Chichén Itzá est une ancienne ville maya située entre Valladolid et Mérida dans la péninsule du Yucatán au Mexique. Chichén Itzá est l’une des plus grandes et des plus influentes colonies mayas de la période classique tardive et terminale (600-1000 apr. J.-C.) et fut probablement, au , le principal centre religieux du Yucatán. Il reste aujourd’hui l’un des sites archéologiques les plus importants et les plus visités de la région. Le site a été classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1988, et a été élu, le , comme l'une des sept nouvelles merveilles du monde après un vote controversé organisé par la New Seven Wonders Foundation.
La présence d'une cité maya à cet endroit est due à la présence d'au moins 2 puits naturels (cénotes) Excelsior, Hallan cenote debajo de pirámide central de Chichén Itzá, 13 août 2015. qui constituaient un trésor inestimable dans cette région dépourvue d'eau. Le site doit d'ailleurs son nom à cette source d'eau souterraine : Chi signifie « bouche » et Chén, « puits »Voir page 177 in Maya, the Riddle and Rediscovery of a Lost Civilization, Charles Gallenkamp, Albuquerque Museum, Viking, 1985.. Itzá (« sorcier de l'eau » en maya yucatèque) est le nom du groupe qui, selon les sources ethnohistoriques, constituait la classe dirigeante de la cité.
À plus d'un égard Chichen Itzá demeure une énigme : sa chronologie, à cheval sur le Classique terminal et le Postclassique ancien, demeure floue ; l'identité des Itzá est incertaine et, surtout, la nature exacte des liens indéniables entre la cité maya et le Mexique central fait toujours l'objet de débats.
Histoire Époque préhispanique Les premières traces d'occupation et de construction, à Chichén Itzá, ont été datées du .. Le plan architectural final a été développé au , avec l'émergence du pouvoir régional de la cité, qui devint la capitale de la zone du centre à la côte nord du Yucatán, et dont le pouvoir s'étendait jusqu'aux côtes est et ouest de la péninsule.. Selon les données dont disposaient les archéologues en 2003, Chichén Itzá aurait perdu ce pouvoir régional et se serait dépeuplée au Anthony P. Andrews, V. E. Wyllys Andrews, Fernando Robles Castellanos, « The Northern Maya Collapse and its Aftermath », Ancient Mesoamerica, janvier 2003, Cambridge University Press, vol.14, n°1, p.151–156..
Époque classique
Le premier essor de la ville a lieu au cours de la période épiclassique (). À cette époque les Mayas occupent un territoire d’environ carré soit les États actuels du Yucatán, Campeche, la moitié de Chiapas et Tabasco, les territoires de Quintana Roo, la République du Guatemala, le Bélize et la partie occidentale du Honduras. Les peuples qui occupaient cette vaste zone avaient le même tronc ethnique et parlaient la même langue avec des dialectes différents. La vie économique tournait autour de la culture du maïs. Il y avait un ensemble de provinces autonomes. Ces dernières développaient quelques particularités singulières mais l’appartenance au groupe maya était marquée et il y avait une forme d’unité globale.
Parallèlement l’âge d’or de Caracol et de Calakmul s’achève comme il a commencé : par la guerre. Tikal triomphe de la première en 680 et de la seconde en 695. Tikal rentre dans une nouvelle ère de prospérité, à ce moment-là les grandes alliances prennent fin, on voit surgir des dynasties locales qui développent chacune leur propre culture et on voit l’effondrement de divers secteurs dans les terres basses, cependant dans la péninsule du Yucatan on constate une grande période d’épanouissement. La diversité des royaumes classiques se fait surtout ressentir dans cette dernière ou l’on constate 4 grandes zones au Classique récent : Chichén Itzá, au nord ; Rio Bec au centre ; Coba, à l’est et celle du Puuc au nord-ouest.
Chichén Itzá devient le centre politique dominant des basses terres mayas du nord pendant le Classique terminal (800-1000 apr. J.-C.), une période où la plupart des autres sites mayas classiques des basses terres du sud et du nord connaissent un effondrement politique.
