Victoria était une entreprise de biscuiterie-chocolaterie implantée en Belgique, aux Pays-Bas et en France. Créée à Koekelberg (Bruxelles) en 1896, la maison mère était connue principalement par sa production chocolatière, la classant parmi les grands de l’industrie belge du chocolat.
thumb|Les bâtiments Victoria rue De Neck à Koekelberg.
Son produit phare, le Big Nuts, était connu d’un large public. La marque Victoria sera abandonnée au cours des années 1980, au profit de marques réputées plus fortes comme LU pour les biscuits et Côte d’Or pour le chocolat, toutes deux propriété du groupe Kraft Foods. Victoria employa au total jusqu’à personnes.
Histoire
Débuts de la biscuiterie Réagissant à la notoriété acquise par les grands biscuitiers britanniques qui exportent avec succès sur le continent, trois maîtres pâtissiers bruxellois vont s’unir pour créer à Koekelberg, aux portes de Bruxelles-Centre, leur biscuiterie industrielle. Le , Charles Jeghers, Émile Bossaert et Joseph Carlier se constituent en société anonyme dont l’appellation Manufacture des biscuits et desserts Victoria, empruntée à celle qui règne alors sur l’Empire britannique, traduit publiquement leur intention de rivaliser en qualité avec les meilleurs produits d’outre-MancheDidier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. De la manufacture aux géants de l’agroalimentaire. Drukker. 480 pages. p. 25.
La biscuiterie Victoria s’installe rue De Neck, sur le Plateau de Koekelberg. Émile Bossaert, plus expérimenté, est nommé administrateur délégué de la jeune société. Dès le , il va déposer les demandes de permis de construire et les premiers biscuits sortiront des fours rapidement. Lors de la clôture du premier exercice au , le bilan affichera un chiffre d’affaires de francs belges, chiffre d’affaires qui montera à FB en et à FB l’année suivante. Le , le capital de la société est porté de à FBDidier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. p.28.
thumb|La Manufacture des biscuits et desserts Victoria vers 1899. Rue De Neck. Koekelberg.
La gamme des produits proposés grandit de mois en mois et les ventes progressent rapidement, y compris à l’exportation vers les Pays-Bas. En , le catalogue comporte 131 références et couvre un large éventail de biscuits et gaufrettes : petits-beurre, boudoirs, macarons, spéculoos, croquignoles, cakes aux fruits. Des biscuits décorés, dont les motifs sont exécutés manuellement au chinois et des boîtes d’assortiment sortent des ateliersDidier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. p.29.
Les conditionnements s’effectuent avant tout en tines et demi-tines qui, revêtues d’un couvercle vitré, permettent la vente au poids chez les détaillants. Des boîtes lithographiées aux décors raffinés, permettent par ailleurs de satisfaire une clientèle plus exigeante.
Victoria va multiplier les opérations publicitaires. À l’instar de Lefèvre-Utile en France et de la biscuiterie De Beukelaer à Anvers, des affichistes de renom comme Antoine Privat-Livemont ou Nathaniel Sichel vont dessiner pour la firmeDidier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. p.33 et p.48. Des calendriers muraux, des cartes postales, des horloges publicitaires vont faire connaître la marque. Avec, bien entendu, une gamme imposante de chromos, ces images destinées à séduire avant tout la clientèle enfantine.
Une deuxième usine aux Pays-Bas Les ventes aux Pays-Bas progressent rapidement, au point que l’usine de Koekelberg peine à fournir. Et, surtout, après la défaite électorale des libéraux en 1901 et l’arrivée au pouvoir d’Abraham Kuyper, les Pays-Bas envisagent un rehaussement sensible des taxes frappant l’importation des produits sucrés. Pour contourner la menace, on décide d’y implanter une deuxième biscuiterie. Un terrain est acquis à Dordrecht le Didier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. p.39.
thumb|Biscuiterie Victoria. Rue De Neck. Koekelberg. Céramiques sur rue (vers 1904).
