L'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, située à Paris au 23 rue des Bernardins, à l'angle de la rue Saint-Victor dans le , dans le quartier Saint-Victor, à côté de la maison de la Mutualité, a été reconstruite dès la seconde moitié du à l'emplacement d'un édifice du , et achevée en 1937.
Depuis le — date de son occupation illégale par des proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X., fraternité dont elle dépend officieusement depuis lors —, cette église constitue le principal lieu de culte parisien du mouvement catholique traditionaliste.
Historique
Le « clos du chardonnet » est mentionné pour la première fois dans un dénombrement de 1126. Il désigne un domaine situé en rive gauche de la Seine allant des fossés de l'abbaye Saint-Victor à l'est jusqu'à la rue de Bièvre à l'ouest et s'arrêtant à mi-pente de la montagne Sainte-Geneviève. Il doit son nom aux chardons sauvages qui y poussaient avant qu'on y plante des vignes. Le clos du chardonnet a été ensuite englobé dans l’enceinte de Philippe Auguste..
La première église 150px|thumb|gauche|Panneau Histoire de Paris. Cédant à la demande des habitants du clos à ses tenants (Bruneau, Laas, Garlande), Pierre, abbé de Saint-Victor à concédé à l'évêque de Paris, Guillaume d'Auvergne, une pièce de terre pour élever une chapelle et un presbytère près du cimetière qu’il dédia à saint Nicolas (1230) pour rappeler un sauvetage de trois mariniers après un naufrage sur la Seine.
Devenue paroisse, la chapelle fut remplacée par une église (1243) qui fut à son tour remplacée par une église plus grande que Jean de Nanton, évêque de Paris, consacra le . Agrandie en 1545, l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet reçut un nouveau clocher en 1625. L'église était alors classiquement orientée à l'est : elle s'ouvrait sur la rue des Bernardins et était parallèle à la rue Saint-Victor dont elle était séparée par un canal de dérivation de la Bièvre.
La reconstruction du règne de à nos jours
thumb|upright|Plan de l'église, in : Paul Joanne, Guide de Paris…
Au milieu du , il est décidé de reconstruire une nouvelle église à côté de l'ancienne qui tombait en ruineTableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois, Jacques-Maximilien Benjamin Bins, page 458., en dirigeant son axe vers le nord faute de place à l'est occupé par le séminaire de Bourdoise.
Le , les marguilliers arrêtèrent avec Michel Noblet et François Levé, architecte du roi, le devis général des travaux et l'échelon des prix à la toise. Le même jour, ils passèrent marché avec eux pour une première tranche de travaux (le chœur ?), suivi d'autres marchés le , puis en 1662 et 1667. Cet édifice sera construit d'après les dessins du peintre Lebrun, datés de 1656 à 1690. Elle comporte une tour carrée latérale. C'est une des rares églises du qui ne soit pas orientée.
Le , Christophe Martin, conseiller du roi , contrôleur général de la Marine et ancien marguillier de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, pose la première pierre dans le cimetière de l'ancienne église avec le curé Georges Froger, Guillaume Compaing et quelques paroissiens (Clermont-Tonnerre, d'Argenson), d’une nouvelle église à laquelle travaille Charles Le Brun et dont Hardouin de Péréfixe de Beaumont fait la dédicace le .. François Levé meurt le , et en 1667, les travaux exécutés ne sont pas encore payés, il reste à construire les travées de la nef encore occupée par l'ancienne église. En 1668, le maçon Jean Bailly donne l'alignement d'une place récemment acquise , derrière le chœur de l'ancienne église. Plusieurs lots et gains de loteries royales sont organisées « en faveur du bâtiment de Saint-Nicolas-du-Chardonnet », notamment le mardi . En 1763, ils permirent, malgré leur faible succès, de terminer la construction de l'église et de sa façade, financée en grande partie par Marc-René de Voyer de Paulmy d'Argenson. La nef est achevée en 1716, la voûte posée en 1763. Le maître-autel est consacré le par l'archevêque Christophe de Beaumont, qui refuse de consacrer totalement l'église, considérant que sans façade, l'édifice est inachevé..
