Lucien BonaparteIl fut déclaré et connu dans la première partie de sa vie sous le patronyme « de Buonaparte », son père Charles Bonaparte portant la particule dès avant son intégration à la noblesse française. Charles Bonaparte imposa la graphie avec le u avant le o bien que sa famille et lui-même aient aussi utilisé le nom Bonaparte sans le u ; ainsi, sur l'acte de mariage de Charles Bonaparte celui-ci est mentionné comme Carlo de Bonaparte. Par ailleurs, la famille Bonaparte parlant italien en Corse, il était appelé Luciano mais dès son enfance et son arrivée en France, on utilisa la forme française Lucien.Hervé Pinoteau, Vingt-cinq ans d'études dynastiques, Paris, Ed. Christian, 1982, ., né à Ajaccio le et mort à Viterbe le , est le troisièmeIl est le quatrième fils si on prend en compte un Napoléon mort peu après sa naissance. fils de Charles-Marie Bonaparte et de Maria Letizia Ramolino et le deuxième frère de Napoléon Bonaparte. Homme politique français, il est député puis président du Conseil des Cinq-Cents en 1799, ministre de l'Intérieur (1799-1800) puis tribun (1802). Il est prince romain de Canino, prince français en 1815, puis prince (romain) de Musignano en 1824 et prince (romain) Bonaparte en 1837. Il a douze enfants de son second mariage, dont Charles-Lucien Bonaparte (1803-1857), Louis-Lucien Bonaparte (1813-1891) et Pierre Bonaparte (1815-1881).
Biographie Jeunesse Comme tous les garçons Bonaparte, il naît en Corse mais poursuit ses études sur le continent, à Autun, puis à Brienne où il rejoint son frère aîné Napoléon, mais il renonce à la carrière des armes pour celle de l'Église et entre au séminaire d'Aix-en-Provence. Revenu en Corse, il continue dans cette voie quand la Révolution française vient bouleverser sa vie.
Il a et s'enthousiasme pour les idées nouvelles. Secrétaire particulier de Pascal Paoli, Lucien, devenu jacobin, se brouille avec ce dernier en , à la mort de . Il ourdit alors contre lui un complot qui échoue et qui provoque le bannissement de Corse de toute la famille Bonaparte.
En 1794, il a : réfugié à Saint-Maximin où il est garde-magasin des subsistances, il y épouse Christine Boyer, la fille illettrée de son aubergiste, s'inscrit au Club des Jacobins où il prend le nom de Brutus, en hommage au personnage de la Rome antique assassin de Jules César pour . Il devient chef du parti révolutionnaire de Marathon (Saint-Maximin). Il se lie d'amitié avec Maximilien de Robespierre et se retrouve en prison à la chute de ce dernier. Soutenu par son frère devenu général, il obtient un poste de commissaire des guerres à l'armée du Nord, une fois l'agitation de thermidor retombée.
Vie politique thumb|left|Portrait par Robert Lefèvre. Il vient à Paris, fréquente Barras. Dans le sillage de ce dernier, il entame une carrière politique indépendante de son frère Napoléon, s'appuyant sur ses réseaux jacobins et corses. Il devient député aux Conseil des Cinq-Cents pour la Corse en 1798.
Il est, en tant que député, membre de la commission chargée de proposer une loi répressive des délits de la presse, antécédent historique à la liberté de la presse, ladite presse étant, à l'époque, placée sous la surveillance de la police par la loi du 19 fructidor de l'an V.
Puis il devient le président du Conseil fin jusqu'au 18 brumaire qu'il avait activement préparé avec notamment Sieyès, Cambacérès et Talleyrand. Il sauve son frère de l'échec lors du coup d'État en réclamant la dissolution du Conseil : lire l'article consacré au coup d'État.
Après le coup d'État, il est nommé par les consuls ministre de l'Intérieur du Consulat à partir du . Cependant, ses attributions se superposent avec celles du ministre de la police, Joseph Fouché. Celui-ci, entré en concurrence avec Lucien Bonaparte, parvient à le brouiller avec Napoléon, son frère et Premier Consul. En effet, Fouché exploite habilement les défauts de Lucien : dépenses exorbitantes, multiples maîtresses, favoritisme de concessions publiques, mauvaise gestion, critiques ouvertes du Premier Consul et de son épouse Joséphine de Beauharnais. Puis, le Premier Consul Napoléon Bonaparte écarte, le , son frère Lucien à la demande de son ministre de la Police qui venait de prouver que la brochure Parallèle entre César, Cromwell, Monck et Bonaparte, dont un passage a provoqué des troubles dans l'armée, provenait du ministère de l'intérieur..
