Le quai Malaquais est un quai situé le long de la Seine, à Paris, dans le .

Situation et accès Il est situé entre les quais Conti et Voltaire.

Ce site est desservi par la ligne 4 à la station de métro Saint-Germain-des-Prés.

Origine du nom Louis Batiffol (1932) raconte que, dans son entreprise foncière au Pré-aux-Clercs, qui appartenait à l'Université, la reine Margot « emprunte pour payer ses acquisitions, échange, trafique, à toutes conditions, beaucoup suspectes, d'où le nom de Malacquet donné au quai qui borde son domaine sur la Seine »Jean Pruvost, « Le Quai Malaquais », Ici, 17 septembre 2018.. Selon une autre source, le nom viendrait d'un port voisin, auquel il était difficile d'accosterCharlotte Lacour-Veyranne, Les Colères de la Seine : [Exposition , Musée Carnavalet, été 1992]..

Historique vignette|gauche| vignette|gauche|Plan de Mérian (vers 1615).Hôtel de la reine Marguerite, avec sa façade rue de Seine et une partie de son domaine. En ce lieu préexistait, tout au long du fleuve, un « chemin de charroy » qui permettait aux charrettes de déverser gravats et immondices. La levée ainsi formée prit l’apparence d’un dos-d’âne servant de protection contre les inondations du petit Pré-aux-Clercs, page 204..

Avant la construction de ce quai, le bord de la Seine se nommait en cet endroit le « port Malaquest » ou le « Heurt du port aux Passeurs », et une partie de l'espace qui forme le quai s'appelait « l'Écorcherie » ou « la SablonnièreFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments. ».

Sur le plan de Paris dit de la Tapisserie (vers 1540), figure le projet, non réalisé, de l’établissement du nouvel Hôtel-Dieu.

Des titres qui proviennent des archives de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés indiquent plusieurs baux de terrains, faits en 1540, à la charge de bâtir le long de la rivière.

On appela alors cette communication « quai de la Reine Marguerite » parce que l'hôtel de cette princesse, première femme de Henri IV, était situé à l'angle de la rue de Seine. Ce quai reprit ensuite son premier nom, et fut pavé, sous Louis XIV, par arrêt du Conseil du .

La construction d'un quai commence vers 1552 quand, dans le cadre de l'opération du lotissement de l'îlot de la Butte qui avait succédé au Petit Séjour de Nesle, qui avait été construit par le duc de Berry de l'autre côté des fossés, face à l'hôtel de Nesle, en 1385, et de l'aliénation du petit Pré-aux-Clercs, on a protégé la zone contre les inondations en établissant une levée en dos d'âne.

À l'origine, le quai Malaquais s'étendait jusqu'au pont Royal et comprenait l'actuel quai Voltaire.

Les rois ont édicté que vis-à-vis du château du Louvre, alors hors la ville, rien ne serait bâti afin de ménager la vue depuis la demeure royale. Aussi les terrains du Pré-aux-Clercs sont-ils longtemps restés vierges de construction. Au retour de la reine Marguerite de Valois à Paris, en 1605, elle habite l'hôtel de Sens, dans le Marais. Y ayant vu assassiné son amant Gabriel Dat de Saint-Julien, elle décide de changer de quartier et achète tous les terrains entre les murs de la ville et le chemin . , son roi de mari, laisse faireLouis Batiffol, La Vie de Paris sous Louis XIII, Éditions Calmann-Lévy, 1932, ..

Elle fait construire un hôtel face au palais du Louvre, entre 1606 et 1615, entre la rue de Seine et la rue des Saints-Pères par l'architecte Jean AutissierJean Autissier, architecte, maître maçon, entrepreneur des bâtiments de la Reine, s'engage à construire l'hôtel de la Reine par contrat du 6 juillet 1606. Paul et Marie-Louise Biver, Abbayes, monastères et couvents de Paris, Nef, 2008 , (lire en ligne). Sa fille Marie Autissier s'est mariée en 1631 avec Pierre Le Muet.. Pour rembourser les dettes de la reine Margot après sa mort, l'hôtel est vendu à un groupe de cinq financiers le Le consortium des cinq financiers comprenait Jacques de Vassan, « conseiller d'État et commissaire général des vivres, munitions et magasins de France », Jacques de Garsanlan, « maître ordinaire de la chambre aux deniers », Jacques Potier, « conseiller et contrôleur des bois d'Île-de-France », Louis Le Barbier, « secrétaire du Roi et maître d'hôtel de Sa Majesté », Joachim de Sandras, « commissaire de l'artillerie ». À ce premier groupe se sont ajoutés Guillaume Moynerie, « secrétaire ordinaire de la Chambre du Roi » et Étienne Bryois, « secrétaire du Roi ». Dès la vente de 1622 se sont ajoutés Jean Hillerin, « maître d'hôtel du Roi » et Jacques de Hillerin, « conseiller clerc en la Grand'Chambre du Parlement ». Après la vente de 1622, des parcelles sont revendues rapidement à des tiers, tels Macé I Bertrand de La Bazinière, laquais puis « trésorier de l'épargne », et Louis de Falconi, « maître des comptes »..

