Alexandre Vassilievitch Golovnine (Saint-Pétersbourg, - Saint-Pétersbourg, ), homme politique russe, fils du célèbre explorateur Vassili Mikhaïlovitch Golovnine.
Ministre réformateur de l'Instruction publique de 1861 à 1866, successeur d'Efim Alexeïevitch Poutiatine, et membre du Conseil d’État.
Biographie
Enfance et jeunesse
Issu d'une ancienne famille aristocratique russe, possessionnée à Riazan, Alexandre Vassilievitch Golovnine perdit tôt son père, le célèbre explorateur Vassili Mikhaïlovitch Golovnine.
De santé fragileFrappé d'aphasie jusqu'à l'âge de cinq ans, il ne put fréquenter l'école, et les jeunes de son âge, qu'à partir de ses treize ans. Sa jeunesse fut alimentée des lectures de Karamzine, Derjavine, Fonvizine et Plutarque, empruntés dans la bibliothèque paternelle., d'un caractère doux et égal, le jeune Alexandre Vassilievitch reçoit dans ses épreuves le constant soutien de sa mère Evdokia Stepanivna, de ses sœurs Maria, Alexandra, Olga et Iraida, de son oncle maternel Iossif Loutkovski, futur gouverneur civil de Saint-Pétersbourg, ainsi que du fidèle ami de la famille, l'explorateur Litke.
Entré en 1834 au gymnasium classique de Saint-PétersbourgLycée, il est admis l'année suivante, du fait de ses excellents résultats scolaires, au lycée impérial de Tsarkoïe Selo, dont il sort en 1839 avec une médaille d'or et le grade de conseiller titulaire.
Marqué par un voyage effectué en 1841, en compagnie de sa mère dans le domaine familial, héritage des tatares Védérevsky, famille de sa grand-mère paternelle ; sa mère et lui décident de réduire considérablement les charges et taxes des 350 serfs du village.
Carrière administrative
Tenté par la carrière civile, Alexandre Vassiliévitch entre en 1843 au ministère des Affaires intérieures, où il rejoint le service du savant minéralogiste Lev A. Perovski, qui louera hautement son travail et son intégrité. C'est là qu'il se lie d'amitié avec son collègue Ivan S. Tourguéniev, amitié qui dura jusqu'à la mort de l'écrivainQui louait beaucoup le jugement artistique de son ami, lui demandant souvent de lui servir de premier lecteur.
En 1845, Litke fonde la Société géographique russe, et y appelle Golovnine qui en devient le secrétaire ; c'est à la Société qu'il se lie avec le grand-duc Constantin Nicolaevitch de Russie. Cette nouvelle responsabilité lui ouvre les portes du ministère de la Marine ; néanmoins, Golovnine démissionne en et entreprend, à la demande du prince Menchikov, un long voyage d'étude sur l'histoire et les villes de Finlande, durant lequel il apprend le suédois.
En , le grand-duc Constantin N. l'appelle au Comité de révision de la réglementation maritime, où il apprécie hautement « sa modestie, son intégrité et son travail ». La relation entre le prince et Golovnine va rapidement évoluer, leur estime réciproque se muant rapidement en une amitié profonde et durableGolovnine acceptant aussi le poste de secrétaire personnel du prince ; comme lui ami intime des réformateurs Milioutine, Samarine, ReuternCette amitié, commencée sur les bancs du lycée impérial de Tsarkoïe Selo, resta intacte jusqu'à leur mort, la même année, TséeLui aussi ancien condisciple de Tsarkoïe Selo, auteur d'ouvrages prônant l'abolition du servage en Russie et Kaveline, Golovnine devient dès lors le confident du grand-duc et l'un des principaux promoteurs des idées libérales dans l'administration russe et à la courOn appelait alors le cercle d'aristocrates libéraux gravitant autour du grand-duc les Konstantinovtsevy, c'est-à-dire « ceux de Constantin » ; Golovnine en était alors le chef de file. Nombre d'entre eux étaient passés sur les bancs de Tsarkoïe Selo, diffusant certaines des thèses les plus modernistes des PetrachéviensPhilanthrope, le seigneur Golovnine appliqua d'abord ses théories sur ses terres ancestrales de . Il y fit construire à ses frais une église (Église de la Sainte Trinité, sur plans de l'architecte A. S. Chtchetkine ; détruite depuis), une école de garçons (1863), dotée de deux bibliothèques, un observatoire météorologique et un laboratoire de sciences ; en 1870, il y ouvrit aussi une école de filles. Enfin, il y fit construire un hôpital, équipé d'une maternité. L'une des écoles existe encore..
