Balthazar Johannes (John) Vorster, né le à Jamestown dans la province du Cap et mort le au Cap, est un homme d'État sud-africain, Premier ministre de 1966 à 1978, et président de l'État de 1978 à 1979.

Membre du Parti national et membre de la chambre de l'assemblée (1953-1978), il est également ministre de la Justice de 1961 à 1966 dans le gouvernement Verwoerd et chef du Parti national de 1966 à 1978.

En tant que ministre de la justice, il crée le premier service de sécurité intérieure (BOSS), puis la Special Branch, spécialisée dans la lutte contre la subversion et le communisme. Au Parlement, il fait adopter plusieurs textes répressifs comme ceux permettant les garde à vue pour des durées quasi illimitées et sans procès ainsi que le renforcement des mesures d'assignation à résidence doublée d'une interdiction de parole publique.

Son mandat comme Premier ministre d'Afrique du Sud est marqué par ses réformes intérieures concernant l'apartheid, avec une modification de la politique sportive du gouvernement sud-africain, l'ouverture d'un certain nombre de restaurants et d'hôtels de première classe aux Noirs, tout comme un certain nombre de bibliothèques, de théâtres et de musées. Les Noirs et les Blancs sont ainsi autorisés à s'affronter ou à jouer dans des équipes mixtes, pour la plupart au niveau nationalPremier Under Siege, article du New-York Times du 4 septembre 1976. Ces ouvertures furent néanmoins limitées et occultées par les émeutes de Soweto de 1976.

En politique étrangère, il mène une politique de détente auprès de plusieurs chefs d'État africains et une médiation dans le conflit en Rhodésie. Au Sud-Ouest africain (future Namibie), il infléchit la politique sud-africaine d'apartheid, et percevant les divisions au sein même des mouvements d'opposition, s'engage dans la voie de l'autodétermination du territoire (conférence de la Turnhalle), pour notamment contrer la SWAPO, désignée le , par l'Assemblée générale des Nations unies, comme représentant unique et authentique du peuple namibien. Néanmoins, cette politique d'ouverture intensive et pragmatique est aussi occultée par l'intervention militaire sud-africaine en Angola à partir de la fin de l'année 1975.

À l'apogée de sa carrière politique, John Vorster est l'homme politique le plus puissant que l'Afrique du Sud ait jamais connu de toute son histoire et le plus populaire des Afrikaners au sein de la communauté blanche. À la fin de son mandat, John Vorster laisse toutefois son pays singulièrement isolé sur la scène internationale et les Afrikaners en proie à une plus grande inquiétude existentielle.

Origines, études et militantisme La famille Vorster serait originaire de Berne en Suisse. Jan Vorster, marin à bord du Velserhoofdt, serait arrivé au Cap le . Il reste dans la colonie néerlandaise en tant que maçon et a trois enfants avec Élisabeth Lubbe (1702-1770), née à Stellenbosch, et qu'il a épousée en 1721.

Quinzième et dernier enfant de Willem Carel Vorster (1869-1935), riche éleveur de moutons, et de son épouse Elizabeth Wagenaar (1875-1950), John Vorster, arrière-arrière-arrière-arrière petit-fils de Jan Vorster, est né le à Uitenhage dans la province du Cap en Afrique du Sud. Très dévots, ses parents sont aussi des nationalistes afrikaners. Enfant, ses lectures favorites sont centrées sur la guerre des Boers et sur les injustices que ressentent alors les Afrikaners. L'un de ses livres favoris traite notamment des Boers exécutés par les AnglaisPierre Haski, L'Afrique blanche : histoire et enjeux de l'apartheid, Seuil, 1987..

Après avoir fréquenté l'école à Uitenhage, John Vorster est entré comme étudiant en droit à l'université de Stellenbosch, qui est réputée pour être le berceau du nationalisme afrikaner. L'influence de l'université sur le développement de la culture afrikaans est profonde. Vorster lui-même est très impliqué dans la vie politique étudiante et devient président de la société de débat, vice-président du conseil étudiant et chef du parti national de la jeunesse.

En 1938, il est diplômé et devient assistant du juge-président de la cour suprême sud-africaine de la division provinciale du Cap. Il ne reste pas à ce poste longtemps et ouvre son premier cabinet d'avocats à Port Elizabeth puis un second à Brakpan dans le Witwatersrand.

À partir de 1939, Vorster gagne une notoriété en s'opposant fermement à l'intervention de l'Afrique du Sud aux côtés des alliés et de leur ancien ennemi, l'Angleterre, durant la Seconde Guerre mondiale. Davantage par ressentiment anti-anglais qui a ses racines dans la guerre des Boers, que par des convictions pro-nazies, les nationalistes afrikaners espèrent une victoire allemande pour se débarrasser de la tutelle britannique. Vorster, quant à lui, adhère à une organisation afrikaner, anti-britannique et pro-nazie, l'Ossewa Brandwag (la sentinelle des chars à bœufs), fondée en 1938 à l'occasion du centenaire du Grand Trek. Sous la direction de Johannes Van Rensburg, la sentinelle des chars à bœufs mène de nombreux actes de sabotages contre l'Afrique du Sud afin de limiter son effort de guerre. Si Vorster a affirmé n'avoir jamais participé à des actes de guerre attribué au groupe, il gravit rapidement les échelons de l'Ossewa Brandwag et en devient général de son aile paramilitaire. Son engagement auprès de ce groupe l'amène à être arrêté et détenu à Koffiefontein en 1942. Il n'est libéré de ce camp de détention qu'en 1944.

