La guerre de la Ligue de Cambrai, également connue entre autres sous les noms de guerre de la Sainte Ligue et quatrième guerre d'Italie, est un conflit majeur des guerres d'Italie. Les principaux protagonistes de cette guerre, qui dure de à , sont la France, les États pontificaux et la république de Venise. Au cours du conflit, ils sont rejoints par pratiquement toutes les puissances d'importance de l'Europe occidentale, parmi lesquelles l'Espagne, le Saint-Empire romain germanique, le royaume d'Angleterre, le royaume d'Écosse, le duché de Milan, Florence, le duché de Ferrare et les Suisses.

Afin de mettre un frein à l'influence vénitienne en Italie septentrionale, le pape rassemble la ligue de Cambrai, une alliance anti-vénitienne l'unissant au roi de France, , à l'empereur du Saint-Empire et au roi d'Espagne . Malgré le succès initial de cette Ligue, des désaccords entre le pape et le roi de France provoquent la rupture en ; s'allie alors avec Venise contre la France.

En fin de compte, cette alliance entre Venise et le pape grandit pour devenir la Sainte Ligue, qui repousse les Français hors d'Italie en . Cependant, des désaccords sur le partage du butin amènent Venise à rompre avec le pape et à s'allier avec les Français. Les troupes franco-vénitiennes, sous le commandement de , successeur de , regagnent les territoires perdus grâce à leur victoire à Marignan en . Les traités de Noyon et de Bruxelles, qui mettent un terme au conflit l'année suivante, rétablissent plus ou moins les frontières de .

Prélude au conflit vignette|gauche| quitte Alessandria pour reprendre Gênes en 1507. Au lendemain de la première guerre d'Italie, le pape a pu renforcer l'autorité papale en Italie centrale par l'annexion de la Romagne. César Borgia, alors gonfalonnier des armées du pape, chasse la famille des Bentivoglio de Bologne, qu'ils avaient érigée en fief, et s'engage dans la création d'un État sous le contrôle des Borgia lorsque Alexandre VI meurt le Norwich, History of Venice, 390.. Même si Borgia peut récupérer à son profit les restes du trésor pontifical, il est incapable de s'établir durablement à Rome, les armées françaises et espagnoles convergeant vers la ville afin d'essayer de faire pression sur le conclave. Avec l'élection de Pie III (qui meurt quelques semaines plus tard et est remplacé par Jules II), Borgia perd tous ses titres et est relégué au commandement d'une compagnie d'hommes d'armesGuicciardini, History of Italy, 168–175.. Sentant l'affaiblissement de l'autorité de Borgia, les seigneurs déchus de la Romagne proposent leur soumission à la République de Venise en échange d'une aide pour reprendre leurs domaines. Le Sénat de Venise accepte leur offre, et fin 1503, un certain nombre de villes, dont Rimini et Faenza, sont prisesNorwich, History of Venice, 391..

Jules II, après avoir repris le contrôle des armées pontificales par l'arrestation et l'emprisonnement de Borgia, entreprend de rétablir l'autorité papale sur la Romagne en demandant à Venise de lui rendre les cités qu'elle a prisesShaw, Julius II, 127–132, 135–139.. La République, bien que décidée à reconnaître la souveraineté du pape sur ces villes et payer à Jules II un tribut annuel, refuse de rétrocéder les villes elles-mêmes. En réponse, le pape conclut une alliance avec la France et le Saint-Empire romain germanique contre Venise. Cependant, le décès d'Isabelle de Castille et l'effondrement des relations entre les parties qui en résulte provoquent sa dissolutionNorwich, History of Venice, 392.. Malgré tout, Venise est conduite à abandonner plusieurs des villes. Jules II, insatisfait par ses gains, ne dispose pas des forces nécessaires pour combattre la République. À la place, il entreprend la reconquête de Bologne et de Pérouse qui, situées entre Venise et les États pontificaux, ont entretemps acquis un état de quasi-indépendanceGuicciardini, History of Italy, 189–190..