Entre 1622 et 1624, l'hôtel va être loti, entre la rue de Seine et le chemin de la Petite-Seine, ou rue des Petits-Augustins, car la reine y avait établi le couvent des Petits-AugustinsCe qui reste du couvent des Petits-Augustins, la chapelle et le petit cloître a été englobé dans l'École des beaux-arts., actuelle rue Bonaparte. Dans cette partie de l'hôtel de la reine Marguerite se trouvait l'aile nord, actuel du quai, décrite dans l'acte de vente de 1625 comme « les trois pavillons qui sont à l'encoignure de port Malaquest ». Cette partie devait appartenir à Jacques de Vassan, dès 1622, un des membres du groupe de financiers.

Au milieu du , la municipalité de Paris propose au roi Louis XV de lui offrir une place et une statue à son effigie. Parmi les projets présentés, celui de l’architecte Pierre Contant d'Ivry préconise la création d’une place entre les rues des Petits-Augustins et des Saints-Pères. En fond de place, il est prévu d’y construire un hôtel de ville faisant pendant à la Grande Galerie du Louvre. Le projet n’a pas été retenu au profit de celui de la place de la Concorde.

Au début du quai Malaquais, place Mahmoud-Darwich, se trouve une allégorie de la République, statue due à Jean-François Soitoux. Première représentation officielle de la République française commandée par le gouvernement de la République, à l'issue d'un concours lancé le , implantée devant l'Institut (anciennement collège des Quatre-Nations) le , elle a été restaurée aux frais de la ville de Paris et réimplantée quai Malaquais par Jacques Chirac, maire de Paris, le à l'occasion du bicentenaire de la proclamation de la République.

L'École nationale supérieure des beaux-arts y possède deux entrées : l'une, aux 11-13, à l'endroit qui fut de 1795 à 1815, le ministère de la Police dirigé par Joseph Fouché (détruit à partir de 1820), l'autre à l'hôtel de Chimay, au

Dans les arts vignette|droite|Le Pont des Arts, Paris, par Auguste Renoir en 1867-1868. Dans le romain Splendeurs et misères des courtisanes par Honoré de Balzac, le ménage de Carlos Herrera et Lucien de Rubempré se trouve quai Malaquais :

Anatole France, qui habita au , livre ses souvenirs d’enfance dans Le Livre de mon ami :

