Les nundines, en latin nundinae (de novem « neuf » et dies « jour »), étaient l'appellation des jours de marché dans la Rome antique, qui, dans le calendrier romain revenaient tous les neuvièmes joursOvide, Fast. I, 54. Les Romains comptaient les intervalles de temps en incluant le jour entamé qui suivait la période écoulée et parlaient donc du neuvième jour pour indiquer un intervalle de huit jours complets. Nous pensons de la même manière dans les phrases « dans neuf jours » ou « le neuvième jour » mais nous n'avons pas substantivé la période des huit jours pleins avec un nom dérivant de la racine « neuf ». Ce cycle de huit jours s'est superposé au calendrier officiel qui, selon les mois (28 ou 29, 30, 31 jours pleins), avaient des périodes irrégulières entre les Calendes et les Nones (3 ou 5 jours pleins), entre les Nones et les Ides (7 jours pleins dans tous les cas) et entre les Ides et les Calendes (15, 16, 17 ou 18 jours pleins) selon les mois.
En fait les nundines se représentaient constamment après huit jours révolus. Nundinae et nonae, qui ont la même étymologie, devaient avoir au début le même sens : la distinction des deux termes se fit plus tard, lorsque les nones devinrent un jour particulier et unique du mois, le neuvième avant les idesVarron, De ling. lat., VI, 28 ; Macrobe, I, 15, 7. La période se composait, pour nous, de sept jours pleins avant les Ides et du jour des Ides (en fait, de la même manière que pour les nundines, le jour des Ides était le « le neuvième jour »).
Origines Macrobe a gardé le souvenir d'une ancienne divinité latine appelée Nundina, qui présidait au jour où l'on purifiait les jeunes enfants et où on leur donnait un nom, le neuvième après la naissance pour les garçons, le huitième pour les fillesMacrobe, I, 16, 36.
Le plus ancien texte qui mentionne les nundines est un passage de la loi des Douze Tables cité par Aulu-Gelle. La tradition attribuait aux Étrusques l'institution des semaines de huit joursMacrobe, I, 15, 13., tandis qu'au contraire il y avait chez les Sabins, jusqu'au temps de l'Empire, une semaine de sept jours. Les nundines auraient été introduites à Rome, d'après certains érudits anciens, par RomulusTuditanus ap. Macrobe I, 16, 32 confirmé par Denys d'Halicarnasse II, 28 ; VIII, 58 ; X, 1, d'après d'autres par Servius TulliusCass. Hemin. ap. Macrobe I, 16, 33 ou par les premiers consulsGemix. et Varron ap. Macrobe I, 16, 33. On peut interpréter aussi en ce sens Plutarque, Quaest. rom., 42 .
Elles furent établies pour que les habitants de la campagne pussent par intervalles se rendre à la ville et y prendre soin de leurs intérêtsVarron, De re rust., II, praef. 1 ; Pline l'Ancien, XVIII, 3, 13 ; Macrobe, I, 16, 7. Elles étaient donc marquées à la fois par un arrêt dans les travaux des champs et par de multiples occupations d'autre nature. Ce jour-là ruraux et citadins échangent leurs produits : le marché a lieu aux nundines, dont il est l'affaire principale et essentiellevarron ap. Serv. Georg., I, 275 ; Rutil. ap. Macrobe I, 16, 34 ; Virgile Moret. 80 ; Denys d'Halicarnasse, VII, 58. La vie ordinaire s'interrompt : les enfants ont congé dans les écolesSuétone, De gramm. 7, les adultes vont aux bainsSénèque, Epist. LXXXVI, 12, on se réunit entre amis pour des repas plus somptueux qu'à l'ordinaireLa lex fannia somptuaria permettait d'avoir, les jours de nundines, cinq hôtes étrangers au lieu de trois. Il est question dans Plaute (Aulul., vers 282) d'un coquus nundinalis, cuisinier qui se loue les jours de marché, et au Digeste (XVII, 2, 69), des epulae nundinariae, ou repas offerts à ceux qui viennent aux foires.. Le dies nundinarum est souvent choisi comme terme assigné à l'exécution d'un engagement ou d'un contratDigeste, XXXIII, 1, 20 ; XLV, 1, 138.
Les lettres nundinales du calendrier romain
L'ancien calendrier romain, que Romulus avait organisé, comprenait dix mois et trois cent quatre jours, c'est-à-dire exactement trente-huit semainesCensor. XX, 3, 11 ; XXII, 9 ; Ovide, Fast. I, 27 ; III, 99 et 109 ; V, 423 ; Gell. III, 16, 16 ; Macr. I, 2, 3 et 38, etc.. Dans l'année de douze mois, la division par semaines ne coïncidait plus avec la division par mois : les séries de huit jours se continuaient (comme les semaines modernes) d'un mois sur l'autre et d'une année sur l'autre, sans interruption. Plusieurs hémérologes ou calendriers perpétuels, gravés sur la pierre à la fin de la République et au début de l'Empire, ont été conservés : chaque jour de l'année y est désigné par une lettre qui marque sa place dans la semaine ; les huit premières lettres de l'alphabet, depuis A jusqu'à H, se répètent indéfiniment dans un ordre invariable, à partir du janvier, qui porte toujours la lettre A. Ce mode de notation ne remonte pas au-delà du , époque où le G fut inséré dans l'alphabet latin. Les premières nundines de chaque année ne tombaient pas huit jours révolus après le janvier, mais huit jours après les dernières nundines du mois de décembre de l'année précédente : elles pouvaient donc être désignées par l'une quelconque des huit premières lettres de l'alphabet, qui qualifiait ensuite toutes les autres nundines de la même année et devenait la « lettre nundinale » de celle-ci.