En 1507, Jules II reconsidère la question des villes sous contrôle vénitien. De nouveau désavoué par le Sénat, il appelle l'empereur Maximilien récemment élu à attaquer la République. Utilisant son couronnement impérial comme prétexte pour un voyage à Rome, il pénètre en territoire vénitien à la tête d'une grande armée en et marche sur Vicence, mais il est battu par l'armée vénitienne commandée par Bartolomeo d'Alviano. Lors d'une nouvelle attaque des troupes impériales quelques semaines plus tard, Alviano leur inflige une défaite encore plus grande. De plus, il prend les villes de Trieste et Fiume (aujourd'hui Rijeka), forçant à signer une trêve avec VeniseNorwich, History of Venice, 393..

La Ligue de Cambrai vignette|200px|right|Le pape Jules II, peint par Raphaël (huile sur toile, vers 1511). Jules II tenta d'affirmer l'autorité pontificale en Italie en créant la Ligue de Cambrai, une alliance ayant pour but de mettre un frein au pouvoir de Venise.

Jules II, humilié par l'échec de l'armée impériale, se tourne vers Louis XII de France (qui, ayant conservé la ville de Milan après la seconde guerre italienne, est intéressé par d'autres conquêtes en Italie) afin de conclure une alliance. À la mi-mars, la République lui donne un prétexte en nommant son propre candidat évêque de Vicence (une nomination en accord avec une vieille tradition, bien que Jules II prenne celle-ci comme une provocation personnelle). Le pape appelle toutes les nations chrétiennes à le rejoindre dans une expédition pour soumettre VeniseNorwich, History of Venice, 394–395. Le , des représentants de la Papauté, de la France, du Saint-Empire romain, et de Ferdinand II d'Aragon concluent la création de la Ligue de Cambrai contre la République. L'accord prévoit le démembrement complet des territoires vénitiens en Italie et leur redistribution aux différents signataires : Maximilien , tout en recouvrant l'Istrie, devait recevoir Vérone, Vicence, Padoue, et le Frioul ; la France doit annexer Brescia, Bergame, et Crémone à ses possessions milanaises ; Ferdinand II doit prendre Otrante. Le reste des territoires, dont Rimini et Ravenne, serait annexé aux États pontificauxGuicciardini, History of Italy, 196–197; Shaw, Julius II, 228–234.

Le , le roi Louis XII quitte Milan à la tête d'une armée française et entre rapidement en territoire vénitien. Pour s'opposer à son avance, Venise a engagé une armée de condottieres placée sous le commandement des cousins d'Orsini (Bartolomeo d'Alviano et Niccolò di Pitigliano) mais n'a pas pris en compte leur désaccord sur le moyen le plus efficace pour contrer les Français. En conséquence, lorsque Louis XII franchit l'Adda début mai et qu'Alviano s'avance à sa rencontre, Pitigliano, considérant qu'il vaut mieux éviter une bataille rangée, part vers le sud. Le , Alviano affronte les Français lors de la bataille d'Agnadel. Surpassé en nombre, il envoie une demande de renforts à son cousin, qui lui répond de rompre la bataille avant de poursuivre son cheminTaylor, Art of War in Italy, 119.. Alviano passe outre aux nouveaux ordres en poursuivant la bataille ; son armée finit par être cernée et détruite. Pitigliano réussit à éviter la rencontre avec les troupes de Louis XII. Cependant, ses troupes de mercenaires, ayant eu écho de la défaite d'Alviano, ont en grande partie déserté, l'obligeant à se retirer à Trévise avec ce qui reste de l'armée vénitienneNorwich, History of Venice, 399–400..

La débâcle vénitienne est totale, et en Vénétie, Louis XII peut avancer jusqu'à Brescia sans rencontrer de véritable résistance. Les principales villes qui n'ont pas été occupées - Padoue, Vérone, et Vicence - sont laissées sans défense aucune après la retraite de Pitigliano, et elles sont de ce fait rapidement livrées aux émissaires de l'Empereur Maximilien lorsque ces derniers arrivent en Vénétie. Ayant entretemps promulgué un interdit contre Venise, excommuniant tous les citoyens de la République, Jules II envahit la Romagne et prend Ravenne avec l'aide du duc de Ferrare Alphonse d'Este. Ce dernier a rejoint la Ligue et il est désigné gonfalonnier de l'Église le ; il entreprend alors la conquête de la Polésine de sa propre initiativeNorwich, History of Venice, 401–402..