Le lendemain, Lucien est nommé ambassadeur en Espagne ; pendant un an, il y fait prévaloir l'influence française contre le parti britannique et regagne par là les bonnes grâces du premier consul, bien qu'il ait touché plusieurs pots-de-vin des Espagnols et des Portugais. De retour en France, il est membre du Tribunat en 1802 mais finalement, sa mésentente avec Napoléon le fait s'écarter de la course au pouvoir. Il accepte cependant un mandat au Sénat conservateur.
vignette|280x280px|Lucien Bonaparte par François-Xavier Fabre.
Sa première femme meurt en couches en 1800, le laissant père de deux enfants. Il se remarie avec une veuve, Alexandrine de Bleschamp veuve Jouberthon, qui vient de lui donner un fils en 1803, Charles-Lucien. Cette union provoque la fureur du futur empereur et oblige Lucien à partir à Rome et à se retirer auprès du pape , dont il s'était concilié l'amitié en 1801 en soutenant le Concordat. Refusant de se séparer de sa femme, en 1804, il est tenu à l'écart des honneurs et promotions du sacre impérial, tandis que sa famille est déclarée non-dynaste en France. La mésentente avec Napoléon, qui lui doit pourtant en grande partie le pouvoir, est telle que Lucien, selon Chaptal, aurait demandé à son frère : , ce à quoi Napoléon lui aurait répondu : . De plus, si Lucien voit son deuxième mariage réprouvé par son frère, lui aussi critique le mariage de son frère avec Joséphine. Toujours selon Chaptal, il lui aurait dit : « Et toi aussi, tu as épousé une veuve. Mais la mienne n'est ni vieille ni puante. » La tension est forte entre les deux hommes, notamment en raison de la volonté de Napoléon de mener une politique matrimoniale à l'échelle de sa famille. Lucien dit alors à Roederer à propos de Napoléon : ..
Il se fixe près de Viterbe dans la terre de Canino, érigée par le pape en principauté. La réconciliation ne se fait pas avec Napoléon, si bien que Lucien veut partir aux États-Unis. En 1810, il est arrêté au cours de cette traversée par les Britanniques qui le tiennent prisonnier jusqu'en 1814. En exil à Rome à partir de , il est fait prince de Canino le de cette année par le pape Monument de Canino.
vignette|La chapelle Bonaparte dans la Collégiale de Canino.|gauche
Il apprend en 1815 le retour de Napoléon de l'île d'Elbe et décide immédiatement de rentrer en France. L'empereur accepte de le recevoir, scellant la réconciliation. Il est fait pair de France (, il est ipso facto comte de l'EmpireBrune sur napoleon-monuments.eu), devient prince français et est couvert d'honneurs tout en demeurant néanmoins exclu de la succession impériale pour cause de mariage non autorisé par l'empereur. La chute définitive de Napoléon après Waterloo l'oblige à retourner à Rome, proscrit sous la Restauration. Fait prince de Musignano le par le pape , puis prince Bonaparte par le , il meurt en exil le et est enterré dans la Collégiale de Canino.
Ses descendants sont faits « princes Bonaparte » sous .
Les papiers personnels de Lucien Bonaparte et de ses descendants sont conservés aux Archives nationales sous la cote 103APArchives nationales.
