(–) est un médecin britannique, pionnier dans les domaines de l'anesthésie, de l'hygiène et la santé publique. Ses travaux sur la propagation du choléra lui ont donné une place importante dans l'histoire de l'épidémiologie.

Biographie

Jeunesse et formation

John Snow naît à York, en Angleterre, l’aîné d'une famille pauvre comptant neuf enfants. Son père est journalier dans un entrepôt de charbon, emploi qu'il occupera pendant toute la jeunesse de John, mais qu'il quittera ensuite : il finira par devenir fermier et propriétaire terrien, suffisamment riche en tous cas pour avoir le droit de voter d'après le de 1832.

Baptisé dans l'Église anglicane, John étudie à York jusqu'à ses quatorze ans. Il commence alors son apprentissage à auprès du chirurgien-apothicaire (médecin généraliste) William Hardcastle, qui est notamment le médecin de la famille de .. À , à la suite de la lecture d'un livre de (qui insiste notamment sur la pureté de l'eau), il devient végétarien. Il s'abstiendra aussi de toute consommation d'alcool et militera dans les ligues de tempéranceMather, J. D. (2004). 200 Years of British Hydrogeology. London: The Geological Society. p. 48. . Devenu par la suite végétalien, sa santé a commencé à se détériorer au milieu des années 1840, et il a été atteint d’une affection rénale qu’il a attribuée à son régime végétalien. Il a alors commencé à manger de la viande et à boire du vin, tout en continuant de faire bouillir l’eau qu’il consommait, tout au long de sa vie d’adulte. Il ne s'est jamais marié..

Au cours de sa quatrième année d'apprentissage auprès du docteur , il a à faire face seul, à Aujourd'hui Killingworth Village., d' à , à une épidémie de choléra. Un temps chirurgien dans une houillère, il poursuit son apprentissage pendant un an à compter d' chez un apothicaire rural appelé à . Entre 1832 et 1834, il trouve en outre le temps et les moyens pour assister à un cycle de conférences organisé par des médecins de . Il finit son apprentissage en passant dix-huit mois auprès de Joseph , un apothicaire diplômé, à .

À la fin de cette période, pendant l', rentre chez lui : c'est à ce moment qu'il rejoint la , qu'il a contribué à créer avec son frère Thomas et dont il sera membre sa vie entière. En , il gagne Londres à pied, après avoir fait un détour pour visiter son oncle Charles On suppose que cet oncle fut pour un soutien financier ; de plus, c'est lui qui lui fera rencontrer en 1853 : . : il s'inscrit alors à la « . ». Un an plus tard, il commence à travailler au , puis se présente à l'examen du Collège royal de chirurgie. L'examen réussi, le , il a le droit d'exercer comme médecin généraliste. En octobre, il est diplômé de la : il peut préparer et vendre des remèdes. Il ouvre alors son cabinet de généraliste au dans le quartier de SohoUne plaque y a été apposée. ; dans l'attente de patients riches, il traite des pauvres .

Carrière Pour exercer, il aurait pu s'en tenir là ; néanmoins, en , il obtient également son titre de docteur en médecine de l'université de Londres. Peu après, souffrant d'une tuberculose pulmonaire, il part à la campagne, où il se rétablit. En 1845 des troubles rénaux apparaissent ; on lui conseille de changer son mode de vie et même de prendre un peu de vin. Toujours en 1845, il devient secrétaire honoraire de la de Londres. Enfin, en 1850, il est diplômé du Collège royal de médecine, où se forme l'élite de la profession médicale Hunterian School of Medicine. About John Snow.. Il est maintenant prêt à faire ses contributions à la science.

Fin de vie Toujours célibataire, meurt d'apoplexie le à l'âge de 45 ans, beaucoup plus connu pour ses travaux sur l'anesthésie que pour ses découvertes en épidémiologie. est enterré à Londres, au cimetière . Il était tempérant (et sportif dans sa jeunesse), mais les nombreuses expériences qu'il a menées sa vie durant sur différents gaz ont pu occasionner chez lui des lésions rénales ayant précipité sa mort ..