Les nundines dans la vie religieuse Au point de vue religieux, la rencontre des nundines avec les calendes de janvier ou avec les nones de n'importe quel mois passait pour funeste et de mauvais augureMacr. I, 13, 16-18. Les pontifes devaient prendre soin qu'elle n'eût pas lieu : ils y parvenaient, grâce au jeu arbitraire des intercalations, qu'autorisait l'imparfaite correspondance de l'année solaire et de l'année civile dans le calendrier attribué aux décemvirs. Même après la réforme de Jules César, les pontifes ajoutèrent encore un jour à l'année 714 de Rome, 40 av. J.-C., pour empêcher que le janvier 715 coïncidât avec les nundinesDion Cassius XLVIII, 33. Ces dernières entraînaient d'ailleurs avec elles des dies atri : Auguste faisait attention à ne jamais entreprendre de voyage le lendemainSuétone, Oct. 92. Se couper les ongles aux nundines, sans rien dire et en commençant par l'index, était regardé comme un signe fâcheuxPline, Hist. nat. XXVIII, 2, 5. Elles étaient marquées par certaines cérémonies particulières : on voyait en elles les dies parentales de Servius TulliusMacr. I, 16, 33 ; d'après Plutarque, elles avaient été consacrées à SaturnePlutarque, Quaest. rom. 42 ; la religion officielle en tenait compte : aux nundines la flaminica Dialis sacrifiait un bélier à Jupiter dans la Regia. On ne savait pas cependant si l'on devait les tenir pour de véritables feriae. Au temps de Varron, les pontifes consultés se prononcèrent pour la négative, mais plusieurs érudits romains, dont Macrobe nous rapporte le témoignage, étaient d'un avis opposéCorn. Labeo et Granius Licin. ap. Macr. I, 16, 30. D'après Titius, cité aussi par Macrobe, les nundines étaient simplement des dies sollemnesTitius ap. Macr. I, 16, 28. Ces divergences venaient, selon Macrobe, de ce que les nundines, d'abord néfastes, avaient été déclarées fastes par la loi Hortensia : ceux qui les reconnaissaient comme feriae se référaient à l'état ancien des choses, et ceux qui leur refusaient ce nom en jugeaient d'après ce qui se passait de leur temps (un jour férié ne pouvait être faste)Macr. I, 16, 31.
Les nundines dans la vie politique La lex Hortensia de nundinis ne diffère pas, semble-t-il, de la lex Hortensia de plebiscitis, rendue entre les années -289 et -286, qui accorda aux décisions de la plèbe la même valeur obligatoire et générale qu'aux loisGell. XV, 27, 6. On ne connaît la loi sur les nundines que par Macrobe : afin de permettre aux ruraux venus à la ville pour le marché de suivre en même temps leurs procès, elle déclara les nundines dies fasti, jours fastes, car le préteur ne pouvait rendre la justice les jours néfastesGran. Lic. ap Macr. I, 16, 30. On a diversement interprété ce texte : d'après l'opinion la plus répandue, avant la loi Hortensia les nundines, dies nefasti, étaient impropres à la fois aux débats judiciaires et aux comices curiates et centuriates ; il ne fallait pas, disait-on, que le peuple pût être détourné de ses intérêts matérielsPline, Hist. nat. XVIII, 3, 13. En réalité, on voulait surtout par ce moyen écarter des assemblées politiques la plèbe rurale qui affluait à la ville les jours de marché et qui aurait pu obtenir la majorité dans les réunions au détriment de l'aristocratie urbaine. Les tribuns de la plèbe, au contraire, avaient choisi précisément ces mêmes jours pour tenir les concilia plebis : c'est du moins ce que paraissent indiquer Rutilius, au rapport de MacrobeRutil. ap. macr. I, 16, 34, et Denys d'HalicarnasseDenys d'Halicarnasse VII, 58. Les ruraux auraient voulu profiter de leur venue à la ville pour agir en justice et assister à toutes les assemblées. La loi Hortensia leur donna pleine satisfaction : les nundines furent proclamées dies fasti, c'est-à-dire aptes à l'exercice de la justice, et dies comitiales, c'est-à-dire aptes à la tenue des comices curiates et centuriates comme des concilia plebis, à moins bien entendu que les jours où elles tombaient ne fussent néfastes pour quelque autre motif. D'après Mommsen, l'effet de la loi aurait été tout différent. Un fragment d'un ouvrage de Jules César, conservé par Macrobe, atteste encore formellement qu'au dernier siècle de la République on ne pouvait tenir de ni de comices aux nundines ; la loi Hortensia, en les déclarant fastes, les avait donc réservées spécialement à l'administration de la justiceTrebat. ap Macr. I, 16, 28 ; elles n'étaient pas dies comitiales ; pour qu'on leur ouvrît aux nundines le tribunal du préteur, les ruraux renoncèrent à demander que l'on réunît ce jour-là les comices ou même leurs propres concilesMommsen, Droit public romain. Huvelin va plus loin : les textes de Rutilius et de Denys d'Halicarnasse signifient, d'après lui, qu'à l'origine tous les comices et les audiences de justice pouvaient avoir lieu pendant les nundines ; il était naturel qu'un peuple agricole, économe de son temps, eût placé aux jours où il quittait les champs pour vaquer à ses affaires urbaines toutes ses assemblées politiques, judiciaires, commerciales ; la spécialisation n'est venue qu'ensuite ; elle fut consacrée par la loi Hortensia, qui distingua définitivement les jours de marché et d'audience judiciaire des jours de réunion politiqueP. Huvelin, Essai hist. sur le droit des marchés et des foires p. 90-92.
Les nundines dans la vie juridique