Bảo Đại (du vietnamien : 保大帝) est le nom d'intronisation du prince Nguyễn Phúc Vĩnh Thụy, fils unique de l'empereur Khải Định (啟定帝), né le au palais Doan Trang Vien de Huế dans le protectorat français d'Annam et mort le à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris.
Treizième et dernier monarque de la dynastie des Nguyễn, il est aussi le dernier empereur du Viêt Nam ; il règne sous la colonisation française, alors que la dynastie n'exerce plus qu'une souveraineté symbolique sur les protectorats de l'Annam et du Tonkin.
Partisan de l'indépendance, il abdique malgré lui le , remettant les symboles de sa souveraineté, le sceau et l'épée d'or, à une délégation Việt Minh, alors que l'Indochine française se trouve en plein chaos (épisode dit de la révolution d'août). Il est conservé par les indépendantistes comme « conseiller politique ».
En 1949, durant la guerre d'Indochine, il est ramené au pouvoir par les Français, non plus avec le titre d'empereur mais avec celui de chef de l'État du Viêt Nam. En 1955, il est renversé par son Premier ministre, Ngô Đình Diệm, et passe le reste de sa vie en exil.
Biographie Enfance et jeunesse vignette|gauche|Plaque 13 avenue de Lamballe (Paris). Fils de l'empereur Khải Định de la dynastie des Nguyễn, le prince Vĩnh Thụy, né le , a vécu durant toute son enfance au Palais impérial de Hué. Le prince Vĩnh Thụy succède à son père le et prend le nom de Bảo Đại (gardien de la Grandeur). De tous les souverains de la dynastie des Nguyễn, Bảo Đại fut le seul à pouvoir faire des études en France et ce, pour une première étape (de 1922 à 1925), dès l'âge de neuf ans alors qu'il venait d'être investi, le , de la dignité de « prince héritier de la Couronne ».
Il voulait parfaire son éducation à l'occidentale pour une seconde étape (de 1926 à 1932) en tant qu'empereur (à 13 ans) placé sous régence jusqu'à l'âge de 19 ans.
vignette|gauche|redresse|Bảo Đại en 1926.
Il n'assume pas tout de suite le pouvoir, qui est confié à un régent, Tôn Thất Hân, favorisé par l'administration française. Il part pour Paris faire ses études : il fréquente le cours Hattemer où il est scout, le lycée Condorcet et le lycée Lakanal ; il étudie ensuite à l'École libre des sciences politiques pendant une année., le tout sous la direction de l'ancien résident supérieur à Hué.
Il habite son propre hôtel particulier avenue de Lamballe, dans le arrondissement. Fait inédit pour un empereur vietnamien, il pratique de nombreux sports : tennis, golf, ski, course automobile.
Exercice du pouvoir (1932-1940) Peu enclin à abandonner son train de vie pour des responsabilités politiques, il ne revient au Việt Nam qu'en , pressé par le gouvernement français. Animé d'un esprit réformateur, il montre sa volonté de changement dès le , lors de la cérémonie d'hommage des hauts fonctionnaires, en parlant français. En outre, il supprime les prosternations front contre sol (lays) traditionnelles, qui sont remplacées par une triple inclination devant la personne de Bao Dai.
Il s'attaque ensuite aux grands changements politiques. Par l'ordonnance du , le jeune empereur manifeste sa volonté de gouverner avec le concours du peuple (la devise Dân Vi Qui, « Le Peuple avant tout », le poursuit plus tard dans toute son action face à Hồ Chí Minh ou aux autorités françaises) sous la forme d'une monarchie constitutionnelle. Dans une autre ordonnance, datée du et fort de l'impact qu'a exercé la première sur l'opinion, l'empereur Bảo Đại déclare vouloir prendre personnellement le gouvernement de l'Empire par le rajeunissement de la Cour et la réorganisation du Nôi Cac. Il annonce qu'il gouvernera seul, faisant de son secrétaire particulier l'homme clef du palais : il choisit Nguyên Dé, un jeune Vietnamien de culture occidentale (originaire d'Hanoï), comme secrétaire particulier et supprime le poste de ministre de la Guerre (devenu inutile puisque ses sujets servant dans la garde royale, les milices ou la police, relèvent de l'autorité française). Il pense même à transférer la capitale de Huế à Hanoï.