François-Henri Clicquot est le facteur du grand orgue dont le buffet date de 1725.
En 1862, le percement du boulevard Saint-Germain à la suite des grands travaux de modernisation de Haussmann nécessite le remaniement de l'abside par Victor Baltard.
La démolition en 1911 de l'ancien séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet permit la construction en 1930 de la maison de la Mutualité à cet emplacement, et la réalisation de la façadeDe 1898 à 1920, le photographe Eugène Atget a photographié l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet et le petit séminaire. L'ensemble de ces clichés, une trentaine ou plus, au gélatino-bromure sur plaque de verre, est visible dans la base Mémoire du ministère de la Culture, à la médiathèque de l'architecture et du patrimoine (archives photographiques, diffusion RMN) et à Paris à la Bibliothèque nationale de France (en ligne sur Gallica pour les clichés antérieurs à 1915). Des clichés d'autres photographes, comme Adolphe Giraudon, sont également consultables sur Gallica. À voir aussi : L'art dans le vieux Paris. [1900-1927] / Eugène Atget, photogr., (1857-1927). [Le quartier Saint-Victor] / Clichés 40-45, et encore sur la base Mistral : les chasubles, canons d'autel brodés, et le séminaire de Saint-Nicolas et les tableaux et l'intérieur de l'Église..
Le portail principal sud, donnant sur la rue Saint-Victor, est construit entre 1932 et 1937 sous la direction de Charles Halley, et l'église sera enfin consacrée le par Beaussart, délégué du cardinal-archevêque.
Vie de la paroisse depuis le Jusqu'en 1977
En 1907, le curé de la paroisse, Gabriel Lenert, décide de faire paraître un journal paroissial, Le Chardonnet, l’un des tout premiers journaux paroissiaux, avec le Bulletin de Saint-Sulpice et l’Écho de Plaisance. Son titre fut orné d'une vignette de Louis Périn, architecte diplômé du Gouvernement. Il paraissait le dernier dimanche de chaque mois, même pendant la guerre, où il devint l’organe de l'œuvre de l'Entraide, de Paul Painlevé et de l'Assistance Municipale aux prisonniers de guerre du , présidé par son maire. Il fut envoyé au rabbin Jacques Kahn et à tous les consistoires israélites, à l'occasion d'un article sur l' union sacrée. Le journal parut pendant plus de vingt-cinq ans, il comprenait comme les journaux paroissiaux d'aujourd'hui, une chronique médicale, musicale, un Billet-Chardonnet, des bibliographies, des articles, un chapitre historique, des poésies, des histoires drôles, les horaires des messes, les consignes concernant les sacrements, les registres paroissiaux, des publicités, sous la direction de trois curés successifs : Lescure, Girod et Solaro et le curé Lattelais ne pouvait plus faire de sermon sans en recommander la lecture à ses paroissiens. On y apprend par exemple la fondation de la Confrérie Notre-Dame Reine du Clergé le La Paroisse de Saint Nicolas édite toujours Le Chardonnet, consultable en version pdf sur le site .. L'abbé Lenert fait relier sans équivoque sa paroisse au chardonneret, dont l'image orne le dessin du titre du Journal paroissial : cet oiseau évoquerait dans l'art chrétien la Passion, et la Couronne d'épines, car il se nourrit de chardonsOr la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet fut précisément fondée en 1243 pour remplacer une ancienne chapelle détruite ou déplacée pour faire place à la Sainte-Chapelle, sur l'île de la Cité, devant abriter la Couronne d'épines rapportée de Terre sainte par Saint Louis..
En 1921, il y avait trois employés à la paroisse, un Garde suisse en trois costumes, un bedeau et une chaisière, chargés du nettoyage, balayage, des cierges, des pendules, des cloches, des affiches, des courses, du courrier, de l'aération, du calorifère, du parquet, des chaisesCoutumier de Saint Nicolas du Chardonnet, Archives paroissiales diocésaines..
