En linguistique la présupposition (ou présupposé) est un type d'inférence pragmatique, c'est-à-dire une information qu'on peut tirer d'un énoncé. Une personne présuppose une information lorsqu'elle tient une information pour acquise. Par exemple, dans la phrase "Mon amie a arrêté de fumer", on présuppose que l'amie a fumé par le passé; cette information est tenue pour acquise et n'a pas besoin d'être explicitée.

Le linguiste Oswald Ducrot parle de « présupposé » pour l’information tenue pour acquise (<mon amie fumait auparavant>) et de « posé » pour l’assertion principale (<mon amie a arrêté de fumer>), remise en cause ou niée par la forme interrogative ou la négation.

En général, une présupposition devrait faire partie de ce qu'on appelle le savoir partagé énonciatif. Il s'agit de l'ensemble des phrases qui ont été dites et acceptées par les interlocuteurs dans la conversation. Cependant, il arrive qu'une personne présuppose une information qui n'était pas connue de son interlocuteur et que son interlocuteur l'accepte sans y prêter attention. On parle alors d'accommodation.

La propriété la plus saillante des présuppositions est qu'un présupposé est préservé lorsque la phrase dans laquelle il se trouve est niée, interrogée, ou mise sous certaines conditions.

Contexte: parmi les autres types d'inférences alt=Un signe peut être naturel ou non naturel. Un signe non naturel peut être linguisitique ou non linguistique. Un signe linguistique peut avoir un sens conversationnel ou conventionnel. La seule inférence au sens conversationnelle est l'implicature conversationnelle. Les inférences au sens conventionnel sont les assertions et les présuppositions. Il existe deux types d'assertions: l'implication et l'implicature conventionnelle. |vignette|Schéma représentant la hiérarchie des types d'inférences, en partant du signe. Une inférence est le terme générique utilisé pour parler de n'importe quelle information retirée d'un énoncé. Les inférences sont catégorisées selon leur type de sens, soit le sens conventionnel ou le sens conversationnel. Les présuppositions entrent sous la catégorie du sens conventionnel, où elles sont à distinguer des assertions, des implications et des implicatures conventionnelles.

Sens conventionnel Il s'agit du sens primaire, donc de la signification d'une proposition indépendamment de son contexte d’énonciation. Le sens conventionnel est régi par des conventions linguistiques (grammaticales, lexicales, etc.) et non par des éléments contextuels. C’est ce qui relève généralement de la sémantique.

Le sens conventionnel est divisé en deux types d'inférences, c'est-à-dire les assertions et les présuppositions. Les assertions elles-mêmes se subdivisent en deux catégories, les implications et les implicatures conventionnelles.

Assertion

C’est le thème central de la phrase, autrement dit le contenu principal affirmé par le locuteur. Implication

Cela fait partie du sens littéral d'un énoncé; en bref, il s'agit de ce qui est impliqué par les mots d'une phrase, au sens commun du terme. Par exemple, « Annabelle possède un labrador » implique qu'Annabelle a un chien.

Implicature conventionnelle C'est l'inférence qui découle logiquement d’un énoncé et qui n'est pas le point principal de la phrase. Par exemple, « J’ai arrêté de prendre le bus » implicite que je me déplace maintenant autrement qu’en bus.

Sens conversationnel Le sens conversationnel d'une proposition est secondaire; il varie en fonction de son contexte énonciatif. Ce dernier renvoie aux éléments non linguistiques de l’énoncé, comme le contexte dans lequel l’énoncé est prononcé ou l’intention du locuteur, qui se manifeste par le choix des mots, les gestes, les intonations, etc. C’est ce qui relève généralement de la pragmatique.

Implicature conversationnelle

C’est le sens non littéral ou implicite d’un énoncé, ce qu'on peut déduire par rapport au contexte mais qui ne peut être lié au sens des mots dans un phrase. Par exemple, « Il fait froid tout à coup! » peut impliciter que le locuteur désire que son interlocuteur ferme la fenêtre s'il regarde tour à tour la fenêtre et l’interlocuteur avec insistance. Les inférences du sens conventionnel et du sens conversationnel fournissent alors ensemble le sens complet d’un énoncé.

Définition La présupposition est un type d'inférence conventionnelle, qui se distingue de l'assertion, qui fait partie du savoir partagé énonciatif et qui peut donner lieu à l'accommodation. Une présupposition sémantique, dans une conversation, est une information qui n’est pas dite, mais que le locuteur considère comme connue de la part de son interlocuteur, ce qui ne l’oblige pas à la spécifier. Autrement dit, une présupposition est une proposition secondaire implicite. Pour qu'un énoncé soit vrai, ses présuppositions doivent l’être aussi.

La caractéristique la plus saillante de la présupposition est qu'elle résiste à la négation. La définition formelle est donc:

« P présuppose Q si et seulement (i) si P est vrai, Q est vrai et (ii) si P est faux, Q est vrai . »

Savoir partagé énonciatif La présupposition doit faire partie de ce qu'on appelle le savoir partagé énonciatif (informations d’arrière-plan ou background). Celui-ci se définit comme l’ensemble de toutes les propositions déjà énoncées et acceptées par deux personnes (ou plus) dans une conversation.

Par exemple, l’énoncé « Marie a vu le frère d'André à la pharmacie aujourd’hui » laisse entendre que le savoir partagé énonciatif des deux individus qui discutent contient au moins les propositions énoncées et acceptées suivantes : « André a au moins un frère » et « Marie a déjà vu le frère d'André (ce qui lui permet de le reconnaitre) ».

Accommodation Il arrive qu'une proposition ne fasse pas partie du savoir partagé, mais que l’interlocuteur accepte tout de même l’information sans la relever dans la conversation. On parlera alors d’accommodation.