vignette|gauche|Vue de la résidence d'été de Bao Dai à Đà Lạt. Toutes ces mesures sont encouragées par le gouvernement français, qui voit en Bảo Đại un rempart contre les aspirations nationalistes et qui se réserve un droit de veto sur toute décision impériale. Dans un premier temps, Bảo Đại se montre actif en faisant promulguer de nouveaux codes pénal et civil, réforme l'enseignement et s'attaque même au système du mandarinat (très décrié par la population) en l'allégeant. Le pouvoir colonial français juge alors prudent de lui adjoindre un ministre conservateur, Ngô Đình Diệm. Cependant, il se retrouve de nouveau seul puisque Ngô Đình Diệm, se révélant nationaliste, perd son poste sous la pression françaiseVoir sur emediawire.com..
Le jeune souverain, qui a supprimé le gynécée (et les eunuques qui le surveillaient), annonce en 1934 son intention d'épouser Marie-Thérèse Nguyễn Hữu Thị Lan, une jeune catholique, élevée elle aussi en France, issue d'une famille riche du Sud (là encore, Bảo Đại brave la tradition et les conservateurs de la Cour comme le peuple, qui reprochent au monarque son choix d'une épouse catholique et la monogamie que cette religion impose, le mariage polygame restant un puissant instrument de faveur impériale). En outre, le pape Pie XI refuse à la famille de la fiancée une dispense canonique pour le mariage et exige un engagement écrit stipulant que les futurs enfants soient élevés dans la foi catholique. La presse se hâte d'étouffer le refus pontifical, mais L'Osservatore Romano est formel.
Finalement, le mariage a lieu presque en secret, le , et Bảo Đại s'engage à ne pas avoir d'autre épouse officielle et à ne pas donner naissance à des héritiers potentiels hors mariage. Sa femme prend le titre de reine et même d'impératrice Nam Phuong (Parfum du Sud) du vivant de l'empereur. Quand le prince Bảo Long naît deux ans plus tard, il reçoit un enseignement officiel bouddhiste mais aussi, en secret, catholique. Le , l'enfant est officiellement intronisé héritier de Bảo Đại.
Cette même année, Bảo Đại effectue un grand voyage en France avec son épouse. vignette|center|500px|Sa majesté Bao-Daï fit le pèlerinage aux Tombeaux des ancêtres de la dynastie à Thanh-Hóa le jour du mois (4 novembre 1932).
Seconde Guerre mondiale
En , l'empire du Japon fait passer ses forces armées à travers toute l'Indochine française, suivant l'accord passé avec l'État français de Vichy. La France n'a alors pas les moyens de résister, et l'amiral Decoux, nommé gouverneur général par le gouvernement de Vichy, doit accepter la présence du Japon en Annam. L'empereur délaisse de plus en plus ses responsabilités politiques, se réfugiant dans la chasse.
Le , l'armée impériale japonaise, qui est à la veille de la défaite et veut contrôler son repli en s'appuyant sur les anciens peuples colonisés, réalise un coup de force dans toute l'Indochine française et prend le pouvoir des mains de l'administration coloniale française pour le remettre aux Viet Namiens. La fin du protectorat et l'état de siège sont proclamés. Le , Bảo Đại donne lecture d'un acte d'indépendance de son pays au sein de l’empire du Việt Nam en ces termes :
Trần Trọng Kim est nommé Premier ministre mais le gouvernement vietnamien, dépourvu de réels moyens, se trouve impuissant face à l'effroyable famine qui ravage le Nord du paysJacques Dalloz, La Guerre d'Indochine 1945-1954, Seuil, 1987, pages 65-66. et il est contesté par le Việt Minh, dirigé par Hô Chi Minh.