Julien Charles Redelé assure la direction de la nouvelle usine. Ses attaches avec le parti socialiste néerlandais-SDAP et les initiatives qu’il prend d’emblée confèrent rapidement une image à forte connotation sociale à la nouvelle biscuiterie Victoria de Dordrecht.
Dès , la production de l’usine néerlandaise égale la moitié de celle de Koekelberg. Les dirigeants de Bruxelles ne cachent pas leur satisfaction. Une céramique viendra rappeler, rue Deneck, que la firme possède désormais une “même usine à Dordrecht”.
Création de la chocolaterie L’enrobage de certains biscuits avec du chocolat confère une compétence qui donnera l’idée de se lancer dans une véritable production chocolatière. En 1908, le biscuitier Victoria devient aussi chocolatier. Les premiers paquets et tablettes sortent des ateliers en Didier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. p.60.
Victoria produit des blocs, des paquets et des boîtes composées de plaques superposées dont les barres sont vendues à l’unité par les détaillants. Des petites tablettes comme celles des Princes, à l’effigie des trois enfants du roi Albert , sont emballées et préfigurent l’arrivée quelques années plus tard des bâtons fourrés individuels.
Le chocolat “de ménage” ou “à croquer” est garanti pur cacao et sucre, parfumé à la vanille. Il sera bientôt complété par du chocolat au lait, aux amandes ou aux noisettes, vendu également aux Pays-BasBiscuits Victoria. Fabrieken : Dordrecht-Brussel. A.J. ten Hope. Rotterdam. 1906-1909.
Victoria pendant la Première Guerre mondiale Tout au long des hostilités, les usines Victoria de Koekelberg et Dordrecht vont produire pour le Comité national de secours et d’alimentation créé à Bruxelles en sous le patronage d’Ernest Solvay et d’Émile Francqui pour assurer le ravitaillement des populations civiles. On fabriquera aussi, à partir de , pour le Comité d’alimentation du Nord de la France. Farines et sucre proviennent des États-Unis et transitent par le port de Rotterdam.
La production uniforme et régulière permet de maintenir le chiffre d’affaires et les emplois à l’usine. Elle permet aussi de préparer activement le retour à la paix en confiant à l’architecte koekelbergeois Arthur Pladet le soin d’élaborer les plans d’une grande chocolaterie qui, ouvrant rue de l'Armistice, doublera la surface des installationsDidier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. p.74.
La perspective des investissements à consentir, ainsi que la situation de guerre et d’occupation du pays vont amener les dirigeants de Victoria à suggérer à Julien Charles Redelé de trouver lui-même, sur place, les capitaux dont l’usine de Dordrecht a également besoin pour améliorer ses équipements. L’usine de Dordrecht se constituera en société anonyme le sous l’intitulé Biscuitfabriek Victoria NV. La maison mère bruxelloise restera associée à hauteur de 35 % du capitalDidier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. p.75.
L’un des trois grands du chocolat belge Émile Bossaert décède prématurément le dans l’exercice de ses fonctions de bourgmestre de la commune de Koekelberg. La fête du vingt-cinquième anniversaire de la firme sera néanmoins organisée qui regroupera durant deux journées, les 26 et , le personnel des usines de Koekelberg et Dordrecht qui se sont cotisés pour ériger un monument à la mémoire du fondateur. Les deux journées revêtiront un lustre exceptionnel : repas de mille couverts, concert public, traversée de Bruxelles en calèches, pique-nique dans les jardins de Tervuren, feu d'artificeAlbum Victoria du . Presses de la Coopérative artistique d’anciens combattants Oscar Magniette. 1921. 64 pages..
Si on a produit quelque temps des pâtes alimentaires Victoria, le démarrage de la nouvelle chocolaterie verra Victoria devenir, durant l’entre-deux-guerres, l’un des trois grands chocolatiers de Belgique, en concurrence directe avec Côte d’Or à Bruxelles et Jacques à Eupen. Avec Oscar Bossaert comme administrateur délégué. Lequel deviendra, comme son père, bourgmestre de la commune de Koekelberg le , fonction qu’il occupera jusqu’à son décès en 1956.