Apports Préservation des corps par l'arsenic Snow est encore un étudiant quand il fait une expérience qui n'eut peut-être pas beaucoup d'écho mais qui était un coup de maître. À la suggestion d'un professeur, il injecte de l'arsenic dans des cadavres pour aider à leur conservation. Mais par deux fois des étudiants tombent malades après la dissection.

Il place alors une substance animale et de l'arsenic dans une jarre et recueille les gaz émis ; de ces gaz il extrait de l'arsenic métallique.

Anesthésie En , , un dentiste américain, conduit la première anesthésie générale avec de l'éther sulfuriqueAppelé plus couramment aujourd'hui éther diéthylique. ; cela a un grand écho dans la presse. assiste dès le à une démonstration conduite par le dentiste à Londres. Préparé par ses recherches sur l'asphyxie dans ses effets sur l'appareil circulatoire, il s'intéresse immédiatement au procédé et invente un inhalateur ; il améliore la méthode d'administration à tel point qu'en peu de temps cette technique dédaignée, car jugée d'abord peu fiable, est adoptée par les plus grands chirurgiens de Londres. En 1847, publie .

La même année il commence à s'intéresser à l'usage anesthésique du chloroforme découvert par à Édimbourg. Il administre lui-même du chloroforme à la reine Victoria à l'occasion de la naissance de Leopold en 1853 (réalisant de ce fait le premier accouchement sous anesthésie), puis de Beatrice en 1857. Désormais on peut citer l'exemple de la reine pour s'affranchir de la malédiction du livre de la Genèse : .

Propagation du choléra

, à la suite notamment de son expérience clinique, n'arrive plus à adhérer à la théorie des miasmes pour expliquer les épidémies de choléra. Il pense que le choléra doit se développer à la suite de l'ingestion — et non plus de l'inhalation — d'une sorte de poison et il suspecte que l'eau joue un rôle dans sa propagation. En 1849, il fait connaître son opinion dans la première édition de son ouvrage intitulé . Ces premiers écrits rencontrent le scepticisme de ses contemporainsHervé Bazin a écrit qu'il fut honoré d'un prix d'une valeur de francs par l'Institut de France (L'histoire des vaccinations, ), mais les archives de l'Institut n'en ont pas gardé la trace : « John Snow and the Institute of France ». Richardson 1858, , ne corrobore pas non plus cette information.

En 1853, fait paraître Ce fut d'abord une allocution (très bien reçue : Richardson 1858, ) à la Société médicale de Londres. William H. Brock, Justus von Liebig : the chemical gatekeeper. Christopher Hamlin, A science of impurity : water analysis in nineteenth century Britain..

vignette|upright=1.3|Carte des cas de choléra devient un chasseur de cas de choléra. Il trouve d'abord une relation significative entre le nombre de cas de choléra dans un territoire et la compagnie distributrice d'eau qui le dessert (l'eau était puisée à différents endroits de la Tamise). Puis il fait enlever le bras de la pompe à eau de Broad StreetAujourd'hui Broadwick Street ; il s'y trouve un mémorial à John Snow ; voir l'article de la Wikipédia en langue anglaise., dans le district de Soho. utilise la carte de Londres faite par La carte est de septembre 1854 ; était ingénieur civil de la Commission métropolitaine des égouts.. Ces interventions et l'hypothèse qui les sous-tend, d'une dissémination du choléra par l'intermédiaire de la distribution d'eau, ont rendu célèbre.

, qui ignorait très probablement l'article de 1854 de Filippo Pacini prouvant l'origine microbienne du choléra, publie ses recherches en 1855 dans la deuxième édition remaniée de . C'est dans cette deuxième édition que, s'appuyant sur l'exemple de la variole et de la syphilis, il émet l'hypothèse d'une sorte d'animalcule qui, ingéré, se développerait dans les intestins avant d'être évacué par les selles John M. Eyler, . Résumé en français, .. Ces écrits sont appréciés de manière très critique par ses contemporains, notamment dans , revue faisant autorité S. J. Snow, « John Snow : the making of a hero ? », dans The Lancet, , , 2008, .. Les médecins préféreront aux thèses de Snow, jugées certes ingénieuses, celles de William Farr, faisant alors autorité dans le domaine de l'épidémiologie. n'a aucune expérience de l'épidémiologie ; il se résout à recourir à cette discipline après avoir constaté l'échec essuyé par , qui, dans un ouvrage paru à peine après le sien, professe des thèses assez semblables aux siennes.