Le , il annonce l'annexion de la Cochinchine, colonie française, à son royaume, réunifiant ainsi le Việt Nam, sous la protection politique des Japonais. Le lendemain, cependant, le gouvernement japonais, à la suite notamment des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, annonce son intention de capituler. Bảo Đại n'étant plus protégé par les Japonais, le 17, le Việt Minh jette à bas les couleurs impériales et, le 19, le gouvernement révolutionnaire est proclamé dans le palais du résident général. Le , Bảo Đại est contraint d'abdiquer. Dans l'acte d'abdication, il indique :
Dans un premier temps, le gouvernement dirigé par Hô Chi Minh lui demande de s'installer à Hanoï comme « conseiller suprême », sous le simple nom de « citoyen Vĩnh Thụy », nomination entérinée le . Craignant pour sa vie, Bảo Đại dort souvent dans des résidences réquisitionnées. Privé des ressources de l'empire d'Annam par son abdication, il découvre également la pauvreté.
Au mois de décembre, les Français débarquent pour rétablir leur pouvoir colonial et prennent rapidement le contrôle du Sud du pays. Bảo Đại, est considéré comme un ancien allié des Japonais et un ennemi du retour des Français ; il doit être caché par le Việt Minh. En , il est élu député Việt Minh de la circonscription de Thanh Hóa.
Guerre d'Indochine et retour au pouvoir Progressivement, le nom de Bảo Đại revient sur le devant de la scène : les partis d'opposition au Việt Minh le voient volontiers comme chef d'un gouvernement d'union nationale. Pour l'éloigner, Hồ Chí Minh l'envoie en Chine dans une « délégation amicale ». Son influence sur la vie vietnamienne décroît alors rapidement.
En , Bảo Đại gagne Hong Kong. Cependant, la France renoue contact avec lui et paie ses dépenses, dans l'espoir de le voir remonter sur le trône. Bảo Đại ne s'engage pas avant , quand il se déclare prêt à remonter sur le trône face aux exactions communistes. Cependant, il ne rentre pas immédiatement au Việt Nam et préfère voyager d'abord en Grande-Bretagne, en France (où il réside notamment dans sa propriété cannoise du château Thorenc) et enfin en Suisse, où le gouvernement négocie avec lui son retour au pouvoir. Un accord est conclu avec les Français, mais l'ancien empereur attend, pour rentrer au pays, que la Cochinchine ait été rattachée au reste du territoire vietnamien et laisse en attendant le gouvernement central provisoire du Viêt Nam du général Nguyễn Văn Xuân gérer sur place les affaires courantes.
Dès lors, à partir de 1948, le « citoyen Vĩnh Thụy » est considéré comme un traître à son pays par les communistes. En , le tribunal militaire de la interzone militaire communiste met en scène son procès, un acteur étant chargé d'incarner l'ex-empereur. Bảo Đại est accusé de haute trahison et condamné à mort.
Les négociations entreprises entre la France et le gouvernement central provisoire ont abouti à la Déclaration commune faite le en baie d'Along entre Émile Bollaert, Haut-commissaire de France en Indochine, et le général Nguyễn Văn Xuân, président du GCP du Viêt Nam, en présence de Bảo Đại : « La France reconnaît solennellement l'indépendance du Viêt Nam auquel il appartient de réaliser librement son unité… » et aux accords du (dits Auriol-Bảo Đại) signés personnellement par l'ex-empereur en tant que chef de l'État du Viêt Nam. Par la suite, l'ordonnance du créant le gouvernement de fait du général Nguyễn Văn Xuân, est remplacée par celle du signée par Bảo Đại, chef de l'État et qui énonce les grandes lignes de l'organisation et du fonctionnement des institutions du Viêt Nam. Afin de ne pas donner le sentiment d'une restauration monarchique, l'ancien empereur n'utilise que le titre de « chef de l’État », la définition du régime politique du pays étant renvoyée à plus tard.
Cette constitution provisoire repose sur la base du principe de la souveraineté populaire (c'est l'application de la devise baodaïste : le peuple avant tout), la volonté du peuple étant la source de toutes les activités nationales. Malgré l'article (« Le peuple vietnamien décidera librement de ses institutions »), cette assertion n'est valable que pour l'avenir ; « du fait des circonstances actuelles de guerre, elle (sa volonté) ne peut s'exprimer librement. »