Durant cette période Chichén Itzá est un centre cérémoniel d’une certaine importance à en juger les édifices qui sont bâtis : La Maison colorée, le Temple des Trois Linteaux, la Maison des Nonnes… Ces bâtiments sont semblables aux constructions contemporaines qui se font à Uxmal, Kabah, Sayil ou encore Labna. Le style est totalement maya sans influences étrangères. Ces édifices sont datés entre le et le .
La plus ancienne date en écriture maya découverte à Chichén Itzá équivaut à l'an 832.. La période 850-875 regroupe quant à elle la majorité des inscriptions datées de la ville.
Époque postclassique
Aussi appelée époque maya-toltèque, cette période est marquée par des changements brutaux dès le début du . Ces changements sont dus à l’arrivée d’étrangers sur le territoire maya. Ces derniers arrivent selon la tradition historique au retour des Itzas après un long séjour à Champoton. Ainsi les chroniques mayas racontent qu’au des étrangers, probablement associés à des guerriers du centre du Mexique, sont arrivés. Quelques chercheurs, en particulier J. Eric S. Thompson, les identifient comme de langue maya-chontal. Ils s’appellent les Putunes et s’établissent dans le Golfe du Mexique. Ils contrôlent le commerce maritime. Une branche des Putunes-Chontales, appelés les Itzaes s’installent a Chichen Itza, leur chef est le dénommé Nacxit Xuchit, il arbore le titre de Serpent à plumes (Quetzalcoatl chez les Nahuas, Kukulcan chez les Mayas du Yucatan). Ils sont considérés comme les diffuseurs de nouveaux éléments culturels venant du Haut Plateau Central Mexicain. De plus, la religion orale et les sources du , incluant les prophéties du Chilam B’alam K’atun (une histoire prophétique circulaire) associaient Chichén Itzá avec les Mayas Itza, caractérisés comme des étrangers porteurs de nouveaux cultes, sanglants, idolâtres avec d’importants rituels de sacrifices humains. De fait, le Postclassique maya péninsulaire est souvent considéré comme la période de la « chontalizacion » et de la « mexicanisation » c’est-à-dire l’époque où les différents traits culturels du Sud-Ouest de la Péninsule du Yucatan, de la Côte du Golfe et plus tard du centre du Mexique sont incorporés à l’art, à l’architecture, à la céramique, à la religion et à d’autres sphères de la vie quotidienne. On a donc un impact sur les sociétés qui optent pour des tactiques militaires originales et le culte de nouvelles divinités. Ainsi entre 1000 et 1050 Chichén Itzá fut la puissance principale du Yucatan. De nouvelles idées, reprises du fond maya ou importées du Mexique central, ont favorisé l’essor de la ville en tant qu’état conquérant et comme centre de pèlerinage religieux. L’influence de la cité se fit sentir dans bon nombre d’enclaves comme Seibal au Guatemala et Nohmul au Belize. Sans doute aussi les autorités se sont-elles impliquées dans le commerce maritime international à partir du port d’Isla Cerritos. Avec une forte activité militaire et des cultes rénovés cette activité marchande a surement aidé la cité à surclasser ses adversaires. De Chichén Itzá, un nouveau gouvernement impose, pendant 200 ans, une couleur et un rythme différents aux vastes régions du Yucatan. L’innovation apparait en architecture dans la vie quotidienne officielle et domestique la sculpture, la peinture murale ou la confection de poteries. D’un point de vue économique, les guerres de conquête, les impôts et l’ouverture de routes commerciales sont caractéristiques de cette période. Cependant cette prépondérance fut de très courte durée.
Le centre cérémoniel nord du site, connu sous le nom de Nouveau Chichén, a été en grande partie construit après 900 après J.-C. et comprend la plus grande structure du site, El Castillo, également connu sous le nom de Temple de Kukulcán.
La date la plus récente inscrite à Chichén Itzá en écriture maya évoque l'année 998 et a été découverte dans le temple dit de l'ossuaire (Osario).
