvier 1909 sur la quadruple exécution de Béthune, qui avait eu lieu la veille. Le , à 7 h, Anatole Deibler, « exécuteur en chef des arrêts criminels de la République », vient chercher les quatre condamnés, pour les emmener devant la prison de Béthune, où est la guillotine. C'est la première série d’exécutions, après trois années de suspension de l’application de la peine capitale, qui a failli être abolie, devant le tollé de l’opinion publique. La sentence devait initialement être exécutée sur une place située à de la prison, mais Deibler, ayant jugé d’un excès de zèle des autorités, décide que l’exécution aurait lieu devant le portail de la prison.
Plus de spectateurs assistent au spectacle des quatre têtes, qui tomberont dans le panier d’osier. Les vociférations « À mort ! Salauds ! » sortent avec haine et soulagement. Deroo est exécuté d’abord et Vromant ensuite. Ils sont sans un mot, tous terrorisés.
Puis vient le tour d’Auguste Pollet. Dans un déchaînement de liesse, la foule chante : « C'est Abel, Abel, Abel, c'est Abel qu’il nous faut… » Arrogant, hystérique, Abel arrive, défie la foule et hurle : Sa tête sur le billot, il crache encore jusqu’à ce que tombe le couperetLa tête d'Abel Pollet, bandit de grand chemin, fait son entrée à La Piscine, lavoixdunord.fr..
L'exécution est filmée par les opérateurs de Pathé Actualités. Elle est censuréeAlbert Montagne: Crimes, faits divers, cinématographe et premiers interdits français en 1899 et 1909, criminocorpus.revues.org..
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Matthias Blazek, Räuberbande versetzte in den Jahren nach 1900 ganz Nordfrankreich in Schockzustand – Guillotine wird nach jahrelanger Pause für Vierfachhinrichtung 1909 in Béthune aufgestellt. Dans: Journal der juristischen Zeitgeschichte (JoJZG), no. 3/2014, de Gruyter, Berlin, 2014, suiv. Matthias Blazek, Räuberbande versetzte in den Jahren nach 1900 ganz Nordfrankreich in Schockzustand – Guillotine wird nach jahrelanger Pause für Vierfachhinrichtung 1909 in Béthune aufgestellt. Dans: Kameradschaftliches aus Fontainebleau – Mitteilungsblatt des Freundeskreises Deutscher Militärischer Bevollmächtigter in Frankreich, no. 43 et 44, september 2015 en april 2016, Münster/Adelheidsdorf, 2015/16, suiv. et 5 suiv. Bernard Hautecloque, « La bande Pollet, terreur des campagnes flamandes à la belle Époque », dans Brigands. Incroyables histoires de tous les temps, De Borée, 2016, . Sylvain Larue, Les nouvelles affaires criminelles de France, De Borée Éditions, 2009, Jacques Messiant, L'Affaire Pollet – À l'origine des Brigades du Tigre, Rennes, Éditions Ouest-France, 2015 . . Carnets d’exécutions, 1885–1939, Anatole Deibler, présentés et annotés par Gérard A. Jaeger, Éditions L’Archipel, Paris 2004. François Caron, Il y a cent ans : la fin de la « bande à Pollet » à Béthune, Généalogie 62, , 2009, Hénin-Beaumont, pp. 31-37 (),
Articles connexes Liste d'affaires criminelles françaises jusqu'en 1900 Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900 Brigades du Tigre Crime de Langon
Liens externes
Les exécutés, sur hazebrouck-autrefois.com Les exécutés, sur hazebrouck-autrefois.com Guillotine wird nach jahrelanger Pause für Vierfachhinrichtung 1909 in Béthune aufgestellt, sur matthias-blazek.eu Itinéraire de la Bande à Pollet, sur artoisbalade.fr, . Histoire de la Bande à Pollet, sur lefigaro.fr, . Article sur la censure de l'exécution de la Bande à Pollet, sur prisons-cherche-midi-mauzac.com, .
Catégorie:Crime organisé en France Catégorie:Histoire de la criminalité