Son accession vers le pouvoir Une fois la guerre terminée, vivant dorénavant avec son épouse, Martini Steyn Malan Vorster à Brakpan dans le Transvaal, John Vorster rejoint le Parti afrikaner et se présente en tant que candidat indépendant aux élections générales de 1948. Il est battu de deux voix par le candidat du parti uni, Alfred Trollip. Cinq ans plus tard, en 1953, il est néanmoins élu dans la circonscription voisine de Nigel et est parallèlement admis au barreau de Johannesburg. En 1958, John Vorster entre dans le gouvernement d'Hendrik Verwoerd, en tant que vice-ministre de l'éducation, des arts et des sciences (1958-1961) et vice-ministre des pensions et de la sécurité sociale (1958-1961).

Chef de file de l'aile droite du parti national. Il devient une figure importante de la politique sud-africaine quand il est nommé ministre de l'Éducation, des Arts et des Sciences (1961) et surtout ministre de la Justice (1961-1966). À ce poste, il est un strict exécutant de la politique d'apartheid. Il fait son possible pour que Nelson Mandela soit condamné à mort lors du procès de Rivonia (1964). Vorster devait gagner le surnom de "Jackboot John", pour l'introduction du Sabotage Act de 1962, et les politiques de détentions de dissidents sans procès et le bannissement, une forme d'assignation à résidence..

Une semaine après l'assassinat de Verwoerd en plein parlement par un militant communiste du nom de Dimitri Tsafendas, un métis d'origine grecque et mozambicaine, John Vorster, alors présenté comme plus extrémiste devient le chef du Parti national et Premier ministre d'Afrique du Sud après l'avoir emporté contre le ministre des transports, Ben Schoeman, considéré comme plus modéré, et président du parti national dans le Transvaal« M. B. J. Vorster, un super Verwoerd », Le Monde, 14 septembre 1966..

Vorster Premier ministre (1966-1978)

Pragmatique dans l'application de l'apartheid Beaucoup plus détendu que son prédécesseur, John Vorster autorise à se laisser photographier en train de jouer au golf en short. Il accueille également des journalistes de l'opposition dans son propre cabinet pour des réunions d'information régulières et se permet de saluer ses visiteurs étrangers d'un surprenant bienvenue dans l'État de police le plus heureux dans le monde. Cette nouvelle perspective dans le leadership du pays est qualifiée par les Sud-Africains blancs de gentillesse raisonnable. Ainsi, alors qu'elle a déclaré que Hendrik Verwoerd avait quelque chose de presque diabolique, Helen Suzman, unique députée du parti progressiste au parlement sud-africain de 1961 à 1974, considère que Vorster a de la chair et du sang.

En 1968, Vorster, propose de faire modifier le drapeau sud-africain pour avoir un emblème national exempt de référence aux patries d'origines des populations blanches, à savoir la Grande-Bretagne, le Transvaal et l'État libre d'Orange. Ce faisant, il répond à une demande de radicaux afrikaners visant à faire disparaitre l'Union Jack, symbole pour eux de l'impérialisme britannique. Finalement, la proposition est retirée, Vorster estimant que les débats dériveraient inévitablement en chicaneries politiciennes. Vorster est perçu en outre comme un libéral par les mouvements d’extrême droite afrikaner (le Parti national reconstitué, fondé en 1969 et le Mouvement de résistance afrikaner) fondé en 1973.

Au racisme explicite de Johannes Strijdom et à celui implicite d'Hendrik Verwoerd a succédé un homme qui est le premier chef de gouvernement nationaliste à affirmer sans ambiguïté qu'il n'y a pas de races supérieures ou inférieures en Afrique du Sud (bien que pour lui les Noirs étaient différents. Et ils n'étaient pas des sud-africains). S'ils défiaient le statu quo, Vorster riposterait avec des méthodes impitoyables. Il autorisa la venue de sportifs et diplomates noirs en Afrique du Sud (ceux du Malawi) et a permis (un peu à contrecœur) la constitution de la première équipe sportive sud-africaine multiraciale. Durant les années 1970, il a assumé un contrôle presque complet sur le mouvement nationaliste afrikaner. C'est également sous le gouvernement Vorster que fut abandonné le concept du Baasskap au profit de la lutte contre le communisme.

Sous John Vorster, un certain nombre de restaurants et d'hôtels de première classe sont ouverts aux Noirs, tout comme un certain nombre de bibliothèques, de théâtres et de musées. Les Noirs et les Blancs sont autorisés à s'affronter ou à jouer dans des équipes mixtes, pour la plupart au niveau national. Ces assouplissements sont marqués par la déségrégation des parcs à Johannesburg, du théâtre Nico Malan au Cap et des hôtels cinq étoiles dans toute l'Afrique du Sud en 1974 et en 1978 par l'ouverture des premières boites de nuit multiraciales à Johannesburg. L'expérience ne dure qu'une année.

Dans le même temps, le processus de ségrégation est renforcé sous Vorster avec huit lois d'apartheid votées entre 1967 et 1977, (le Terrorism Act en 1967, le Separate Representation of Voters Amendment Act, et le Prohibition of Political Interference Act, en 1968, le Bantu Homelands Citizenship Act, en 1970, le Bantu Homelands Constitution Act, en 1971, le Aliens Control Act, en 1973, la loi sur l’interdiction aux noirs à l’accès à la formation professionnelle en 1976, et le Indemnity Act, en 1977). Le dans le cadre de la politique d'Apartheid, le gouvernement Vorster accorde l'Indépendance au bantoustan du Transkei, le , c'est le bantoustan du Bophuthatswana qui est déclaré indépendant.

Un changement de politique sportive du gouvernement sud-africain