Cet article traite de la condition des Juifs d'Allemagne sous le Troisième Reich.
La mise en œuvre de la politique antisémite d'Hitler dans les années trente (1933-1939)
Discriminations et persécutions thumb|200px|right|Affiche antisémite en Allemagne nazie, avec un SA en premier plan. « Allemands ! Defendez vous ! N'achetez pas chez les Juifs ! », 1933 L'objectif d'Hitler est la création d'un « espace vital » d'où les Juifs seraient absents. La politique de persécution menée dans les années trente vise à leur faire quitter l'Allemagne. On estime qu'environ Juifs quittent l'Allemagne entre février et juin 1933. Dès l'arrivée au pouvoir d'Hitler, des agressions contre les Juifs sont orchestrées par les nazis, principalement les SA. Dès le , Göring dans un discours laisse entendre que ceux qui s'en prendraient aux Juifs bénéficieraient d'une relative impunité. Dès lors, la SA commencent à molester des Juifs et à confisquer leurs biens. Le à Mannheim, les SA font fermer les magasins juifsOlivier Esteves, Une histoire populaire du boycott, L'Harmattan, 2005, . Le Gauleiter Julius Streicher organise une vaste campagne antisémite sous le prétexte de défense contre les « violences juives ». Le , les SA se postent devant les magasins juifs. Ils dressent des pancartes incitant à ne pas acheter chez les Juifs. Les médecins et les avocats juifs subissent les mêmes intimidations. Le soir même, des nazis défilent pour protester contre les « agissements des Juifs ». Comme la population se montre peu réceptive au boycott antijuif, l'opération est vite arrêtéeAlfred Wahl, L'Allemagne de 1918 à 1945, Armand Colin, 1999, . Le , la « Loi pour la restauration du fonctionnariat », avec son « paragraphe aryen », exclut les JuifsEn effet, le règlement publié le 11 avril définit comme non-aryen tout individu ayant un ascendant juif parmi ses parents ou ses grands-parents. et les fonctionnaires « politiquement peu fiables » de la fonction publique. Ne peuvent rester dans la fonction publique du Reich, des Länder et des communes que ceux qui étaient déjà fonctionnaires avant 1914, ceux qui ont combattu pendant la Première Guerre mondialeIl s'agit d'une demande expresse du maréchal Hindenburg et les orphelins de guerre. Les autres sont révoqués ou mis à la retraite avec pension, s'ils ont travaillé au moins dix ans dans la fonction publiqueLes fonctionnaires juifs perdent ce droit en 1935 et ne touchent plus de retraite. Ce même mois deux autres lois limitent le nombre d’étudiants juifs dans les écoles et les universités allemandes et l'« activité juive » dans les professions médicales et juridiques. Tous les avocats d'ascendance juive doivent demander leur réadmission au barreau. Seuls les avocats admis avant 1914 ou qui s'étaient battus pendant la Première Guerre mondiale continuent de pouvoir exercer le droit. Sur avocats juifs, reçoivent la permission de continuer leur activité professionnelle principalement en tant qu'anciens combattants.
En 1935, sous l'impulsion de Goebbels et de Julius Streicher, des « manifestations spontanées » sont organisées contre les Juifs. Elles aboutissent à la publication des lois de Nuremberg qui privent les juifs de leurs droits civiques et leur interdisent de se marier ou d’avoir des rapports sexuels avec des personnes de « sang allemand ou assimilé ». L'application de ces dispositions requiert une définition du Juif : est considéré comme tel celui qui a au moins trois grands-parents juifs, ainsi que celui qui a seulement deux grands-parents juifs mais appartient à la communauté religieuse juive ou est marié à un Juif. Cette preuve religieuse était aussi un aveu de l'impossibilité pour les nazis de parvenir à une définition raciale des Juifs. Cependant, de nombreux Allemands qui ne pratiquaient plus le judaïsme depuis des années ou qui n'avaient jamais fait partie d'une synagogue, se retrouvent exclus de la société, de même les personnes de grands-parents juifs converties au christianisme qui sont définies comme juives. La même année Hitler interdit que des noms juifs figurent sur les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. left|thumb|300px|Tableau de 1935 qui explique ce qu'est un Juif d'après les lois de Nuremberg. Le harcèlement est atténué au moment des Jeux olympiques de Berlin en 1936 mais reprend de plus belle à partir de 1938 : pillages, arrestations de « juifs délinquants » se multiplient pendant l'été 1938Pierre Ayçoberry, La société allemande sous le Reich, Le Seuil, . Le gouvernement oblige les Juifs à enregistrer leurs biens immobiliers et procède à l’« aryanisation » des activités économiques, c'est-à-dire au licenciement du personnel juif et au transfert des activités possédées par des Juifs à des non-juifs. Les prix étant fixés par les nazis, les industriels juifs sont obligés de céder leurs biens à des prix inférieurs à leur valeur réelle, ce qui permet à une minorité d'entreprises « aryennes » de s'enrichir. Les médecins juifs n'ont plus le droit de soigner des non-juifs.