Fort de ce soutien, Golovnine est nommé en 1859 conseiller secret puis secrétaire d'État et entre dans l'administration des Écoles, au ministère de l'Instruction. Il effectue en 1860 un tour de Russie, son deuxième grand voyage, à l'instigation du grand-duc, afin de recueillir directement de nombreuses informations sur la réalité de la condition des serfs dans l'Empire ; il rentre à Saint-Pétersbourg effaré par la déliquescence générale des provinces (mauvais état des routes, délabrement des bâtiments officiels, impuissance des édiles face aux puissants fonctionnaires impériaux, sentiment d'abandon et de frustration des provinciaux vis-à-vis de la capitale, etc.). Il note alors qu'il lui semble évident que, désormais, « la puissance de l'Empire ne peut plus reposer sur les seules Armée, Marine, diplomatie voire la remarquable architecture de la capitale, mais doit aussi provenir de la richesse et de la satisfaction de ses provinces, à présent radicalisées »Головнин А.В. Общие заметки о поездке по некоторым губерниям в 1860 г. - Записки научного общества марксистов.1927. Il rédige alors toute une série de lettres aux hauts cadres de l'Empire pour les alerter sur cette situation dramatique, n'hésitant pas à dénoncer les « 40 dernières années de mesures répressives et improductives ».
Ses pressants appels pour l'introduction d'une vaste réforme sont finalement entendus par l'Empereur, qui l'appelle le à la tête du ministère de l'Instruction publique.
Un ministre réformateur
Alexandre V. Golovnine est l'un des premiers de cette nouvelle génération d'aristocrates libéraux à ainsi accéder aux rênes du gouvernement ; il s'attache immédiatement à revitaliser et développer l'enseignement russe.
Sa nomination a pour effet de ramener le calme et la confiance dans le milieu universitaire. Il ordonne immédiatement la réouverture des Universités fermées par le brutal Poutiatine après les émeutes estudiantines de 1857 et 1859 : les étudiants exclus des facultés lors des troubles sont à nouveau autorisés à passer leurs examens.
L'occidentaliste Alexandre Vassilievitch s'inspire des modèles étrangers; des membres de la Commission de réforme universitaire sont donc missionnés en France, en Allemagne, surtout, ainsi qu'en SuisseLa Suisse calviniste francophone était alors une référence en matière d'éducation ; David de Boudry, frère du conventionnel Marat, lui-même précepteur et brillant professeur au lycée impérial de Tsarkoïe Selo (il y eut notamment Pouchkine pour élève), fut d'ailleurs admis au sein de la noblesse russe (croix de Saint-Vladimir) pour services rendus. On suppose que son influence politique sur la jeunesse aristocratique fut essentielle, nombre de futurs réformateurs russes étant sortis du Lycée impérial peu d'années après la fin de son service... Et que dire du démocrate La Harpe, qui fut précepteur et conseiller d'Alexandre ?. Transparence oblige, les ténors de la presse sont associés au dialogue, et invités à s'exprimer sur les réformes envisagées. Le pouvoir reprend aussi langue avec les étudiants et les enseignants, afin que ces derniers puissent collaborer activement à l'amélioration de la vie et du système universitaire.