Les nouveaux gouverneurs impériaux se rendent cependant rapidement impopulaires. À la mi-juillet, les citoyens de Padoue se révoltent avec l'aide de détachements de la cavalerie vénitienne commandée par le provéditeur Andrea Gritti. Les lansquenets constituant la garnison de la ville sont trop peu nombreux pour opposer une réelle résistance, et Padoue repasse sous la coupe de Venise le Norwich, History of Venice, 404.. Le succès de cette révolte impose à Maximilien d'entrer en action. Une imposante armée impériale, à laquelle se sont joints des corps de troupes françaises et espagnoles, part de Trente pour la Vénétie début août. Les forces impériales ne peuvent atteindre Padoue avant septembre en raison du manque de chevaux et d'une désorganisation générale permettant ainsi à Pitigliano de rassembler les troupes qu'il a encore à sa disposition dans la ville. Le siège de Padoue ne débute ainsi que le . Même si les artilleries françaises et impériales peuvent ouvrir des brèches dans les murailles de la ville, les défenseurs arrivent à conserver la ville jusqu'à ce que Maximilien, s'impatientant, lève le siège le et se retire dans le Tyrol avec la majeure partie de son arméeNorwich, History of Venice, 405..

À la mi-novembre, Pitigliano reprend l'offensive. Les troupes vénitiennes battent facilement le reste des troupes impériales, prenant alors les villes de Vicence, Feltre et Belluno. Même si par la suite, l'attaque de Vérone est un échec, Pitigliano réussit à anéantir une armée pontificale commandée par François II de Mantoue mais Venise subit une défaite lors de la bataille de Polesella. Il s'agit d'une attaque fluviale de Ferrare par les galères vénitiennes commandées par Angelo Trevisan, flotte dont tous les navires sont coulés par l'artillerie de Ferrare alors qu'ils sont ancrés dans le PôNorwich, History of Venice, 406.. Francesco Guicciardini attribue cette victoire décisive à Alphonse d'EsteGuicciardini, Storia d'Italia, 806–812.. De plus, une nouvelle avancée française force bientôt Pitigliano à se retirer de nouveau à Padoue.

Faisant face à un manque de moyens et d'hommes, le Sénat décide alors d'envoyer une ambassade au pape afin de négocier un accord. Les conditions de Jules II sont sévères : la République perd son pouvoir traditionnel de nommer les membres du clergé sur son territoire, ainsi que la juridiction sur tous les sujets du pape à Venise, et les cités de Romagne qui ont conduit à la guerre doivent être restituées au pape, avec en plus le remboursement des frais engagés pour les reprendre. Le Sénat discute ces conditions pendant deux mois, puis finit par les accepter le . Cependant, avant même que les ambassadeurs vénitiens se présentent à Jules II pour l'absolution, le Conseil des Dix a secrètement considéré que ces conditions ont été acceptées sous la contrainte et qu'elles sont de ce fait invalides, et que donc Venise peut les enfreindre à la première occasionNorwich, History of Venice, 408–409..

Cette apparente réconciliation entre Venise et la Papauté n'empêche pas les Français d'envahir de nouveau la Vénétie en mars. La mort de Pitigliano en janvier laisse Andrea Gritti à la tête de l'armée vénitienne, et l'armée française, bien que n'étant pas soutenue par Maximilien, est suffisante pour reprendre Vicence en mai. Gritti renforce la garnison de Padoue en vue d'une attaque combinée des troupes françaises et impériales, mais le roi Louis XII, davantage préoccupé par la mort de son conseiller le cardinal d'Amboise, abandonne ses idées de siègeNorwich, History of Venice, 410–411..

L'alliance entre le pape et Venise 200px|vignette|gauche|Portrait d’Alphonse d'Este par Le Titien. Excommunié par Jules II, il infligea un certain nombre de défaites aux armées du pape.