Le , Ernst vom Rath, conseiller de l'ambassade d'Allemagne à Paris, est assassiné par Herschel Grynszpan, un jeune Juif polonais qui voulait protester contre la Polenaktion. Le soir du , Goebbels jette les militants nazis dans les rues pour venger la mort de vom Rath. Les SA, les SS et les Jeunesses hitlériennes pillent les synagogues et les locaux des organisations juives allemandes, les magasins et les biens des Juifs. Près d'une centaine de personnes sont tuées pendant la Nuit de Cristal. Une centaine de synagogues sont brûlées et magasins sont pillés. Juifs sont aussi arrêtés, déportés dans les camps de concentration de Dachau, Buchenwald et Sachsenhausen, et pour la plupart libérés après versement d'une rançon.. Après la Nuit de Cristal, Juifs quittent le ReichAlfred Wahl, . vignette|Plaque commémorative à l'emplacement de la synagogue d'Eichstetten, détruite le . Toutes les mesures prises à partir de 1938 visent à couper tout lien social et physique des Juifs avec la population allemande. L’accès aux écoles publiques et aux universités, aux cinémas, aux théâtres et aux centres sportifs devient interdit aux Juifs. Dans de nombreuses villes, des zones signalées comme zones « aryennes » ne leur sont plus accessibles. Le , les avocats juifs qui en avaient encore le droit ne peuvent plus exercer. Ils peuvent continuer leurs activités en tant que conseil juridique mais seulement pour des clients juifs. Les familles juives, de plus en plus précarisées, perdent tout droit aux secours de l'assistance publique. Enfin à la fin de l'année 1938, une directive prévoit d'affecter en priorité les Juifs désœuvrés à des travaux de chantiers ou de défrichementRaul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Tallandier, 2005, Tome 1 . La nouvelle loi sur le mariage comporte un seul article sur les couples mixtes. Le conjoint non-juif peut demander le divorce en s'appuyant sur les lois de NurembergLe conjoint « aryen » peut dire qu'après les lois de Nuremberg, il a obtenu des éclaircissements qui l'auraient dissuadé de ce mariage s'il les avait connus à temps.. Les divorces sont peu nombreux. Il reste dans la zone du Reich protectorat couples mixtes à la fin de l'année 1939Raul Hilberg, .
Le , Göring décide, dans une directive, de rassembler les Juifs dans des immeubles réservés. Seuls les couples mixtes qui n'élèvent pas leurs enfants dans le judaïsme échappent au regroupement. Le rassemblement des Juifs commence à partir d'. Les Juifs se retrouvent entassés dans des appartements surpeuplés. Les Juifs perdent le droit de posséder un permis de conduire. En janvier 1939, les Juifs ayant un prénom d’origine « non-juive » doivent ajouter « Israël » et « Sara » à leur prénom. Une carte d'identité obligatoire précise leur origine juive et, à partir d’, la lettre J est apposée sur leurs passeports.
La réaction des Juifs allemands face aux persécutions nazies À l'arrivée d'Hitler au pouvoir, la Central-Verein deutscher Staatsbürger jüdischen glaubens, l'association centrale des citoyens allemands de confession juive, association assimilationniste, déclare que nul ne peut priver les Juifs allemands de leur patrie allemandeRaul Hilberg, . Au printemps 1933, une première association centrale des Juifs apparait. Dirigée par Leo Baeck, elle cherche dans un premier temps à discuter avec les Nazis, proteste contre le boycott des magasins juifs et proteste de la fidélité des Juifs envers la patrie allemandeRaul Hiberg, . Certes, les Juifs s'attendent à vivre des temps difficiles mais ils pensent pouvoir s'adapter à leurs nouvelles conditions comme ils l'avaient fait dans le passéRaul Hilberg, . Devant la détérioration de la condition des Juifs, l'organisme central des Juifs, le Reichsvereinigung, s'occupe de plus en plus de la formation professionnelle et de l'aide aux démunis. Dès 1938, tous les Juifs d'Allemagne doivent y adhérer. Mais la police de sécurité fait peser sur l'organisation une autorité dictatorialeRaul Hilberg, . Cela permet aux nazis de déléguer à l'appareil administratif juif certains aspects de la déportation à venir. De leur côté, les autorités juives pensent qu'en montrant leur bonne volonté, elles atténueront les souffrances de la communautéRaul Hilberg, .
Dans les années 1930, l'objectif est l'émigration totale des Juifs d'AllemagnePierre Ayçoberry, . À cet effet, les nazis se préoccupent d'organiser leur départ mais les pays d'Europe et les États-Unis limitent sévèrement l'émigration. Entre 1933 et 1939, plus de la moitié des juifs d'Allemagne quittent le Reich dont Albert Einstein. Paris puis New York deviennent alors les centres de la culture judéo-allemande. d'entre eux émigrent en Palestine sous mandat britannique. En , l'office central du Reich pour l'émigration juive est fondé. Il est dirigé par Reinhard HeydrichEncyclopédie de l'histoire juive, . Ceux qui restent en Allemagne sont souvent assez âgés. En 1939, 73,9 % des Juifs vivant sur le territoire allemand (avant les annexions) ont plus de 40 ans. Ils n'étaient que 47,7 % en 1933Raul Hilberg, .
Face à l'exclusion de la vie publique, des organisations juives se mettent en place pour contrebalancer l'exclusion sociale et aider les Juifs qui se retrouvent dans le dénuement. Les associations de musique, de théâtre, d'art et de sport juives développent leurs activités. Un système d'éducation juif est mis sur pied pour pallier l'exclusion des Juifs du système éducatif allemand. Le chef d'orchestre et réalisateur Kurt Singer crée en 1933 la Fédération culturelle des juifs allemands (Kulturbund deutscher Juden) pour permettre aux artistes juifs de continuer à exercer leur métier. Mais en 1935, les nazis regroupent les associations culturelles juives dans un seul organisme, la Fédération du Reich des associations culturelles juives (Reichsverband der jüdischen Kulturbünde) sous le contrôle direct de la Gestapo. Les « aryens » n'ont plus le droit d'assister à des spectacles organisés par des Juifs.
La politique antisémite de Hitler en temps de guerre (1939-1945)
Le sort des Juifs en Allemagne même thumb|Felix Nussbaum (1904-1944), Autoportrait au passeport juif, v. 1940.