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire vignette|Plaque au : hôtel Dorat, construit dans la seconde moitié du pour Claude-Joseph Dorat, auditeur à la cour des Comptes. Le maréchal de Saxe y habita entre 1744 et 1747. Le peintre Joseph-Marie Vien y est mort en 1809Voir Marc Gaillard, .. Ici vécut de 1804 à 1824 Alexandre von Humboldt, naturaliste, explorateur, humaniste, membre de l'Institut« L'hôtel Dorat, 3, quai Malaquais », dans Le Faubourg Saint-Germain, Éditions des Deux-Mondes, Paris, 1966, .. Une plaque lui rend hommage. Le graveur Ephraïm Conquy y vécut également autour de 1841. Le graveur Albert Decaris (président de l'Académie des Beaux-Arts (1960) avait son atelier au dernier étage. Il y recevait le sculpteur Cyril de La Patellière. : hôtel de Châteauneuf« L'hôtel de Châteauneuf, 5, quai Malaquais », dans Le Faubourg Saint-Germain, Éditions des Deux-Mondes, Paris, 1966, .. Galerie Anne-Sophie Duval, boutique spécialisée dans les œuvres Art déco, fondée en 1972 par Anne-Sophie Duval, fille du comédien Jacques-Henri Duval. En 2022 sort un livre sur ce magasin, Galerie Anne-Sophie Duval, cinquante ans de modernité, aux éditions Gourcuff.. : quittance donnée par Julliot de Fromont à Antoine Joseph Philippe Walsh de Serrant (1744-1817), lieutenant-général des armées du roi, second comte de Serrant, pour deux termes du loyer d’un hôtel sis 6, quai Malaquais, en date du Archives de Paris, 6 AZ 542.. (et rue Bonaparte) : l'hôtel a été construit en 1624 pour Jacques de Garsanlan« L'hôtel de Garsalan, 7, quai Malaquais », dans Le Faubourg Saint-Germain, Éditions des Deux-Mondes, Paris, 1966, . ;Le Café des Beaux-Arts, établi au rez-de-chaussée, était tenu par un dénommé Malfosse dans les années d'après-guerre. Les élèves de l'École nationale supérieure des beaux-arts le fréquentent alors tous assidûment et l'appellent le Cinquième Atelier ou Atelier Malfosse, sous-entendant que les quatre autres sont les ateliers de : peinture, sculpture, gravure et architectureSadi de Gorter, Forissier, Paris, Éditions La Bibliothèque des Arts , .(voir aussi galerie Bréheret au ). Dans ce café, le photographe américain Richard Avedon fit en 1956 sa célèbre série de photos de mode avec le modèle Suzy Parker pour Harper's Bazaar. : hôtel de Transylvanie, construit entre 1622 et 1624 pour Jacques de Hillerin, prêtre et conseiller au Parlement sur une parcelle située à l'angle du quai et de la rue de la Petite Seine (actuelle rue Bonaparte), acquise en 1622 lors du lotissement du domaine de l'hôtel de la reine Marguerite (emplacement des 3, 5 et 7). Auparavant, les cinq frères de Saint-Jean-de-Dieu, appelés à Paris en 1602, y auraient eu leur premier logis modeste à Paris qu'ils furent contraints d'abandonner à Marguerite de Valois quelques années plus tard (voir , rue Bonaparte). L'hôtel de Transylvanie doit son nom à François Rakoczy, prince de Transylvanie, proscrit en 1711, qui l'occupa en 1714. Le prince étant impécunieux, sa suite transforma l'hôtel en maison de jeux, activité qui cessa rapidement, le prince ne pouvant plus acquitter le loyer. L'hôtel de Jacques de Hillerin passa, par héritage, à son neveu, Jean de Hillerin, puis à son cousin, Pierre de Hillerin et à Jean-Baptiste de Hillerin. Ce dernier le loua à Camille de La Baume d'Hostun, maréchal de Tallard vers 1705. En 1720, l'hôtel fut vendu à dame Pélard de Givry, qui le céda en 1723 à la duchesse de Gramont, veuve d'Antoine-Charles de Gramont, morte en 1737, qui le laissa à Daniel François de Gélas de Lautrec, maréchal de France en 1757, décédé sans postérité en 1762. L'hôtel passa alors à sa nièce, Anne Claude Louise d'Arpajon, épouse de Philippe de Noailles-Mouchy, tous deux guillotinés en 1794, qui l'avait en 1782 loué à Vergennes, secrétaire d'État des Affaires étrangères de Louis XVI, avant de le vendre, en 1791, à Marie-Sébastien-Charles-François Fontaine de Birée. Le nouveau propriétaire fit redécorer le premier étage dans le style Directoire. En 1809, le notaire Péan de Saint-Gilles acheta l'hôtel qui restera en possession de sa famille jusqu'en 1836, année où il fut vendu au notaire Jean-Jacques Defresnes dont la famille le gardera jusqu'en 1892. Adélaïde-Louise d'Eckmühl de Blocqueville a habité l'hôtel et a reçu dans son salon de nombreuses personnalités. Liszt s'y est fait entendre« L'hôtel de Transylvanie, 9, quai Malaquais », dans Le Faubourg Saint-Germain, Éditions des Deux-Mondes, Paris, 1966, ..Le rez-de-chaussée abrite depuis 1929 la galerie du marchand d'estampes René Bréheret, fréquenté par les étudiants de l'École de beaux-arts et qui a découvert de nombreux artistes contemporainsL'Oeil, 2002.. : ce bâtiment se trouve sur ce qui était le grand Pré-aux-Clercs. Le terrain appartenait à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Les écoliers de l'Université ont le droit d'y établir le siège de leurs ébats.