À partir de 1977 thumb|right| Autel de la Vierge et ex-votos.
Depuis le , date de son occupation illégale par la force, en .. par des proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, fraternité dont elle dépend officieusement depuis lors, cette église constitue le principal lieu de culte parisien du mouvement catholique traditionaliste — également qualifié d'« intégriste »Marcel Lefebvre et ses disciples se considèrent comme traditionalistes tandis que pour beaucoup, ainsi que l'explique Émile Poulat, le mouvement est l'incarnation de l'intégrisme ; . Le terme est également utilisé dans ou dans . — ainsi que, dans une certaine mesure, de la frange catholique de l'extrême droite française..
En 1977, l'église est occupée Photos actuelles. par des catholiques traditionalistes . proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X qui, menés par les abbés François Ducaud-Bourget, Louis Coache et Vincent Serralda, après neuf demandes restées sans suite auprès du cardinal François Marty, archevêque de Paris, s'emparent du lieu en y célébrant une messe le . Ils s'y installent ensuite, expulsant le prêtre Pierre Bellégo, , affectataire du lieu« L’idée des abbés Louis Coache, Vincent Serralda et François Ducaud-Bourget était simple : mettre une annonce dans L’Aurore annonçant la célébration d’une grand-messe traditionnelle à la Mutualité dans le . Ce que les fidèles ne savaient pas en y venant, c’était qu’ils seraient dirigés directement vers l’église voisine, Saint-Nicolas du Chardonnet, se trouvant à seulement dix minutes de là… » Source : site favorable à , Nations Press ., ainsi que Jacques Schneider, le premier vicaireles anciens paroissiens de cette église désaffectée durent changer de lieu de culte à l'église Saint-Séverin « Elle est utilisée comme lieu de culte de la paroisse Saint-Séverin-Saint-Nicolas. En effet, depuis 1977, date de l'occupation de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet par des fidèles de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, le territoire de Saint-Nicolas dépend également de Saint-Séverin. La paroisse a l'usage d'un immeuble sis 39, boulevard Saint-Germain, ancien presbytère de Saint-Nicolas du Chardonnet »..
Les traditionalistes y demeurent depuis cette date, malgré un arrêté d'expulsion obtenu par l'archevêché de Paris, et la demande d'intervention de la force publique. Jean Guitton, désigné comme médiateur par le Tribunal de grande instance, mit en avant le risque d'un trouble plus grand à l'ordre public, si cet arrêté était appliqué. Après y avoir exercé la fonction de curé (sans en avoir le titre officiel), François Ducaud-Bourget « remit » l'église entre les mains de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X qui la dessert depuis.
Le , une bombe dans l'église y provoque des dégâts qui ne seront que superficiels. D'après des commentaires tardifs des milieux de droite et du Parti communiste, l'action aurait été revendiquée par un groupe s'intitulant les « Brigades juives ». Antérieurement, cette attribution avait également fait l'objet d'une brève citation dans un article publié en juin 1991 par le mensuel politique français Droite et du Parti communiste Le Choc du mois (, ), sous le titre « Milices juives : quinze ans de terrorisme », sous la plume de A. Malek..
Les obsèques de nombreuses personnalités furent célébrées dans cette église : ainsi Jacques Audiberti (), Michel Boutin et un nombre important de personnes connues pour leur engagement à l’extrême droite, dont Georges-Paul Wagner, Paul Touvier, François Duprat, Rolande Birgy, Bernard Faÿ, Maurice Bardèche ou encore Jean-Pierre Stirbois. Lors d’une cérémonie organisée à l’occasion du de l’occupation de l’église, de nombreux représentants de l’extrême droite française sont présents : Pierre Pujo (Aspects de la France), François Brigneau (Minute), Pierre Sidos (L’Œuvre française), Jean Madiran, André Figueras (Présent) et Roland Gaucher (National-Hebdo)..