Mariages et descendance vignette|Deux enfants (non identifiés) de Lucien, miniature sur émail de Daniel Saint, musée du Louvre. Marié le avec Christine Boyer (1771-1800), dont : Philistine Charlotte Bonaparte née à Saint-Maximin le , morte à Rome le , , princesse Bonaparte et altesse (1853), mariée en 1815 à don Mario Gabrielli, de Prossedi (1773-1841) puis en 1842 au chevalier Settimio Centamori ; N. Bonaparte (1796-1796) ; Victoire Bonaparte (1797-1797) ; Christine-Égypta Bonaparte née à Paris le , morte à Rome le , princesse française et altesse impériale (1815), mariée en 1818 à Arvid comte Posse, chambellan à la cour de Suède puis en 1824 à Lord Dudley Coutts Stuart, député à la Chambre des communes. Marié en 1803 avec Alexandrine de Bleschamp (†1855), dont : Charles-Lucien Jules Laurent Bonaparte (1803-1857), , prince Bonaparte et altesse (1853), naturaliste et ornithologue, épouse en 1822 sa cousine germaine Zénaïde Bonaparte, fille de Joseph Bonaparte ; Lætitia Bonaparte (1804-1871), , princesse Bonaparte et altesse (1853), mariée à sir Thomas Wyse, mère de Marie-Lætitia Bonaparte-Wyse (1831-1902) poète et femme de lettres française et de Lucien Napoléon Bonaparte-Wyse (1845-1909), promoteur du canal de Panama ; Joseph Bonaparte (1806-1807) ; Jeanne Bonaparte née à Rome le , morte à Jesi le , , mariée à Canino en à Honoré marquis Honorati (1800-1856) ; Paul Bonaparte né à Canino le , mort accidentellement le près de NauplieSpyridion Pappas, « Un Napoléonide mort pour la Grèce, Paul-Marie Bonaparte : contribution à l'histoire du philhellénisme français (suite et fin) », Revue d'histoire diplomatique, janvier- p. 53 lire en ligne., , sans alliance ; Louis-Lucien Bonaparte (1813-1891), , prince Bonaparte et altesse (1853), philologue auteur notamment de travaux sur la langue basque, épouse en 1833 Maria Anna Cecchi (1813-1891), puis en 1891 Clémence Richard ; Pierre-Napoléon Bonaparte (1815-1881), prince Bonaparte et altesse (1853), épouse sans l'autorisation de Napoléon III, religieusement, vers 1857 Éléonore-Justine Ruflin (1832-1905) ; Antoine Bonaparte (1816-1877), prince Bonaparte et altesse (1853), épouse en 1839 Carolina Maria Anna Cardinali (1823-1879) ; Marie-Alexandrine Bonaparte née à Pérouse le , morte à Florence le , princesse Bonaparte et altesse (1853), mariée le à Vincenzo Valentini comte di Laviano (1808-1858), propriétaire, membre de l'Assemblée constituante et ministre des Finances de la République romaine (1848) ; Constance Bonaparte née à Bologne le , morte à Rome le , princesse Bonaparte et altesse (1853), abbesse du couvent du Sacré-Cœur à Rome.
Armoiries
Accomplissements littéraires Parallèlement, Lucien s'intéressait beaucoup à la vie littéraire et écrivit lui-même quelques ouvrages, ce qui lui valut un fauteuil à l'Académie française en 1803 à l'âge de 28 ans. Il en fut radié par l'ordonnance du 21 mars 1816. Il était aussi un assidu du salon de Récamier. Il composa deux poèmes épiques : Charlemagne et La Cyrnéïde ou la Corse sauvée. Il avait été admis à l'Institut, et fut un des premiers protecteurs de Pierre-Jean de Béranger.
Publications La Tribu indienne, ou Edouard et Stellina, roman, Paris 1799 (trad. en anglais et en allemand) Charlemagne ou l'Église sauvée, poème épique en 24 chants, Paris 1815 (traduit en anglais) La Cyrnéïde ou la Corse sauvée, 12 chants, Paris 1819 Aux citoyens français membres des colléges électoraux, Le Mans 1834 La vérité sur les Cent-Jours, Paris 1835 Mémoires de Lucien Bonaparte, prince de Canino, écrits par lui-même, Paris 1836 Mémoire sur les vases étrusques, Paris 1836 Le 18 brumaire, Paris 1845
Dans la culture Télévision Dans la série télévisée La Guerre des trônes, la véritable histoire de l'Europe (2024), Lucien Bonaparte est interprété par Benjamin Gazzeri Guillet.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Michèle Bus-Caporali, Les Orgues de la République, préface de Louis-Napoléon Bonaparte-Wyse, éditions Delatour France, 2017 Cédric Lewandowski, Lucien Bonaparte, le prince républicain, Paris, Passés composés, 2019
Liens externes
Biographie détaillée sur le site de la ville de Canino. La correspondance et les rapports des ministres de l’Intérieur (dont Lucien Bonaparte, 1799-1800) au Secrétaire d’État sous Napoléon Ier sont conservées aux Archives nationales (France).
Catégorie:Naissance en mai 1775 Catégorie:Naissance à Ajaccio Lucien Bonaparte Catégorie:Membre du Conseil des Cinq-Cents