Le principal reproche fait aux thèses de — outre certains défauts de méthode et d'argumentation — est qu'il considère l'eau comme seule responsable de la propagation de la maladie.

Le la commission chargée de préparer la loi entend le témoignage de . On peut lire le dans :

En 1857, il publie un article dans la revue sur le rachitisme, qu'il explique par l'altération du pain avec de l'alun David E. Lilienfeld, « »..

Postérité vignette|Mémorial (sous forme de pompe sans poignée), à Londres, aujourd'hui rue Broadwick, et pub dédié à John Snow Une grande partie des éléments biographiques sur lesquels s'appuient les historiens est issue de la biographie écrite par , un ami de P. E. Brown, ..

La mémoire de John Snow est passée d'une quasi-ignorance à l'exaltation.

Lentes confirmations En 1868 finit par adopter les vues de . Les enquêtes postérieures prouveront que l'hypothèse de sur la transmission du choléra était juste. L'hypothèse bactérienne, démontrée par Filippo Pacini en 1854, l'est de nouveau, après l'oubli quasi total de la découverte de Pacini, par Robert Koch en 1883. En 1890, , premier officier de la santé (c'est-à-dire à peu près ministre de la santé), reconnaît l'apport fondamental de . Et pourtant, un épidémiologiste allemand — et historien de la médecine — , s'appuyant sur les travaux de et d', trouvera encore à s'opposer aux découvertes de en 1912 , des , , 1908-1912., et, en 1917, sera encore un fervent partisan de « 1901, Robert Koch, ».. Malgré tout, grâce à cette découverte, la quête d’eau pure au xıxe siècle devient un atout essentiel à la santé publique pour le siècle suivant.

Le héros Le travail de gagna de la visibilité grâce à , qui le cita à des fins pédagogiques dans son manuel paru en 1901, . Ce n'est que dans les années 1930 toutefois, avec la nouvelle publication de par , que son travail acquit la notoriété qu'on lui connaît aujourd'hui. C'est à la suite de cette initiative de Frost, qui cherchait à faire entrer l'épidémiologie dans les structures de la santé publique, que la figure de Pourtant décrit par Richardson, son (Richardson 1858, ) comme (ibid.) comme héros de l'épidémiologie, s'est édifiée.

Prise de recul On réévalue à notre époque l'apport de en le libérant des aspects hagiographiques dont il a été revêtu Tom Koch, « ». « »Jan P. Vandenbroucke , « », dans Sozial- und Präventivmedizin, sept. 2001, , , . et dont l'existence d'une « » (fondée en 1993) témoignerait encore aujourd'huiSite de la société John Snow.. David M. Morens va jusqu'à suggérer que testait les hypothèses des autres plutôt que de mener la marche, choisissant ses batailles avec soin pour avoir souvent raison, mais jamais tort. À l'inverse, la figure de est réhabilitée et peut sembler plus moderne que celle de .

Publications Ouvrages et articles

, dans , , 1 (): 264 . « », dans 23 (): 559–60. , dans 1 (): 653–55. « », dans LMG 23 (): 719–20. « », dans LMG 28 (1841):112-16. « », dans LMG 29 (1841–42):222–27. « », dans LMG 29 (1841–42):705–07. « », dans LMG 31 ():224–25. « », dans LMG 31 (1842–1843):810–16. « », dans LMG 32 (): 100. « », dans LMG 35 (): 248–50. « », dans LMG 35 (): 585–86. « », dans LMG 35 (): 728–29. 65 (1846): 49–56. 1 (): 229. « calculi », dans LMG 38 (): 877–81. « », dans LMG 38 ():1049–52. « », dans MT 15 (): 325. « », dans LMG 39 ():219–20. « », dans Phar J 6 ():361. « », dans LMG 39 ():498–502, ():539–42. , 1847

Entre 1848 et 1851 John Snow a écrit pour la (LMG) ; ces articles furent ensuite réunis en trois pamphlets.

, Londres, Churchill, 1849 ()