Provincial de cœur, fortement attaché à sa région, Golovnine tente d'enraciner à nouveau le pouvoir en décentralisant une partie des instances décisionnelles en province, après plus d'un siècle de superbe isolement à Saint-PétersbourgAppliquant des méthodes naguère apprises au ministère de la Marine, le ministre mit sur pied un système efficace de renseignement, fondé sur un constant dialogue avec les principaux acteurs du ministère, enseignants, écrivains, intellectuels et étudiants, lui permettant régulièrement de disposer d'un retour fiable et abondant sur l'accueil de ses réformes en province..
L'activité du nouveau ministre fut intense (il présenta pas moins de cinq plans de réforme), et les réformes se succédèrent à train d'enfer : nouveaux établissements, universitaires et secondaires, réorganisation du recrutement des enseignants, transparence des décisions et de la gestion.
Instituée en 1858, la Commission de réforme universitaire eut pour principales missions de régler les problèmes de la pénurie d'enseignants, de l'isolement et du très faible équipement des savants russes, de la faible qualité sinon de l'inexistence des relations entre étudiants et enseignants. Cette commission travailla en étroite collaboration avec les différentes universités de Russie. Pressé dans l'élaboration de sa réforme, Alexandre V. Golovnine y fait nommer un certain nombre de personnalités expérimentées dans le domaine universitaire, dont son proche ami Kaveline.
Réformateur pressé et imprudent, Golovnine aurait dû composer avec ses ennemis ; au contraire, son dynamisme et son autoritarisme ne firent qu'alimenter leur haine et leur refus de toute modernisation, car ils pressentaient que l'introduction puis l'acceptation des théories des Konstantinovtsevy, dont le ministre était le champion, ne pouvait qu'aboutir à la mise en place d'une Russie plus démocratique et libérale, c'est-à-dire à la destruction de leur propre univers. Courtisans et fonctionnaires firent donc cause commune contre Golovnine, dans une lutte sans pitié ; ainsi le puissant et très réactionnaire Serge G. Stroganov, bombardé en 1882 chef de la Commission scientifique, s'attacha, avec succès, à contrer systématiquement le travail de son rival.
Au terme de la cinquième version de son projet de réforme, le , Alexandre V. présenta à l'Empereur un nouveau statut des étudiantsStatut général des universités impériales, 1863. La totalité du projet de réforme fut publiée en allemand, sous la houlette du ministre, en 1865, sous le titre de Uebersicht der Tätigkeit des Russisch-Kaizerlischen Ministeriums des Volksaufklärung, qui l'approuva enfin. Cette réforme de l'enseignement rendait aux universités leur pleine autonomie ; existant théoriquement depuis 1858, cette autonomie avait depuis subi de nombreux amendement et retranchements limitatifs, réduisant d'autant la liberté des universités.
Les grands axes de la réforme étaient les suivants :
A - Réforme des Universités (renforcement de l'autonomie)
Dans chaque université, élection tous les quatre ans du recteur par les professeurs titulaires. L'administration, la pédagogie, le soutien du recteur de l'université sont confiés à un conseil de professeurs non titularisés. Un tribunal disciplinaire composé de trois membres élus par les enseignants a pour tâche de juger les problèmes de discipline des étudiantsC'est seulement lors de circonstances exceptionnelles (révoltes, émeutes) que l'intervention de la police ou de la justice est admise ; mais elle doit demeurer exceptionnelle. La liaison entre le gouvernement et le recteur est assuré par un curateur. En outre les inspections perdent l'essentiel de leur rôle.
Le Ministère soutint aussi les étudiants diplômés parachevant leurs études à l'étranger. Golovnine confia la direction de ce volet de la réforme au célèbre chirurgien Pirogov.
Cette réforme permit la création de nouvelles universités modernes, telles celles de Tomsk (l'une des plus brillantes de Russie jusqu'en 1917), de Novossibirsk (1864), de Varsovie et Iaroslavl ; La Russie commençait à rivaliser avec l'Europe universitaire moderne.
B - Réforme de l'enseignement primaire et secondaire