Par exemple, dans l’énoncé « Marie a vu ton frère à la pharmacie aujourd’hui », la présupposition accommodée serait « Marie est allée à la pharmacie aujourd’hui ».

Une présupposition qui ne se trouve pas dans le savoir partagé et qu'un locuteur refuse d'accommoder provoque une réponse ressemblant à « Quoi? Je ne savais pas que... ».

Types de présuppositions Il existe plusieurs types de présuppositions, qu'on peut distinguer par les déclencheurs, soit le mot ou le groupe de mots qui déclenchent la présupposition.

Article défini L’article défini présuppose l’existence et l’unicité (∃) de l’entité en question, c’est-à-dire le fait que l’individu est unique parmi les possibilités, donc qu’il existe un seul référent possible.

Par exemple, « J’ai rencontré le garçon au restaurant hier » présuppose que j’ai rencontré un garçon en particulier et que c’est de ce garçon seulement que je parle, pas d’un autre.

Les déterminants possessifs et les noms propres entrent également dans cette catégorie.

Phrases clivées Une phrase clivée se définit par l’encadrement de son sujet par « c’est...qui ». Le clivage sert à introduire une information nouvelle qui précisera l’énoncé et qu’on appellera focus.

Dans l'exemple « C’est Marie qui a brisé le crayon », la présupposition est quelqu’un a brisé le crayon et le focus, l’information nouvelle, est Marie.

Verbes factifs Un verbe factif est un verbe qui présuppose la réalité de son complément. Dans cette catégorie, on retrouve des verbes comme regretter, se réjouir, réaliser, savoir, etc.

Par exemple, lorsqu'on dit : « Je regrette d’avoir mangé le dernier chocolat », cela présuppose qu’on a effectivement mangé le chocolat.

Verbes comprenant une phase préparatoire Certains verbes présupposent une action par leur structure indépendamment de leur usage dans la phrase et de leur contexte d’énonciation. La présupposition se rattache alors au sujet de l’action qui est désignée par le verbe de la phrase.

Par exemple, « J’ai gagné la compétition de danse de mon école » présuppose que j’ai dû participer à la compétition de danse de mon école avant de la gagner.

Tests pour différencier les types d'inférences Tous les énoncés permettent la déduction d’un certain nombre d’inférences qui appartiennent à différentes classes (implicatures conversationnelles, implications, implicatures conventionnelles et présuppositions). Pour différencier les classes, on doit d’abord dégager des inférences possibles pour un énoncé.

Prenons pour exemple l'énoncé « John, qui est intelligent, a arrêté de fumer ».

Voici une liste non exhaustive des inférences qui peuvent être tirées de cet énoncé: John fumait. John est intelligent. John ne fume plus. Il existe un homme nommé John. La personne qui parle trouve que les personnes qui fument ne sont pas intelligentes.

Test 1: différencier les implicatures conversationnelles des assertions Il faut ajouter l'inférence niée à la suite de l'énoncé dont on teste les inférences. Si l’énoncé modifié est sémantiquement contradictoire, l’inférence testée est une assertion. Si l'énoncé modifié n'est pas sémantiquement contradictoire, il s'agit d'une implicature conversationnelle.

Reprenons l’exemple de John le fumeur mentionné plus haut.

Énoncé de base: John, qui est intelligent, a arrêté de fumer.

Énoncé modifié: John, qui est intelligent, a arrêté de fumer + [inférence testée négativisée]. John, qui est intelligent, a arrêté de fumer, mais il ne fumait pas. Contradictoire: assertion John, qui est intelligent, a arrêté de fumer, mais il n’est pas intelligent. Contradictoire: assertion John, qui est intelligent, a arrêté de fumer, mais il fume encore. Contradictoire: assertion John, qui est intelligent, a arrêté de fumer, mais John n’existe pas. Contradictoire: assertion John, qui est intelligent, a arrêté de fumer, mais je trouve que les personnes qui fument sont intelligentes. Non contradictoire: implicature conversationnelle Nous avons ici quatre inférences qui sont des assertions. Le prochain test permet de distinguer deux sous-types d'assertions: les implications et les informations secondaires.

Test 2: différencier les implications et les informations secondaires Il faut tourner l’énoncé testé à la négative (il en résulte un énoncé modifié). Si une inférence de l’énoncé de base reste valide dans l’énoncé modifié, il s’agit d’une information secondaire. Si l’inférence de l’énoncé de base ne survit pas dans l'énoncé modifié, c’est-à-dire si elle vient la contredire sémantiquement, il s’agit alors de l’implication, le point principal.

Énoncé de base: John, qui est intelligent, a arrêté de fumer.

Énoncé modifié : John, qui est intelligent, n’a pas arrêté de fumer. John fumait. Encore valide: information secondaire John est intelligent. Encore valide: information secondaire John ne fume plus. Désormais faux: implication Il existe un homme nommé John. Encore valide: information secondaire Implicature conversationnelle. L’information « John ne fume plus » est donc le point principal, l’implication de l’énoncé de base. Un dernier test permet de distinguer les différents types d'informations secondaires: les implicatures conventionnelles et les présuppositions.

Test 3: différencier les implicatures conventionnelles et les présuppositions Il faut se demander « Est-ce une information déjà connue ? » pour toutes les informations secondaires, c'est-à-dire toutes les inférences qui n'ont pas déjà été classées comme des implicatures conversationnelles ou des implications. Si la réponse est non, il s’agit d’une implicature conventionnelle. Si oui, il s’agit d’une présupposition. John fumait. Information déjà connue: présupposition John est intelligent. Information nouvelle: implicature conventionnelle Implication. Il existe un homme nommé John. Information déjà connue: présupposition Implicature conversationnelle