Époque décadente
L'activité des élites à Chichén Itzá a décliné au cours du XIe siècle après J.-C., avec une dernière date inscrite dans le calendrier en 998 après J.-C., mais le site a continué d'être un centre rituel et de pèlerinage important pendant la période coloniale et au-delà.
En un siècle, voire en quelques décennies seulement, la ville déclina. Chichén Itzá perd son pouvoir politique vers 1250 et le clan familial Cocom dirigea l’établissement d’une nouvelle capitale à Mayapan. On ne construit plus et la végétation reprend ses droits. Cependant des pèlerinages ont encore lieu au Cénote Sacré. Mayapan remplacera donc Chichén Itzá tout en étant influencée par l’ancienne cité victorieuse. Toutefois, les états successeurs de la période post-classique régnèrent sur le Yucatán avec une architecture moins spectaculaire et des populations moins nombreuses. Avec la fin du post-classique s’achève la centralisation du contrôle politique dans le nord de la péninsule du Yucatan. Mayapan est détruite entre 1440 et 1460, pour laisser place à des provinces indépendantes jusqu’à l’arrivée des Espagnols. Après la conquête, Don Francisco de Montejo s’établit à Chichén Itzá mais sera chassé par les locaux.
Quid de la population ?
.
Quelles sont les raisons de cette chute ?
Avec le déclin puis la défaite des rivaux Puuc et Mayas orientaux le flot des contributions et de la main d’œuvre servile se tarit, précipitant paradoxalement le déclin de l’État victorieux probablement vers 1050 ou 1100. Peut-être aussi la cité fut trop prédatrice ? Il y a également des hypothèses climatologiques.
En réalité parler de chute fausse un peu l’idée que l’on a de la fin de la civilisation. Ainsi une civilisation étant un ensemble complexe d’institutions édifié sur le partage d’un certain nombre d’idées et de concepts religieux, politiques et économiques une civilisation ne meurt jamais tout à fait. .
Histoire moderne Fouilles archéologiques
À l'époque de la Conquête, les Conquistadors espagnols firent du site la première capitale du Yucatán (1532), mais l'abandonnèrent rapidementNikolai Grube (dir.), Les Mayas. Art et civilisation, Könemann, p. 443.
Au milieu du , Chichen Itzá fut exploré par John Lloyd Stephens et Frederick Catherwood. En 1894, Edward Herbert Thompson fit l'acquisition de la plantation sur laquelle se trouvait le site. Il fut le premier à remonter des artefacts mayas à la surface du cénote (1904), en plongeant en scaphandre. Le produit des fouilles fut expédié au Peabody Museum. À la suite d'une plainte de Teobert Maler, le gouvernement mexicain réclama la restitution de ces trésors archéologiques. En 1944, La Cour suprême du Mexique rendit un jugement en faveur de Thompson. En 1959, eu égard au ressentiment persistant des Mexicains, le Peabody Museum restitua une partie des objetsA Brief History of the Exploration at the Cenote (Famis report). Des fouilles scientifiques de grande envergure furent menées au par la Carnegie Institution, notamment sous la direction de Sylvanus MorleyRobert J. Sharer, The Ancient Maya ( éd.), Stanford University Press, p. 74.
Travaux de restauration
Plusieurs campagnes de restauration ont été menées à Chichén Itzá. Les premiers travaux de grande ampleur furent commencés en 1922, sous la direction de Manuel GamioDaniel Schávelzon, Jorge Tomasi, Ramón Gutiérrez, Rodrigo Gutiérrez Viñuales, La imagen de América, p.16... La dernière campagne de restauration, commencée en 2011 et encore inachevée, est la plus ambitieuse.
Tourisme et économie vignette|Les allées à l'intérieur du site archéologique sont bordées de nombreux étals de souvenirs et de produits plus ou moins inspirés de l'art et de l'artisanat mésoaméricains. vignette|gauche|L'ombre projetée par le Soleil sur la pyramide de Kukulcán lors des équinoxes.