Victoria emploiera plus de personnes et produira annuellement jusqu’à tonnes de chocolat et de biscuits. Les premiers bâtons de chocolat Victoria sont commercialisés en 1921. La production de confiseries se développe également : pralines, dragées, toffées, drops et articles pour Pâques, la Saint-Nicolas et les fêtes de fin d’année.
thumb|Coupon-prime Victoria. 1936.
De son côté, Victoria-Dordrecht s’équipe à son tour comme chocolatier. Les ateliers sortent de terre en 1926 et les premiers articles de chocolat sont produits durant l’automne 1927Didier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. p.141. À partir de 1938, la chocolaterie produira aussi, sous licence, pour le chocolatier suisse Lindt.
Implantation en France Le marché français est encore peu prospecté par les chocolatiers belges. Victoria décide de s’y implanter. Pour ce faire, on va racheter la chocolaterie-confiturerie de L’Alimentation Française installée à Palaiseau en par René Delhaize qui tente alors de fédérer plusieurs sociétés succursalistes françaises autour de la centrale d’achat Loceda qu’il a lui-même créée en 1917. Mais la chocolaterie de Palaiseau marque le pas et le , Victoria s’en porte acquéreur au prix de francs françaisDidier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. p.124.
L'Alimentation Française change de nom le pour s’intituler Victoria SA. Du chocolat courant continue d’y être produit sous l’ancienne marque Roland tandis que le chocolat de “qualité belge” est produit sous marque Victoria. En 1930, un bureau de vente est installé à Paris. Mais, faute de publicité, la commercialisation en dehors du réseau des succursalistes peine à décoller. Le bureau parisien est fermé en 1936.
Située au cœur du nœud ferroviaire de Massy-Palaiseau, la chocolaterie Victoria sera détruite lors des bombardements alliés des 2 et qui annoncent le débarquement en Normandie. Après avoir sous-traité la fabrication des produits Victoria à l’usine Corné-Côte de France de Vitry-sur-Seine de 1945 à 1948, Victoria va réimplanter sa chocolaterie à Boulogne-Billancourt. Qui produira jusqu’en , cédant la place alors à un bureau de vente, la SARL Sipa-Victoria, installée à Puteaux, chargée de diffuser sur le marché français la production des usines de Koekelberg et de DordrechtDidier Sutter, Victoria. Biscuits-chocolat. p.336.
Après-guerre et Exposition de 1958 L’euphorie de l’après-guerre va permettre de retrouver rapidement un niveau de production équivalent à celui de l’entre-deux-guerres. Le grenadier Victoria, créé en 1938 pour remplacer l’effigie de la reine Victoria et faire pendant à l’éléphant de Côte d’Or et au chevalier de la Chocolaterie Jacques, symbolise désormais aux yeux du public belge le chocolat Victoria. En 1953, le bâton Big Nuts est lancé avec succès. Détrônant le Côte Perlée, il deviendra vite le nouveau produit phare de la société.
thumb|L'une des premières publicité avec le grenadier Victoria. 1939.
En 1955, Robert Grivegnée qui pressent que sa chocolaterie Aiglon, à Verviers, risque de disparaître à l’instar de beaucoup d’entreprises familiales, va choisir de s’implanter au Congo belgeCharles Pirard, Images de marques. 100 ans d’histoire du chocolat verviétois. Patrimoine-Pierre de Lune. 1999. 130 pages. p. 69. Le est créée à Élisabethville la SCARL Victoria Aiglon Parein-VAP par apport d’un tiers du capital par chacune des trois sociétés fondatrices. Le siège social est fixé à Élisabethville. L’usine commercialisera sous la marque Trio. Elle cesse de produire du chocolat en 1968, en même temps que VAP devient Victoria Assorted Products et se redéploie dans la production biscuitière tout d’abord, dans la production d’aliments protéiniques ensuite, avec deux sites : Lubumbashi, ex-Élisabethville et Kinshasa, ex-Léopoldville. VAP est, en 2008, une société du groupe Unibra.